L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 01 Juin 2019 11:52 
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Rose a écrit :
... 30 Mars 1814 ...

Chemin faisant, il déjeunera à Sens, puis arrivera vers 10 h du soir au lieu dit "La cour de France", juste après Juvisy ...


Certaines sources font en effet mention de l'arrivée de Napoléon à Juvisy vers 22 h 30. C'est une erreur, je pense. Thiers mentionne "vers minuit". Et il y a lieu de le croire, car Napoléon s'est arrêté voyant venir à lui Belliard et son avant-garde.

Comme Juvisy est à 5 lieues de Paris, et que la capitulation a été signée aux alentours de 17 heures, il n'est pas supposable que le corps de Belliard ait franchi cette distance en si peu de temps. Il n'a pu s'ébranler avant 19 heures, le temps de rassembler les troupes et de les mettre en ordre. C'est donc bien vers minuit qu'a eu lieu la rencontre, cinq heures étant nécessaire pour accomplir les 20 km.

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 01 Juin 2019 22:42 
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Le général Belliard conte dans ses Mémoires la rencontre de la Cour de France :

« Lorsque la convention pour l'évacuation de Paris fut signée, je reçus l'ordre de marcher avec toute la cavalerie que je commandais sur Fontainebleau, pour éclairer la route, qu'on croyait avoir été interceptée par des partis ennemis. L'armée devait me suivre ; je m'arrêtai à la Cour de France pour prendre position et y passer la nuit. Un courrier de l'Empereur, venant de Fontainebleau, passe au même instant et annonce sa Majesté qui le suivait de très près. L'Empereur arrive : ce mouvement de troupes l'inquiète. La voiture arrêtée, il demande :
« Qu'est-ce qui est là?
-C'est le général Belliard, Sire », dit le courrier.
J'étais à la portière ; il fait ouvrir, saute à terre, et m'emmène sur la grande route :
« Eh bien ! Belliard, qu'est-ce que cela ? Comment êtes-vous ici avec votre cavalerie? Où est l'ennemi?
-Aux portes de Paris, Sire.
-Et l'armée ?
-Elle me suit.
-Et qui garde Paris ?
-Il est évacué : l'ennemi doit y entrer demain matin à neuf heures ; la garde nationale fait le service aux portes...
-Et ma femme, et mon fils, que sont-ils devenus ? Où est Mortier ? Où est Marmont ?
-L'impératrice, votre fils et toute la cour sont partis avant-hier pour Rambouillet. Je pense qu'elle aura continué sur Orléans. Les maréchaux Mortier et Marmont sont sûrement encore à Paris pour terminer tous les arrangements... »
Il fallut raconter à l'Empereur avec la rapidité de l'éclair tout ce qui nous était arrivé. Je lui fis connaître les positions de notre petite armée et celles de l'ennemi pendant la bataille, et tout ce qu'une poignée de Français avait fait de sublime dans cette journée mémorable. Le prince Berthier et le duc de Vicence suivaient l'Empereur :
« Eh bien ! vous entendez ce que dit Belliard, Messieurs; allons, je veux aller à Paris; partons. Caulaincourt, faites avancer ma voiture ! »
Nous étions déjà assez loin sur la route; je fis observer à sa Majesté qu'elle ne pouvait plus aller à Paris, qu'il n'y avait plus de troupes...
« J'y trouverai la garde nationale ; les troupes viendront me joindre; nous gagnerons du temps ; on peut rétablir les affaires.
-Mais, je le répète à votre Majesté, elle ne peut pas aller à Paris : la garde nationale, d'après le traité, garde les barrières, et les étrangers ne doivent entrer que demain ; mais il serait très possible qu'ils eussent passé outre, et que votre Majesté trouvât aux portes, ou sur les boulevards, ou même dans Paris des postes russes ou prussiens.
-N'importe, je veux y aller ; ma voiture... Vous, allez avec votre cavalerie.
-Mais, Sire, votre Majesté s'expose à se faire prendre et à faire saccager Paris. Je le répète encore à votre Majesté, l'ennemi, fort de plus de cent vingt mille hommes, est aux portes et il a occupé toutes les positions.... Ensuite, je suis sorti en vertu d'une convention, et je ne peux pas rentrer dans Paris...
-Quelle est-elle, cette convention ? qui l'a faite ? qui a donné des ordres ? Qu'a-t-ou fait de ma femme et de mon fils ? Que fait Joseph ? Où est le ministre de la guerre ?
-Je ne connais pas la convention, Sire ; le duc de Trévise m'a fait dire qu'elle existait, et que je devais marcher vers Fontainebleau. On m'a dit qu'elle était faite par MM. les maréchaux Mortier et Marmont. Nous n'avons reçu aucun ordre toute la journée ; chaque maréchal tenant sa position agissait pour son compte et défendait les approches de Paris. J'ignore ce que sont devenus le prince Joseph et le ministre de la guerre ; ils n'ont point paru aujourd'hui à l'armée, du moins au corps du maréchal Mortier. J'ai eu l'honneur de dire à votre Majesté que l'impératrice, le roi de Rome et la cour étaient partis pour Rambouillet.
-Mais pourquoi les avoir fait sortir de Paris ?
-Là-dessus, je ne peux rien répondre à votre Majesté, sinon qu'on disait que c'était par ses ordres.
-Il faut aller à Paris ; quand je ne suis pas là, on ne fait que des sottises. »
Le prince Berthier et M. de Caulaincourt se réunirent à moi pour dissuader l'Empereur. L'Empereur demandait sa voiture, M. de Caulaincourt l'annonçait et elle n'arrivait pas ; l'Empereur se fâchait, marchait et questionnait toujours.
« Il fallait, messieurs, tâcher de tenir plus longtemps et tâcher d'attendre l'armée : il fallait remuer Paris qui ne doit pas désirer les Russes, mettre en action la garde nationale, qui est bonne, et la placer dans les fortifications, que j'ai ordonné au ministre de faire élever et hérisser de canons ; elle les aurait sûrement bien défendues ; mais il paraît qu'on n'a rien fait de bien.
