L'accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935...

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

L'accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935...

Message par BRH » Dimanche 28 Septembre 2008 11:22:57

Ce pacte naval de 1935 signé entre l’Allemagne nazie et l’Angleterre constitue un véritable tournant: nous le vérifierons en étudiant les clauses de l'accord, en tentant d'expliquer les raisons de cet accord, sans omettre d'exposer les réactions des autres paysconcernés dans ce que certains ont appelé le "jeu à 7" (Royaume-Uni, USA, URSS, France, Japon, Allemagne, Italie).

La signature de l’accord se matérialise par un échange de notes entre Joachim von Ribbentrop, le représentant nazi et Samuel Hoare, secrétaire d'état au Foreign Office, le 18 juin 1935. Avant le début des négociations, les Allemands avaient posé plusieurs conditions :

Les Britanniques devaient accepter le quota de 35% pour la marine allemande par rapport à la Royal Navy.
Les Allemands se réservaient le droit de construire toutes les catégories de navires et le budget de la marine allemande n’était pas négociable.

Les négociations débutèrent à Londres le 4 juin. Si les Anglais n’apprécièrent pas que les Allemands posent leurs conditions de manière sine qua non avant l’ouverture des négociations, ils acceptèrent cependant les conditions précédemment citées, ce qui ne laisse pas d'étonner !!! Quelles contreparties pouvaient donc espérer nos "alliés" d'Outre-Manche ?

Les pourparlers furent suspendus le 6 juin car l’Angleterre voulait (quand même) informer les signataires du traité de Washington de la négociation de l'accord. Le changement ministériel du 7 juin influença fortement ces négociations, dans un sens plus conciliant. Baldwin remplaça Mac Donald au poste de Premier ministre et Samuel Hoare, John Simon, au Foreign Office.

L'accord retint le taux de 35% pour la marine allemande par rapport à la marine anglaise. Ce taux devait demeurer constant quelque soit l’évolution de l’armement naval pour chaque catégorie de navires. Pour les sous-marins, le taux fut cependant de 45%. L’Allemagne ne pouvait faire des ajustements qu’avec l’accord de l’Angleterre. La Royal Navy avait un tonnage de 1 240 000 tonnes, à parité quasiment avec celle des USA. Le traité de Versailles autorisait 144 000 tonnes, alors que l’Allemagne avait désormais la possibilité d’avoir sa flotte à 420 000 tonnes, soit près du quadruple ! Aussitôt, Hitler entreprenait un vaste programme de construction navale : 2 cuirassés, 2 croiseurs, 16 destroyers et 28 U-Boote.

Qu'est-ce qui a bien pu pousser l’Angleterre à mener une telle politique ? Certes, l'appeasement était déjà à la mode: conduit depuis l'année 1930 en vue d’apaiser les tensions entre les Etats pour éviter une autre guerre mondiale. On a dit qu'elle espérait ainsi encourager d'autres accords sur la question de l’armement naval. C'était aussi un moyen de réagir au réarmement allemand après l’arrivée de Hitler au pouvoir, en l'estimant comme la meilleure solution pour limiter ce réarmement. Certes, la politique de désarmement avait été inefficace au sein de la SDN et la Conférence générale sur le désarmement s'était soldée par un échec en 1932-1933. Du point de vue anglais, cet échec était imputable à la France trop intransigeante, ce qui aurait permis à l’Allemagne de se réarmer sans limite. Cette interprétation est évidemment dépassée quand on connaît les intentions bien arrêtées d'Hitler à ce sujet, mais permet de souligner la francophobie qui existait au sein des milieux dirigeants de Londres.

Quoiqu'il en soit, l’Angleterre estima que cet accord était indispensable. Si les Anglais manifestaient toujours un idéal pacifiste avec la conclusion des accords, ils s'illusionnaient gravement sur leur capacité à limiter la course aux armements.

