1) Droit de réponse au SN.
2) Droit de réponse à l'ABN.
3) Réplique à Christophe.
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Dans sa présentation des faits « avérés », Jacques Macé tombe rapidement dans l'erreur. Ainsi, quand il soutient que le moulage de la tête en vue de réaliser un masque de Napoléon a été réalisé en trois parties. Cette assertion repose sur le travail du Baron de Veauce, très contestable, au vu des déclarations du Dr Burton, seul véritable acteur de ce moulage impérial. Contrairement à ce qu'il avance, ce n'est pas l'affaire des cercueils qui a mis Raoul et Georges Rétif sur la piste, mais bien celle du masque mortuaire dit d'Antommarchi, alors qu'il s'agit d'un faux manifeste ! Sur l'affaire des cercueils, comme bon nombre d'auteurs francophones, Jacques Macé préfère accorder sa confiance aux témoins anglais de l'époque -comme le colonel Mac Carthy en son temps. Reprenons le journal du Grand Maréchal Bertrand : A la date du 7 mai : « on a scellé le fer-blanc, puis l'enveloppe en plomb » ; A celle du 9 mai : « Le matin, on a placé le cercueil de plomb dans un cercueil d'acajou ; » Toutes les explications du monde ne prévalent point contre ce témoignage d'un des plus fidèles et des plus précis compagnons d'infortune de Napoléon, comme l'admet Jean Tulard, d'autant plus que ce témoignage, publié seulement en 1949, est corroboré par un PV officiel signé des Comtes Bertrand, Montholon et Marchand, daté du 7 mai et qui valide le précédent récit du Grand Maréchal. Sans doute, a-t-on voulu opposer à ce récit authentique, écrit au moment même où se déroulaient les faits, le témoignage du si controversé Antommarchi. C'est par lui -en premier- que l'on apprendra que l'Empereur repose dans quatre cercueils : le premier en fer-blanc, contenu dans un premier cercueil en acajou, ce dernier logé dans un cercueil en plomb, l'ensemble protégé par un second cercueil d'acajou. Antommarchi est-il fiable ? Non, comme l'admet d'ailleurs Jacques Macé. Il a donc recours aux témoignages du tapissier Darling -qui a présidé à la confection des cercueils- et de l'enseigne Duncan Darroch. Dès l'an 2000, à la parution de la 1ère édition de mon ouvrage « l'Enigme de l'exhumé de 1840 », j'ai posé la question de la fiabilité de ces témoignages, ceci afin de respecter la méthode historique et la logique, sans aborder la question des fantasmes. Qui a eu accès aux originaux ? peut-on les voir aujourd'hui ? Malheureusement, il semble que non. Pourtant, il y aurait lieu de s'entourer de toutes les précautions et d'établir de manière irréfragable leur authenticité. Jacques Macé s'en remet sans doute en la matière à l'opinion du colonel Mac Carthy qui affirmait : « il n'y aucune raison de mettre en doute l'authenticité de ces témoignages ». Notons -au passage- qu'il paraît pourtant incongru pour des Français, de s'en remettre à des témoignages étrangers pour mieux disqualifier un PV dûment rédigé et signé par les compagnons de l'Empereur. Ajouter que ce PV n'a aucune valeur juridique car étant établi sur une terre étrangère, c'est le comble de la malséance, vis à vis de l'autorité morale incarnée par le dernier Grand Maréchal du Palais de Napoléon. Si nous examinons lesdits témoignages, nous irons de surprises en surprises: celui de Darling, par exemple. Le récit, retrouvé en 1851 -paraît-il- alors que Darling est décédé en 1841 et que sa famille a quitté Sainte-hélène pour l'Australie, comporte des anomalies qui font douter de sa sincérité ou même de son authenticité: je n'y reviens pas; Albertuk en a souligné les invraisemblances! Ence qui concerne le cercueil intercalaire entre le fer-blanc et le plomb, il est signalé comme étant en bois. Jacques Macé semble l'admettre, sans noter le problème qui reste posé : tous les témoins de 1840 s'accordent pour déclarer que ce cercueil est -lui aussi- en acajou. Comment Darling peut-il demeurer aussi imprécis, alors qu'il signale avoir dû recourir à la table à manger du capitaine Bennet, faute de trouver de l'acajou sur l'île ? Nous devons admettre que ce détail pose un gros problème. Car -en admettant qu'il y ait bien un cercueil intercalaire en bois- Darling nous conduit à penser qu'il n'était pas en acajou ! Singulière contradiction pourtant balayé d'un revers de la main par les tenants de la vérité officielle ! Comme de juste, c'est encore un témoignage Anglais qui permet de sauver la situation. L'enseigne Darroch a le bon réflexe de conserver les courriers qu'il adresse à sa mère. Son fils, Charles Stuart Parker Darroch, vicaire de la paroisse de Saint-Thomas à Southborough en héritera et permettra au major Smyth de le publier dans l'annuaire des Lancashire Fusilier, en 1904. Ultérieurement, Sir Lees Knowles le retranscrira dans son ouvrage paru sur le capitaine Lutyens en 1917. Les lettres en question s'étalent du 6 au 13 mai 1821 et couvrent ainsi -par bonheur- la période des funérailles de Napoléon. Chose rarement soulignée jusqu'ici, ces lettres ont été expédiées en un seul courrier. On peut donc dire qu'elles se présentent plutôt sous la forme d'un journal. Néanmoins, l'enseigne Darroch, auteur putatif desdites lettres, respectera la fiction de missives écrites au jour le jour. Ainsi, le 6 mai nous apprend-il que les cercueils se présenteront dans l'ordre suivant : un cercueil en fer-blanc, un cercueil en plomb et deux cercueils en bois ! Le malaise n'est pas dissipé, bien au contraire! Dieu merci, le jeune officier anglais est précis et méthodique. Après avoir conté sa journée dans les lieux hantés par l'ombre prestigieuse de Napoléon, le 10 mai, il corrige sa première notation : « I gave you a wrong statement of the coffins », phrase bizarement traduite ainsi par le Baron de Veauce : « je me suis mal exprimé à propos des cercueils » ; en réalité, « the first is tin, second mahogany, third lead, fourth mahogany et fifth stone » ! On notera le glissement sémantique : le texte original fait mention d'une mauvaise description « a wrong statement », la traduction mentionne une erreur d'explications imputable à Darroch, ce qu'il n'est pas possible d'affirmer à la lecture de la version anglaise ! Plus vraisemblablement, Darroch a rapporté le 6 mai ce qu'il a entendu : un cercueil en fer-blanc, un autre en plomb et deux autres en bois ; ceci a le mérite de se rapprocher de la version du comte Bertrand. Comme il n'y avait pas assez d'acajou : on s'est contenté d'un cercueil en cette matière. Seulement, admettre ce raisonnement, c'est renoncer à enterrer l'affaire des cercueils. Jacques Macé -comme de juste- fait toute confiance aux relations anglaises et nous assène sa vérité : « bien que quiconque se penchant sur les textes ne puissent contester de bonne foi la présence de quatre cercueils en 1821, l'argument très journalistique du nombre de cercueils (...), est impossible à faire oublier du grand public. » Pauvre Bertrand, pauvre Marchand ! Comment ont-il pu rédiger un pareil PV que le grand public ne pourrait oublier plus tard ? Car comble de sottise bien Française, ce grand public a plutôt tendance à croire les fidèles de l'Empereur que des témoins anglais... Et cependant, même en admettant ce nombre des quatre cercueils, comment expliquer la contradiction du cercueil intercalaire décrit comme étant en bois en 1821 par Darling et que tout le monde voit comme étant lui aussi en acajou ? Jacques Macé ne nous donne pas la réponse... Force est d'admettre que l'affaire n'est pas close ! Il convient donc d'examiner les autres arguments de Rétif et pour commencer, celui des vases d'argent. Antommarchi relate que les vase d'argent furent placés aux angles du cercueil. Au niveau des pieds, l'espace disponible n'était que de huit pouces (20,32 cm), ce qui est juste pour les bottes de l'Empereur. A l'instar de Mac Carthy, son émule veut que l'on ait écarté les jambes de Napoléon pour y loger les fameux vases : c'est pourtant bien difficile, attendu que les pieds étaient toujours coincés. Pour parvenir à un tel résultat, il fallait plier les jambes de Napoléon et les écarter. Laissez moi dire que l'on aurait eu le plus grand mal, car il faut tenir compte de l'état de rigidité cadavérique qui empêchait une telle manipulation ! Par contre, le cercueil s'élargissant vers le haut, il y avait moins de difficultés à mettre ces vases le long des chevilles du cadavre, de part et d'autre des jambes, petite modification qui n'amenait pas Antommarchi à corriger son expression : « aux angles du cercueil » ! Expression validée par le rapport d'Hudson Lowe, ce qu'ignorait Mac Carthy en 1969 : « à côté du corps ». Mais, où irions-nous si l'on commençait à croire Hudson Lowe qui -lui aussi- nous indique qu'il n'y avait que trois cercueils ; Ce ne sont plus des tapissiers ou des aspirants qui parlent, c'est le gouverneur en personne. C'est sans doute la raison pour laquelle Jacques Macé ne retient pas ce témoignage ! Les bas, les bottes et les éperons : les anomalies concernant ces accessoires ne troublent nullement le rationnaliste qu'est Jacques Macé, pour lui, « il est tout à fait normal que les coutures de ces bottes, qui avaient supporté pendant six ans le climat de Sainte-Hélène où tout moisissait, cèdent, de même que les fils des bas de soie, surtout si Marchand n'avait pas choisi la meilleure paire. » Pauvre Marchand ! Voici donc le responsable : il aura choisi la plus mauvaise paire des bas de soie disponibles : il y en avait pourtant quarante paires ! Une d'entre-elles a échoué au musée Napoléon de l'île d'Aix. Elle est exposée depuis 1927 à la lumière du soleil et de l'électricité et se trouve en excellent état ! C'est à ne pas croire... Qui plus est, elle aussi, a été exposée pendant six ans au climat de Sainte-Hélène ! Qui peut croire que Marchand -dont on connaît le dévouement pour l'Empereur- ait choisi une des plus mauvaises paires de bas ? C'est grotesque : à l'évidence, Marchand aura passé la meilleure des paires de bas, la moins abîmée ! Il faudra donc trouver une autre explication, surtout pour justifier ces orteils nus qui « saillent » en dehors des bottes, comme l'affirment Rohan-Chabot et le Dr Guillard... Et pas n'importe comment ! Non, de manière identique et symétrique : la nature fait sans doute bien les choses, mais pas au point de renouveler ses effets en parallèle comme décalqués... Pour les éperons, il semble admis qu'ils ne figurent pas dans l'inventaire des objets signalés dans le cercueil en fer-blanc de 1840, aucun des témoins ne les ayant aperçus. Comment, alors, expliquer cette contradiction ? C'est bien simple : « il est donc tout à fait probable qu'ils ont été retirés lors de la mise en bière .» Voilà une probabilité fâcheuse, car la probabilité est l'ennemie de l'historien : comment notre contradicteur peut-il en justifier ? Il nous explique que ces éperons devaient rehausser les pieds de l'Empereur, au point d'empêcher