-On a, je crois, Sire, fait aujourd'hui plus qu'il n'était possible de faire et d'espérer. L'armée active, forte de 15 à 16 mille hommes, était en campagne en présence de 120 mille, et elle a fait des prodiges de valeur, puisqu'elle a résisté, et tenu l'ennemi en échec jusqu'à quatre heures où la suspension d'armes a eu lieu, espérant toujours l'arrivée de votre Majesté. Dans la journée, le bruit de votre arrivée s'est répandu dans Paris et a gagné l'armée : alors les cris de vive l'Empereur ! se sont fait entendre partout ; alors on a redoublé d'ardeur et de courage : cela a donné à penser à l'ennemi, qui déjà marchait en crainte à l'approche de cette grande cité, et ralentit ses mouvements. Il s'est étendu du côté de St-Denis, qu'il a attaqué et qu'il voulait prendre pour appuyer sa droite, et puis il s'est porté sur la route de la Révolte, laissant une partie de son centre entièrement ouvert, et nous la donnant belle, si nous avions eu 20 000 hommes de plus en avant de La Villette, pour aller remplir le vide et prendre en flanc toute leur droite qui eût été enlevée. La garde nationale était placée aux barrières, défendues par des tambours en palissades, crénelés et sans fossés devant : elle avait un bataillon sur Montmartre ; elle gardait aussi les routes de St-Denis et de Neuilly, à notre gauche. Le peu qui a été engagé a très bien donné ; il est même des gardes nationaux dont nous avons été obligés de retenir l'ardeur et qu'il a fallu faire rentrer parce qu'ils dépassaient nos tirailleurs. Quant aux fortifications, je n'en ai pas vu, du moins dans la partie que j'occupais.
-Où étiez-vous ?
-En avant de La Villette, depuis le canal de l'Ourcq jusqu'à la seconde route de St-Denis après Montmartre.
-Combien aviez-vous de cavalerie ?
-Environ quinze cents chevaux, y compris la division du général Roussel.
-C'est un bon officier, dit l'Empereur, un brave homme. Mais Montmartre devait être fortifié, garni de gros calibre et pouvait faire une défense vigoureuse.
-Heureusement, Sire, l'ennemi l'a cru comme vous, et l'a craint, je pense, car il s'en est approché avec beaucoup de circonspection, et seulement vers trois heures ; malheureusement on n'y avait point travaillé, et il n'y avait que six pièces de six.
*Qu'a-t-on donc fait de tous mes canons, car je dois avoir au moins 200 pièces à Paris et plus de200 000 coups à tirer ? Pourquoi tout n'est-il pas en batterie devant votre front ?
-Je l'ignore; Sire, mais excepté six pièces de gros calibre, placées sur la route en avant de La Villette, qui ont beaucoup tiré et bientôt manqué de munitions, et les six pièces de la butte Montmartre, du moins dans ma partie, nous n'avons eu à opposer à l'ennemi que nos pièces de campagne ; encore à deux heures, j'ai dû faire ralentir le feu, parce que nous manquions de munitions, malgré les demandes réitérées qu'a faites le commandant de l'artillerie. Le canal de l'Ourcq et celui de Saint-Denis, ainsi que les restes des anciennes fortifications de Paris, nous ont bien servi ; on en a tiré tout l'avantage possible.
-Allons, je vois que tout le monde a perdu la tête : Joseph est un c… et Feltre un j... f… ou un traître. Je commence à croire ce que me disait Savary : « Voilà ce que c'est que d'employer des hommes qui n'ont pas le sens commun. » Eh ! bien, Joseph se croit pourtant un grand général ; il est persuadé qu'il a la science infuse, et qu'il peut mener une armée aussi bien que moi. Quant à Clarke, il ne sait rien ; c'est un pauvre homme qu'il ne faut pas tirer de sa routine de bureau. Où étais-je, M. Belliard ?
-Beaucoup trop loin, Sire ; car si vous eussiez été à Paris avec l'armée , la victoire était assurée. Votre Majesté eût écrasé les ennemis, qui ont tâtonné toute la journée et manœuvré de manière à se faire détruire. La France était sauvée.
-Comment se sont conduits les Parisiens ?
-Très bien, Sire : ils faisaient des vœux pour le succès de nos armes ; ils recueillaient les blessés, les mettaient dans des voitures pour qu'on les conduisît à l'hôpital, après leur avoir fourni tout ce qui pouvait leur être nécessaire. Lorsque nous sommes rentrés en ville, et quand nous avons traversé les boulevards pour venir passer la Seine sur le pont du Jardin-des-Plantes, une foule immense, le visage triste et la consternation dans l'âme, nous regardait passer avec tous les signes de la plus profonde douleur. »
L'Empereur marchait toujours, et nous étions déjà presqu'à une lieue de la poste, lorsque nous donnâmes dans la tête de l'infanterie.
« Quelles sont ces troupes ?
C'est le corps du maréchal Mortier.
-Faites-le demander. »
Je l'envoyai chercher ; il était encore à Paris. Alors, sur les représentations nouvelles que le prince, M. de Caulaincourt et moi fîmes à l'Empereur, il se décida à retourner à la Cour de France, où il soupa et partit ensuite pour Fontainebleau , après avoir ordonné que toutes les troupes allassent prendre la position d'Essonne le lendemain. Quand nous fûmes à la poste, et à a lumière, j'examinai avec soin la figure de l'Empereur, que je n'avais pas pu voir la nuit sur la route; elle n'était pas altérée du tout, et l'on ne pouvait pas distinguer l'impression qu'avait dû faire sur lui tout ce qu'il venait d'apprendre. Il était très fatigué, parce qu'il avait fait 30 lieues à bidet pour arriver plus vite, et être à Paris avant l'événement qu'il dut prévoir dès qu'il eut avis que les armées combinées l'avaient gagné de vitesse et marchaient sur la capitale, où il aurait pu être avec toute l'armée s'il n'avait pas fait la folie d'aller sur Vitry, croyant que l'ennemi le suivrait. »

