L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 31 Déc 2019 15:50 
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https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6368291k/f9.

petite brochure qui fait le point sur les erreurs, voire les fautes, de Napoléon lors de la campagne de Saxe (15 août - 19 octobre 1813). Les unes sont avérées, les autres discutables... Qu'en est-il exactement ? L'auteur n'a pas été identifié, mais nous supposons que "X" avait au moins le grade de commandant.

1er reproche : avoir confié à Oudinot la part essentielle d'une marche sur Berlin.

Le reproche est fondé. Oudinot, excellent divisionnaire, voire très capable pour commander un corps d'armée, n'avait pas l'autorité suffisante ni une maîtrise complète du raisonnement stratégique. Il lui était difficile de s'imposer face à des subordonnés aussi doués que lui, sinon davantage. Or, c'était le cas de Reynier et de Bertrand, tout-à-fait aptes à commander un corps d'armée, mais plutôt incommodes pour supporter la férule d'un chef dont ils n'estimaient pas le talent supérieur aux leurs.

Le plan soigneusement concocté par Napoléon, pêchait dans les détails d'exécution. Ordonner le plus court chemin, de Wittenberg à Berlin, pour cette armée, imposait toutefois de marcher de manière divisée sur des routes séparées dont les liaisons latérales étaient très difficiles, ce qui faisait courir à chacun de ces 3 corps d'être attaqués séparément et d'être accablés sous le nombre. C'est ce qui se produisit lors de la bataille de Gross-Beeren.

Napoléon méprisait Bernadotte et les troupes qui étaient sous ses ordres. Si les 100 000 hommes de l'armée du Nord étaient, en partie, un ramassis de conscrits de piètre valeur, les Prussiens de Bülow et les Russes de Tauenzien étaient des soldats confirmés qui le firent bien sentir lors des combats. Sous-estimer son adversaire n'est jamais de bonne politique.

Sans-doute, le regroupement des forces de Davout (40 000 hommes), de Girard (15 000) et d'Oudinot (65 000), devait procurer un effectif imposant de 120 000 hommes au duc d'Auerstaedt. Mais à condition que la concentration puisse s'effectuer, ce qui supposait la prise de Berlin. Confier à Oudinot la phase préalable et principale de cette manoeuvre était une faute, car le caractère et les qualités de ce maréchal ne répondait pas du succès.

Tous les critiques de cette campagne sont unanimes ; et l'empereur lui-même a reconnu son erreur.

L'auteur propose une manoeuvre qui devait réussir infailliblement. Au lieu de marcher directement sur Berlin, Oudinot aurait dû remonter le cours de l'Elbe par la rive gauche, assuré de ne pas être attaqué de flanc, étant couvert par le fleuve, jusqu'à Magdebourg (ou un peu avant), pour se renforcer des 15 000 hommes de Girard. Passant sur la rive droite de l'Elbe, il n'avait plus qu'à attendre la jonction avec le corps de Davout, ce dernier prenant alors le commandement supérieur.

Certes, cette marche prenait 5 à 6 jours de plus. Cela donnait tout le temps nécessaire à Davout d'effectuer sa marche en avant, sans faire courir aucun risque à Girard. Si Bernadotte se trouvait avec 150 000 hommes (les corps opposés à Davout et à Girard se ralliant à lui), il n'est guère douteux que Bernadotte aurait perdu la bataille proposée à Davout à l'ouest de Berlin.

Naturellement, il est loisible de faire remarquer à notre critique que Bernadotte était alors libre de marcher vers le sud, soit pour couper les communications d'Oudinot, soit pour filer rejoindre la grande armée de Bohême de Schwarzenberg. Dans le 1er cas, le risque n'était pas grand, car ainsi, Bernadotte se mettait dans l'impossibilité de s'opposer à la marche de Davout sur Berlin. Le second cas pouvait être dangereux. Mais Napoléon ne pouvait manquer d'accourir pour accabler le prince héréditaire de Suède et il est peu probable que la pusillanimité de celui-ci lui ait fait braver le risque de se mesurer directement à son ancien empereur. Il est toutefois permis de penser que cette éventualité a été prise en compte par Napoléon pour préférer l'option d'une marche directe sur Berlin, du sud au nord, plutôt qu'une marche plus longue par Magdebourg.

Mais si l'Empereur craignait un tant soit peu une marche téméraire de Bernadotte pour donner la main à Schwarzenberg, on conçoit mal qu'il ait pu penser qu'un chef comme Oudinot suffirait pour susciter une crainte quelconque dans l'esprit du maréchal félon ! D'autant qu'il était difficilement supposable que Bernadotte se replierait derrière Berlin sans combattre. Et surtout, que les Prussiens ne seraient pas capables de produire tous les efforts possibles pour préserver leur capitale.


Deuxième reproche : après la victoire de Dresde, ne pas avoir assumé la poursuite des coalisés défaits et désorganisés jusqu'au bout.

En effet, le 28 août, Napoléon se rend jusqu'à Pirna, pour mieux coordonner la poursuite de l'ennemi par ses lieutenants. Il donne ses ordres, notamment à Vandamme, le chargeant d'envelopper la droite des coalisés en pleine retraite, de manière à intercepter les communications sur la route qui va de Toeplitz à Teschen. Vers midi, il déjeune rapidement et ressent soudain un malaise. Incontinent, il remonte dans sa voiture et regagne Dresde avec Berthier. Mortier qui mène la jeune garde arrive plus tard à Pirna.

L'empereur prétendra que ce malaise, dû à la fatigue accumulée sous la pluie, le contraignait à prendre du repos afin de mieux se rétablir. A la vérité, c'est qu'il a reçu la nouvelle de la défaite de Gross-Beeren et les rapports alarmants concernant les troupes d'Oudinot repliées sous le canon de Wittenberg... Jugeant la situation préoccupante, il préfère gérer au mieux les conséquences de cet échec, de manière à le réparer le plus vite possible, considérant que la marche sur Berlin reste plus importante que la poursuite de l'ennemi qui est en bonne voie (voir Note).

On connaît la suite : Vandamme, appliquant les ordres de Napoléon, de manière extensive, va tout risquer pour marcher sur Toeplitz par où la plus grande partie des corps de l'armée de Bohême, doit s'écouler. Bousculant le corps russe d'Eugène de Wurtemberg, il parvient jusqu'à Kulm le 29 août et attaque le lendemain en force, au-delà, en direction de Toeplitz. Mais alors, 80 000 hommes débouchent successivement en face de lui, tant Russes qu'Autrichiens, portant les effectifs des coalisés à 100 000 hommes. Vandamme ne perd pas la tête et avec ses 40 000 soldats, entend leur tenir tête, sinon pour vaincre, du moins pour attendre des renforts des corps français voisins, notamment ceux de Gouvion-Saint-Cyr et de Mortier. Malheureusement, c'est le corps prussien de Kleist qui se présente sur ses arrières. Pris entre deux feux, Vandamme est écrasé, perdant plus de la moitié de son corps, décimé ou prisonnier, ses 80 canons alors que l'ennemi s'empare de sa personne !

Les historiens ont établi que Napoléon avait effectivement ressenti un malaise, mais bien moins grave qu'il ne le laissât dire par la suite. Surtout, ainsi que l'auteur le souligne, c'est bel et bien les nouvelles de l'échec de Gross-Beeren et le projet d'une nouvelle marche sur Berlin qui le retinrent à Dresde et non pas la gravité de son malaise. Berthier, chargé d'expédier ses ordres à ses lieutenants, se contenta d'indiquer d'avoir à rechercher l'ennemi partout où il se trouvait et de coopérer entre-eux de leur mieux.

Cependant, Gouvion ne fit qu'une lieue et demi le 29 août sans talonner suffisamment l'arrière-garde de Kleist qui eût tout loisir de passer par la montagne pour mieux s'échapper et tomber à l'improviste sur les arrières de Vandamme, tandis-que Mortier ne bougeait pas de Pirna et n'assurait pas ses communications avec Vandamme.

Outre son malaise, Napoléon a tenté de se justifier en expliquant que Vandamme avait outrepassé ses ordres, en voulant marcher sur Toeplitz. Mais il lui avait pourtant ordonné d'intercepter les communications de l'ennemi sur la route de Toeplitz à Teschen. Certes, Vandamme a été imprudent, car il n'a pas vérifié s'il serait soutenu. Et surtout (sur ce point l'Empereur avait raison), il n'a pas laissé à Nollendorf un bataillon et quelques pièces de canon, ce qui lui aurait permis d'être averti à temps de la manoeuvre de l'ennemi pour décrocher et repousser ainsi Kleist, en évitant l'encerclement.

Toutefois, l'importance de la poursuite des coalisés était si grande qu'on ne comprend pas l'éloignement de l'Empereur du terrain où se passait l'action. Lui présent à Pirna, il est certain que Gouvion eût été plus pressant et que Mortier aurait été lancé dans la direction de Peterswalde pour se lier à Vandamme, sinon pour le rejoindre. Alors, Kleist eût été coincé dans un étau entre Gouvion et Mortier et son corps pris en entier ; quant à Vandamme, même refoulé sur Kulm, il aurait pu tenir sa position et n'aurait pas manqué d'être secouru. Ce qui promettait de beaux succès pour le lendemain...


Troisième reproche : avoir privilégié la manoeuvre contre les armées du nord, ce qui conduisit au désastre de Leipzig !


En fait, le commandant X reproche plusieurs choses à Napoléon au cours des manoeuvres du mois d'octobre. Nous les examinerons dans le détail ; toutefois, ces reproches peuvent se résumer au fait d'avoir marché d'abord contre les armées de Blücher et de Bernadotte, en négligeant les possibilités de la grande armée de Bohême qui -selon l'auteur- aurait dû être détruite (ou du moins neutralisée) en priorité.