la fermeture du cercueil dont la profondeur était faible (30,5cm). Pourtant cette pointure impériale est estimée par Jacques Macé à 26 cm : il y avait donc 4,5 cm pour « loger » la pointe des éperons. Ceux-ci d'ailleurs, comment se présentaient-ils ? Marchand nous indique qu'il s'agissait de petits éperons en argent; Pourquoi n'auraient-ils pas pu s'enfoncer dans le mince matelas destiné à supporter le corps de Napoléon ? Vu que Jacques Macé admet cette absence d'éperons en 1840 et que leur présence en 1821 est attestée, il y a bien là un indice fort d'une manipulation du cadavre entre la fermeture du cercueil en 1821 et son ouverture en 1840. C'est du moins la seule conclusion logique que l'on peut tirer de cette affaire, surtout si l'on tient compte des anomalies concernant les bas et les bottes ! Décorations et cordon de la Légion d'Honneur : Sur ces points capitaux, Jacques Macé -comme il fallait s'y attendre- rejoint l'argument dirimant des « légalistes » : la fragilité des témoignages... Il ne nie pas qu'il existe des contradictions, mais les gomme assurément en mettant tout cela sur le compte de l'imperfection du genre humain. Encore le fait-il avec prudence, en posant des questions, ce qui me permet de lui répondre, en me pardonnant de faire une recension des témoignages : -Bertrand : « on a habillé l'Empereur en uniforme des chasseurs de la Garde, avec bottes, éperons, cordons, plaques, croix, chapeau. » A lire ce témoignage, il ne fait aucun doute qu'il y avait au moins deux cordons, puisque -nécessairement- il y avait deux plaques. Notons que le Grand Maréchal du Palais n'est pas le premier venu et qu'en matière de décorations, c'est lui qui faisait autorité à Sainte-Hélène. Première question de Jacques Macé : « peut-on en conclure qu'il y a au moins deux cordons et qu'ils sont sur l'uniforme puisque cités après ? En guise de réponse, il oppose le témoignage d'Antommarchi. -Antommarchi : « grand cordon de la Légion d'Honneur, uniforme des Chasseurs de la Garde (vert, avec des parements jaunes) décoré des ordres de la Légion d'Honneur et de la Couronne de fer ; longues bottes à l'écuyère avec des petits éperons ; » Ainsi, le cordon est unique et placé avant l'uniforme. Qui croire ? Antommarchi le faussaire ou Bertrand, incarnation du devoir et de la fidélité ? Avec cette observation déterminante : Bertrand -qui sait de quoi il parle, c'est un militaire- écrit quelques jours seulement après les évènements, parfois le soir même ! Antommarchi -très doué pour les autopsies- l'est certainement moins en matière d'usages liées aux décorations. Il est donc étrange que mon contradicteur puisse mettre en balance les deux précédents témoignages ; l'écriture sténographique de Bertrand -si elle peut faire douter du s à cordons- ne laissant pas subsister la moindre interrogation concernant le pluriel employé pour « plaques » ! Les autres témoignages pourraient-ils les départager ? -Marchand : « Nous lui mîmes une chemise blanche, des bas de soie blanche, une culotte de casimir blanc, une veste de même étoffe, l'uniforme vert à parements rouges des chasseurs de la Garde, décoré des ordres de la Légion d'Honneur, de la Couronne de fer, de la Réunion, de la plaque et du Cordon de la Légion d'Honneur, » L'énumération fait penser que le Grand Cordon a bien été passé par-dessus l'uniforme, contrairement à ce que pouvait laisser entendre Antommarchi et à tout ce qui a été observé par les témoins de 1840. Ajoutons que Marchand écrit ses mémoires en 1842 : en tout cas, c'est la date qu'il indique à la fin de ceux-ci ; 18 octobre 1842 : deux ans après que la Belle Poule ait quitté les eaux de Sainte-Hélène. Ainsi, il a pu mettre ses écrits antérieurs en conformité avec les évènements de 1840. Pourtant, il laisse des indications qui sont comme des signes pour celui qui veut les comprendre... Les décorations, justement. On peut penser que ces détails sont futiles et que l'on ne devrait pas tomber dans cet examen si minutieux de pareils objets. Ils sont pourtant révélateurs et on ne doit pas s'étonner que les « légalistes », de Mac Carthy à Jacques Macé, évitent d'entrer à fond dans la discussion. Cependant, la poursuite de la confrontation des témoignages est édifiante : -Darroch : « sur le côté gauche de la poitrine se voyaient une étoile et deux décorations de je ne sais quels ordres ». Encore une fois, il nous est demandé de faire confiance à un témoignage anglais plutôt qu'aux compagnons les moins contestables de Napoléon ! Pourquoi pas, après tout, si ledit témoignage est irréfragable... Malheureusement, ce n'est pas le cas. Mougins-Roquefort qui relate le témoignage de Darroch, puise le texte d'origine dans le Sunday Times de 1934 : «sur son côté gauche il portait une étoile et trois autres décorations, sans autre ornement (9). » Quel est donc le texte anglais? "On his left were a star and two Orders of the kind. These were all the ornaments about him" . Traduction littérale: « sur sa gauche, étaient une étoile et deux ordres de la sorte. C'étaient ses seuls ornements » ! Mais, c'est une surprise, parce que la 1ère traduction -celle du Baron de Veauce, reprise par le colonel Mac Carthy- dit beaucoup plus de choses que la version originale. Ecoutons l'ancien conservateur des Invalides : « Dans sa lettre du 7 mai déjà citée, l'enseigne Darroch, qui est anglais et n'est pas très renseigné sur les ordres français, précise : « sur le côté gauche de la poitrine se voyaient une étoile [Star] et deux décorations de je ne sais quels ordres. » Darroch désigne par « étoile » la plaque de Grand Aigle [...]. Notons que Darroch aurait sans aucun doute mentionné le grand cordon s'il l'avait vu barrant l'habit vert. S'il n'en parle pas, c'est que le grand cordon est presque invisible lorsque le gisant est vu par sa droite. » A la lecture de ce commentaire, on comprend que le colonel Mac Carthy a sciemment brouillé les pistes. En tout cas, Darroch ne mentionne pas de grand cordon , ni sous l'uniforme, ni sur celui-ci ! Ce grand cordon est presque invisible vu par la droite. Possible, mais alors, dans ce cas, la plaque de Grand Aigle aussi. Et de droite, Darroch aperçoit une étoile, c'est à dire la croix de chevalier de la Légion d'Honneur qui est à cinq branches, « en forme d'étoile » et deux ordres de la sorte ; c'est à dire le même type de décorations ! Ainsi Darroch écrit avoir vu trois décorations : l'étoile et deux décorations de la sorte ! C'est à dire du même genre... C'est bouleversant, parce que Darroch confirme le témoignage de Marchand. Ce dernier n'est plus le seul à citer l'ordre de la Réunion et à se souvenir de trois médailles en plus de la Plaque, en 1821. La conclusion de Jacques Macé -déjà bien contestable en elle-même- s'effondre : « Tantôt c'est Bertrand qui voit, semble-t-il, un cordon de trop, tantôt c'est Marchand qui voit une médaille en plus. Fragilité des témoignages..." « Testis unis, testis nullus » ! Certes... Mais Bertrand et Marchand voient -au minimum- un grand cordon passé en écharpe sur l'uniforme en 1821. Et Marchand, ainsi que Darroch voient trois médailles sur le côté gauche, sans qu'il soit fait allusion à la plaque de Grand Aigle de la Légion d'Honneur ! Surtout, Jacques Macé aurait pu tout aussi bien écrire « fragile Bertrand, fragile Marchand »... Napoléon n'était pas du même avis : « Bertrand est le meilleur ingénieur depuis Vauban » Et Jean Tulard ajoute : « Bertrand, en revanche, a tout consigné sur l'instant avec la minutie d'un greffier et des ruses de cryptographe pour déjouer les soupçons (...). Comment dans ces conditions douter un instant de ce qu'il a transcrit? » Quant à Marchand, « Les services qu'il m'a rendus sont ceux d'un ami ». Mais, puisqu'il faut à tout prix maintenir la fiction officielle, Bertrand et Marchand sont considérés comme peu fiables. Il vaut mieux jeter le discrédit sur la mémoire de quelques vieux serviteurs plutôt que de renoncer au récit légendaire du Retour des Cendres... Le cadavre de l'exhumé : Que peut-on dire du corps de l'Empereur aux alentours de 19 heures, le 7 mai, moment où il est descendu dans sa bière pour être soustrait à jamais aux regards des mortels ? Les chairs du visage s'affaissent, une odeur insupportable envahit la pièce où Burton procède au moulage du masque mortuaire : comme le souligne Ali, il y règne une température de serre : « Le corps s'avança tellement que, dans l'après-midi, il se trouva en pleine putréfaction .» Cette triste évidence semble remise en cause par Jacques Macé : « le corps commençait à dégager une odeur incommodant Darroch (...), l'on procéda donc sans plus attendre à l'ensevelissement (...). A noter que Darling ne cite pas cette raison pour la fermeture des cercueils dès le 7 au soir, mais plutôt le désir d'Hudson Lowe d'en finir sans tarder. » Décidément, c'est d'une « anglomanie » rare que de citer constamment Darling, Darroch, comme si leurs témoignages étaient supérieurs à ceux de Bertrand, de Marchand et d'Ali... Quoiqu'il en soit, il n'y a pas lieu d'en douter : la putréfaction avait bien commencé son oeuvre ; et le scellement du cercueil en fer-blanc n'était pas de nature à la ralentir, du moins les premières heures. Ce processus physico-chimique -commun à tous les mortels- ne pouvait s'arrêter qu'après avoir brûlé l'oxygène présent dans le cercueil : quelques heures ; probablement aux alentours de 24 heures. C'est peu et c'est beaucoup... Près de vingt ans plus tard, comme par miracle, voici qu'apparaissait aux yeux des témoins stupéfaits le corps de Napoléon mystérieusement régénéré ; et le mot n'est pas trop fort ! Pourtant, sans s'émouvoir, notre contradicteur considère qu'il n'y aucune raison particulière, au vu des observations faites en 1840, de supposer qu'il ne s'agit pas du corps inhumé en 1821... Ainsi, fait-il grand cas de ce le général Bertrand qui aurait saisi la main gauche de l'Empereur pour la poser ensuite sur la cuisse en 1821, l'aurait retrouvé exactement dans la même position en 1840. On doit cette précision à Gourgaud (absent en 1821) : « la main gauche était un peu plus haute que l'autre parce que le général Bertrand, lorsqu'on avait fermé le cercueil, en 1821, l'en avait tirée un moment pour la baiser. » Ali évoque bien cette scène. Malheureusement, Bertrand n'en dit mot. Ni en 1840, ni en 1821 : « Au moment que le plombier allait mettre le couvercle du cercueil pour le souder, le Grand Maréchal prit une dernière fois la main de l'Empereur et la serra avec la plus vive émotion. » En sorte que l'on ne sait s'il s'agit de la main droite ou de la main gauche ; en tout cas, il n'est nullement question de baisement ! Mais ce genre de détails n'est pas pour arrêter le bouillant Gourgaud : « la tête, à l'exception du nez qui paraissait avoir été comprimé par le dessus du cercueil, était en parfait état. » Ce n'est pas tout : récemment Jacques Macé a pu préciser