Marmont et la capitulation de Paris vus par le Colonel Orlof (ou Orloff, parfois Orlov), signataire russe de la capitulation. Ce récit est rapporté par Frédéric Buleau en 1861, d'après les Mémoires du Comte Orlof.


Enfin, après huit heures de combat, vers quatre heures de l'après-midi, on réussit à s'emparer du village de Belleville et des hauteurs de Saint-Chaumont. C'est à ce moment seulement que parut un véritable parlementaire, chargé de proposer d'ouvrir des négociations. L'empereur Alexandre appela Orlof et lui ordonna de parler à cet officier. Comme celui-ci n'était pas porteur de pleins pouvoirs, et que sa mission se bornait à demander aux alliés une suspension d'armes, il lui fut répondu négativement. Toutefois, Orlof fut chargé d'aller avec lui trouver le duc de Raguse. Ils partirent l'un contre l'autre, à brides abattues, par une grêle de balles et de boulets, et au grand risque d'être tous deux tués, soit par leurs amis soit par leurs ennemis.
La première personne qu'Orlof aperçut à l'extrémité de la ligne des tirailleurs français, fut le maréchal Marmont. Il avait l'épée à la main, et du geste ainsi que de la voix il excitait son artillerie, réduite à un minime effectif, à opposer une résistance désespérée. Son extérieur était grave et martial. Ses traits trahissaient le sentiment d'une grande responsabilité assumée pour une cause perdue sans ressource. On eût dit qu'il avait déjà le pressentiment qu'avant peu il serait le point de mire de toutes les attaques des partis, et que l'orgueil national blessé ferait de lui son bouc émissaire. Quand il aperçut Orlof, il s'approcha de lui, en disant : "Je suis le duc de Raguse, qui êtes-vous? — Le colonel Orlof, officier d'ordonnance de S. M. l'empereur de Russie, qui veut conserver Paris à la France et au monde.— Tel est aussi notre désir, mon unique espoir; sans cela, il ne nous reste plus à nous autres qu'à mourir ici. Vos conditions ?— Qu'on cesse le feu, que les troupes françaises se retirent derrière les barrières fortifiées, et qu'on nomme immédiatement une commission chargée de négocier les conditions de la capitulation de Paris.—J'y consens, et j'irai vous attendre avec le duc de Trévise (le maréchal Mortier) à la barrière de Pantin. Donc, faisons tout de suite cesser le feu sur les deux lignes. Adieu." Orlof s'éloigna, mais revint tout de suite sur ses pas pour lui dire : "Il faut aussi que les troupes françaises évacuent la butte Montmartre." Après quelques instants de réflexion, le maréchal répondit : "C'est juste ; la butte est en dehors des batteries fortifiées." Quand l'ordre de suspendre les hostilités parvint aux troupes françaises, des cris frénétiques de "Vive l'Empereur! vive Napoléon le Grand!" y répondirent sur toute la ligne, et exprimèrent bien l'ardeur de combattre et l'inaltérable dévouement des soldats.
[…]
Le Tsar Alexandre, qui s'était hâté de faire appeler le comte de Nesselrode, remit à ce ministre, chargé de la direction des négociations qui allaient s'ouvrir, une instruction sur les termes de laquelle l'empereur s'était déjà entendu avec le roi de Prusse et avec le prince de Schwartzenberg. Celui-ci désigna encore pour faire partie de la commission son aide de camp le colonel comte de Paar, et Nesselrode s'adjoignit en outre le capitaine Peterson. Les commissaires partirent alors au galop pour la barrière Pantin, où ils trouvèrent le duc de Raguse entouré de son état-major. Les troupes françaises étaient déjà entrées dans la ville; et elles avaient pris position derrière les palissades élevées des deux côtés de cette barrière, que couvrait une batterie. Là, le feu avait cessé; mais du côté de Blucher, où la conclusion d'une suspension d'armes n'était pas encore connue, on entendait toujours gronder le canon.
Le duc de Trévise n'étant point encore arrivé, le maréchal Marmont proposa d'aller au-devant de lui. On suivit la ligne des palissades jusqu'à la barrière de la Villette. On ne voyait presque personne derrière les lignes françaises, on n'entendait aucun cri; il n'y avait ni mouvements ni préparatifs extraordinaires. C'était une défense calme, réfléchie, purement militaire, à laquelle le peuple ne prenait point une part très vive, sans élan révolutionnaire imprimé par les autorités.