Blücher ayant passé l'Elbe suite au combat de Wartenbourg, l'Empereur n'a plus hésité et s'est précipité à marche forcée vers le nord, ne doutant pas un instant que Bernadotte lui emboîterait le pas, pour tenter de réaliser la grande concentration des coalisés autour de Leipzig. Et pour se faire, il n'a laissé à Murat que 40 000 hommes pour observer et contenir Schwarzenberg qui commandait à plus de 160 000 hommes.

X considère que c'était une faute, car l'Empereur n'était pas assuré de joindre Blücher et Bernadotte avant que Schwarzenberg ne surgisse sur ses arrières et ne le contraigne à faire volte-face. A son avis, Napoléon devait donc laisser la grande armée de Bohême s'engager en direction de Leipzig afin de courir sus sur ses derrières avec toutes les forces qui lui restaient, notamment les troupes de Gouvion demeurant à Dresde !

Sans-doute, Ney ne disposant que des corps de Souham, Bertrand, Reynier et Marmont, aurait été réduit à devoir manoeuvrer devant les 140 000 hommes des armées du Nord avec seulement 80 000 hommes, mais Napoléon en ayant rassemblé sous sa main 160 000, il ne pouvait manquer d'écraser Schwarzenberg avant que celui-ci ait pu opérer sa jonction avec Bernadotte et Blücher... Surtout, cette marche aurait été moins longue que celle qui le porta à Düben, s'étant amoindri par ailleurs des 30 000 hommes de Gouvion, demeuré à Dresde.

Dans les faits, l'Empereur parvenu à Düben le 10 octobre, y demeura pendant 3 jours, dans l'expectative, ce que ne comprend pas X. En vérité, Blücher s'étant dérobé en gagnant Halle et en se ménageant la possibilité de se couvrir derrière la Saale, Napoléon ne pouvait plus qu'atteindre le seul Bernadotte, mais prenant alors le risque de voir Blücher et ses 60 000 hommes se joindre à la grande armée de Bohême (sa dernière manoeuvre lui ayant coûté 20 000 pertes). Cependant X omet le fait que Napoléon avait prévu cette éventualité : laissant Blücher se joindre à Schwarzenberg, il passait l'Elbe toutes forces réunies, lâchait de détruire Bernadotte, appelait à lui Davout et ses 40 000 hommes, s'emparait de Berlin dans la foulée, redescendait l'Elbe par la rive droite et repassait le fleuve, renforcé de Gouvion, pour se mettre entre la Bohême et toutes les forces coalisées.

Malheureusement, la défection de la Bavière, connue du Grand-quartier Général, faisait douter les principaux lieutenants de Napoléon : ils ne concevaient pas le succès de la manoeuvre grandiose élaborée par le grand capitaine. Considérant que la Bavière joignait ses forces aux coalisés, ils craignaient que les 60 000 austro-bavarois ne marchassent contre la France et ne franchissent le Rhin, isolant complètement la Grande Armée dans le nord. A Düben, Napoléon ne se résolvait pas à abandonner sa grande combinaison et ne voyait que des inconvénients à se retourner contre l'armée de Bohême, alors qu'il n'avait pu détruire ni Blücher, ni Bernadotte.

Cependant, Schwarzenberg avançait et Napoléon devait prendre un parti. Retenu par la possibilité de couper Bernadotte d'une retraite en repassant l'Elbe, il différait encore pendant une journée avant de se décider le 13 à marcher contre l'armée de Bohême. Sans-doute, cette décision tardive était malheureuse, car en marchant le plus vite possible, il épuisait ses jeunes troupes et allait s'affaiblir en effet de près de 20 000 hommes en éclopés et en traînards, de sorte que ses soldats seraient moins frais et moins dispos pour affronter les troupes reposées des coalisés. Il aurait mieux valu qu'il persévère dans son intention première, plutôt que d'accepter d'aller se fourrer dans le cul de sac autour de Leipzig. D'autant que Reynier et Souham étaient allés loin au nord et ne pouvaient guère être sur le champ de bataille le 16 octobre.

Assurément, la manoeuvre opérée par le sud, telle que préconisée par X, peut sembler plus positive que celle du nord, telle que Napoléon l'avait entrevue. Néanmoins, on peut s'interroger sur le fait que Schwarzenberg aurait accepté la bataille offerte par Napoléon avant d'avoir pu être rejoint par Blücher et Bernadotte. Il y avait là une incertitude que l'Empereur a dû peser avant d'y renoncer. Et que dire alors du sort incertain de Ney, plus ou moins coincé avec ses 4 corps entre les deux armées coalisées ? S'il y avait bien des chances que Napoléon triomphât, il y en avait aussi en faveur de la coalition !


Aussi, si nous partageons les deux premiers reproches adressés à l'Empereur par X, nous sommes moins convaincu s'agissant du troisième.

Reste à examiner une dernière critique formulée par X à Napoléon : c'est de n'avoir pas assuré sa retraite par Torgau, à la suite des batailles du 16 octobre. D'autant que c'était -peu ou prou- la reprise de sa grande combinaison par le nord. En effet, prenant ce chemin (quoique dangereusement flanqué par ses adversaires), l'Empereur récupérait le grand-parc de l'armée et les ressources en munitions et vivres qu'il avait dû abandonner dans la célérité de sa marche vers Leipzig. C'est une remarque que nous n'avions jamais lue jusque-là. Seulement, à supposer que Napoléon n'y ait pas songé, ce projet se heurtait encore au défaitisme de ses lieutenants, obnubilés par la pensée de retraiter vers la France, toute affaire cessante...
C'est probablement par là qu'il faut comprendre que le génie du grand capitaine se soit obscurci dans les derniers moments de la campagne de Saxe...

Note : témoignage de Guillaume Peyruse.

Citer :
28 août. De très bonne heure, l’Empereur est sorti du palais pour se rendre sur le champ de bataille. Je suis sorti par la porte de Pirna et je suis rentré par celle de Freiberg. J’ai parcouru le champ de bataille ; il était horrible. Des corps entièrement dépouillés, horriblement mutilés ; des débris d’armes, de cuirasses, de schakos brûlés, jonchaient toute la plaine et les avenues de nos redoutes. Les fossés étaient comblés de cadavres d’hommes et de chevaux. Ce spectacle affreux avait attiré beaucoup de curieux. De malheureux paysans, rôdant autour de ces débris, cherchaient leurs meubles et des boulets ; d’autres ramassaient, éparses çà et là, les gerbes que les feux des bivouacs n’avaient pas consumées. Rentré au palais, j’appris que le général Moreau, qui se trouvait avec les Russes à l’affaire du 27, à Roecnitz, avait été mortellement blessé. Un lévrier, portant un collier sur lequel était gravé : J’appartiens au général Moreau, était resté à Nottnitz, et avait été amené au Roi de Saxe, qui s’était empressé de faire passer le collier au prince de Neuchâtel. Toutes les places, toutes les églises, tous les hôpitaux regorgent de prisonniers ennemis ; la plupart sont horriblement mutilés. On a ramassé un millier de voitures. L’Empereur, après avoir fait une pointe vers Pirna, rentra au palais, un peu souffrant.

29 août. Séjour. On s’est empressé de nous communiquer le bulletin de la santé de l’Empereur. Sa Majesté s’est trouvée soulagée par les transpirations survenues du refroidissement que ses vêtements, trempés par la pluie, lui avaient fait éprouver pendant la bataille du 27. Je suis allé visiter les temples et les églises et j’ai admiré dans les églises de la Cour le beau tableau de l’Ascension, qui décore le maître-autel. La mort du général Moreau est confirmée ; il n’a pas survécu à l’opération qui avait eu lieu dans la maison d’un des gardes-chasse du Roi. L’arrivée de ce général avait été annoncée comme étant celle du rédempteur des armées prussiennes.


Le malaise de Napoléon est établi pour l'après-midi du 28. Mais certainement, sa forte constitution lui aurait permis de reprendre la route de Pirna, s'il l'avait désiré, le lendemain. La vérité, c'est que son attention s'était portée sur les moyens de remédier aux défaites de Gross-Beeren et de la Katzbach. Déjà, avant même le désastre, il avait rappelé la vieille Garde sur Dresde. Incontestablement, il a mal jaugé la situation...

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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 Sujet du message : Témoignage de Marmont
Message Publié : 02 Jan 2020 11:59 
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Certains auteurs paraissent avoir identifié "X" comme étant le colonel Stoeffel, attaché militaire auprès de l'ambassade de France à Berlin, de 1866 à 1870. Mais nos recherches n'ont pas permis de valider cette hypothèse...

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... /f54.image

Témoignage de Marmont, extrait de ses mémoires :

L'ensemble de la position et la force des troupes que j'avais à combattre m'obligeaient à réunir mes moyens avant de rien engager. Une fois en mesure d'agir, je marchai. La deuxième division, commandée par le général Lagrange, déboucha par la grande route qui conduit à Dippoldiswald en tournant la position de l'ennemi. Je plaçai ma cavalerie en arrière de la division du général Laprange, prête à déboucher aussitôt que le passage serait ouvert. Enfin je laissai ma troisième division à Windiskarsdorf, pour me mettre à l'abri de toute entreprise de l'ennemi venant par ma gauche, et aussi à portée de soutenir le général Lagrange s'il en était besoin.