Pour l’Allemagne, la conclusion de cet accord avec le quota inespéré de 35% pour ses navires lui permettait d’indexer sa flotte sur celle de l’Angleterre sans plus tenir compte du traité de Versailles. Hitler avait réussi à porter un second coup audit traité. Surtout, la signature de cet accord rompait le front de Stresa d’avril 1935 (conférence entre l’Angleterre, la France et l’Italie suite à l’annonce du rétablissement du service militaire allemand du 16 mars 1935, où les anciens alliés de 1918 réaffirmaient leur attachement au traité de Locarno, leur unité par rapport à l’Allemagne tout en condamnant la violation unilatérale du traité de Versailles).

Si cette signature a permis d’officialiser et de légaliser le réarmement naval nazi grâce à l’Angleterre, c’était aussi un coup de maître d'Hitler car c'était la première fois qu'un pays vainqueur de la Première guerre mondiale considérait le traité de Versailles comme caduc. De plus, "Herr Kanzler" avait de bonnes raisons d'estimer que l’Angleterre lui laissait les mains libres en Europe centrale et orientale. Comme je le souligne toujours, Hitler était anglophile et se posait en fervent partisan du rapprochement avec l’Angleterre. Il s'était persuadé que la défaite de l’Allemagne durant la Grande Guerre s’expliquait par une lutte sur deux fronts, chose qu'il voulait à tout prix éviter en se lançant à la conquête de l'URSS.

Les réactions dans le monde furent diverses et contrastées. En Angleterre, l'accord fut perçu comme le résultat d’une longue bataille contre le réarmement allemand et le début de prochaines négociations pour maintenir la paix en Europe. Le gouvernement britannique eut le culot de déclarer que ce pacte n’était pas contraire à l’esprit du front de Stresa, en ajoutant traitreusement qu’il s'était gardé de critiquer l’accord militaire franco-russe de mai 1935. L’opinion publique fut massivement satisfaite de l’accord, sauf Churchill et Austen Chamberlain (frère aîné de Neville et signataire du pacte de Locarno) qui mettaient en garde contre la menace militaire représentée par le régime nazi. La date même de l'accord semblait un bon tour joué aux Français et beaucoup d'Anglais ironisèrent à ce sujet...

En Allemagne, comme il fallait s'y attendre, les réactions furent enthousiastes. Le New York Times publia un article le 19 juin 1935 s’intitulant « Berlin overjoyed by naval treaty ». Les nazis étaient comblés au-delà de toute mesure car le Reich était délié pour ainsi dire des obligations du traité de Versailles. Hitler songeait à établir une véritable alliance militaire avec les Anglais. Il était prêt à garantir l’empire colonial britannique, pour peu que les Anglais lui laissent les mains libres à l'Est !!!

La France dénonça et condamna l’accord jugé « moralement inadmissible et juridiquement insoutenable ». Elle critiqua la violation du front de Stresa et de la clause V du traité de Versailles. Une partie de la presse releva que cet accord avait été conclu le jour du 120ème anniversaire de la défaite de Waterloo du 18 juin 1815 !! :evil: La France fut donc contrainte d’augmenter sa flotte car elle pouvait se sentir menacée du fait du réarmement naval allemand. Une alliance germano-italienne était de nature à lui ôter sa suprématie en Méditerranée, en cas de neutralité anglaise. Il lui fallait donc lançer un programme de construction pour les navires et les sous-marins, ce qui devait amoindrir ses capacités pour moderniser l'armée de terre et l'aviation. Jusqu'à un certain point, l'opinion pouvait se sentir trahie par l’Angleterre qui ne respectait pas l’Entente cordiale, mais ce ne fut qu'un sentiment éphémère que les politiciens ne cherchèrent même pas à exploiter...

L’Italie dénonça également la violation du front de Stresa. Elle condamna aussi l’accord mais avec une certaine retenue, dans la mesure où -l’Allemagne étant dégagée du traité de Versailles- elle se sentait plus libre d’attaquer l’Ethiopie alors que le pacte de la SDN le lui interdisait.