l'opinion de ce dernier, en consultant ses archives privées conservées aux archives Nationales, qui va jusqu'à retrouver dans l'expression du visage de l'exhumé «le sourire sardonique du moulage en plâtre » ! C'est très clair : Gourgaud reconnaît l'homme qui a prêté ses traits à la confection du masque mortuaire concocté par Antommarchi ! Evidemment, puisque c'est le masque de Napoléon ! C'est tout simple : Gourgaud identifie formellement l'Empereur et note la ressemblance du masque avec ce visage si bien conservé !!! Malheureusement -et c'est cela qui attira l'attention des Rétif- ce masque n'est pas celui de Napoléon, mais bien d'un autre ; nous y reviendrons. Je note cependant que Jacques Macé n'a pas évolué sur ce point : il a défendu et défend toujours la hypothèse officielle si mal démontrée par le baron de Veauce : « pour 50%, le masque est un faux, mais il restitue pour la face, le nez, les pommettes et les arcades sourcilières, les traits authentiques de Napoléon » ! Passons à un examen plus approfondi : notre contradicteur relève qu'il restait quelques cheveux en couronne, alors qu'en principe on les avait tous rasés pour faciliter la prise du masque. Ce n'est pas une anomalie, ça ? Faut-il rappeler les témoignages de Marchand et d'Ali ? Oui, il le faut : -Marchand : « L'Empereur avait destiné ses cheveux aux membres de sa famille ; avant de procéder à l'opération du moulage, ils furent rasés et mis sous scellés par le comte de Montholon qui m'en rendit dépositaire. » -Ali : « Pour faciliter l'opération, on dégagea le cou de l'Empereur en ôtant le col et la cravate (...). De plus, on coupa les cheveux qui garnissaient encore le front et les côtés. Il faut dire que les autres cheveux avaient été coupés après l'autopsie, pour être employés à faire des bracelets » Disons-le tout net, l'analyse de Jacques Macé est rien moins que lénifiante ! Tout s'explique selon lui par le phénomène de l'adipocire qui transforme les graisses du cadavre en une sorte de savon malodorant par le biais du processus de saponification ; problème, les chairs ainsi transformées sont grasses, huileuses, de couleur brune, plutôt cartonnées. Rien de tel avec l'exhumé : « les chairs sont comme momifiées », celles des mains conservent « cette couleur qui n'appartient qu'à la vie » ! « Rosée » dit encore Gourgaud. La question n'est donc pas résolue : la parfaite conservation de ce cadavre fait toujours problème ! Poutres et tombeau : C'est la seule partie vraiment nouvelle dans le fond des démonstrations « légalistes ». Jacques Macé y prend le contre-pied de la position du colonel Mac Carthy qui admettait l'ouverture ultérieure de la tombe. En somme, il fait oeuvre d'ultra-légaliste ! Selon lui, les témoignages de Marchand, Antommarchi et Ali ne suffisent pas à établir qu'il y avait bien deux poutres au fond du tombeau en 1821 pour supporter le cercueil impérial ! -Marchand : « les mesures étaient prises pour que l'humidité n'arrivât pas même avec les siècles jusqu'au cercueil d'acajou qui devait lui-même reposer sur deux morceaux de bois ». Il va sans dire que ces deux morceaux de bois qui doivent supporter le cercueil en acajou ont pour but d'empêcher l'humidité d'y pénétrer. Ce n'est pas une intention, comme Jacques Macé le fait dire à Marchand, c'est bien un moyen de conservation décrit dans le cadre plus général de la description du sarcophage en pierre ! -Antommarchi : « Le cercueil est placé sur deux fortes pièces de bois, et isolé sur tout son pourtour. » On constate, à la lumière de ces deux témoignages qu'il n'y a pas lieu de refuser ce fait établi : le cercueil d'acajou reposait, le 9 mai 1821, au fond de la fosse sur deux fortes pièces de bois. Mais voici la grande nouveauté découverte par notre contradicteur : selon lui, le témoignage d'Ali détruit la version précédente, jusque-là admise par les légalistes : « On descendit le cercueil à l'aide de la chèvre ; le bruit qu'il fait entendre en touchant le fond de la tombe retentit dans le coeur de chacun. » Pouvons-nous penser que le cercueil -en touchant les fortes pièces en bois destinées à le recevoir- n'aurait produit aucun bruit ? Bruit certainement amplifié par la maçonnerie en place... Bien sûr que non : il tombe sous le sens que le fond de la tombe pouvait supporter deux fortes pièces en bois et produire un son en résonance ! Quant à l'anneau destiné à descendre la dalle de scellement, il aurait été retiré -empêchant ainsi toute ouverture ultérieure- et donc, une violation antérieure à l'exhumation de 1840 !!! Soyons sérieux : est-ce qu'un tel anneau ne pouvait pas être réinstallé ? Bien sûr que si ! Il n'y a donc pas lieu de s'appesantir sur de tels arguments... [ATTENTION ! ] Note faisant suite à la publication du témoignage inédit d'Ali sur le retour des Cendres: il en résulte que ce brave "mamelouck" nous conte -comme aux petits enfants- que les madriers étaient encore bien en place en 1840... Nous sommes extrêmement réservés sur ce témoignage car il est en contradiction formelle avec les 5 autres témoignages de l'exhumation en 1840. Dès lors, ou bien c'est un FAUX , ou c'est un "maquillage" d'Ali qui veut masquer leur disparition en 1840. C'est ENORME ! Cela prouve -en tout cas (sauf hypothèse d'un faux)- que les poutres en bois (ou madriers) étaient bien au fond du caveau en 1821. Jacques Macé s'est donné du mal pour rien, sauf -nous verrons à l'usage- pour démontrer que le manuscrit d'Ali a été truqué... Les masques mortuaires : Le meilleur est pour la fin ; manifestement, Jacques Macé fait semblant de ne rien comprendre à cette question ! En attendant, il cumule erreurs et contre-vérités. Comme il a déjà été signalé, le véritable masque mortuaire de Napoléon n'a pas été fait en trois parties, mais en deux seulement : -Ali : « Je ne sais pourquoi Antommarchi n'a pas publié la partie antérieure de la tête ; il en avait cependant tiré le moule. Ce que je sais, c'est que le docteur, après avoir tiré une épreuve du moule de la face, a détruit celui-ci pour qu'il ne fût plus possible d'en avoir d'autres épreuves. (...). Le moule de l'autre partie de la tête, il est présumable, a eu le même sort que celui dont nous déplorons la perte. » Jacques Macé adhère toujours à la version classique de la présentation de cette question opérée par le baron de Veauce (et illustrée présentement par Fernand Beaucour, quoique avec des nuances...). Il admet -en dépit de tout bon sens- qu'Antommarchi modela à Sainte-Hélène- avec le concours du peintre Rubidge une demi-douzaine de masques mortuaires, dont deux seulement furent ramenés en Europe. Il reconnaît cependant qu'il s'agit plus d'une oeuvre d'art retravaillée qu'une représentation exacte, en quoi il se trompe encore, car le masque Antommarchi reflète bien les traits de l'imposteur que l'on fait passer pour Napoléon pour les besoins de la cause. Rappelons que la finalité de cette supercherie est de nous amener à conclure que Napoléon était dolichocéphale, alors que -manifestement- il était bel et bien brachycéphale ! Toutefois, ce n'est qu'un début, car notre contradicteur mélange ensuite fortuitement deux masques : celui dit « death mask » du Royal United Service Institute (Rusi, à Londres), qui est en fait le véritable masque mortuaire de l'Empereur, réalisé en plâtre et qui est une copie du masque Burton ; et le masque dit d'Arnott réalisé en cire. Cette confusion -qui n'est pas innocente- lui permet de jeter le discrédit sur la thèse de l'authenticité d'un masque mortuaire totalement différent de l'Antommarchi ! Toutefois, il est bien obligé de reconnaître que ce masque représente « un vieillard bouffi ressemblant quelque peu aux photos de Jérôme Bonaparte ou de son fils Plonplon âgés. » ! C'est un progrès par rapport à Mac Carthy qui ne voyait aucune similitude entre la physionomie de ces derniers et ledit masque... [Note: Mais Mac Carthy admettait que la caricature faussement attribuée comme étant celle de Gourgaud, était bien celle de Cipriani!] Tout ceci n'était qu'un hors d'oeuvre pour mieux disqualifier la thèse centrale du livre de Georges Rétif de la Bretonne... Savoir que Noverraz étant en possession de l'empreinte du visage de son ami Cipriani et le masque Burton ayant été jugé trop laid pour être présenté à la famille Bonaparte, c'est cette empreinte qui servit à fabriquer le masque dit d'Antommarchi. A la suite de quoi, le visage de Cipriani incarnant désormais pour la postérité les traits de Napoléon, les Anglais eurent la même idée pour substituer au corps de Napoléon celui de Cipriani ! C'est ce que notre contradicteur intitule de « canular macabre ». Sans vouloir entrer dans une analyse serrée des faits, Jacques Macé se contente de parler de supercherie de la part de Georges Rétif, grave accusation qui repose seulement sur des apparences ! Une caricature anglaise sur laquelle le nom de Gourgaud est indiqué a pu être présentée comme étant celle de Cipriani, parce qu'il n'y a pas de ressemblance suffisante avec les autres portraits connus de Gourgaud. Mais qu'est-ce qui permet d'y voir une représentation de Cipriani ? Peu de choses, sans doute, sinon une très vague ressemblance avec le masque mortuaire de Napoléon qui ne serait en fait que celui de Cipriani, ce qui a été démontré précédemment. Or, la démonstration qu'il s'agissait du masque de Cipriani reposait essentiellement sur l'hypothèse de la ressemblance de Cipriani avec Napoléon. Etait-ce le cas ? Rétif l'a soutenu, avec quelque vraisemblance. Les légalistes s'en sont gaussées [Sauf Mac Carthy, qui l'a admis !]: en résumé « la caricature représente Cipriani parce qu'elle ressemble au masque dit d'Antommarchi, ce masque étant celui de Cipriani parce qu'il ressemble à la caricature. » Mais peut-on savoir à quoi ressemblait Cipriani, comme s'interrogeait Mac Carthy (il y répondait en indiquant qu'il n'existait qu'une caricature connue du personnage!) ? On peut quand même adopter un raisonnement plus simple : le masque Antommarchi ressemble à la caricature de Gourgaud de profil ! Pour autant, le masque Antommarchi est-il celui de Gourgaud ? Evidemment, NON ! Alors, le masque Antommarchi, de qui est-il ? Nous savons que ce n'est pas celui de Napoléon : en aucun cas ! Et pourtant, c'est bien celui de l'homme caricaturé et donné pour Gourgaud ! Conclusion : qui est cet homme inconnu ? Ne serait-ce pas Cipriani ? Alors, tout s'explique... Qui était assez important -en dehors des 4 évangélistes (Bertrand, Las Cases, Montholon, Gourgaud)- pour être caricaturé par les Anglais ? On retombe toujours sur Cipriani !!! Epiderme et corbillard : Jacques Macé se décide enfin à me prendre à parti : l'élément nouveau que j'apporte lié au corbillard ne le convainc pas : sa base côté rebord mesure 34,9 cm entre les tasseaux destinés à caler le cercueil extérieur d'acajou lors de son transport ; le panneau du cercueil correspondant aux