A la barrière de la Villette, ils rencontrèrent le duc de Trévise. Après un court colloque entre les deux maréchaux, ils entrèrent dans une espèce de cabaret où les négociations s'ouvrirent immédiatement. Le duc de Raguse porta seul la parole, le maréchal Mortier se bornant à indiquer par des signes de tête les points sur lesquels il y avait de sa part accord ou bien dissentiment.

Le comte de Nesselrode ouvrit la conférence en proposant que la ville se rendît à discrétion avec toute la garnison. Les deux maréchaux repoussèrent cette proposition avec indignation. Ils rappelèrent leurs anciens exploits, énumérèrent les batailles où ils s'étaient couverts de gloire, et déclarèrent qu'ils aimeraient mieux s'ensevelir sous les ruines de Paris que de souscrire une pareille capitulation. Tout à coup, au moment où la discussion était des plus vives, le bruit de la canonnade devint beaucoup plus fort à l'extrémité de l'aile droite des alliés, et fut suivi par un feu de mousqueterie des plus vifs. Puis, il se fit un profond silence, et on ne tarda pas à apprendre que le comte de Langeron, avant d'avoir reçu avis de la conclusion d'une suspension d'armes, avait enlevé les buttes Montmartre; mais que tout aussitôt il avait suspendu les hostilités, et s'était empressé d'informer les Français de l'état des choses. Comme les maréchaux persistaient opiniâtrement dans leur refus d'accéder aux conditions posées par M. de Nesselrode, celui-ci résolut de se rendre auprès des monarques alliés afin de leur demander de nouvelles instructions. Du côté des Français, on lui adjoignit le général Lapointe [Dejean], pour rapporter l'ultimatum des alliés.

Le même officier général français était porteur d'une lettre de Napoléon pour le prince de Schwartzenberg. L'Empereur lui apprenait qu'il venait d'entrer en négociations directes avec l'empereur d'Autriche, son beau-père; qu'on s'était déjà accordé sur tous les points, et que, dès lors, il était convenable de suspendre l'attaque contre Paris. Le prince reconnut facilement la supercherie, et remit la lettre aux monarques alliés. Les commissaires étaient de retour à sept heures du soir à la Villette, avec des instructions nouvelles, mais ne répondant pourtant pas encore complètement aux demandes des Français; et la conférence avec les maréchaux fut reprise dans le même local.