L’URSS réagit très mal à la conclusion de cet accord. Elle craignait un encerclement de la part de l’Allemagne, de la Pologne et du Japon. Elle redoutait une augmentation de la marine allemande dans la mer Baltique tout en estimant que le Reich encourageait le Japon à l’attaquer.

Les USA manifestant un désintérêt certain pour l’Europe, Roosevelt était plus absorbé par le New deal qu'autre chose. De plus, l'opinion américaine était isolationniste et souhaitait simplement la paix et le désarmement.

Peu après la signature de l’accord, le cabinet anglais reprit les relations avec les hommes politiques français et italiens. La France ravala rapidement sa déception et réaffirma sa volonté de préserver l’Entente cordiale. Les accords navals de Washington et de Londres prenaient fin en 1936. L’Angleterre tenta d'organiser une nouvelle conférence mais elle échoua. La Conférence de Londres se déroula en décembre 1935. L’Allemagne n’y fut pas conviée en raison de l’opposition de la France. Le Japon quitta très vite la Conférence car il refusait le principe de la hiérarchisation des flottes. L’Italie quitta aussi la Conférence refusant de signer un traité avec des pays qui avaient condamné son invasion de l’Ethiopie. A l'issue de celle-ci, l’Italie et l’Allemagne commencèrent un rapprochement logique, du fait des erreurs de l'Angleterre.

En conclusion, il est difficile d'admettre que le but de la politique étrangère anglaise était seulement de pacifier l’Europe. Conclure d’autres accords afin de limiter le réarmement du Reich et de l’Europe était sans doute un but louable, mais ne pouvait être atteint sans une concertation étroite avec des puissances comme la France et l'Italie. On peut légitimement se demander si cette politique ne visait pas à permettre à Hitler de parvenir à son premier but, soit la réunion de tous les Allemands dans un grand Reich. L'abstention anglaise au moment de la remilitarisation de la Rhénanie, son attitude conciliante au moment de l'Anschluss et sa complicité dans l'annexion des Sudètes tendent à le démontrer. En tout cas, cet accord naval conduisit à une course aux armements, l’effet contraire à celui qui aurait été recherché. En effet, Hitler se sentant libre de piétiner le traité de Versailles, ne connut plus de bornes à son ambition. "Fraus Albionis omnia corrumptit" !!!


Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: L'accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935...

Message par Eric van den Bergh » Dimanche 04 Juillet 2010 11:13:51

J'ai traité ce sujet dans mon ouvrage 1940 une vistoire-eclair ,ch.15 "La désastreuse politique étrangère et militaire britannique".D'une part,votre article est plus complet .D'autre part j'ai ajouté quelques réflections militaires et géostratégiques.D'abord les 4 inconvénients pour la Royal Navy et ensuite que l'Angleterre n'était plus une puissance navale mais était devenue une puissance terrestre par l'entrée en scène de l'avion ce qu'ils n'ont pas compris.
Vous pouriez publier ce chapitre dans sa totalité ou abrégé si vous pensez que ce soit utile .
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Re: L'accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935...

Message par Eric van den Bergh » Mercredi 07 Juillet 2010 11:07:15

LE TRAITÉ PRÉSENTAIT AUX ANGLAIS LES INCONVÉNIANTS SUIVANTS :

1.Une partie de la Royal Navy, construite avant la guerre, était démodée, alors que la Kriegsmarine se dotait de navires, flambants neufs, pourvus de la technique la plus moderne.
2.La flotte britannique devait opérer sur toutes les mers du monde; celle de l'Allemagne seulement sur la Baltique, l'Atlantique et la mer du Nord. Sur cette dernière, elle risquait de devenir une menace sérieuse pour les Anglais, ce qui s'est avéré en 1940 pendant la campagne de Norvège.
3.La supériorité de la Royal Navy dans la Méditerranée risquait d'être menacée par la flotte italienne, en plein essor.
4.En cas de conflit en Orient, la flotte japonaise serait supérieure à la britannique.