pieds mesure 35,7 cm. Il se refuse d'admettre que ledit panneau ne passe pas entre les tasseaux, à 8 mm près. Pour lui, il suffit d'un déplacement longitudinal du cercueil pour régler l'affaire. En raisonnant ainsi, il omet tout simplement de prendre en compte qu'une fois calé par les tasseaux de forme hexagonale -comme le cercueil lui-même- celui-ci ne peut plus être bougé, bloqué notamment au niveau des épaules, à moins d'imaginer que les Anglais se soient trompés dans leurs mesures. Il faut donc une certaine dose d'inconscience pour oser conclure que « l'examen du corbillard n'introduit pas d'élément nouveau dans le dossier » ! Quant à s'exclamer que lesdits tasseaux auraient pu être installés en 1857, en vue de décorer le corbillard, c'est se moquer du monde! Est-ce que ces tasseaux n'auraient pas été indispensables en 1821 pour bloquer le cercueil et lui éviter tout mouvement intempestif ? La cause est entendue: ces tasseaux sont bien d'origine et par-là prouvent surabondemment que le CERCUEIL DE 1840 n'est pas CELUI DE 1821 ! Jean Tulard prônait une analyse ADN pour départager Légalistes et substitutionnistes. Il a récemment changé d'avis sans que l'on en comprenne bien le motif, l'absence de mobile crédible pour réaliser la substitution n'épuisant pas la question... Ceci étant, ce point de vue impliquait bien l'ouverture du sarcophage des Invalides. A moins de retrouver un reste corporel de l'exhumé de 1840, permettant une analyse ADN ! Cette mission impossible fut pourtant réalisée : il s'agit d'un bout de peau du front du supposé Napoléon, récupéré par le dr Guillard : sur ce point, notre contradicteur donne des indications suffisantes permettant de conclure à son authenticité ! Jacques Macé le reconnaît : « l'analyse ADN de ce morceau d'épiderme présenterait moins d'inconvénient et soulèverait moins de problèmes moraux que l'ouverture des cercueils. » Alors ? Comment justifier le refus du ministère de la défense ? C'est que le résultat d'une telle opération serait « vraisemblablement aléatoire » et ne ferait que relancer la polémique ! On est émerveillé par un tel aplomb dans l'extrapolation des faits : ainsi, c'est parce que cet échantillon serait pollué par des manipulations successives, parce qu'il représente une masse restreinte et que ses conditions de conservation ont été médiocres, que les généticiens ne pourraient effectuer un test de contrôle, ce qui ôterait toute crédibilité au processus... A dire vrai, il n'y a aucune raison historique ou scientifique à un tel refus : disposant de l'ADN mitochondrial de l'exhumé, on ne tarderait pas à le comparer à celui des descendantes de Caroline Bonaparte (sans qu'il soit besoin de déranger le repos de Madame Mère), pour constater qu'ils diffèrent totalement entre eux, ce qui pose la question de l'irruption de la Raison d'Etat dans ce dossier !!! Car, quel que soit le biais envisagé pour les aborder, ces discordances constatées autour du cadavre de l'exhumé permettent de conclure à coup sûr que ce corps là n'est pas celui de Napoléon... Et ce n'est pas l'examen des masques mortuaires qui peut dissiper ce malaise, bien au contraire ! Il suffit d'examiner le croquis de l'exhumé réalisé par Rigo à la demande de Pons de Las Cases et dont tous les témoins de la scène du 15 octobre 1840 ont souligné la parfaite ressemblance, pour comprendre que l'exhumé en question possède bien le même visage que celui du masque Antommarchi : le verdict est terrible, car ce masque-là, n'est pas celui de Napoléon ! On peut donc s'interroger sur les sentiments malsains de ceux qui se refusent à envisager la moindre entorse à l'histoire et qui n'hésitent pas à parler de profanation, alors qu'il s'agit simplement d'une vérification d'identité qu'un procureur ne refuserait pas à la famille du moindre notable de province... |
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La revue de l'ABN a pris la responsabilité de publier un véritable " pamphlet " concernant la thèse de la substitution du corps de Napoléon. Pire, elle s'associe d'avance aux conclusions de l'auteur en invoquant des élucubrations et des divagations qui n'ont qu'un mérite, celui de faire vendre du papier. Le soi-disant point de départ de " l'enquêtrice ", Madame Marie-Hélène Legrand, serait le film de Monsieur N. Elle croit bon de m'opposer à Ben Weider, dans la mesure où ce dernier estime qu'un empoisonnement à l'arsenic de l'Empereur aurait pu contribuer à la conservation de son cadavre. Ceci est peu croyable, s'agissant d'un empoisonnement chronique à l'aide de doses infinitésimales. Cela serait beaucoup plus vraisemblable s'agissant de Cipriani, certainement empoisonné à la suite de l'absorption d'une dose massive d'arsenic. L'auteur de ce pamphlet, d'emblée, veut disqualifier mon travail en partant du point par où il peut pêcher, savoir tout ce qui touche à Cipriani, le maître d'hôtel de Longwood de 1815 à 1818. Elle affirme que je tiens pour assuré que c'est bien le cadavre de Cipriani qui a pris la place de celui de l'Empereur : c'est une erreur ; ceci, c'est l'affirmation de Georges Rétif de la Bretonne. Je suis plus prudent, même si j'admets que cette hypothèse demeure plausible. Reste le principal qui est complètement occulté : ce n'est pas le corps de Napoléon qui a été exhumé le 15 octobre 1840, et cette certitude n'entraîne pas l'obligation de découvrir à tout prix l'identité de l'imposteur installé à cette place à son corps défendant. L'enquêtrice se serait livré à une 1ère recherche pour découvrir qu'il n'était qu'un domestique ! Ô, certes, d'un genre un peu spécial, puisqu'il était tout de même le maître d'Hôtel et surtout, l'informateur de Napoléon. S'est-elle penchée sur la proximité de Cipriani avec la famille Bonaparte avant la Révolution ? Ce n'est pas certain, car elle affirme mordicus que ce n'était qu'un serviteur parmi d'autres, en totale contradiction avec une note que l'on doit au merveilleux Fleuriot de Langle (le décrypteur des cahiers de Bertrand) 1. Il faut dire qu'elle préfère les témoignages anglais à ceux des fidèles de l'Empereur, notamment le Dr Baxter qui rapporterait à Hudson Lowe que le 27 février, Napoléon était très abattu à cause de la fin prochaine de Cipriani ; malheureusement, elle oublie de signaler que jamais Napoléon ne vit le Dr Baxter qui en était réduit à rédiger des rapports de seconde main (un modèle, peut-être ?) 2. L'enquêtrice aborde ensuite l'affaire du masque mortuaire à laquelle elle fait semblant de ne rien comprendre, en nous parlant d'abord d'un masque de Cipriani. Pourquoi faire un pareil masque, alors que -dit-elle- sans la présence d'esprit de Mme Bertrand, on n'aurait pas songé à prendre l'empreinte faciale du glorieux mort ? Elle méconnaît la lettre écrite par Bertrand à Burton dans lequel il est indiqué que ses compagnons ont voulu se conformer au voeu de l'Empereur qui souhaitait léguer à son fils son image 3! Elle s'étonne encore que l'on ait pu trouver du plâtre dans l'île en 1818, alors que l'on en manquait cruellement en 1821 ? C'est qu'elle ignore sans doute que le plâtre de Paris venait d'Angleterre, non seulement pour les finitions des appartements de Sir Hudson, mais aussi -reconnaissons-le- pour ceux de Longwood, si insalubres qu'ils fussent. On ne peut pas tout savoir ! L'enquêtrice se pose des questions qui -il faut le noter- ressemblent de fort près à celles exprimées par le colonel Mac Carthy ; On peut en déduire qu'elle a bien lu l'article d'icelui, mais pas le chapitre de mon livre écartant ses arguments. Dommage, elle se serait bien épargnée de la peine. C'est pourquoi elle juge l'histoire abracadabrante (aurait-on affaire à une groupie de Jacques Chirac ?). Voilà qu'elle nous parle de Hudson Lowe et du don qu'il aurait fait du masque Antommarchi à la ville de Stamford (encore du Mac Carthy). Elle oublie de nous parler du véritable masque mortuaire de Napoléon, le fameux " death mask ", déposé au Royal United Service Institute (Rusi), à Londres de 1947 à 1973 ! Evidemment, ceci ferait désordre. Pourtant, cette affaire du masque mortuaire est capitale ! le masque officiel -celui dit d'Antommarchi- est évidemment un faux, et pas seulement pour 50%, ainsi qu'il est admis officiellement, mais bien à 100% ! Jacques Macé lui-même semble le reconnaître lorsqu'il trouve un air de ressemblance entre le profil de feu le comte Florian Walewski et celui de l'Empereur : et, en effet, le premier a bien hérité des traits de son arrière grand-père Alexandre Walewski, lui-même fils naturel de Napoléon 1er. Or, Alexandre Walewski ressemblait étonnamment à son père et (l'effet du hasard, sans doute ?) ses photographies révèlent la correspondance des traits avec ceux du Rusi mask, au point d'ailleurs que certains " légalistes " ont songé à reconnaître que " le death mask pourrait-être celui de Walewski. Or, l'on chercherait en vain dans la descendance d'Alexandre des visages qui s'apparentent aussi peu que ce soit à celui révélé par le travail d'Antommarchi le fraudeur ! La conclusion tombe comme un couperet : l'individu qui a " prêté " ses traits pour la confection du masque mortuaire officiel n'est pas Napoléon ! D'ailleurs, c'est tellement vrai que l'on attend toujours une réfutation officielle de cette partie de la démonstration initiée par Georges Rétif et que j'ai développée ! Allant au-delà, mon prédécesseur a noté une ressemblance troublante entre le profil du masque Antommarchi et celui d'une caricature, dont il est démontré aujourd'hui qu'elle n'est pas celle de Gourgaud 6. Georges Rétif assurait que c'était celle de Cipriani. Même le colonel Mac Carthy l'a admis 7... C'était trop, sans doute, pour ceux qui croient à la supériorité des écrits sur toute autre forme de documents, comme les toiles de maître ou de simples dessins. Mais, sur ce point, la méthode historique leur donne tort : l'histoire se fait aussi à partir de telles pièces 8. Et Gourgaud, en 1840, relate que sur le visage de l'exhumé, il reconnaît " le rire sardonique du plâtre moulé ", allusion claire et non-équivoque au masque officiel -celui d'Antommarchi- et non pas au " death mask " qui ne révèle aucun sourire, mais bel et bien une bouche fermée ne laissant apparaître aucune dent, qu'elle soit noirâtre ou blanche 9 ! Bien entendu, elle préfère les conclusions de Michel Dancoisne-Martineau, le fils adoptif de Gilbert Martineau, auteur estimé de plusieurs ouvrages réputés sur Sainte-Hélène : mais, comme il existe encore de nombreuses tombes anonymes à Sainte-Hélène aux abords de la " cathédrale " Saint-Paul, et tant qu'une recherche " ne sera pas consciencieusement entreprise, personne n'est autorisé à dire que Cipriani ne repose pas dans l'une de ces tombes " ! Il faut donc demander l'autorisation du nouveau consul honoraire Français à Sainte-Hélène ? Mais l'ancien s'en était passé (conflit de générations ?) et l'avait affirmé noir