Après de brefs préliminaires, dans lesquels il exalta la générosité des monarques alliés, le comte de Nesselrode déclara qu'il consentait bien à ce que les soldats des différents corps ayant pris part à la défense de la ville évacuassent Paris, mais en se réservant de déterminer les routes qu'ils auraient à suivre pour rejoindre les autres troupes françaises. Après que les deux maréchaux se furent retirés dans un coin de la pièce et y eurent conféré entre eux, Marmont fit observer que Paris n'était point bloqué et ne pouvait pas non plus l'être; que, dès lors, toutes les routes restant ouvertes aux troupes françaises, elles avaient le droit de choisir, pour se retirer, celle qui leur conviendrait ; toutefois, il invita le comte de Nesselrode à indiquer la route qu'il comptait désigner. Celui-ci ayant parlé de la route de Bretagne, le duc de Raguse déclara qu'à de pareilles conditions il n'y avait pas lieu de négocier plus longtemps; qu'en défendant Paris pied à pied, il pouvait être rejeté sur la route conduisant au faubourg Saint-Germain, qui, avec la Seine, le séparerait des troupes alliées pendant qu'il battrait en retraite par la route de Fontainebleau ; or, qu'on ne pouvait pas avoir la prétention de lui faire perdre par une négociation ce qu'on ne pouvait pas lui enlever par la force des armes. Il termina en ces termes: "Messieurs, la fortune des armes vous a favorisés. Il est indubitable que la victoire est à vous, et je comprends que les suites de cette victoire sont incalculables. Mais soyez à la fois généreux et sages. Ne poussez pas trop loin vos exigences. Les conseils de la générosité sont quelquefois meilleurs à suivre que ceux de la force." Les commissaires, conformément au texte et à l'esprit de leurs instructions, ne pouvaient pas encore céder; on voulait scinder l'armée de Paris, et surtout l'empêcher de rejoindre Napoléon. La discussion devint de plus en plus animée. C'était une suite incessante de propositions et de contre-propositions, d'arguments et d'objections. Aussi, le maréchal Mortier finit-il par s'éloigner en disant que son devoir lui ordonnait de rejoindre les troupes placées sous son commandement, et de prendre les dispositions nécessaires pour la défense de Paris. Il laissait au maréchal Marmont le soin de conduire seul les négociations ultérieures, et approuvait d'avance le parti qu'il croirait devoir prendre.

Marmont se montra digne de la confiance que lui témoignait son collègue. Quoique depuis une heure de l'après-midi il fût autorisé par le roi Joseph à consentir à ce que la garnison de Paris se rendît prisonnière de guerre, il persistait opiniâtrement dans ses idées, et la négociation n'avançait toujours pas. Il était huit heures du soir, et il se faisait nuit. Il n'y avait pas à songer à une attaque de nuit contre Paris ; mais il fallait ne pas oublier que les Français pouvaient encore, pendant la nuit, déloger par la route qui leur conviendrait, et il était à craindre que le maréchal Mortier ne se fût éloigné que pour prendre les dispositions nécessaires. Le comte de Nesselrode suspendit donc les négociations en disant qu'il allait en référer à l'empereur, et laissa Orlof, qui s'était offert à rester comme otage, en donnant sa parole d'honneur qu'une seconde attaque contre Paris n'aurait point lieu tant qu'Orlof ne serait pas revenu aux avant-postes russes.

Orlof accompagna alors Marmont à Paris[…] Enfin, on arriva à l'hôtel du duc de Raguse. Il était brillamment éclairé du haut en bas, et il s'y trouvait une foule d'individus qui, à l'entrée du maréchal dans son salon, accoururent au-devant de lui, mais qui bientôt se divisèrent en divers groupes, dans lesquels on se livra aux conversations les plus animées. Le maréchal chargea l'un de ses aides de camp de prendre soin d'Orlof, et passa dans son cabinet avec quelques personnes.[….] A cette occasion, on regretta l'abandon de ce qu'on appelait en France la politique d'Erfurt. "Si les deux empereurs étaient restés amis, ajoutait-on, ils se seraient partagé le monde. — Mais, ajoutèrent quelques-uns à voix basse, et ce fut là le mot le plus hardi qu'entendit Orlof, le monde tout entier était encore trop étroit pour Napoléon."

Les salons du maréchal ne se vidaient toujours point. A chaque instant arrivaient de nouveaux grands personnages désireux de prendre vent ; mais peu de personnes s'approchaient d'Orlof. La plupart étaient uniquement préoccupés des dangers que leur faisait la situation actuelle, et de l'incertitude de leur avenir. Quelques-uns paraissaient accablés sous le sentiment de l'énorme responsabilité qui leur incombait. Ils entraient et sortaient précipitamment. Aucun d'eux n'essayait de se mêler à l'entretien fort tranquille qui avait lieu dans le groupe dont Orlof faisait partie. Tout le monde, d'ailleurs, paraissait désapprouver plus ou moins les mesures prises parle maréchal. Les autorités municipales de Paris eussent préféré que la garnison, ou tout au moins une forte partie de la garnison, demeurât dans la capitale pour y assurer le maintien de la tranquillité publique. Le commandant de Paris, le général Hullin, leur répondait : "Comment diable ! vous prétendez que je dois pour cela mettre bas les armes! Mais n'avez-vous pas votre garde nationale? Vous oubliez que Napoléon m'accablerait des plus justes reproches si je ne lui ramenais pas tout ce qui est ramenable!"

Le prince Talleyrand traversa aussi le salon avec son air calme et indifférent. Il demeura assez longtemps dans le cabinet du maréchal. En le quittant, il s'arrêta pendant quelques instants dans la foule qui encombrait le salon, et échangea quelques mots avec certaines personnes de sa connaissance. Tout le monde se montrait curieux de savoir ce qu'il avait pu dire, et, en conséquence, s'empressait autour de ceux avec qui il venait de parler: ce qui fit qu'Orlof resta un moment presque seul dans son coin. Talleyrand profita de cet instant pour s'approcher de lui et lui dire avec une certaine solennité: "Monsieur, veuillez mettre aux pieds de l'Empereur votre maître l'hommage du profond respect du prince de Bénévent. — Prince, répondit Orlof à voix basse, comptez bien que je ne manquerai pas de remettre ce blanc-seing à S. M. I." Un léger et presque imperceptible sourire parut sur les lèvres de Talleyrand, qui, satisfait d'avoir été compris à demi-mot, quitta alors le salon du duc de Raguse.