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Re: L'accord naval Anglo-allemand du 18 juin 1935...

Message par BRH » Vendredi 09 Juillet 2010 10:23:38

CHAPITRE 15

La désastreuse politique étrangère et militaire britannique.
La France toute seule

Comme on l’a vu, Chauvineau critique d’une part la politique française, qui restait à la remorque de l’Angleterre et n’était pas « celle d’un ami sincère mais émancipé », et d’autre part celle des politiciens anglais, qui pensaient avec arrogance qu’ils pouvaient mener une politique indépendante de la France.

Et ils le faisaient !


Au chapitre 6, on a déjà vu – quand les journaux allemands du 16 mars 1935 jubilaient « Deutsche Wehrhoheit herstellt » (souveraineté allemande en matière de défense nationale rétablie) – que ni les Anglais, ni les Français d’ailleurs, n’ont compris les conséquences de cet événement.

On n’insistera jamais assez sur son importance. Par cette décision s’en allaient en fumée toutes les illusions d’un Seeckt, d’un Liddell Hart, d’un de Gaulle, et d’autres encore, qui espéraient éviter lors d’une guerre future la stabilisation des fronts par l’action de petites armées, avec un armement très puissant, et ainsi revenir aux « guerres de mouvement ».

Mais avec les 36 divisions – plus d’un demi-million de soldats – annoncées par Hitler comme n’étant qu’un début, les Allemands commençaient à se donner des masses, « des masses qui ne leur serviront guère » comme l’écrit de Gaulle à Nachin, encore à la fin de 1937 ! (Nachin, pp.88-89) Quelle erreur !

Or, le traité naval anglo-allemand du 18 juin 1935, qui consentit à la Kriegsmarine une flotte, égale en tonnage à 35% de la Royal Navy et la parité en sous-marins, était l’exemple le plus néfaste de l’imprévoyance britannique.

Première faute : Tout comme Hitler, les Anglais ne respectèrent pas un traité qu’ils avaient conclu. Sans concertation avec les autres signataires de ce traité, ils les mirent devant le fait accompli par une violation brutale et unilatérale, en complicité avec le Führer.

Dans leur niaiserie, ils croyaient que Hitler, qui venait de démontrer qu’il se fichait des traités, respecterait ce traité naval, et qu’une nouvelle course à l’armement naval entre les deux pays, comme ce fut le cas avant la Grande Guerre, serait ainsi évitée.

Naturellement, ce traité fut considéré comme un grand succès de la diplomatie allemande et il augmenta considérablement le prestige de Hitler dans son pays et à l’étranger. Il savait maintenant qu’il pouvait continuer le renforcement de son armée et de la Luftwaffe, auquel les Anglais n’avaient opposé aucune objection !

Deuxième faute : Ainsi les Anglais étaient revenus à leur politique traditionnelle, inhérente à leur situation insulaire. Leur puissance était toujours basée sur leur domination des mers. Ils n’avaient pas à craindre une invasion d’une grande armée, qui pouvait mener à leur destruction totale. Les grandes puissances européennes du passé, elles, étaient basées sur leur puissance terrestre.

Or, Clausewitz distingue d’une part les guerres au but limité – par exemple empêcher un adversaire de s’emparer d’une province (comme dans le cas de la guerre du pétrole en 1991-Kuwait) – qu’on peut mener avec un effort réduit, et d’autre part les guerres ayant pour but la destruction totale de l’ennemi, qui exigent un grand effort (qu’on était incapable de mettre en œuvre dans la guerre contre l’Irak dont le but était la destruction de son gouvernement et de son armée, ainsi que l’instauration d’un régime bien disposé envers les Etats-Unis et Israël. On manquait tout simplement d’infanterie) (voir ch.83).