Une affaire assez vive s engagea en même temps sur les deux débouchés. Les premières troupes du sixième corps culbutèrent les troupes ennemies qui leur étaient opposées. Des corps plus nombreux les arrêtèrent, mais de nouveaux efforts complétèrent le succès. L'ennemi avait, en arrière des défiliés franchis, une nombreuse artillerie et des troupes toutes formées. Cet état de choses lui donnait sur nous un grand avantage; mais la valeur des troupes triompha promptement de ce nouvel obstacle. Partout Russes et Autrichiens furent culbutés. Nous restâmes maîtres des débouchés et du champ de
bataille, le général Compans fit occuper Dippoldiswald, et le général Lagrange s'était emparé de vive force des villages de Kossenig et de Benholtheim. La cavalerie du général Ornano avança le plus promptement possible, mais la nuit était presque arrivée; l'ennemi avait couvert de cavalerie toute la plaine, et il ne fut plus possible d'entreprendre rien de sérieux. En conséquence, mes troupes prirent position.

Le lendemain, 29, je mis en position mon corps d'armée dans la direction qu'avait suivie l'ennemi, et je pris le chemin d'Altenbourg. Mon avant-garde arrivée au village d'OberFrauendorf, j'appris que l'ennemi occupait le bois situé à très-peu de distance, et qu'une forte arrière-garde était au delà du village de Falkenheim. Une brigade entière, placée en tirailleurs, fut chargée de chasser l'ennemi du bois, de le fouiller dans toutes ses parties, afin de prévenir toute espèce de surprise. Avec un matériel aussi considérable, dans un pays aussi diflicile, il y a les plus grands périls à marcher sans une extrême précaution. Un corps d'armée peut être détruit s'il avance avec trop de confiance et sans être suffisamment éclairé. Le bois étant évacué par l'ennemi, je trouvai au débouché un corps de quinze mille hommes environ, formé en avant du village de Falkenheim, avec vingt pièces de canon.

Cette position est très-forte et appuyée à droite et à gauche par de très-grands escarpements. Elle n'a qu'un seul inconvénient, celui d'être suivie d'un mauvais défilé. Après avoir reconnu la position de l'ennemi, fait occuper par les premières troupes deux mamelons qui protégeaient la sortie du bois, et placé quelques pièces de canon sur la hauteur;
après avoir fait serrer la division du général Freiderich sur celle du général Lagrange pour la soutenir, je donnai ordre à celui-ci d'attaquer l'ennemi. Malgré une vigoureuse résistance de sa part, la valeur de nos troupes fut telle, qu'en un instant tout fut culbuté et l'ennemi poursuivi jusqu'à l'entrée du détîlé, où il laissa beaucoup de pièces de canon et de voitures. la nuit seule arrêta notre poursuite. Le 37e léger et le 4e de marine se distinguèrent, l'ardeur des troupes était telle, qu'il fallut plutôt s'occuper à la calmer qu'à la stimuler, afin de ne pas compromettre des succès toujours assurés avec de pareils soldats, quand ils sont bien conduits.

l.e lendemain, 30, je me mis en marche pour Altenbourg. L'armée ennemie l'avait évacuée pendant la nuit, et nous y trouvâmes une arrière-garde qui se retira à notre approche. Dans le trajet de Falkenheim à Altenhourg, nous pûmes juger par nous- mêmes du désordre de la veille chez l'ennemi. Plusieurs pièces de canon et plu de cent voitures étaient éparses çà et là. Partout nous voyions des indices de confusion. Il ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent à
notre approche. Je résolus de profiter d'une occasion si favorable pour faire tout le mal possible à l'ennemi, et de le poursuivre l'épée dans les reins jusqu'à Tœplitz.

Je pouvais sans crainte agir ainsi; j'étais informé que le septième [Note BRH : premier, en réalité] corps, commandé par le général Vandamme, soutenu par toute la garde, marchait sur Toeplilz, tandis que le quatorzième corps, placé en échelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir. Vers midi, je rencontrai l'ennemi sur le plateau de Zinnwald, amphithéâtre ressemblant assez à celui de Frankenheim. On ne peut y arriver que par des défilés fort étroits. la division du général Compans tenait la tète de la colonne. Trouvant des forces considérables au débouché, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se former. Je donnai l'ordre au général Lagrange de se porter avec sa division par un autre délilé à droite, beaucoup plus étroit que le premier. mais qui prenait en flanc la position de l'ennemi. le mouvement eut un plein succès, cette division, ayant marché avec vigueur, en même temps que celle du général Compans, l'ennemi, culbuté sur tous les points, fut poursuivi sans relâche et jeté dans les chemins étroits et épouvantables qui conduisent de Zinnvald à Eichwald. Nous primes, dans cette seule journée, plus de quatre cents voitures d'artillerie et d'équipages.

Nous poursuivimes l'ennemi à peu de distance du village d'Eichwald, où nous trouvâmes des troupes nouvelles toutes formées. La nuit nous arrêta. l'avant-garde bivouaqua près du débouché d'Eichwald. le corps d'armée sur le plateau de Zinnvald, et je préparai tout pour déboucher le lendemain à la pointe du jour sur Tœplitz, où je supposais voir arriver
Vandamme de son côté. Mais ce qui s'était passé chez lui avait bien changé l'état des choses. A mon retour au camp, je trouvai un officier d'état-major du maréchal Gouvion SainlCyr qui m'apprit la catastrophe. Le corps d'armée avait été détruit et pris presque en entier par l'ennemi. Le matin même, le maréchal avait marché à son secours, mais n'avait pu arriver à temps pour le sauver.

Cet événement a eu des résultats si importants et si graves, qu'il convient d'en rechercher et d'en approfondir les causes.

Napoléon était dans l'usage de recommander avec exagération à ses généraux de marcher en avant. S'il ne doutait pas de leur courage, il est certain qu'il se méfiait de leur résolution. Avec un homme ardent comme le général Vandamme, il eût été
plus convenable de lui tenir le langage de la prudence. Toutefois, dans la circonstance, il était de son devoir de marcher tète baissée. Napoléon lui avait dit et fait écrire « Je vous suis avec toute ma garde; marchez sans crainte. » Enfin il savait que le bàlon de maréchal devait être la récompense d'un succès brillant, et il était impatient de l'obtenir. Mais Napoléon, après avoir mis en route sa garde, était resté à Dresde, incertain sur ce qu'il ferait. Ayant reçu la nouvelle de l'échec éprouvé par le maréchal Oudinot devant Berlin, et des revers du maréchal Macdonald sur la Katzbach, il résolut de rester, de rappeler sa garde, et il eut le tort incroyable de ne pas faire prévenir Vandamme. On a dit qu'il s'était mis en route, et que, se trouvant tout à coup indisposé, il avait rétrogradé. Ce fait est inexact, et le général liersdorff, général saxon, m'a déclaré formellement que, n'ayant pas quitté un moment le palais pendant les journées du 28 et du 29, il avait la certitude absolue que Napoléon n'était pas sorti de Dresde ces jours-là. La Garde seule s'était mise en mouvement, et il la rappela, ainsi que je viens de le dire. Vandamme se trouva donc seul et sans appui dans la plaine de Kulm. Vainqueur le 29, il fut accablé le 30 par les
forces immenses qui se jetèrent sur lui.

Une circonstance inopinée survint qui aggrava sa position, et la rendit désespérée. Le corps de Kleist, qui s'était retiré de Glaschùth devant Saint-Cyr, arriva à Ebersdorff le 29. De ce point il ne put entrer en Bohême. Une communication mauvaise,
praticable cependant aux voitures, et meilleur que celle de Zinmvaid, aboutit de ce point à Kulm. Mais, dans ce moment, Vandamme étant à la tête du débouché, Kleist ne pouvait pas raisonnablement s'y présenter. Le 30, au matin, il crut Vandamme assez avancé pour avoir entièrement découvert la grande route, et, ne le supposant plus sur ce point, il se décida à faire un mouvement par le plateau et à se porter d'Ehersdorf sur Nollendorf, espérant ainsi échapper à l'armée française,
arriver à la plaine, éviter Vandamme, et rejoindre, par un détour, le gros de son armée. Une preuve incontestable de la vérité de cette opinion, c'est que ses meilleures troupes étaient à l'arrière-garde pour résister soit à Saint-Cyr, soit à ce qui pouvait
venir de Peterswald. Les mauvaises troupes et les parcs étaient en tête de colonne. Au moment où Vandamme, accablé par le nombre, se disposait à la retraite, le corps de Kleist arriva sur la route. La cavalerie de Vandamne, s élançant en colonnes,
pour ouvrir le chemin, échappa en partie. Cette cavalerie, rencontrant seulement d'abord des landwehrs et des parcs, elle sabra tout, et prit cette nombreuse artillerie, qui n'eut pas même le temps de se mettre en batterie. Mais les troupes à la queue de la colonne, s'étant ravisées, prirent position, et parvinrent à fermer le passage.

Si la garde eût suivi, Kleist, pris entre Saint-Cyr et la garde, mettait bas les armes, et Vandamme eût battu, le 30, les divers corps qui l'ont attaqué. Mais, bien plus, si la garde eût joint Vandamme le 29, pendant qu'il était victorieux, il aurait pu se
porter en avant et se trouver ainsi au milieu de toutes les forces ennemies qui étaient sans organisation et dans une entière confusion, par suite des difficultés da la retraite. Toute l'artillerie marchait isolement. Les troupes descendaient par détache- ment, en suivant tous les sentiers praticables. Il n'y avait pas, le 29, trente mille hommes à mettre régulièrement en bataille dans la plaine. C'était un de ces coups de fortune, comme il en arrive en un siècle de guerre. Tout le matériel aurait été pris,
et tout se serait dispersé. Des reproches réciproques auraient servi à tout dissoudre, à tout désorganiser. La fortune en a ordonné autrement; mais le seul coupable, et le véritable auteur de la catastrophe, c'est Napoléon.