sur blanc : la tombe de Cipriani a disparu ! Nous le soutenons encore, en se passant -si besoin était- de l'autorisation de l'enquêtrice et du consul 10. Finira-t-on par aborder le thème central de mon livre, savoir la substitution d'un corps inconnu à celui de l'Empereur ( inconnu, car je n'affirme pas comme mon prédécesseur Rétif qu'il s'agisse de Cipriani, même si je l'estime vraisemblable) ? Mais oui, nous y arrivons... Nous aurons droit à une avalanche de témoignages anglais, les plus objectifs, sans doute ? Quant à ceux des compagnons d'exil de l'Empereur datant de 1821, jamais ou presque ! ceux de 1840 sont, par contre, retenus avec le plus grand respect ; mais, pas toujours -malheureusement- avec la plus grande minutie ! Il paraît, cependant, que les mains étaient dans un état de conservation remarquable : " souples, colorées, très fermes, comme vivantes, etc. " A dire vrai, il s'agit là des expressions de l'enquêtrice, qui ne s'étonne nullement de cet état de conservation miraculeux (cela dit, les témoins emploient des expressions voisines, à peine moins outrées) ! ce qui est fâcheux, c'est que seulement la main gauche a pu être examinée ; mais cela n'a guère d'importance : si tu sais ce que fais ta main gauche, ignore celle de droite... L'enquêtrice nous cite bien mal à propos le général Gourgaud comme un modèle de vertu militaire et d'honneur ! C'est oublier un peu vite son comportement en 1818 et la manière dont il a desservi l'Empereur : il est vrai que l'on rentre alors dans le domaine historique 11, pour quitter le satyrique, car c'est bien de cela qu'il s'agit ; une enquête satyrique et nullement historique (l'auteur serait écrivain, mais pas historien : ou alors, je le suis aussi) ! C'est pourquoi l'enquêtrice estime que nous divaguons ! Ainsi, lorsque l'on se pose des questions sur l'emplacement des vases contenant l'un le coeur, l'autre l'estomac de Napoléon. Antommarchi et Lowe attestent qu'ils étaient aux angles du cercueil : l'enquêtrice ne se contente plus de copier (mal) Mac Carthy, elle fait l'impasse sur les témoignages dérangeants : c'est plus facile. Un élément positif, quand même : elle admet que des travaux ont bien eu lieu après l'inhumation, travaux dont Jacques Macé avait soutenu qu'ils n'avaient pas été effectué 11. Un peu de bon sens, de temps en temps ? Ceci pour affirmer que les divers mouvements imprimés au cercueil ont bien pu déranger les divers objets qui y avaient été placés ! Au point de retrouver un Grand Cordon de la Légion d'Honneur placé par dessus l'habit en dessous 12 ? Mais ce bon sens ne dure pas longtemps : il paraît que j'aurais affirmé que l'exhumé semblait trop grand ! Comment affirmer une apparence ? En 1840, l'exhumé avait les jambes fléchies, les bottes appuyées sur les talons, c'est à dire touchant à plat la base du cercueil. C'est ce qui ressort du témoignage de Pons de Las Cases (pour le différencier de son père) ! Et c'est ce qui permet d'affirmer que le cadavre ne portait pas d'éperons 13 ! Dans le même genre d'escamotage, les témoignages de Bertrand et le PV du 7 mai 1821 ne mentionnant que trois cercueils. Comme Ali dit le contraire (bien que n'étant qu'un " domestique "), c'est à lui que l'on donne la préférence. Encore un exemple de partialité et de subjectivité ; il est vrai qu'une enquêtrice n'est pas nécessairement une historienne ! Ceci étant, j'ai admis qu'il pouvait bien y avoir quatre cercueils, à condition d'admettre que le deuxième qui servait de support au mince cercueil en fer-blanc, n'était qu'une simple caisse en bois, sans couvercle, indigne d'être mentionnée dans le Procès-verbal, établi par Montholon et signé par Bertrand et Marchand. Le clou de la démonstration, ce sera la dentition impériale : à cet instant, l'enquêtrice nous plagie mot pour mot, en reprenant entièrement notre texte (cf. le bas de la page 41) ! Pour conclure finalement que dix jours sans brossage des dents ne changent en rien la couleur initiale de la dentition. L'enquêtrice (qui a consciencieusement " pillé " les contributions figurant sur mon site, sans jamais le nommer, bel exemple d'honnêteté), relate le détartrage des dents de Napoléon le 25 décembre 1820 par Antommarchi ! Tout ça pour conclure que les dents aperçues en 1840 comme d'une éclatante blancheur, n'était pas celle du Français moyen (de l'époque !). Est-ce de l'entartage ou de l'entartrage ? je penche pour la 1ere réponse (entartage symbolique, mais lancé d'une tarte à la crème quand même sur mon travail) ! Enfin, une perle de l'enquêtrice : " en Histoire, il n'y a pas de hasard " ! Conclusion que je pourrais partager, mais bizarrement, pas dans le même sens. Venons-en aux vingt deux anomalies relevées par Rétif sur lesquelles je me suis livré à un minutieux travail de vérification, pour en écarter quelques-unes : l'affaire est expédiée en six lignes ! encore y lit-on qu'il s'agit de diverses démonstrations fantaisistes et que l'ensemble est particulièrement vulgaire. Naturellement, avec cette objectivité bien particulière, le tout est résumé en décorations qui ont bougé, le crâne rasé ou pas, les ongles qui poussent après la mort (comme si c'était ma propre conclusion !), les " trous " dans les bottes, etc. tout ceci ressortirait d'une trivialité honteuse ! On peut supposer que l'auteur de ces lignes est une admiratrice de l'Empereur, choquée que l'on puisse faire un inventaire du contenu du cercueil en 1840. Ne sait-elle pas que l'Histoire ne s'arrête pas aux vagues barrières subjectives de la sensiblerie ? Le paragraphe qui suit est un plagiat du colonel Mac Carthy (p.42) : pourquoi se donner de la peine ? Même chose pour le mobile de la substitution : il est vrai que notre enquêtrice ne doit pas croire à l'empoisonnement de Napoléon (elle semble annoncer une seconde intervention sur le sujet qui sera -à n'en pas douter- aussi calamiteuse !), pas plus qu'elle n'a entendu parler de la nécropathie de Georges IV 14. Nous étions dans la satyre. Ce qui suit nous entraîne dans la loufoquerie : pour mieux assimiler la thèse " substitutionniste " à de la bouffonnerie, l'enquêtrice se mue en romancière, faisant évader Napoléon dans une barque qui rejoint les côtes de l'Angola, pour le faire parvenir au Caire où il aurait rencontré Champollion. Encore que ce passage concerne davantage Antoine de Caunes que moi-même ! car enfin (mais le sait-elle), le projet d'évasion préparé par le corsaire franco-américain Lafitte était sérieux et il existe toujours une maison Napoléon à La Nouvelle Orléans, destinée à abriter le glorieux captif. Pour finir, le clou du spectacle, en forme d'interrogation : " pourquoi ne pas inviter tous les sceptiques au cimetière de Colombey-les-deux-Eglises, pour vérifier si c'est bien le général de Gaulle qui y repose ?". Elle m'oblige à lui répondre : c'est inutile, car, dès son décès les restes du général ont été sous la sauvegarde et la protection de l'armée Française, protection qui perdure toujours sans interruption grâce à la Gendarmerie Nationale ! L'Empereur -lui- n'a malheureusement pas eu cette chance... Au total , un travail bâclé, incomplet qui tient plus du rapport de police orienté que de la critique historique ! Le tout assaisonné d'insultes et de prises à partie gratuites dont la méchanceté n'est pas absente. Nous voulons croire qu'il s'agit-là d'une réaction épidermique d'une admiratrice de l'Empereur, choquée que l'on puisse mettre en doute ses convictions profondes. Mais, ce n'est même pas certain. Et il est douloureux de constater que la revue de l'ABN a cru bon d'ouvrir ses colonnes à l'auteur de telles approximations ! |
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Que dire du « pensum » de Christophe ? Sans doute, cette parution est-elle intéressante ; toutefois, je suis quelque peu « déçu » , compte-tenu des attaques violentes auxquelles notre ami s'est livré à l'encontre de Georges Rétif de la Bretonne. N'a-t-il pas évoqué « les âneries de ce pauvre Rétif », ou encore, en parlant de son ouvrage « Anglais, rendez-nous Napoléon », d'un « bréviaire d'âneries » ? Ne nous cachons pas derrière notre petit-doigt : par-delà Rétif, c'est bien moi qui suis visé. Et en même temps, le thème central de mon travail, savoir que l'exhumé de 1840 n'est pas Napoléon ; thème invariable inspiré du travail de mon prédécesseur et que mes dernières découvertes renforcent plutôt qu'elles ne les affaiblissent ! J'articulerais mon travail en 2 parties. En premier, tout en critiquant le travail de Jean Boisson (pour ce que j'en connais et dont Christophe ne nous dit pas grand chose), je dénoncerai le refus manifeste et réitéré de mes détracteurs pour aborder le fond des choses qui concerne les témoignages de 1840. Enfin, je ferai une mise au point sur les points faibles de nos thèses (celle de Rétif et la mienne), dénoncées parfois avec pertinence par Christophe et l'école des « légalistes ». 1- Critiques des détracteurs de la thèse de la substitution et de leur refus d'aborder le fond de la question : A/ le travail de Jean Boisson (sous toutes réserves) : N'ayant à ma disposition que mes fiches de lecture concernant cet ouvrage, c'est sous toutes réserves que j'exprime mes objections, en attendant d'en connaître davantage. Je ne critique pas l'ouvrage dans son ensemble qui traite du Retour des Cendres de l'Empereur en 1840. Effectivement, l'auteur s'en prend à Rétif, mais cette prise à partie n'est pas développée au-delà de quelques pages. Ce que j'en ai retenu : Jean Boisson estime cet ouvrage de Rétif comme une pure élucubration, basée sur des témoignages tronqués et réinterprétés dans le sens de sa thèse, s'appuyant notamment sur l'usage abusif des récits de Gourgaud, de Las Cases fils ou de l'abbé Coquereau. En réalité, Jean Boisson nous ressert les témoignages desdites personnes pour démontrer qu'ils n'ont jamais voulu dire ce que Rétif leur fait conclure. Il n'y a pas une seule citation d'inventée ; simplement le fait que Boisson les considère comme abusives ! Pourquoi ? Parce que Rétif a associé leurs noms dans son tableau de synthèse portant sur la comparaison de l'état de la Tombe de l'Empereur à Sainte-Hélène en 1821 et en 1840 (p.118 et 119 de son livre). C'est ainsi, par exemple, que sur l'uniforme, il relève les constatations suivantes : - Uniforme ordinaire avec Grand Cordon de la Légion d'Honneur sans croix terminale placée sous l'Habit, deux décorations ; légion d'honneur, Couronne de fer, chapeau sans cocarde mis sur les cuisses, pas de bas, orteils nus apparents, bottes à l'écuyère sans éperons. Et de mentionner comme témoins oculaires Las Cases fils, Gourgaud, Guillard, Rohan-Chabot et Coquereau ! Il est évident que tous ces témoins n'ont pas vu ensemble les mêmes distorsions ! Chacun en a vues une partie, souvent deux -au minimum- ! Faire un procès d'intentions à Rétif est exagéré, ce tableau de synthèse n'ayant