Etant donné que les Britanniques ne menaient jamais leurs guerres terrestres tout seuls, mais toujours avec des alliés, ils pouvaient se contenter d’une petite armée, suffisante pour mener des guerres à but limité (des guerres coloniales par exemple) dans des guerres à but illimité. Ainsi pouvaient-ils obtenir avec le moins d’effort possible le plus grand gain, et se trouver pour deux sous aux premières loges (dicton hollandais, caractéristique d’un peuple de marchands). Dans les guerres napoléoniennes, par exemple, le but de l’Angleterre était la destruction de Bonaparte. Là aussi, les Anglais avaient des alliés sur le continent et ils pouvaient mener leur guerre avec des moyens réduits. Ainsi Wellington mena-t-il avec succès la campagne d’Espagne dans sa forme réduite, dans une guerre à but illimité. Et en 1815, alors que les Autrichiens se mettaient en campagne avec 250.000 hommes, les Russes avec 170.000 et les Prussiens avec 120.000, Wellington, lui, ne disposait à Waterloo que de quelque 100.000 soldats, parmi lesquels l’armée hollando-belge (30.000) et des troupes de Nassau, des Hanovriens (24.000), la légion allemande du roi (6.000) et 7.000 Brunswickois. Avec le soutien des Prusses, les quelque 35.000 Anglais furent juste suffisants. 600.000 continentaux et 35.000 Anglais seulement !

Encore une fois, l’Angleterre entra dans la Grande Guerre – parmi des millions de Français et de Russes – avec seulement 100.000 hommes, à peu près autant que les six divisions belges. Et pour la première fois, ce ne fut pas suffisant ; elle dut faire un effort inouï pour battre les Allemands, ce qui était « damned un-english ».

La grande bataille qui s’était déroulée en France, d’une durée et d’un caractère jamais vus, fut considérée, et pas uniquement par les Anglais, comme un accident dans l’histoire militaire, qui ne se répèterait plus. Mais, comme l’a remarqué Clausewitz, « une fois renversées les bornes du possible, il est difficile de les relever » Les Britanniques n’ont pas compris que pour détruire ce nouveau criminel de guerre il fallait plus de soldats que le nombre qu’ils avaient déployé à Waterloo. En se contentant par ce traité naval de maintenir uniquement leur supériorité sur les mers, illusoire d’ailleurs, ils se sont comportés comme si la Grande Guerre n’était qu’un mauvais rêve, et ils ont repris leur politique insulaire, menée avec succès pendant des siècles, ne se rendant pas compte qu’elle était devenue inopérante par l’entrée en scène de l’avion. Afin de tenir à distance de leur île une aviation ennemie, ils devaient se défendre sur le Rhin. Ainsi l’Angleterre était devenue une puissance terrestre, ce qui exigeait une politique militaire compatible avec cette situation. Puisqu’ils consentaient tacitement à Hitler de se doter d’une armée et d’une aviation considérable, ils auraient dû en faire autant, ou, encore mieux, l’en empêcher.

Troisième faute : Le traité, lui, n’offrait pas aux Anglais le profit qu’ils en espéraient, mais présentait plusieurs inconvénients :

1.Une partie de la Royal Navy, construite avant la guerre, était démodée, alors que la Kriegsmarine se dotait de navires flambants neufs, pourvus de la technique la plus moderne.
2.La flotte britannique devait opérer sur toutes les mers du monde ; celle de l’Allemagne seulement sur l’Atlantique, la Baltique et la mer du Nord. Sur cette dernière, elle risquait de devenir une menace sérieuse pour les Anglais, ce qui s’est avéré en avril 1940 pendant la campagne de Norvège.
3.La supériorité de la Royal Navy dans la Méditerranée risquait d’être menacée par la flotte italienne, en plein essor.
4.En cas de conflit en Orient, la flotte japonaise serait supérieure à la britannique.
Par ailleurs, la Kriegsmarine risquait de devenir dans la Baltique une menace pour les pays environnants, ce qui fut ressenti comme tel, notamment à Moscou où on craignait toujours une attaque par les pays capitalistes, comme ce fut le cas après la Grande Guerre. Le renforcement de la Kriegsmarine dans la Baltique pouvait très bien servir à une attaque à partir de la Finlande, pays anticommuniste, sur Leningrad, situé très près de la frontière. Pour les Soviétiques ce fut une raison de plus de se méfier de l’Angleterre, et une des causes de la guerre finlando-soviétique dans l’hiver 1939-1940.