A ce moment, il s'y fit un mouvement extraordinaire, causé par l'arrivée d'un aide de camp de l'empereur, le général de division comte Alexandre de Girardin. L'apparition d'un des représentants du gouvernement personnel modifia aussitôt la physionomie générale de l'assistance. Chacun prit une mine martiale ; les entretiens, tout à l'heure si animés, devinrent des chuchotements, et ceux qui allaient se rapprocher d'Orlof, afin de causer à leur tour avec lui, se retirèrent bien vite pour se perdre dans la foule. Il était près de onze heures du soir, et on passa dans la salle à manger. A table, Orlof se trouva placé à côté de Girardin, qu'il connaissait depuis Wilna. Il eut encore à combattre là les digressions calculées et les fausses assertions d'un homme aigri par la mauvaise situation des affaires, de même que par l'insuccès complet de sa propre mission; d'un homme qui s'efforçait d'enfler le chiffre des forces effectives que Napoléon avait encore à sa disposition, et de diminuer celles des alliés. Du reste, Orlof affirme que M. de Girardin était à ce moment porteur de l'ordre, donné par Napoléon, d'imiter, lorsque tout serait perdu sans ressource, l'exemple donné par les Russes eux-mêmes à Moscou, et de faire alors sauter la poudrière de Grenelle: catastrophe qui, en détruisant complètement Paris, ses monuments et son immense population, eût englouti amis et ennemis. Il ajoute que le colonel Lascours avait refusé positivement d'obéir à M. de Girardin, tant que celui-ci ne lui remettrait pas un ordre écrit de la main même de l'empereur Napoléon.
[…]
Depuis le départ des commissaires, les rapports d'Orlof avec le grand quartier général avaient complètement cessé, et il ne savait plus rien des plans des alliés. Il commençait donc à être inquiet, lorsque vers les deux heures du matin on lui annonça l'arrivée du comte de Paar, qui lui apportait cette décisive lettre du comte de Nesselrode.

"A. M. LE COLONEL ORLOF. Monsieur,
Sa Majesté l'Empereur, d'accord avec le feld-maréchal prince de Schwartzenberg, a trouvé plus avantageux pour l'armée alliée de ne pas insister sur la condition mise d'abord à l'évacuation de Paris. Toutefois, les alliés se réservent le droit de poursuivre l'armée française sur la route qu'elle aura prise. En conséquence, vous êtes autorisé par la présente à signer, conjointement avec le colonel comte de Paar, la convention relative à la reddition et à l'occupation de Paris, d'après les conditions sur lesquelles nous étions tombés d'accord avec les maréchaux ducs de Trévise et de Raguse avant que je ne quittasse la conférence. Veuillez, Monsieur, recevoir l'assurance de ma considération particulière, Comte Nesselrode. Bondy, le 18 (30) mars 1814."

Cette lettre levait toutes les difficultés. Orlof en communiqua le contenu au comte de Paar, s'entendit avec lui sur ce qui restait à faire, puis fit annoncer au maréchal Marmont qu'ils étaient prêts à rédiger et à signer la capitulation de Paris. Le maréchal accourut, et on se mit aussitôt à l'œuvre dans le salon même, en présence de tous ceux qui se trouvaient là. Orlof écrivit le traité sur du papier à lettre ordinaire, tandis que le comte de Paar, penché sur son épaule, suivait de l'œil les mouvements de la plume et approuvait ce qu'il écrivait. Au bout d'un quart d'heure tout était fini, et Orlof remit au maréchal le traité […]

Marmont prit le papier et le parcourut d'un air inquiet. Mais sa physionomie prit bientôt une expression plus gaie. Il lut les articles à haute et intelligible voix, et d'un air qui voulait dire qu'il attendait les observations et les conseils des nombreux témoins de cette scène. Tous se turent. Il rendit alors le papier à Orlof en déclarant qu'il n'avait aucune objection à faire quant au contenu ou la forme, et que dès lors il acquiesçait complètement au projet de capitulation. Il chargea les colonels Fabvier et Dunys de signer l’acte avec Orlof et Paar. Cette formalité fut remplie sur l'original même, et copie du tout fut remise à Marmont.

On nomma alors une députation civile chargée de se rendre au grand quartier général des alliés; elle se composait du comte Chabrol, préfet du département de la Seine, du baron Pasquier, préfet de police, et d'un certain nombre de membres du conseil municipal. Le jour commençait déjà à paraître, lorsque la députation se mit en marche. Orlof l'accompagna jusqu'à Bondy, à travers les bivouacs russes. Arrivé au quartier général, il l'introduisit dans le grand salon du château, et la fit annoncer au comte de Nesselrode, qui parut quelques instants après. Quant à Orlof, il alla trouver l'empereur, qui était encore au lit: "Quelles nouvelles m'apportez-vous? lui dit Alexandre." Sire, voici la capitulation de Paris, répondit Orlof. L'empereur prit la feuille de papier et en lut le contenu. Ensuite il la plia, la plaça sous son oreiller.