qu'une valeur de rappel, pour des raisons didactiques ! Pour bien faire, il aurait fallu faire des renvois, alourdir le texte et la présentation, ce qui risquait d'égarer le grand public ! A côté de cela, Rétif s'est laissé emporté par ses convictions. Deux fois au minimum : je l'ai signalé dans mon livre ; Ali n'a jamais parlé de l'ordre de la Réunion, la fameuse décoration manquante citée par Marchand et Gourgaud n'a pas dit que la cocarde manquait en 1840 : non, il s'est contenté de noter qu'elle était détruite. J'estime que c'est un peu mince pour parler « d'âneries » ou de fraude caractérisée. Peut-être Jean Boisson a t il noté autre chose ? Christophe fait allusion à des modifications du texte du colonel Gérard. Ceci m'étonne ; dans la mesure du possible, je vérifierai. Je m'avance peut-être beaucoup : j'ai noté simplement que « les arguments avancés pour anéantir la thèse de Rétif sont bien en dessous de la réfutation de Mac Carthy. » Jusqu'à preuve du contraire, je maintiens cette appréciation ! Concernant une éventuelle critique portant la caricature de Cipriani, je n'ai rien noté et je ne me souviens pas dans le détail du contenu du livre de Jean Boisson. Je m'abstiens donc, pour l'instant, d'en dire plus. B/ Le refus des « légalistes » d'aborder le fond de la question : Ces messieurs sont intransigeants ! Au mieux, ils renvoient à Mac Carthy et son article qui date de 1971 ! Comme si je n'en avais pas fait une critique décapante qui laisse bien peu d'arguments convaincants subsister. Non, ils feignent de faire comme Nelson qui mettant sa lunette à son oeil borgne prétendait ne pas voir les signaux qui lui intimaient l'ordre de battre en retraite ! Ainsi, ils espèrent faire l'impasse sur mon enquête en priant pour que tout ceci tombe rapidement dans l'oubli ! Si l'on parvient à engager un dialogue avec eux (comme Christophe, par exemple), ils font semblant de ne pas comprendre : « quarante témoins ont reconnu l'Empereur, comment auraient-ils tous menti ? » . A l'objection leur signalant que seuls les anciens serviteurs de Napoléon l'avaient connu de son vivant, soit dix témoins au maximum, ils s'en tiennent à ce refrain : « Comment Bertrand, Gourgaud, Marchand, Ali etc. , auraient-ils pu mentir ? ». Ils ont tous reconnu Napoléon, c'était donc bien lui ! » Au fond, ils s'en tiennent au document officiel par lequel la France -en la personne de Rohan-Chabot, commissaire du roi Louis-Philippe- donnait décharge à l'Angleterre des cendres de Napoléon ! C'est pourquoi je les appelle les « légalistes » La discussion sur les détails relevés par ces mêmes témoins et qui sont en contradiction avec ce que l'on sait de l'inhumation de 1821, ne les intéresse pas : « à quoi bon discuter de détails mineurs, puisqu'ils ont tous reconnus Napoléon. Puisqu'ils l'ont dit et même écrit pour la plupart d'entre eux, c'est donc bien la vérité ! » Il n’y a pas à sortir de là ! Si on évoque une quelconque Raison d’Etat, ils poussent des hauts cris : « comment, pourquoi, c’est de la démence, etc. » Ils ne veulent même pas reconnaître que le contexte international rendait l’Expédition des Cendres dangereuse ; ce serait sans doute mettre en danger l’entente cordiale entre la France et l’Angleterre ? C’est pourquoi, hormis Mac Carthy et Jean Boisson, aucun véritable historien n’a commenté le travail de Rétif de la Bretonne ! Jean Tulard s’en est tenu au minimum : en citant les Rétif de La Bretonne pour leur deux livres (sur le lit de mort de Napoléon, puis sur la substitution), sans omettre de s’interroger sur le profit que l’Histoire pouvait en tirer… Il a quand même préconisé une analyse ADN pour mettre un terme aux polémiques ! Dans cet esprit, il n’y a aucune importance à ce que le cadavre de l’Empereur soit revêtu d’un ou deux cordons, qu’ils soient en sautoir ou passés sous l’habit ; que les éperons aient été passés à ces bottes ou pas, que celles-ci soient décousues de manière symétrique ou pas, que les doigts de pieds soient nus et dépassent de ces bottes, ou que les vases aient changé de place ! Pourquoi s’inquiéter de tous ces détails ? On vous le répète assez : c’était bien Napoléon… Si vous avez le malheur de répliquer « en êtes-vous sûr ? », alors, on vous répliquera finement que quarante témoins etc… Non, ils n’ont pas pu mentir, et même, ils n’ont pas pu se tromper ! Quant à ces Hurluberlus qui ont échafaudé de telles élucubrations, c’est très simple à comprendre : uniquement pour vendre du papier, pour se faire de l’argent sur le dos des gogos (sous-entendu : si vous prêtez foi à de telles fariboles, c’est que vous faites partie desdits gogos !)… C’est tout. S’il y a des arguments gênants, comme le geste de Bertrand qui s’abstient de déposer l’épée d’Austerlitz sur le cercueil impérial, en 1840, lors de la cérémonie de Saint-Louis des Invalides, on dénie purement et simplement l’existence d’un tel geste : « le moniteur dit le contraire, c’est officiel : donc, Bertrand a bien déposé cette épée, un point c’est tout ! » Pas de chance, Mac Carthy a admis cette « abstention »… Mince ! Que dit-il exactement ? c’est que Bertrand, brisé par l’émotion, était trop fatigué. Il en a laissé le soin à Gourgaud. Ah ? Vraiment ? Bertrand aurait refusé cette marque d’honneur, commandée en personne par le roi Louis-Philippe ! Excusez du peu… On vous dira : « allez savoir ; et puis, Mac Carthy peut se tromper » ! Evidemment, je n’avais pas songé à cet argument… A propos de Bertrand, comment se fait-il qu’il n’a rien écrit sur le Retour des Cendres ? Trop fatigué sans doute… ce qui ne l’a pas empêché deux ans plus tard d’entreprendre un grand voyage aux Etats-Unis. Et comment a t’il pu faire don d’une main de Napoléon à Rohan-Chabot alors que Saint-Denis nous dit qu’elles n’ont pas été moulées ? Aucune importance, puisque –on vous le répète- c’était bien Napoléon ! Note BRH: il est apparu, depuis la rédaction de ces lignes, que Bertrand avait bien consigné ses observations dans un journal. Celui-ci est toujours -pour l'instant- soustrait à la curiosité des chercheurs. Son acquisition, aux alentours de 1987, fait question: on se demande comment il est possible qu'une telle pièce n'ait pas été préemptée par l'état. Les autres documents, le récit du voyage et de l'expédition (jusqu'au 14 octobre 1840, veille de l'exhumation) ont bien été versés aux Archives Nationales ! On se demande vraiment qui –des légalistes ou des substitutionnistes- prend les lecteurs pour des imbéciles ! Pourtant, indéniablement, il existe des indices sérieux, graves et concordants pour douter de la véritable identité de l’exhumé de 1840 ! des doutes ? Quelle importance ! Légalement, juridiquement, c’est bien Napoléon qui repose aux Invalides dans son sarcophage de porphyre… Il faut plus que des doutes, nous dit-on ; il faut des preuves ! Une suffirait, non ? Il faut croire que non : Pujol a entendu Marchand parler des « cheveux qui sont intacts », de la barbe qui a repoussée. Tout ceci s’explique : les coiffeurs improvisés de 1821 ont oubliés quelques cheveux sur les tempes, un point c’est tout etc., etc. Voici que nous demandons une analyse ADN du morceau d’épiderme exposé aux Invalides ! Comment serait-il authentique, nous réplique t’on, c’est invraisemblable… Cette fois, désolé, Messieurs, mais ce n’est pas à vous d’en juger ; c’est aux Conservateurs des Invalides, ce qu’ils ont fait dans un bel ensemble, depuis 1936 ! Catastrophe… Alors, nos légalistes se muent en rebelles ! Qui l’eût cru… Ils affirment avec une belle unanimité, milliardaire compris, que c’est impossible, impensable etc. Mais quel argument rationnel pour repousser cette authenticité ? Il n’y en a pas ! Jusqu’à preuve du contraire, le morceau d’épiderme doit être tenu pour authentique : il y a donc lieu de le faire analyser dans les plus brefs délais ! Tout de même ; ceci présente l’intérêt de parvenir à établir la séquence ADN de Napoléon : ce n’est pas rien. Mais non : puisque l’on vous dit que ce morceau d’épiderme n’est pas celui de Napoléon. On pourrait continuer comme cela longtemps : les légalistes sont des enragés. Naturellement, ils sont sincères –pour la plupart- ; quant aux autres, « ceux qui savent », n’hésitons pas à le dire, ce sont des traîtres et des renégats ! Je rappellerai donc ici les indices qui établissent la substitution de cadavre lors de l’exhumation de 1840. Indices (à défaut de preuves absolues) permettant de révoquer en doute l’identité du corps de l’exhumé de 1840 à Sainte-Hélène, avec la personne de Napoléon 1er. 1ère: le masque Antommarchi est un faux; la démonstration en a été faite sur le site napoleon1er.com et résulte de tout un travail d'équipe guidé par mes travaux. Si l’avis du ministère de la culture est positif, cette démonstration sera reprise par des experts pour aboutir aux mêmes conclusions. 2ème: Les récipients contenant l’un l’estomac de Napoléon, l’autre son cœur , sont placés aux angles du cercueil (témoignages du Dr Antommarchi et du gouverneur anglais Hudson Lowe). On les retrouve entre les jambes de l’exhumé en 1840 ! 3ème: Napoléon a la tête entièrement rasée en 1821 (en deux fois). Marchand parle -en 1840- "les cheveux qui restent sont intacts". On va même jusqu'à prélever une mèche de ces cheveux (cf.mèche "de Bovis"). 4ème: Marchand relate la présence de l'Ordre de la Réunion en 1821. En 1840, cette décoration a disparu! 5ème: Tous les témoins de 1821 mentionnent la présence des éperons. En 1840, aucun n'en parlent ! Notamment le fils de Las-Cases qui constate que les talons des bottes sont appuyés contre le cercueil. Question : se sont-ils évaporés ? 6ème: Non seulement la couture des bottes a cédé de manière symétrique, mais au travers "saillent" quatre des doigts de pieds qui sont nus. Question: où sont passés les bas de soie passés aux pieds de Napoléon en 1821? 7ème: le témoignage de Bertrand en 1821 qui mentionne les cordons et les plaques décorant l'uniforme du gisant impérial. En 1840, un seul cordon passé sous l'habit. Et une seule plaque, naturellement! Bertrand s'est donc trompé ? Curieux pour un témoin qui passe pour le plus précis et le plus sérieux des témoins de l'exil! Voilà les "indices" qui permettent de mettre en doute la véritable identité du corps présumé de Napoléon 1er. S’il n’y a pas de preuve, au sens judiciaire, il suffit de procéder à une analyse Adn du morceau prélevé sur l’exhumé par le Dr Guillard (exposé aux Invalides ; cf courrier du Lt-Colonel Chaduc) et de comparer avec l’Adn des descendantes de Caroline Bonaparte. Au cas où les Adn seraient identiques, l’affaire sera close, comme le fut celle de la survie éventuelle de Louis XVII. Dans le cas contraire, il deviendra légitime de procéder à l’ouverture du Tombeau impérial aux Invalides. Examinons certains témoignages plus précisément : 1- Témoignage d’Emmanuel Pons de Las Cases (pour se différencier de son père, il signait Pons de Las Cases). Journal écrit à bord de la « Belle Poule » (cf. BN. Lb 51. 