Or, quand on se demande quel était l’intérêt du Royaume-Uni de consentir à l’Allemagne de renforcer sa flotte, et de pousser la France à accepter la parité en forces terrestres avec l’Allemagne de Hitler, logiquement, il n’y en avait aucun. Illogiquement, il y avait la conviction fallacieuse de ces niais d’Anglais qu’ils pouvaient toujours tenir en équilibre les puissances sur le continent. L’anticommunisme de Hitler trouvait un bon accueil chez les conservateurs, tout comme dans la droite française d’ailleurs.

On pouvait très bien utiliser l’Allemagne pour mettre un frein à l’URSS, qu’ils considéraient comme une menace plus grande que Hitler. L’idée de laisser Staline et Hitler s’entre-détruire, tout en surveillant ce spectacle avec bienveillance, fut ouvertement avancée. De là ce traité naval, qui visait manifestement l’URSS. De là leur approbation de la remilitarisation allemande. De là leur politique qui laissait à Hitler la main libre à l’Est.

L’idée que celui-ci pouvait se tourner à un moment donné vers l’Ouest et, en menaçant la France, la Belgique et la Hollande, devenir un danger mortel pour leur île, ne semble pas venue à ces politiciens, aveuglés par leur idéologie anticommuniste.

Ils n’ont pas prévu qu’ils seraient « obligés à des concessions de plus en plus grandes pour se procurer des soldats continentaux et à des efforts croissants dans le domaine terrestre » Et ils ont vraiment cru que Hitler respecterait sa parole donnée, alors que tout le monde savait qu’il se comportait dans son pays comme un voyou de la pire espèce.

Ainsi portent-ils une responsabilité gravissime dans la marche ascendante du Führer, qui eut comme résultat la deuxième guerre mondiale, dont ils sont finalement sortis vainqueurs, certes, mais considérablement appauvris et affaiblis, et relégués à la position d’une puissance de second rang.

La France toute seule
La France, elle, sortait de la grande Guerre toute seule. L’allié russe était parmi les perdants et s’était transformé en URSS. L’allié américain s’était replié sur son continent et l’allié anglais sur son île. Tous deux avaient dissous leurs armées. L’allié italien tombera aux mains d’un fanfaron fasciste. Même sans avoir lu Mein Kampf il était évident pour tous que l’Allemagne restait un ennemi en herbe. Ainsi la France s’efforçait-elle de « Bâtir une sécurité nouvelle » (sujet d’un colloque en décembre 1999), fondée sur une coopération essentiellement militaire, mais entraînant aussi le domaine politique.

« Versailles » avait entouré l’URSS d’Etats qui lui étaient hostiles, gouvernés par des régimes autoritaires de droite et anticommunistes, et qui pour certains avaient fait partie de l’empire des Tsars.

Or la France conclut toute une série d’alliances avec des pays voisins de l’Allemagne et dans les Balkans. Ainsi avait-elle « pris des engagements périlleux » (Rocolle, II, P.348) ; elle « a mis le bras (…) dans des engrenages excessivement dangereux ; après 1918, elle a promis notre aide à des nations éloignées que nous ne pouvons pas aider » (Chauvineau, p.190) « L’armée doit avoir les moyens d’exécuter la stratégie du gouvernement » aurait averti Sun Tzu (I, 8) Mais les hommes politiques « n’ont pas prêté attention au vieillissement de notre appareil militaire » (Rocolle, idem), « dont la base est d’une vétusté inquiétante » (Chauvineau, p.210).