Il convient maintenant d'examiner quelle influence a eue le maréchal Saint-Cvr sur cet événement. Il pouvait en diminuer la gravité, et il n'est pas exempt de reproches. II suivait Kleist, et arriva a Ebersdof, C'est de la hauteur, en avant de ce poste, qu'il vit l'événement du 30. S'il est arrivé le 29, il est coupable de n'avoir pas descendu le plateau et de ne s'être pas joint à Vandamme; s'il n'est arrivé que le 30 au matin, il ne pouvait pas déboucher; mais alors il est coupable d'avoir perdu de vue Kleist. En le suivant l'épée dans les reins il l'arrêtait, et la route de Pelerswald restait libre au général Vandamme, et peut-être même l'enchaînement des circonstances aurait pu, Vandamme battu et se retirant, entrainer la perte de Kleist.

On a eu tort d'accuser Vandamme d'avoir montré, dans cette circonstance, trop de témérité. Il s'était arrêté dans une bonne et excellente position en avant de Culm, position inexpugnable pour peu qu'il existe quelque proportion entre le nombre des combattants. J'ai depuis étudié ces lieux sur place, et j'ai acquis la conviction que Vandamme aurait pu s'y défendre un contre deux, et certainement il l'aurait fait; mais il y a des limites au possible. Je pense, au contraire, qu'on pourrait lui reprocher de la lenteur et peu d'ensemble dans sa marche. Ses troupes n'étaient pas réunies le 29; et, quoique maître de Culm le 29, avant midi, il ne put pas déboucher pour culbuter et mettre en déroute le corps russe, très-inférieur en force, isolé dans une position ouverte, sans appui et sans moyen pour résister. Mais aussi comment se précipiter au milieu de cent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'étaient pas là, se trouvaient cependant à portée dans un bassin vaste et découvert, sans avoir derrière soi les forces nécessaires comme point d'appui ? Et pourtant il y avait un tel désordre dansl'armée alliée en ce moment, que le corps de Vandannne seul pouvait, en l'accroissant encore, amener des résultats incalculables.

C'est l'esprit de justice dont. je fais profession, et ma conviction profonde, qui me décident à prendre la défense de Vandamme, car ce général ne m'a jamais inspiré aucun intérêt. J'ajouterai à ce qui précède ma dernière réflexion sur la conduite de Napoléon, réflexion qui la rend encore moins concevable.

L'armée ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait naturellement se rassembler dans la plaine de Toeplitz. Le 30 août, elle devait, d'après tous les calculs, s'y trouver réunie, et, le jour suivant, les divers corps de l'armée française, après avoir descendu du plateau de Saxe, se trouvaient en présence. Une fois nos corps réunis, qui devait commander, qui devait donner la direction, l'impulsion et l'ensemble ? Personne, puisque Napoléon était le 30 à Dresde, et n'avait pris aucune disposition pour suppléer, le 31 à sa présence en Bohême. Ainsi, dans le cas de succès constants dans la poursuite, il se mettait, par sa propre volonté, dans des conditions qui en rendaient les effets plus que douteux. L"on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite, car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Vandamme en a reçu de contraires. On se perd dans ce dédale où l'on ne peut découvrir ni un calcul ni une intention raisonnable. Seulement il parait incontestable que Napoléon, frappé de la nouvelle du désastre de la Katzbach, et ne pensant qu'à la nécessité de le réparer, ne voulut pas s'éloigner de l'année de Silésie; mais, quelque urgents que fussent les secours à lui porter, ils ne pouvaient pas être immédiats, tandis que les affaires de Bohême, d'une nature décisive, réclamaient à l'heure même et le secours de sa garde pour soutenir Vandamme, et sa présence pour la direction de l'ensemble des opérations. Dans tous les cas, rien n'excuse et ne peut excuser Napoléon de n'avoir pas informé Vandamme du changement de ses résolutions*.

Instruit de ce qui s'était passé, je ne pouvais plus penser à descendre de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres était tout ce qui me restait à faire. Je restai donc sur la défensive ; pendant la journée du 31 l'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repoussé constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d'artillerie ou d'équipages, et il avait eu en tués, blessés et prisonniers, de neuf à
dix mille hommes hors de combat [Note BRH : durant la poursuite, du 28 au 30 août].

Le 31, au soir, je reçus l'ordre de prendre position à Altenbourg. Je m'y rendis, et me mis en mesure de m'y défendre, Le 1er septembre, l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde (etc.).

• La lettre ci-après prouve que, le 30 août, l'intention de l'Empereur était que l'armée continuât son mouvement offensif et descendit le plateau de la Saxe pour pénétrer en Bohême. Vandamme, non-soutenu par la garde, qui avait été rappelée à Dresde, devait marcher sur Toeplitz, tandis que je débouchais par Zinnwald, et que les autre» corps en feraient autant, chacun dans sa direction. Vandamme est donc parfaitement innocent de ce mouvement, et des conséquences qui en ont été la suite,

• Dresde, le 30 août 1813.

« Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous prévenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, où l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne pourront pas passer qu'avec une peine extrême : que c'est donc sur ce point qu'il faut se réunir et attaquer ; que l'ennemi, tourné par le général Vandamme qui marche sur Toeplitz, se trouvera très embarrassé et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.

« Le Prince vice-connétable, major général,

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 Sujet du message : critique du plan de Napoléon
Message Publié : 02 Jan 2020 18:27 
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Revenons au plan de Napoléon de marcher d'abord avec célérité contre les armées du nord pour les rejoindre et les écraser, avant de se retourner contre l'armée de Bohême. Le défaut, c'est qu'en cas d'insuccès (ce qui se produisit), il fallait revenir au plus vite sur Murat pour le soutenir et accabler les bohémiens (cad les austro-russo-prussiens, nommés ainsi, pour plus de facilité).

"X" estime que Napoléon comptait trop sur leur lenteur afin de pouvoir écraser ou disperser les armées du nord. Mais pas du tout, car Murat se repliant sur Leipzig, se renforçait des 12 000 hommes de la garnison (Margaron) et encore des 13 000 à 14 000 hommes d'Augereau qui venait de la Bavière, ce qui lui aurait donné un total de 65 000 hommes. Dans cet état, Murat ne pouvait certes pas faire tête aux bohémiens, mais il pouvait facilement se laisser enfermer à Leipzig. Avec cette masse, il pouvait défendre à outrance les faubourgs de la ville au nord, à l'Est et au sud, comme l'expérience des combats du 19 octobre l'a démontré. Quant à l'ouest, par le pont de Lindenau, 10 000 hommes suffisaient pour tenir ce point. Il est douteux que les bohémiens aient alors tenté de s'emparer de Leipzig de vive force. Il est plus supposable qu'ils se seraient contenter de bloquer la place : par un corps de 20 000 hommes à l'ouest et 40 000 au moins de l'autre côté de la Pleisse. Ce qui ne pouvait manquer d'affaiblir les bohémiens. Au reste, Napoléon semble avoir prévu la perte de Leipzig, puisqu'il ordonnait à son gouverneur de convoyer tous les approvisionnements vers Torgau.

Ayant trop compté sur la possibilité d'écraser les armées du nord, Napoléon aurait eu encore le tort de persister dans sa grande combinaison, visant à passer l'Elbe sur les talons de Bernadotte, pour le disperser et occuper Berlin, tout en appelant à lui la part la plus importante des forces de Davout, soit 30 000 hommes au moins, les Danois et quelques troupes demeurant sur place, soit un peu plus de 10 000 hommes. L'Empereur aurait alors remonté le cours de l'Elbe par la rive droite jusqu'à Torgau ou Dresde et s'en serait pris aux Bohémiens, renforcés ou non par Blücher. Il aurait alors disposé d'un effectif théorique de 205 000 hommes (210 000 - 65 000 + 30 000 (Davout) + 30 000 (Gouvion)).

De son côté, Schwarzenberg aurait pu compter sur (160 000 - 60 000 + 70 000 (Blücher) + 50 000 (Benningsen et Collredo)), soit 220 000 hommes. En supposant une perte de 15 000 hommes à Napoléon, du fait des combats, des désertions et de la maladie, cela faisait encore une masse de 190 000 hommes.

"X" n'entre pas dans ces considérations, car il estime que pendant les décades où Napoléon se serait transporté au nord de l'Elbe (disons 20 jours), les bohémiens réunis aux russo-prussiens de Blücher auraient pu s'emparer sans coup férir de Magdebourg, de Torgau et de Dresde, rien de moins ! De sorte que c'est Napoléon qui aurait été coupé de ses communications et dans l'impossibilité de franchir l'Elbe !!!

Si "X" était un officier d'artillerie, on se demande comment il a pu former un tel jugement ! Comment ? Une place-forte comme Magdebourg, avec ses remparts renforcés, ses armements portés au summum, comportant une garnison de 5000 hommes, renforcée par le corps de Lemarois de 15 000, aurait pu être emportée de vive force, en quelques jours ? Et cela, sans qu'aucune brèche n'ait été réalisée sur l'enceinte principale ? Les coalisés -auraient-ils été 200 000- ne pouvaient certainement pas faire brèche en 3 jours. Le bombardement à outrance de la place n'aurait pas eu plus d'effets, les Français se moquant bien des dommages faits à la ville et à sa population, toute prussienne de coeur... Quant à un assaut massif, avec des colonnes de fantassins munis d'échelle, c'est oublier que l'enceinte (plutôt les enceintes) de Magdebourg était entouré de larges fossés plein d'eaux. Ce n'était pas la vieille enceinte de Leipzig, qui présenta pourtant des difficultés aux coalisés le 19 octobre : comparaison n'est pas raison !