4944 ; p.234) nota : concerne les points 1, 2 , 3 et 4 « Lorsque la feuille de fer-blanc fut enlevée, on ne découvrit d’abord qu’une masse sans forme et au bout appuyés sur les talons, les pieds des bottes ; la couture s’était ouverte et avait laissé sortir l’extrémité des pieds ; on en voyait distinctement plusieurs doigts.[…] Le cuir des bottes autour des pieds ne se reconnaissait plus, mais il s’était maintenu noir sur le reste des jambes.[…] 2- Témoignage du Dr Rémy Guillard, chirurgien-major à bord de la « Belle Poule ». Philippe de Rohan-Chabot, les cinq cercueils de l’Empereur : souvenirs inédits de Philippe de Rohan-Chabot, avant-propos et notes de René de Chambrun, France-Empire, 1985 ; p.173 à 177. « Les jambes étaient enfermées dans les bottes ; mais par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté. La peau de ces orteils était d’un blanc mat et garnie d’ongles […]. Nota : concerne les points 4 et 5 3- Témoignage de Rohan-Chabot, commissaire du Roi Louis-Philippe : idem ; p.90. « Les jambes sont prises dans des bottes ; les coutures s’étant rompues, quatre des petits doigts de chaque pieds saillent. Ils sont extrêmement blancs. » nota : concerne les points 4 et 5 A aucun moment, ces trois témoins ne font mention des éperons. Témoignage du Grand Maréchal Bertrand. Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier-Mai 1821, déchiffrés et annotés par Paul Fleuriot de Langle, Editions Sulliver, 1949 ; p.197. 6 mai. « A quatre heures, on a habillé l’Empereur en uniforme des Chasseurs de la Garde, avec ses bottes, éperons, cordons, plaques, croix, chapeau. » Témoignage de Louis Marchand. Mémoires, 2ème volume publié en 1955 par le commandant Lachouque. « Nous lui mîmes une chemise blanche, une cravate de mousseline blanche et un col en soie noire par dessus, se rattachant derrière avec une boucle, des bas de soie blanche, une culotte de casimir blanc, une veste de même étoffe, l’uniforme vert à parements rouges des chasseurs de la Garde, décoré des ordres de la Légion d’Honneur, de la Couronne de fer, de la Réunion, de la plaque et du Cordon de la Légion d’Honneur, des bottes à l’écuyère et son chapeau avec cocarde tricolore […]. » Je réponds maintenant aux contre-arguments habituels : a- les bottes pouvaient avoir un point faible de fabrication (par exemple, au niveau de la couture , à la pointe des pieds). Ainsi, c’est très logiquement que ce point faible est apparu de manière symétrique de chaque côté des bottes ! contra : à cette époque (1815-1820), les bottes ne sont pas « manufacturées » ; elle sont le fruit du labeur des cordonniers qui les travaillent une à une. Au surplus, le fil de cordonnier est très solide, trempé dans de la poix pour le rendre imputrescible (musée des arts et métiers à Paris). Si les bottes avaient cédé (il est précisé que le cuir en était très fin), ce serait plutôt au niveau du gros orteil, vers le haut, laissant intact la couture… ce qui n’est pas le cas ! L’usure au niveau des fils est très suspecte ! b- Les bas de soie se sont usés au niveau de l’ouverture des bottes, étant exposés à leur extrémité. Ils sont restés intacts à l’intérieur des bottes, continuant d’enserrer les jambes et les pieds… contra : La soie est relativement fragile, en effet ! Mais pour quelle raison, l’extrémité des bottes s’étant ouverte, les bas de soie auraient – à leur tour- subi le même phénomène ? Aucune usure par frottements : soulignons-le ! Usure du temps : des bas de soie provenant de Sainte-Hélène sont exposés depuis des décennies au musée de l’île d’Aix, à la lumière et à la chaleur ; ils sont intacts ! Exposition aux gaz dus à la décomposition du corps ? Quelle décomposition ? Le cadavre est quasiment intact, comme momifié… De plus, si les bas de soie se sont ouverts à l’extrémité des pieds, comment expliquer qu’ils se soient ratatinés au point de descendre plus bas que les doigts de pieds ? Ceci implique une sacré déchirure, inexplicable par le seul jeu des éléments naturels (usure, exposition à une éventuelle pourriture etc.). Enfin, je note que Christophe a lu les mémoires d’Antommarchi dans leur réédition de 1898 ! Mais ce qui fait foi, c’est l’édition originale, parue en 1825, celle où Antommarchi décrit les parements de l’habit vert des chasseurs de la Garde comme étant jaunes et non écarlates. Antommarchi n’était pas daltonien : cet habit était usé au point qu’il avait fallu le retourner. Défraîchi par le soleil au cours de la traversée jusqu’à Sainte-Hélène sur le Northumberland, ce même habit avait encore souffert de l’usure, Napoléon le portant habituellement jusqu’en 1816. les parements, écarlates avaient viré au rose pâle ou à une sorte d’orangé… 2- Les points faibles de la thèse de Rétif et de mon enquête évoqués par les « légalistes » : Naturellement, une fois admis la substitution, il reste à répondre à beaucoup de questions : qui est à la place de Napoléon, quand cette substitution s’est-elle opérée, quelle en est la raison, comment s’est-elle effectuée ? Notez que Rétif de la Bretonne n’était pas obligé de répondre. Comment aurait-il été qualifié pour le faire ? Il tombe sous le sens qu’une telle opération est secrète par nature ! On n’imagine pas le ban et l’arrière ban de la population de Sainte-Hélène convoquée pour assister à un tel événement ! Alors, les légalistes jubilent : c’est du roman, clament-ils tous en cœur ! Evidemment… Mais pourquoi s’intéresser à ce roman, puisque –de toute façon- c’est bien Lui ?! Georges Rétif, et c’est son honneur, a tenu à relever le défi : A- A- qui est à la place de Napoléon ? Je m’empresse de le dire : n’importe quel cadavre un peu ressemblant aurait pu faire l’affaire. Pour moi, c’est au fond de moindre importance, dans la mesure où je suis parvenu à la certitude qu’il y avait eu violation de sépulture et substitution de cadavres ! Je le souligne ; c’est le plus important. J’ai rappelé mes arguments si souvent présentés : pour moi, il n’y a plus aucun doute, la substitution est établie. Oui, mais qui est-ce ? Comment pourrais-je répondre avec certitude ? Il n’est pas nécessaire de déterminer l’identité du corps de l’imposteur (à son corps défendant) pour démontrer la substitution. Je le répète, l’individu à la place de Napoléon était plus grand : il a fallu plier ses genoux (une manipulation que l’on n’ aurait pas pu faire au moment de l’inhumation : la rigidité cadavérique s’y serait opposée). Ses pieds trop grands, ne logeaient pas dans les bottes de Napoléon préparées à cet effet : la preuve, c’est que les doigts de pieds saillent et de chaque côté, excusez du peu ! Pour mieux chausser à cet inconnu ces fameuses bottes, on n’a pas mis de bas de soie… Bah ! détail que tout cela. Pourtant Rétif, lui, a relevé le défi. Il a répondu : le cadavre à la place de Napoléon, c’est celui de Cipriani ! Des preuves, des preuves, glapissent les légalistes… Je me demande bien pourquoi ils exigent des preuves d’une chose qui reste purement hypothétique à leurs yeux. Enfin… examinons comment Rétif a pu parvenir à ce résultat. Deux indices très forts l’ont mis sur la piste . Un : c’est le visage de Cipriani qui a servi à confectionner le faux masque mortuaire de Napoléon. Je ne vais pas recommencer à évoquer cette affaire (cf. la planche XI de mon livre, la comparaison de la caricature de Cipriani et du profil du masque confectionné par Antommarchi). Si les légalistes sont incapables de voir ce qui saute aux yeux, qu’ils courent s’acheter des lunettes. Remarquez qu’ils se divisent : certains admettent que l’Antommarchi est bien un faux, au profit du Rusi mask (death mask de Londres) et du Lebendmaske ; d’autres continuent à défendre becs et ongles la « vérité » de ce masque qui n’a rien de Napoléon, en dépit de toute logique et de tout bon sens (admettons-le, ces derniers sont d’une mauvaise foi insigne !). De plus, chacun se souviendra du sourire qui s’esquisse sur la physionomie figée du masque Antommarchi, découvrant au moins deux dents qui sont d’ailleurs sculptées par l’auteur de ce masque, à l’instar du « sourire » de l’exhumé qui laisse apparaître trois dents très blanches. Je me demande d’ailleurs comment les « légalistes » qui sont acquis à l’authenticité du Rusi mask (death mask de Londres), peuvent résoudre cette contradiction : les lèvres sont bel et bien fermées sur le Rusi mask ; pas celles de l’exhumé ! Deux : le monument funéraire de Cipriani, sa tombe, son cadavre, tout a disparu du cimetière de Jamestown, sans que l’on sache quand et comment. Tout ça, entre 1821 et 1840 ! Mais ça n’est pas une preuve ! Non, juste un indice, puisque l’on a évoqué Cipriani à cause de la substitution des masques. C’est peut-être un simple hasard, mais –reconnaissons-le- la coïncidence est frappante. Les légalistes peuvent-ils nous dire ce qu’est devenu le cadavre de Cipriani ? Oui, figurez-vous, oui ! Et quel est le découvreur de cette merveille ? Je vous le donne en mille… Ben Weider en personne. Ces arguments tiennent aussi du roman : en bref, on a empoisonné Cipriani. J’ai longtemps admis cette hypothèse. Maintenant, je réponds non. Alors, L’Empereur ayant souhaité une autopsie, les criminels ont purement et simplement fait disparaître le cadavre en le jetant à la mer… Elémentaire, mon cher Watson ! Quelles sont les sources de M. Weider ? C’est ce qu’il ne nous dit pas… Inutile d’aller plus loin dans la controverse. Je dois l’admettre, je l’ai d’ailleurs dit, nous n’avons pas la preuve que le masque de Cipriani ait été pris en 1818 par O’Meara. Seulement, comme ce masque a bien été pris, et que c’est bien celui de Cipriani (voyez le portrait reconstitué par Napnap), il a bien fallu que ce soit par quelqu’un à un moment donné ! Passons maintenant aux autres questions. B/ Quand la substitution s’est-elle opérée ? Personnellement, ma réponse n’a rien d’original : entre le 27 mai 1821, départ des Français dirigés par Bertrand, et le 8 octobre 1840, retour officiel des Français sous la férule de Rohan-Chabot et de Joinville. Ceci fait certainement bien rire les légalistes. C’est pourtant ainsi. Je réduis cependant ma fourchette –à supposer que l’on puisse écarter l’hypothèse du caveau écroulé (cf. archives)- de 1840 à novembre 1830 ! Pourquoi ? Parce que je n’imagine pas les whigs (libéraux anglais) capables d’une telle vilenie… Il y a maintenant l’hypothèse de Rétif de la Bretonne : elle vaut ce qu’elle vaut. Voyons donc ! En fait, Rétif continue de raisonner en fonction de l’affaire du masque mortuaire. Il n’est pas certain qu’il ait eu raison sur ce point. Cependant, si le « criminel » qui a agi voulait mieux duper les Français, au cas –improbable- où le rapatriement des Cendres de Napoléon se serait produit trop vite, il fallait bien qu’il soit certain de l’acceptation par la famille impériale de la nouvelle