« Quelle politique réussit quand les armes succombent ? Quelle stratégie est valable quand les moyens lui font défaut ? (de Gaulle, F.d.E, p.132) La politique « doit connaître l’instrument dont elle va se servir » (Clausewitz, 3.8.6B) Elle « doit s’adapter aux moyens de guerre disponibles » Nous avons « signé des traités, souscrit à des pactes, pris des engagements, adopté une attitude, qui consacrent une fois de plus cette interdépendance […]Dans l’état présent du monde, la pente même de notre destin nous conduit à disposer d’un instrument d’intervention toujours prêt aux actions de secours. Alors seulement, nous aurons l’armée de notre politique » (de Gaulle, l’A.de M.,pp.94-95)

« Que vaut une diplomatie qui s’appuie sur des baïonnettes émoussées ? » se demanda Coulondre, l’ambassadeur français à Berlin (Stehlin, p.121).

Or tous ces traités, tous ces pactes, tous ces engagements ne valaient pas plus que le papier sur lequel ils étaient écrits, du moment où le général Maurin, ministre de la guerre, déclara, à l’occasion du débat sur le service de deux ans, pendant la deuxième séance du 15 mars 1935 : « Comment peut-on croire que nous songeons encore à l’offensive quand nous avons dépensé des milliards pour établir une barrière fortifiée ? Serions-nous assez fous pour aller en avant de cette barrière à je ne sais quelle aventure ? » (Journal officiel de la Chambre, p.1045, en bas de la 2e colonne) Et cela le jour même où Hitler instaura le service militaire obligatoire et annonça la formation de la Luftwaffe. On a déjà vu la réaction de l’Angleterre à cet événement décisif, alors que la France reste inerte.

Ce fut une imbécillité monumentale : « Une armée ennemie même peu nombreuse, mais servant à long terme et organisée en vue d’une attaque immédiate, serait une grave menace pour notre couverture. Nos craintes seront encore plus vives si, par notre attitude et notre organisation, nous avons donné à l’ennemi la sensation qu’il ne peut redouter aucune offensive de notre part, car c’est la peur de l’attaque qui l’oblige à disséminer ses moyens de défense tout le long de sa frontière, c’est à dire à amenuiser ce qui lui reste disponible pour une action offensive. » (Chauvineau, p.149)

Et là, Maurin ne donna pas cette sensation aux Allemands, il leur donna la certitude qu’ils pouvaient impunément concentrer le gros de leurs forces à l’endroit, choisi par eux, pour déclencher une offensive contre n’importe quel allié de la France, et qu’ils pouvaient être faibles ailleurs, en l’occurrence en face de la ligne Maginot.

Par ailleurs, Maurin se montra un adepte de la « défense absolue » : parer les coups sans les rendre, ne pas vouloir « vraiment faire la guerre ».

On comprend mal que la Tchécoslovaquie et la Pologne aient continué à croire que la France tiendrait ses engagements. Et on peut se demander si Staline ne s’est pas souvenu de cette déclaration néfaste quand les Alliés vinrent lui proposer une alliance.

Mais pourquoi la France avait-elle conclu tous ces traités, tous ces pactes ? Quel était son intérêt à prendre tous ces engagements ?

En réalité, l’intention n’était nullement de prendre le moindre engagement. Tout au contraire ; c’était pour engager ses partenaires à l’aider en cas d’une attaque allemande contre elle-même. C’était ce à quoi on s’attendait. C’était ce à quoi le Haut-Commandement se préparait, en comptant sur les divisions polonaises, tchèques, roumaines et yougoslaves, pour remédier à l’infériorité en nombre des Français, afin de contraindre l’Allemagne à une guerre sur deux fronts, comme en 1914.

Ça, c’était la véritable intention de tous ces pactes. Et, inconscient de sa bourde, le niais Maurin l’avait ouvertement admis. Mais en 1939 la guerre commença d’une façon à laquelle on ne s’attendait pas, et à laquelle le Haut-Commandement n’était pas préparé.

Ainsi la France avait renoncé au statut de grande puissance, ce qui fut confirmé l’année suivante par sa non-action quand l’Allemagne occupa la Rhénanie, et que Maurin était encore ministre de la guerre.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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