Cette action contre des places secondaires comme Wittenberg ou Meissen est seule envisageable. Peut-être encore pour Torgau, pourtant défendue par Narbonne et 10 000 hommes et dont les enceintes présentaient moins de développement et donc moins de difficultés que Magdebourg. Quant à Dresde, si sa situation était moins forte que celle de Magdebourg, elle n'en était pas moins redoutable, en tout cas dotée d'un potentiel supérieur à Torgau.

Sur ces points, le raisonnement du commandant "X" n'est pas recevable. Il suffisait que Torgau ou Dresde tiennent une dizaine de jours pour que Napoléon puisse y passer et surprendre les forces concentrées des coalisés ! Nous ne pouvons admettre que de telles places fortes puissent être emportées d'assaut sans que les assaillants aient réalisé une brèche dans leur enceinte principale. Il n'est d'ailleurs pas d'exemple historique qu'une telle manoeuvre ait jamais réussi que ce soit au XVIIIème ou au XIXème siècle, sauf par ruse ou par surprise. Ce qui d'ailleurs nous amène à penser que le commandant "X" n'était pas un artilleur, mais plutôt un cavalier, voire un fantassin peu au courant des règles régissant le siège des places...

Examinons encore le plan qu'il proposait, en lieu et place de Napoléon. Au lieu de foncer vers Düben, l'Empereur aurait dû attendre patiemment que les bohémiens s'engagent à fond sur le chemin de Leipzig, laissant Ney et ses 40 000 hommes se débrouiller face aux 120 à 130 000 hommes de Blücher et de Bernadotte réunis.

Faisons le décompte exact des forces dont il pouvait alors disposer :

Marmont (30 000)
Ney (Reynier, Bertrand, Dombrowski : 40 000)
Murat (Poniatowski, Lauriston, Victor : 40 000)
Napoléon (Garde, Souham, Mac-Donald : 75 000)
Gouvion (30 000)

Marmont venait renforcer Murat qui présentait alors 70 000 hommes pour contenir les Bohémiens, tandis que l'Empereur pouvait les prendre en queue et sur leur flanc droit avec 105 000 hommes. Mais cela présentait une masse de plus de 160 000 hommes. Qui peut dire que les coalisés accepteraient alors de se retourner pour faire face à Napoléon avec Murat dans leur dos ?

Schwarzenberg était conscient du danger et il n'était pas acquis qu'il s'éloignerait des montagnes de Bohême pour courir le risque d'être enveloppé. Que faire alors s'il ne s'en décollait pas ? Pendant ce temps, Ney risquait d'être écrasé entre Blücher et Bernadotte et ces derniers marchaient alors sur Leipzig ! La ville n'était plus à l'abri d'un coup de main et Margaron -à supposer qu'Augereau ait pu le rejoindre à temps, n'opposait que 25 000 hommes. Sans-doute Ney pouvait s'en tirer et se replier sur Leipzig. Mais il était bloqué à son tour...

Etait-il concevable que Napoléon restât immobile, en attendant le bon-vouloir des Bohémiens qui ne manqueraient pas d'être renforcés par Benningsen et Colloredo ? Et alors, c'était une masse de plus de 210 000 hommes qu'il fallait affronter !

Certes, il y avait un moyen de décider Schwarzenberg à marcher, c'était de replier Murat sur Marmont, et tous ensemble, d'affronter avec 110 000 hommes les armées du nord. Néanmoins, Murat pourrait-il venir à bout de celles-ci ? S'il essuyait un échec, tout était compromis. Et Napoléon devrait affronter les 160 000 bohémiens avec seulement 105 000 hommes. On fera remarquer qu'il n'avait guère plus d'effectifs quand il affronta les 140 000 bohémiens lors de la bataille de Wachau ; mais précisément, l'affaire se termina par un match nul, même si on peut considérer que Napoléon avait remporté un avantage tactique !

En marchant vers le nord, l'Empereur était sûr d'écraser ou de disperser au moins une des deux armées, quitte à passer l'Elbe pour ce résultat. Et, dans ce cas, il revenait par Torgau ou Dresde pour faire expier les bohémiens de leur audace !

On voit que le plan "Sud", proposé par "X" n'était pas une garantie du succès, comme il l'a prétendu. Et qu'au contraire, le plan "Nord" présentait autant sinon davantage de chances de remporter une grande victoire, à condition d'être appliqué jusqu'au bout, sans faillir. Malheureusement, l'état d'esprit de ses lieutenants, fâcheusement influencés par la défection de la Bavière (qui annonçait inévitablement celles du Wurtemberg et du Bade) ne le permit pas. Tout au plus peut-on déplorer que Napoléon, une fois rendu à l'évidence, ne se soit pas décidé à marcher promptement et résolument sur Schwarzenberg 24 heures plus tôt, ce qui devenait alors une faute...

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Message Publié : 04 Jan 2020 0:17 
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liens sur le siège de Torgau :

https://weaponsandwarfare.com/2016/05/2 ... of-torgau/

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8755088.image

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Message Publié : 10 Jan 2020 23:29 
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Lire, c'est relire... Je reprends les mémoires de Marmont, notamment le volume concernant la campagne d'Allemagne (qui englobe la campagne d'automne en Saxe). On y retrouve des tas de détails intéressants. Thiers ne s'était pas privé de le critiquer : il est vrai que Marmont avait trahi Napoléon et plus tard, avait défendu le roi Charles X contre l'émeute parisienne...

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Message Publié : 11 Jan 2020 1:33 
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Bruno Roy-Henry a écrit :
Thiers ne s'était pas privé de le critiquer : il est vrai que Marmont avait trahi Napoléon et plus tard, avait défendu le roi Charles X contre l'émeute parisienne...


Thiers, à la fois admirateur de Napoléon et ministre de Louis-Philippe, ne pouvait que critiquer Marmont... Mais en tant qu'historien, il se devait à un minimum d'objectivité :bah:


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Message Publié : 16 Jan 2020 10:26 
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Correspondance de Napoléon – Août 1813
ROBERT
Dresde, 28 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Saint-Cyr de marcher sur Dohna. Il se mettra sur la hauteur et suivra sur les hauteurs la retraite de l’ennemi, en passant entre Dohna et la plaine. Le duc de Trévise suivra la grande route. Aussitôt que la jonction sera faite .avec le gé­néral Vandamme, le maréchal Saint-Cyr continuera sa route pour se porter avec son corps et celui du général Vandamme sur Berggiesshübel. Le duc de Trévise prendra position sur Pirna. Du reste, je m’y rendrai moi-même aussitôt que je saurai que le mouvement est commencé. Il est nécessaire qu’en marchant sur Dohna toutes les colonnes du maréchal Saint-Cyr soient dans la plaine, afin d’être tou­jours en vue du duc de Trévise.

Écrivez an général Vandamme pour l’instruire du mouvement de la retraite de l’ennemi; 30,000 hommes, quarante pièces de canon et plusieurs généraux ont été pris. Instruisez-le aussi de la marche du maréchal Saint-Cyr et du duc de Trévise sur Dohna et Pirna. Aussitôt que la réunion sera faite, il formera tout son corps sur les hauteurs de Berggiesshübel et de Hollendorf.

Je vais me rendre sur le chemin de Pirna.



Dresde, 29 août 1813, cinq heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général de brigade Pire de partir à six heures du matin et de passer les ponts de Dresde. Il lui sera attaché un bataillon westphalien, de ceux qui sont à Dresde, et trois pièces de canon. Ce général se rendra aussitôt à Meissen ; il y prendra possession de la place et poussera des partis sur la route de Leipzig et dans toutes les directions où il y aurait des partis ennemis ; il se mettra en correspondance avec le général Margaron, qui doit être à Leipzig ou entre Leipzig et Torgau. Arrivé à Meissen, le général] Pire placera dans le château le bataillon westphalien et les trois pièces de canon.

Donnez ordre au général commandant le génie d’y envoyer un of­ficier pour mettre sur-le-champ le château en état et travailler à une tête de pont, et au général commandant l’artillerie d’y faire sur-le-champ construire un pont de bateaux.

Le général Pire se mettra en communication avec le général Lhéritier, qui est sur la rive droite, et préparera des bateaux pour passer sur la rive droite avec sa brigade, aussitôt qu’il en aura l’ordre. Faites connaître au général Pire qu’il doit aujourd’hui donner deux ou trois fois de ses nouvelles, mon intention étant de rétablir parfaitement la communication centre Dresde et Leipzig, et qu’il ait assez de bateaux pour pouvoir, au premier ordre, se porter sur la rive droite.

Faites-moi connaître combien le général Lhéritier a d’infanterie avec lui.



Dresde, 29 août 1813, six heures et demie du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de se porter sur Frauenstein et de tomber sur les flancs et les derrières de l’ennemi, et de réunir à cet effet sa cavalerie, son infanterie et son artillerie.

Donnez ordre au duc de Raguse de suivre vivement l’ennemi sur Dippoldiswalde et dans toutes les directions qu’il aurait prises.

Donnez ordre au maréchal Saint-Cyr de suivre l’ennemi sur Maxe et sur toutes les directions qu’il aurait prises.

Instruisez ces trois généraux de la position respective des deux autres, afin qu’ils sachent qu’ils se soutiennent.



Dresde, 29 août 1813, sept heures et demie du matin.

A Joachim Napoléon, roi de Naples, à Dresde.