effigie de Napoléon, concoctée par Antommarchi à partir des traits de Cipriani; pour cela, que Madame Mère accepte qu’un tel masque soit adressé à l’Aiglon. Rétif situe cette date en 1827, date de la majorité de « Napoléon II » (d’après les constitutions de l’Empire, l’empereur était déclaré majeur à 16 ans). Il convient de préciser qu’à ce moment là, le masque Antommarchi était déjà connu de nombreuses personnes, tant en France qu’à l’étranger. Un indice supplémentaire est donné par Rétif : à cette date, O’Meara aurait fait don d’un morceau d’intestin de Napoléon au Collège royal des chirurgiens d’Angleterre (anecdote qui trouve sa source dans un récit du Professeur Leriche, célèbre chirurgien Français). Mieux, dans une lettre qui rend cette anecdote encore plus crédible, O’Meara aurait cependant précisé que « cette pièce anatomique n’avait pas la provenance qu’on lui assignait », cad que le morceau en question ne provenait pas de Napoléon. Mais, de qui, alors ? De Cipriani, nécessairement, puisque c’est lui qu’O’Meara avait tenté d’arracher aux griffes de la mort, sans succès… Jusque-là, on suit Rétif sans peine : la suite est un peu plus dure à avaler. C’est O’Meara qui se serait rendu à Sainte-Hélène et qui se serait assuré des restes de Cipriani. Je dois dire que je n’ai jamais suivi cette hypothèse, précisant, p.175 de mon livre : « O’Meara retourna-t-il, au contraire, à Sainte-Hélène en 1827 ? C’est ce qu’affirme Rétif. Nous n’avons pu le vérifier ». Je suis en effet très dubitatif sur cette version. Il faudrait prouver que le chirurgien irlandais est bien retourné dans l’île. Aucun papier, aucun témoignage ne permet de l’affirmer. Si c’était le cas, alors tout changerait… Note BRH: il semble pourtant bien que O'Meara soit retourné à Sainte-Hélène, au cours d'un voyage aux Indes, pour aller rencontrer son gendre. Il lui aurait amené deux boutures des saules de Sainte-Hélène, ceux autour de la tombe... Mais nous n'en connaissons pas la date exacte. Une substitution dès 1821 n’est pas à exclure, surtout si l’on tient compte de l’hypothèse d’un Georges IV nécropathe, animé d’une pulsion de « réification » (cf. les messages de Talon Rouge). Convenons-en : sur ce point, les légalistes ont beau jeu de s’esclaffer ! Ah, s’ils étaient juges, ces braves gens, ils ne condamneraient pas souvent, uniquement sur la base de preuves matérielles. Ils se défient de « l’intime conviction », cette base du droit pénal français… C./ Quelle est la raison de la substitution ? On nous demande de produire le mobile, d’expliquer les raisons d’un tel acte. Je le redis, car je pense que c’est nécessaire, établir la réalité d’un crime n’impose pas de déterminer le mobile. Combien de crimes sont restés impunis, sans qu’on sache véritablement le mobile de son auteur. La question n’est pas là, mais dans la réalité de la substitution. Trouverions nous une raison valable que je doute pourtant d’être écouté… Il y a trois types d’explications : une raison accidentelle, une raison politique et une raison pathologique ! 1/ la raison accidentelle : c’est l’hypothèse du caveau écroulé. Le corps complètement décomposé de Napoléon dans des cercueils brisés n’était plus récupérable. Par crainte d’un scandale, les Anglais ont mis en place un faux Napoléon, avec les moyens du bord. Prévenu tardivement par Hudson Lowe, Palmerston s’est entendu avec Louis-Philippe pour étouffer le scandale. D’où les ordres apportés par l’Oreste en octobre 1840. les légalistes nous disent : impossible, il y aurait eu des témoins ; de tels travaux ne passent pas inaperçus. Voire ! Combien « d’actes de gouvernement » n’ont pas été dénoncés. Je pense que l’historien sérieux sait ce que je veux dire. Et que l’opérateur retraité des services secrets également… 2/ La raison politique : les Anglais avaient prévu de rapatrier le corps de Napoléon en Angleterre, jusqu’à ce que de nouvelles instructions de Bathurst à Hudson Lowe décident du contraire en 1820. Ceci, c’est du concret, c’est prouvé. En cas de mort, les autorités de Sainte-Hélène avaient reçu l’ordre de retourner le corps de « Buonaparte » sur leur territoire. Sur ce point, il n’y a pas à discuter, tout ceci est parfaitement admis. Pourquoi, alors être revenu sur ces instructions ? L’ombre de Napoléon leur a t’elle fait peur ? Le gouvernement français est-il intervenu pour signaler qu’il craindrait la proximité des Cendres de l’Usurpateur si près de la France ? Un puissant mouvement d’opinion ne risquait-il pas de semer le trouble et de porter atteinte à la tranquillité des Bourbons ? Dans ces conditions, en effet, le mieux était de laisser ce cadavre encombrant à Sainte-Hélène. Et c’est ce qui fut fait… Mais la raison des premières instructions disparaissaient-elles tout autant ? Pourquoi avoir maintenu l’ordre pendant près de cinq ans de rapatriement du corps de Napoléon en Grande-Bretagne ? Craignait-on que ces partisans ne viennent le dérober pour en faire un puissant symbole de libération ? Il est probable que le cabinet de Saint-James ne tenait pas à laisser pareille dépouille aux bons soins de la Compagnie des Indes, Compagnie qui devait retrouver son autorité et son autonomie après le trépas de l’Empereur : c’était formellement convenu (rappelons que la compagnie des Indes avait pleine juridiction sur Sainte-Hélène qui n’était pas encore un territoire britannique). Pour éviter tout tracas, le mieux, c’était de s’assurer de la dépouille du « perturbateur des Nations ». Et le meilleur moyen, c’était de s’assurer du cadavre, dans un endroit secret et bien gardé, à l’insu même des gardiens… Mais alors, comment contenter le roi de France ? En installant un leurre, tout juste défendu pour mettre en échec un commando de quelques hommes… Officiellement, le corps de Napoléon reposerait à Sainte-Hélène. Concrètement, il serait sous bonne garde au bord de la Tamise. Car on ne pouvait exclure un coup de force d’une forte troupe, de l’ordre d’un bataillon. A l’annonce d’une telle nouvelle, l’Angleterre aurait avoué, triomphante : « vous ne vous êtes emparés que d’un imposteur, les cendres de Napoléon sont toujours entre nos mains ! ». 3/ Il reste la raison pathologique. Celle-ci se base sur la « folie » de Georges IV, personnage dépravé, aux tendances narcissiques, voire homosexuelles (se rappeler de ses rapports particuliers avec le dandy Brummell ). Et selon toute vraisemblance, nécropathe. Il n’est pas exclu qu’il ait voulu s’approprier un glorieux trophée. La manière indécente dont il fit ouvrir les tombeaux de ses prédécesseurs semble plaider en ce sens (cf. le témoignage de Francis Frith, artiste-peintre de l’époque victorienne). Des preuves, en avons nous ? Non, sauf ce profil psychologique inquiétant dont les tendances morbides ne sont pas absentes. Ajoutons que dans cette hypothèse également, la date de la substitution peut être placée en 1821 Reste à répondre à la dernière question : D- Comment s’est réalisée la substitution ? Là encore, nous sommes dans les ténèbres ! Je ne suis sûr de rien. Etait-ce bien Cipriani ? Selon toute probabilité, oui… Mais je le rappelle une dernière fois : pour établir la substitution, il n’est pas indispensable d’expliquer « comment » ! C’est préférable, sans doute et c’est pourquoi je ne me dérobe pas au débat. Nous savons que Cipriani s’est suicidé parce qu’il avait trahi (si cela n’était pas vrai, comment expliquer que Napoléon ne l’ait pas revu, ni vivant, ni mort et que , de plus, il ne l’ait pas couché sur son testament ou signalé l’intérêt à prendre soin de sa famille et de ses 2 enfants ?). En ce cas, c’est par l’arsenic. Lowe a dû soupçonner un empoisonnement, un meurtre pour se débarrasser d’un traître. O’Meara se sera chargé de prélever les intestins où résidait la preuve. Peut-être l’estomac également. Cette éviscération a pu contribuer à la bonne conservation du cadavre, surtout si celui-ci a bénéficié de l’abri d’un cercueil en fer-blanc. Douteux, mais pas impossible. Ou alors, les Anglais se sont assurés du corps de Cipriani dès après son inhumation pour l’autopsier et ont décidé de l’embaumer. Dans quel but ? C’est ce que nous ne pouvons dire. A moins que, dès cet instant, ait germé l’idée de la substitution. Nous ne le cachons pas. C’est la partie la moins étayée de la démonstration de Rétif. C’est par là qu’elle est le plus facilement attaquable. Et les légalistes n’y ont pas manqué ! Avouons, cependant qu’il est bien difficile de rapporter des preuves dans une affaire où le criminel s’est employé à les effacer très sérieusement. Il n’est pas dit cependant que de nouvelles pièces n’apparaîtront pas. Ceci, toutefois, n’obère absolument pas la réalité de la substitution… Alors, au lieu de sauter comme un cabri sur vos chaises en répétant à satiété : « les témoins n’ont pu mentir ! les témoins n’ont pu mentir ! », penchez vous, Messieurs les légalistes, sur les fameuse distorsions entre les détails de l’inhumation de 1821 et ceux de l’exhumation de 1840 et peut-être serez vous touchés par un rayon d’évidence ! Je rappelle d’ailleurs, que ces nobles témoins - au-dessus de tout soupçon – ont bel et bien menti dans l’affaire du masque ; sans doute était-ce dans une louable intention : favoriser l’essor de la légende impériale ! Ils n’en ont pas moins tous menti, et aucun n’a parlé, sauf Saint-Denis (Ali) quand on lit entre les lignes le passage concernant le masque et Antommarchi ! Mais, sans vouloir vous taxer d’ânes à mon tour, Messieurs les légalistes, il faut que vous compreniez que s’ils ont menti sur l’affreuse supercherie dont ils ont été les acteurs involontaires, c’était aussi dans une très louable intention : empêcher la guerre entre la France et l’Angleterre. Cette raison ne vous paraît pas suffisante ? Eh bien, c’est que vous ignorez sans doute qu’à cette époque l’intérêt supérieur de la Nation l’emportait sur toute autre considération, fusse-t-elle la gloire et la conservation des Cendres impériales ! Je ne me prononce pas sur leur décision qui sans doute –pour une large part- a été imposée par Louis-Philippe… Cependant, en tout état de cause, en examinant les indices sérieux, graves et concordants collationnés par Georges Rétif de la Bretonne et contrôlés rigoureusement par mes soins, je maintiens que l’exhumé de 1840 n’est pas Napoléon ; c’est mon intime conviction, basée sur le dossier que j’ai rappelé au public en septembre 2000, et auquel se sont rajoutés depuis de nouveaux éléments de preuve, comme la mèche « de Bovis » ou le quatrième cercueil de 1840 inlogeable sur le corbillard de 1821 ! Pour toute autre « notabilité » , avec un dossier pareil, en cas de doute, sa famille obtiendrait du Procureur de la République une exhumation pour procéder à une vérification d’identité… Dans ces conditions, j’affirme sur mon Honneur, en conscience et en toute sérénité que les Cendres de l’Empereur ne sont pas aux Invalides. |