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Témoignage de Bourrienne, ancien aide de camp de Bonaparte passé dans l'opposition et proche ami de Marmont, sur la bataille de Paris du 30 mars 1814 et l'attitude du Maréchal pendant la soirée amenant à la capitulation.
Précisons qu'un armistice a été conclu par Marmont et Mortier sur le champ de bataille vers 16h (ou 18h selon d'autres sources) d'après l'autorisation du roi Joseph. Cet armistice prévoyait l'évacuation de la capitale par l'armée mais ne concernait pas le sort de la ville de Paris. La capitulation de la ville sera négociée et signée seulement par Marmont pendant la nuit, sur la demande des institutions civiles de la ville.


" L'attitude de Marmont dans cette journée [bataille de Paris du 30 mars] suffirait pour immortaliser le nom d'un général d'armée. Le corps qu'il commandait était réduit à sept ou huit mille hommes et à huit cents chevaux. C'est avec cette poignée de braves qu'il tint pendant douze heures devant une armée de cinquante-cinq mille hommes, dont on assure que quatorze mille furent mis hors de combat. Il était tellement dans la mêlée qu'une douzaine de soldats furent tués à la baïonnette à ses côtés, et que lui-même eut son chapeau traversé d'une balle. Mais qu'y avait-il de possible contre le nombre ? Dans cet état de choses, le duc de Raguse fit connaître sa situation à Joseph Bonaparte, et sa réponse est d'une assez grande valeur relativement aux événements qui suivirent pour que je doive la rapporter textuellement :

"Si M. le maréchal duc de Raguse et M. le maréchal duc de Trévise ne peuvent plus tenir, ils sont autorisés à entrer en pour parlers avec le prince de Schwartzenberg et l'empereur de Russie qui sont devant eux. Ils se retireront sur la Loire. Joseph. Montmartre, le trente mars 1814, à midi un quart"

Ce ne fut que longtemps après avoir reçu cette autorisation formelle, que Marmont et Mortier cessèrent de faire une vigoureuse résistance contre l'armée alliée, puisque la suspension d'armes ne fut convenue qu'à quatre heures du soir, et Joseph, comme tout le monde le sait, ne l'attendit pas. A midi un quart, c'est-à-dire, immédiatement après avoir adressé à Marmont l'autorisation qu'on vient de lire, Joseph se dirigea vers le bois de Boulogne, pour rejoindre la route de Versailles et gagner Rambouillet.

[…]

Qu'y avait-il à faire dans ces circonstances, sinon de sauver Paris qu'il était de toute impossibilité de défendre deux heures de plus ? et comment pouvoir encore sauver une cause qui s'abandonnait elle-même ? Tout ce qu'il y avait d'hommes honorables à l'armée avait des femmes, des enfants, des parents, des amis dans Paris ; et il aurait fallu qu'un aveuglement réel, où plutôt un sot entêtement eût aliéné leur raison et étouffé en eux tout sentiment humain pour exposer le cœur de la patrie à la fureur d'un vainqueur ! Quand Marmont signa la suspension d'armes que devait suivre la capitulation de la nuit suivante, il mérita plutôt une couronne civique pour ce seul fait, que d'indignes reproches.

Il me semble le voir encore dans la soirée du trente mars, quand il revint du champ de bataille à son hôtel de la rue de Paradis; il me semble être encore dans ce salon vert où j'étais à l'attendre avec une vingtaine de personnes parmi lesquelles se trouvaient M. Perregaux et M. Lafitte. Quand il entra, il était à peine reconnaissable ; il avait une barbe de huit jours ; la redingote qui recouvrait son uniforme était en lambeaux, et de la tête aux pieds il était noirci par la poudre. Là, on discuta sur ce qu'il y avait à faire et nous insistâmes tous sur la nécessite de signer une capitulation ; le maréchal doit se rappeler qu'il n'y avait qu'un cri autour de lui : « Il faut sauver la France! » Le préfet de la Seine [Pasquier], qui assistait à cette réunion, comprenant quel était le seul devoir du premier magistrat de la capitale, manifesta l'intention où il était, de se rendre dans la nuit au quartier général des alliés, à la tête du corps municipal. J'applaudis vivement à cette sage détermination, et M. de Chabrol sentit quelle immense responsabilité aurait pesé sur lui, s'il n'avait pas fait tous ses efforts pour soustraire Paris aux horreurs d'un pillage qu'une plus longue et inutile résistance aurait pu entraîner. M. Perregaux et M. Lafitte se prononceront vivement dans cette circonstance décisive, et l'on conçoit de quel poids devait être l'opinion de deux hommes placés à la tête de la finance ; ils proclamèrent hautement que l'opinion générale des Parisiens, que personne ne pouvait connaître mieux qu'eux, était contraire à une plus longue lutte, et que enfin la France était lassé du joug de Bonaparte.