Mon Frère, aujourd’hui 29, à six heures du matin, le général Vandamme a attaqué le prince de Wurtemberg, près de Hollendorf; il lui a fait 1,500 prisonniers et pris quatre pièces de canon, et il l’a mené tambour battant ; c’étaient tous Russes. Le général Vandamme mar­chait sur Tœplitz avec tout son corps. Le général prince de Reuss, qui commandait une de nos brigades, a été tué. Je vous écris cela pour votre gouverne. Le général Vandamme écrit que l’épouvante est dans toute l’armée russe.



Dresde, 29 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mon intention est qu’on n’évacue pas les prisonniers Ide guerre sans avoir pris mes ordres, et qu’on me soumette les différents projets d’évacuation. Le premier convoi sera composé de leurs généraux; le second convoi, de leurs officiers; le troisième, de leurs sous-officiers inutiles aux convois de soldats; tout cela sera escorté par de la gendarmerie. Les officiers ne partiront que par convois de 20. On me donnera la note de tous ces convois et de l’escorte qu’on veut leur donner. Vous sentez l’importance qu’il y a à ce que les routes soient sûres. Quant aux soldats prisonniers, ils seront formés par compagnies de 60 à 100 hommes, à la tête desquels on mettra un sous-officier autrichien. Dix de ces compagnies, c’est-à-dire 1,000 hommes au plus, feront un convoi, qui sera escorté par 10 gen­darmes, soit d’élite, soit de la ligne, par 20 hommes de cavalerie et 60 hommes d’infanterie. L’escorte sera sous les ordres d’un offi­cier de gendarmerie, soit de la gendarmerie d’élite, soit de la ligne. Indépendamment de ce, les commandants de Leipzig et d’Erfurt four­niront, selon les circonstances, des escortes.

Tout ce qui serait Polonais et voudrait servir sera sur-le-champ enrôlé, habillé avec les uniformes polonais qui sont ici, et incorporé dans des régiments polonais. On pourrait même en envoyer à Mag­deburg et à Wittenberg pour le régiment de la Vistule et le 4e polo­nais; mais il faut être sûr que ces hommes soient Polonais. On m’assure que dans le nombre des prisonniers qui se trouvent ici il y en a déjà 500 dont on pourrait se servir avec avantage.



Dresde, 29 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, prévenez le gouverneur de Torgau, le général Margaron et le général Piré qu’une division de 1,500 hommes de cava­lerie autrichienne, russe et prussienne, avec 1,500 hommes d’infan­terie, a été coupée de Dresde et est arrivée à Meissen le 27, à deux heures après midi, et qu’elle en est repartie à cinq heures et à sept heures le même soir, se dirigeant sur Torgau. Ces troupes paraissaient inquiètes et incertaines du chemin qu’elles prendraient. Le général Margaron et le gouverneur de Torgau doivent avoir des avis de la marche de cette colonne, et l’on doit tâcher de l’intercepter et de lui faire: tout le mal possible.



Dresde, 29 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général commandant à Erfurt de faire partir, le 1er septembre, la division composée de 5,500 hommes d’infanterie et de 1,900 hommes de cavalerie, avec vingt-quatre pièces d’artillerie, qui se trouve à Erfurt. Cette division sera organisée, savoir : les 5,500 hommes d’infanterie en bataillons de marche, chacun de 7 à 800 hommes, formant deux brigades, chacune de 2,600 hommes. Chaque brigade sera commandée par un des géné­raux, colonels ou majors qui se trouvent Erfurt. Tout ce qui appar­tient aux 3e, 5e, 4e, 7e et 12e corps sera mis de préférence ensemble; tout ce qui appartient à la Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, sera mis ensemble et formera une réserve. La cavalerie sera orga­nisée en trois régiments de marche, chacun de 600 hommes.

Le général d’Alton organisera toute celte division, de manière qu’elle marche en règle et puisse se battre. L’artillerie à cheval sera attachée à la cavalerie, et l’artillerie à pied aux deux brigades d’in­fanterie.

Celle division se rendra à Leipzig. Elle marchera militairement, bivouaquant ou cantonnant dans la même ville et sans s’éparpiller dans les villages, l’artillerie occupant les hauteurs et en batterie, comme si la division était devant l’ennemi. Cette division arrivée à Leipzig, le général Margaron gardera le bataillon du 96e et celui du 103e. Son corps sera alors composé de trois bataillons badois, du 4e bataillon du 35e léger, du 1e bataillon du 132% du 2e bataillon du 96e, du 2e bataillon du 103*; total, sept bataillons, ou une bonne brigade de 4,000 hommes. Il devient indispensable d’envoyer à Leip­zig un colonel ou un bon major pour commander ces quatre batail­lons français.

Le général Margaron joindra à la colonne venant d’Erfurt le ba­taillon des divisions réunies, et ce qui appartient au 57e, au 145e, aux 55e et 138e et en général toute l’infanterie autre que les sept bataillons énumérés ci-dessus, de sorte qu’il n’ait que ces sept batail­lons entiers et bien organisés, et que par conséquent il n’ait plus de corps rompus ni de corps provisoires.

Tout ce qui appartient au 14e, au 6e et au 1er corps se rendra à Dresde; tout ce qui appartient aux 3e, 5e, 4e, 12e et 11e corps se rendra à Torgau, pour renforcer la garnison. Faites-moi connaître combien ce renfort mettra de troupes dans Torgau.

Quant à la cavalerie, tout ce qui appartient à la Garde continuera sa route. Tout ce qui appartient au 5° corps de cavalerie se rendra à Torgau. Ce qui appartient au 13e de hussards se rendra à Magdeburg. Tout ce qui appartient au 3* corps de cavalerie se rendra à Witten­berg. Le général Margaron gardera tout ce qui appartient aux 1er et 2e corps de cavalerie. Faites-moi connaître quelle sera alors la com­position de sa cavalerie.

Le général Margaron renverra également tous les cuirassiers et dragons, tant ceux qui feront partie de la colonne d’Erfurt que ceux qui font aujourd’hui partie de ses deux régiments provisoires. Il ne gardera que des chevau-légers, des chasseurs et des hussards. Il en formera trois régiments, savoir : un de tout ce qui appartient au 2e corps de cavalerie; un de tout ce qui appartient au 1er corps, et un troisième de tous les détachements appartenant aux brigades qui ne font pas partie des corps de cavalerie. Faites faire ici cette organisa­tion sur le papier. Je désire compléter sa cavalerie au nombre de 3,000 chevaux.

Faites connaître au général Lhéritier ce qui arrivera à Torgau pour le 5e corps, et au duc de Padoue ce qui arrive à Wittenberg pour le 3e.

Le général Margaron gardera deux batteries d’artillerie à cheval et la batterie badoise, ce qui lui fera seize pièces de canon. Tout le reste de l’artillerie continuera sa route pour Dresde. Le général Margaron devant avoir 3,000 chevaux, il sera nécessaire de lui envoyer deux généraux de brigade de cavalerie.

Écrivez au commandant d’Erfurt de faire partir les équipages du roi de Naples avec cette division.



Dresde, 29 août 1813.

Au général baron Rognat, commandant le génie de la Grande Armée, à Dresde.

Monsieur le Général Rogniat, je vous ai déjà écrit pour Meissen. Il est de la plus haute importance d’occuper le château, de manière qu’un bataillon y soit à l’abri de toute attaque de la part des troupes légères ennemies. Je donne ordre à l’artillerie d’établir un pont de bateaux qu’on attachera aux arches. Cette opération sera faite demain. Donnez ordre qu’on travaille sur-le-champ à une tête de pont sur la rive droite. Il faut que deux redoutes et de bonnes palissades m’assu­rent ce point sur la rive droite. Mon intention est aussi que vous y envoyiez les ouvriers de la marine, pour rétablir le pont de pierre. Je désire que cet ouvrage soit terminé d’ici à un mois, et qu’à l’hiver, malgré les glaces, nous soyons toujours assurés de cette grande communication.

Aujourd’hui ou demain, reprenez les travaux de Dresde. J’ai vu avec peine, malgré mes ordres, qu’il n’y ait pas de terre-plein tout le long des redoutes, et qu’il n’y ait point de sacs à terre, de sorte que les canonniers n’étaient pas suffisamment à l’abri. Il faut remé­dier à cette négligence. Il faut aussi que chaque redoute ait un em­placement disposé pour quinze pièces de canon. Les blockhaus, cabanes et baraques n’étaient pas à l’abri du canon; il faut y entasser des arbres les uns sur les autres, de manière à avoir plus de trois pieds d’épaisseur; dès lors, le canon de campagne n’y pourra rien. II faut sur-le-champ établir les trois redoutes intermédiaires. 11 faut faire placer les gabions et sacs à terre sur les redoutes, de manière que les canonniers soient couverts le plus possible. Il faut faire achever les fossés du front de Pirna.

À Königstein, ce qu’il y a de plus important, c’est de travailler sur-le-champ à la route qui de Königstein va à Hellendorf et Berggiesshübel. Il paraît aussi qu’il faut travailler à un petit tambour qui couvre le pont sur la rive gauche, et empêche que des tirailleurs ne puissent se glisser de ce côté pour brûler le pont; il faut aussi établir autour de la citadelle deux ou trois tambours en palissades, protégés par le canon de la forteresse et qui éloignent les tirailleurs ennemis. Mais ce que je vois de plus important, c’est de réparer, sur la rive droite, les chemins qui vont à Stolpen et, sur la rive gauche, ceux qui débouchent à Hellendorf et Berggiesshübel. Donnez des ordres pour qu’on y travaille sans délai.



Dresde, 29 août 1813, quatre heures après midi.

A Joachim Napoléon, roi de Naples, à Freyberg.

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres d’hier et je reçois celle d’aujour­d’hui à dis heures du matin. Le major général a dû vous écrire de vous porter sur Frauenstein. Le duc de Raguse marche sur Dippoldiswalde, et le maréchal Saint-Cyr sur Maxen. Le général Vandamme, qui était hier à Hollendorf, doit être entré aujourd’hui en Bohème, du côté de Peterswalde. La brigade du général Pire est à Meissen. Je suppose que les partis ennemis de ce côté se seront sauvés; cependant on pourrait encore en ramasser. Il paraît que 500, qui étaient entre Torgau et Meissen, ont voulu passer sur la rive droite et que le géné­ral Lhéritier les a repoussés; ainsi ils sont partout en désarroi.

Cette nouvelle de la mort de Moreau me revient de tous côtés, il faut que ce soit vrai. Aussitôt que vous en aurez la certitude, faites-le-moi savoir.

J’espère que vous ferez encore de bonnes prises aujourd’hui. Toutes les dispositions que vous avez faites me paraissent bonnes.

S. Je reçois dans l’instant une lettre du duc de Raguse. Il est arrivé en avant de Dippoldiswalde; il poursuit l’arrière-garde enne­mie, dont toute l’armée se relire par Altenberg sur Tœplitz. Hier, dans la journée, une colonne de bagages a passé à la porte de Dippoldiswalde, a pris la roule de Frauenstein; mais elle aura pu, à Hermsdorf, reprendre la route d’Altenberg, qui n’est que d’une lieue plus longue que la route directe.


Dresde, 30 août 1813.

NOTE SUR LA SITUATION GÉNÉRALE DE MES AFFAIRES.

Je suppose l’armée de Silésie ralliée derrière le Bober; il n’y aurait même pas d’inconvénient qu’elle se mît derrière la Queis.

Si je voulais faire venir le prince Poniatowski à l’armée de Berlin, le débouché de Zittau ne serait plus gardé. Il pourrait cependant arriver à Kalau en quatre jours; alors il serait indispensable que l’armée de Silésie s’appuyât sur Gœrlitz et même en avant de Bautzen. Pourvu qu’un corps occupât Hoyerswerda, mon opération de Berlin ne serait pas compromise.

Renonçant à l’expédition de Bohême afin de prendre Berlin et de ravitailler Stettin et Küstrin, le maréchal Saint-Cyr et le général Vandamme prendraient position, la gauche à l’Elbe, le duc de Raguse formerait le centre, le due de Bellune la droite; le roi de Naples pourrait commander ces quatre corps et s’établir à Dresde avec Latour-Maubourg : ce serait une belle armée. Il serait possible, dans des positions connues, de se couvrir de quelques redoutes. Cette armée serait menaçante, n’aurait aucun danger à courir, et elle pourrait se replier sur Dresde, dans le temps que j’y arriverais de Luckau.

L’armée de Silésie pourrait s’appuyer sur Naumburg, sa gauche à Weissenberg, et occuper Bautzen et Hoyerswerda.

Mes deux armées seraient alors sur la défensive, couvrant Dresde sur l’une et l’autre rive, dans le temps que j’opérerais sur Berlin et porterais le théâtre de la guerre sur le bas de l’Oder.

Les Russes ne pourront pas être indifférents à l’existence d’une armée de 60,000 hommes à Stettin; le blocus de Danzig serait me­nacé, et probablement une partie de leur armée de Silésie passerait l’Oder pour se mettre en bataille entre Danzig et Stettin. L’armée russe doit avoir perdu beaucoup de monde. Aussitôt sa frontière menacée à Stettin, ce sera un prétexte pour abandonner la Bohême. Et moi, étant dans une position transversale et ayant tous les Polonais entre Stettin et Küstrin, j’aurais l’initiative de tous les mouvements.

J’ai deux plans d’opération à adopter :

Le premier, d’aller à Prague, profitant de mes succès contre l’Autriche. Mais d’abord je ne suis plus en mesure d’arriver avant l’en­nemi à Prague, ville forte; je ne la prendrais pas; la Bohême peut s’insurger : je serais dans une position difficile; 2° l’armée ennemie de Silésie attaquerait mon armée de Silésie : je serais dans une posi­tion délicate à Prague; il est vrai, cette armée pourrait se portera I Dresde et s’y appuyer; 3° dans cette position de choses, l’armée d’Oudinot ne peut rester que défensive ainsi que celle du prince d’Eckmühl, et, vers le milieu d’octobre, je perdrai 9,000 hommes à Stettin. J’occuperais alors la ligne de l’Elbe, de Prague à la mer; elle est par trop étendue : si elle perçait dans un point, elle ouvrirait accès dans la 32* division et pourrait me rappeler dans la partie la plus faible de mes États. Les Russes ne craignent rien pour eux ni pour la Pologne : ils se renforceraient entre l’Oder et l’Elbe, dans le Mecklenburg et en Bohême.

Ainsi le projet d’aller à Prague a des inconvénients : 1° Je n’ai pas suffisamment de chances pour être sûr d’avoir la ville de Prague. 2° Que je me trouve alors avec mes principales forces dans un tout autre système, et me trouvant, moi, de ma personne, à l’extrémité de ma ligne, je ne pourrais me porter sur les points menacés; des sottises seraient [faites; ce qui porterait la guerre entre l’Elbe et le Rhin, ce qui est le désir de l’ennemi. Le troisième inconvénient : je perdrais mes places de l’Oder, et ne serais pas en acheminement sur Danzig.

En marchant au contraire sur Berlin , j’ai aussitôt un grand résultat : je protège ma ligne de Hambourg à Dresde; je suis au centre; i en cinq jours, je puis être aux points extrêmes de ma ligne; je dégage Stettin et Küstrin ; je puis obtenir ce prompt résultat de séparer ‘les Russes des Autrichiens; dans la saison, je ne puis être embar­rassé de vivre à Berlin; les pommes de terre, les grandes ressources de cette ville, les canaux, etc., me nourriront, et je maintiens la [guerre où elle a été jusqu’à cette heure. La guerre d’Autriche n’a pour moi que l’inconvénient d’un sacrifice de 120,000 hommes mis sur la défensive entre Dresde et Hof, défensive utile à mes troupes qui se forment. Je puis me prévaloir auprès de l’Autriche de cette condescendance à ne pas porter la guerre en Bohême. L’Autriche ne pouvant se porter nulle part, ayant 120,000 hommes sur ses fron­tières, je menace d’aller à Prague sans y aller. Les Prussiens ne se soucieront pas de rester en Bohême, leur capitale prise, et les Russes eux-mêmes seront inquiets pour la Pologne, en voyant les Polonais réunis sur l’Oder. Il faudrait alors qu’il arrivât une de ces deux choses. Les Russes, les Prussiens de Bohême forceront l’Autriche à reprendre l’offensive, â revenir à Dresde; ce ne peut être que dans quinze jours. Alors j’ai pris Berlin, ravitaillé Stettin, détruit les travaux des Prussiens et désorganisé la landwehr. Alors, si l’Autriche recommence ses sottises, je me trouverai à Dresde avec une armée réunie; de grands événements, une grande bataille termineraient la campagne et la guerre.

Enfin, dans nia position, tout plan où de ma personne je ne suis pas au centre est inadmissible. Tout plan qui m’éloigne établit une guerre réglée, où la supériorité des ennemis en cavalerie, en nombre et même en généraux, me conduirait à une perte totale.

En effet, pour bien comparer les deux projets, il faut placer mes armées en bataille dans les deux projets.

1° Projet de Prague. — II faut m’y porter de ma personne, y mettre le 2e, le 6e, le 14e et le 1e corps, la cavalerie Latour-Maubourg; il faudrait le prince d’Eckmühl devant Hambourg, les trois corps d’Oudinot sur Wittenberg et Magdeburg, l’armée de Silésie sous Bautzen. Dans cette situation, je suis sur la défensive : l’offen­sive est à l’ennemi ; je ne menace rien; il serait absurde de dire que je menace Vienne; l’ennemi peut masquer l’armée de Silésie, faire déboucher des corps par Zittau, m’attaquer à Prague, ou bien, masquant l’armée de Silésie, il détachera sur le bas Elbe, ira sur le Weser, tandis que je serai à Prague; il ne me restera qu’à gagner le Rhin en toute hâte. Le général qui commandera à Bautzen ne convien­dra pas que l’ennemi s’est affaibli devant lui, et mon armée sur Hambourg et Magdeburg sera tout à fait hors de ma main.

2° Hypothèse. — Maintenant le 1ercorps, le 14e, le 2e, le 6e et Latour-Maubourg resteront tranquilles autour de Dresde, sans craindre les Cosaques; le corps d’Augereau s’approchera sur Bam­berg et Hof, l’armée de Silésie sur la Queis, ou le Bober et Bautzen: point d’inquiétude encore pour mes communications; mes deux armées de Hambourg et de Reggio seront sur Berlin et Stettin.



Demain 31, au soir, j’aurai à Grossenhayn :

Infanterie, 18,000 hommes;

Cavalerie, 7,000;

Artillerie, cent cinquante pièces de canon.

Au total, la valeur d’une armée de 30,000 hommes.

Selon la note de Caraman, les trois corps auraient 45,000 hom­mes d’infanterie, 9,000 hommes de cavalerie; soit 54,000 hommes, avec près de deux cents pièces de canon.

Ce serait donc 63,000 hommes d’infanterie et 16,000 de cava­lerie avec trois cent cinquante pièces ; ce serait une armée de plus de 80,000 hommes.

Il faudrait préparer les lettres d’ordres chiffrées pour les généraux: prince d’Eckmühl, duc de Reggio, Lapoype, Lemarois. Cependant ces lettres ne partiraient que lorsque je serai bien décidé.

Si je portais mon quartier général à Luckau, je serais à deux jour­nées de Torgau, à trois de Dresde, à quatre de Gœrlitz. Je serais donc dans une position centrale à portée de prendre mon parti, soit pour lancer tout ce que je voudrais sur Berlin, soit pour y aller de ma personne. Il faudrait, en m’éloignant de Luckau, être assuré de la situation de mes derrières. En faisant venir 3,000 chevaux du roi de Naples, j’aurais 10,000 chevaux pour maintenir mes communica­tions entre Berlin, Dresde et Torgau.

Il faudrait donc écrire les lettres suivantes.

Suivent des projets de lettres au duc de Reggio, au prince d’Eckmühl, au général Lemarois, au général Lapoype et au commandant de Torgau, pour leur donner avis du mouvement sur Berlin et leur faire connaître les ordres qui les concernent.



Dresde, 30 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse, au roi de Naples, au duc de Bellune et au maréchal Saint-Cyr, que le point difficile pour l’ennemi est Zinnwald, et l’opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne pourront y passer qu’avec une peine extrême; que c’est donc sur ce point qu’il faut se réunir et attaquer; que l’ennemi, tourné par le général Vandamme, qui marche sur Tœplitz, se trouvera très-embarrassé et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.



Dresde, 30 août 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mou Cousin, écrivez au duc de Trévise de soutenir avec les divi­sions Lefebvre-Desnoëttes, Roguet et Decous, le général Vandamme, s’il en a besoin. Envoyez un officier auprès du général Vandamme pour savoir ce qui s’y passe, et que cet officier revienne sur-le-champ.



Dresde, 30 août 1813.

À Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart.

Monsieur mon Frère, j’ai renvoyé hier à Votre Majesté son aide de camp, qui l’aura instruite des événements qui se sont passés ici le 26 et le 27. La grande armée des alliés, commandée par l’empereur Alexandre, ayant sous ses ordres le prince de Schwarzenberg et les généraux Barclay de Tolly, Wittgenstein et Kleist, a été entière­ment défaite; je lui ai pris plus de 30,000 hommes, quarante à cinquante pièces de canon, 1,000 caissons de munitions ou voitures de bagages, et trente drapeaux ou étendards. Les baillis saxons ont déjà envoyé la note déplus de 12,000 blessés que l’ennemi a abandonnés dans les villages. Le prince de Wurtemberg, qui commandait un corps russe de 15,000 hommes à Hellendorf, au débouché de Peterswalde, a été battu par le général Vandamme, qui lui a pris 2,000 hommes et six pièces de canon. Cette affaire a eu lieu hier 29.

Le général Vandamme se porte sur Tœplitz, et pendant ce temps quatre corps d’armée suivent l’ennemi, qui était hier à Altenberg. Je crois qu’il aura beaucoup de difficultés à passer Zinnwald, où le chemin est très-mauvais, et qu’il sera obligé d’abandonner la plus grande partie de ses bagages. On ne peut s’imaginer le mauvais état de l’armée autrichienne : elle n’est en campagne que depuis quelques jours, et la moitié de ses soldats sont presque nus et sans souliers. Les trois quarts ne sont que des recrues levées depuis six semaines.

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 24. Elle prend le bon parti en armant autant qu’elle peut.

Vous aurez vu, par la proclamation du prince de Schwarzenberg qui vous sera parvenue, que les prétentions de l’Autriche sont de faire rentrer la France dans ses anciennes limites; ce qui veut dire] aussi de détruire ses alliés. C’est un beau rêve qu’on a fait faire à l’empereur François. Je lui suis si attaché, que je le plains de s’être bercé de pareilles chimères.

J’ai été fort content de la ville de Dresde et de tous les Saxons dans les villages; aussi l’ennemi ne les ménage-t-il point. Je pensais que dans les circonstances actuelles il n’y aurait pas de plus sotte économie que de ne pas s’armer de pied en cap pour défendre son pays, puisque quelques partis ennemis qui y pénétreraient y feraient bien plus de mal que cet armement n’aurait pu coûter.

Je suppose que Votre Majesté aura envoyé à la rencontre des con­vois de prisonniers, afin d’en retirer les hommes nés dans les anciennes possessions du Wurtemberg qui pourraient s’y trouver; mais je pense qu’il serait imprudent d’enrôler ceux qui seraient nés dans vos nouvelles possessions; ils seraient trop portés à la désertion.


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Message Publié : 20 Jan 2020 10:53 
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Un dernier mot sur la manoeuvre de Leipzig : "X" reproche encore à Napoléon de s'être privé de 30 000 h, le 16 octobre, en ne rappelant pas assez tôt Reynier et Souham. C'est certain, mais cela vient aussi du fait que les chemins étaient dans un état épouvantable et que le franchissement de la Mülde n'était assuré que par un seul pont, d'où embouteillage sur ce point de passage obligé.

Il lui reproche encore de n'avoir pas appelé à lui le corps de Bertrand. il est vrai que la défense du pont de Lindenau était facile et que Margaron aurait pu s'en charger. A tout prendre, la rupture du pont n'aurait pas été un drame, une retraite éventuelle étant encore possible par Torgau. Les 15 000 h de Bertrand, renforçant le corps de Macdonald, il est probable que Napoléon aurait pu déborder les coalisés par leur droite et ensuite, les précipiter dans la Pleisse. La nécessité de vaincre les bohémiens le 16 était un impératif que rien n'aurait dû venir balancer. Cependant, il faut faire remarquer que Napoléon était dans l'ignorance des plans des coalisés. Il se pouvait que Giulay opérant contre Lindenau eût été d'un quart plus fort, et qu'il ait reçu pour mission de s'emparer de Leipzig. Dans ce cas, Margaron aurait été bien faible, réduit à 8 000 hommes environ, dont une bonne partie de troupes badoises, déjà peu sûres, comme la suite allait le prouver...

Composition de la garnison de Leipzig :

- 3 bataillons de la brigade Bertrand (garnison de Leipzig) à Lindenau soit 2 294 hommes et 16 canons (quatre redoutes ont été construites en avant de Lindenau et garnies de 40 canons tirés de l'arsenal de Leipzig).
-1 bataillon de la brigade Bertrand (garnison de Leipzig) à Plagwitz soit 730 hommes. 1 bataillon de la brigade Bertrand (garnison de Leipzig) à Leutsch soit 605 hommes.
-le restant de la Garnison de Leipzig du Général Margaron dans la ville de Leipzig (brigade badoise von Hochberg et cavalerie : 2 423 hommes, 1 674 cavaliers). La division provisoire Lefol (2 229 hommes) forme un cordon entre Leipzig et Markleeberg sur la rive droite de la Pleisse.

Soit 6052 fantassins et 1674 cavaliers. Total : 7 726 hommes.

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Message Publié : 29 Jan 2020 15:10 
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Le Major Général au général Vandamme.

A une lieue de Pirna, le 28 août 1813, à quatre heures de l'après-midi.

M. le général Vandamme, l'Empereur ordonne que vous vous dirigiez sur Peterswalde avec tout votre corps d'armée, la division Corbineau, la 42e division, enfin avec la brigade du 2e corps que commande le général Prince de Reuss : ce qui vous fera 18 bataillons d'augmentation. . Pirna sera gardée par les troupes du duc de Trévise, qui arrive ce soir à Pirna. . Le maréchal a aussi l'ordre de relever vos postes du camp de Lilienstein. Le général Baltus avec votre batterie de 12 et votre parc, arrive ce soir à Pirna, envoyez-le chercher. L'Empereur désire que vous réunissiez toutes les forces qu'il met à votre disposition, et qu'avec elles vous pénétriez en Bohême et culbutiez le prince de Wurtemberg s'il voulait s'y opposer. L'ennemi que nous avons battu paraît se diriger vers Annaberg. S.M. pense que vous pourriez arriver avant lui sur la communication de Teschen, Aussig et Töplitz, et par là, prendre ses équipages, ses ambulances, ses bagages, et enfin, tout ce qui marche derrière une armée. L'Empereur ordonne qu'on lève le pont de bateaux devant Pirna, afin d'en jeter un sur Tetschen.

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Message Publié : 18 Fév 2020 9:44 
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Effectifs de départ des mouvements ultimes avant Leipzig :

Napoléon : 240 000 hommes.

Armée du Nord : 110 000 hommes.
Armée de Silésie : 80 000 hommes.
Armée de Bohême : 240 000 hommes.

Total Coalisés : 430 000 hommes

Ratio : 55,81 %

A la veille de la bataille :

Napoléon : 190 000 hommes.

Coalisés : 330 000 hommes (60 000 + 60 000 + 210 000).

Ratio : 57,57 %

Le 18 octobre :

Napoléon : 160 000 hommes.

Coalisés : 290 000 hommes (60 000 + 50 000 + 180 000).

Ratio : 55,17 %

Le 19 octobre :

Napoléon : 130 000 hommes.

Coalisés : 235 000 hommes (55 000 + 40 000 + 140 000).

Ratio : 55,31 %

Le 20 octobre (après la catastrophe) :

Napoléon : 105 000 hommes.

Coalisés : 225 000 hommes.

Ratio : 46,66 %

On constate que malgré 2 jours de combats sanglants, Napoléon maintient jusqu'au bout un ratio équivalent de l'ordre de 55 %. Le manque de munitions le contraint à la retraite. Il perd 5 000 hommes dans les combats du 19. Et surtout 15 000 prisonniers. Les Allemands se rallient aux Coalisés.

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