Cette dernière proposition plaça la question qui s'agitait sur un terrain beaucoup plus large, puisqu'il ne s’agissait plus seulement de la capitulation de Paris, mais d'un changement dans le gouvernement, et le nom des Bourbons fut prononce pour la première fois. Je ne me rappelle plus lequel de nous, en entendant parler du rappel possible de l'ancienne dynastie, fit remarquer combien de difficultés s'opposeraient à une restauration, sans un retour vers le passé; mais je crois être parfaitement sur que M. Lafitte, prenant alors la parole, nous dit: «Messieurs, nous n'aurions rien à redouter, si on nous donnait une bonne constitution qui garantît les droits de tous. » Cette sage opinion réunit la majorité de l'assemblée du salon vert, et ne fut pas sans influence sur la conduite du maréchal.

Cependant cette séance mémorable fut marquée par un incident inattendu. Pendant nos discussions, ou plutôt au milieu de ce concert de sollicitations que nous adressions à Marmont, pour qu'il consentît à ce qu'une capitulation fût le fruit de sa suspension d'armes, nous vîmes entrer chez lui un aide-de camp de l'empereur. Napoléon, ayant appris le mouvement des alliés sur Paris, s'était rejeté en toute hâte des bords de la Marne, sur la route de Fontainebleau à Paris, et le soir il était en personne à Fontainebleau, d'où il avait expédié son envoyé auprès du maréchal. Il fut facile de voir, au langage de l'aide-de-camp, que les idées du quartier impérial ne ressemblaient guère à celles de la population de Paris, car cet officier témoigna son indignation à la seule idée de capituler, et il annonça, avec une incroyable assurance, la prochaine arrivée de Napoléon sur Paris, qu'il espérait encore sauver de l'occupation. Cet aide de camp nous dit avec chaleur, que Napoléon comptait bien que l'on s'insurgerait malgré la capitulation, que l'on dépaverait les rues pour jeter les pavés sur les alliés à leur entrée; que sais-je encore? Je me permis de combattre ce système insensé de défense […] La plupart des personnes présentes abondèrent dans mon sens; l'accord fut unanime; et le maréchal me dit plus tard: "On me blâme , mon cher ami; mais vous étiez chez moi le trente mars; mais vous avez vu les vœux de l'élite de la population de Paris. Je n'ai agi comme on m'a tant pressé de le faire, que parce que je n'ai vu chez moi qu'une réunion d'hommes tout-à-fait désintéressés, et qui n'avaient rien à attendre du retour des Bourbons."

Telle est l'exactitude des faits que l'on a cherché à altérer pour la plus grande gloire de Napoléon; je n'ignore pas qu'on les a rapportés de diverses manières, mais à l'égard des versions qui s'éloigneraient de la mienne, je n'ai qu'une objection à faire, et la voici: j'y étais; j'ai vu et entendu!

La capitulation de Paris sauva la France. On a dit depuis, sans doute pour donner quelque fondement à l'exaspération de regrets ambitieux et de haines injustes que, si Paris eût été défendu un jour de plus, s'en était fait des alliés ; que la plaine de Saint Denis s'en allait être métamorphosée en nouvelles fourches caudines; et l'on en a donné pour preuve que les armées étrangères venaient de brûler leurs dernières munitions. Ces contes sont bons pour amuser les enfants. Quand même il eût été vrai que leurs munitions fussent épuisées, qui pouvait le savoir? Avions-nous été regarder dans la giberne des Russes, des Prussiens et des Autrichiens? Ce ne fut que longtemps après l'occupation de Paris que l'on imagina de faire ces belles découvertes; mais ce qui était évident pour tout le monde, ce que je voyais aussi bien que les habitants de Paris, aussi bien que la garde nationale qui avait à regretter d'honorables citoyens, des pères de famille, c'est qu'il n'était pas possible de défendre Paris deux heures de plus ; c'est que les deux maréchaux chargés de sa défense avaient fait plus qu'il n'était humainement possible d'attendre des talents les plus expérimentés, à la tête de la poignée de braves qui leur restaient. Si une capitulation n'eût été la suite de la suspension d'armes du trente mars, l'ennemi se jetait sans obstacles sur la capitale ; Paris pouvait devenir le théâtre d'un combat épouvantable, du meurtre des citoyens, de l'incendie des édifices, du pillage des maisons. Napoléon n'en fût pas moins tombé, et pour adieux, il aurait laissé à cette belle France, qu'il avait tant aimée, un monceau de cendres pour capitale."

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 02 Juin 2019 8:36 
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Inscription : 17 Août 2016 23:01
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La capitulation de Paris était sans doute inévitable, Marmont et Mortier avaient reçu mandat de Joseph de négocier avec l'ennemi... Mais cela n'excuse pas la trahison d'Essonnes, de Bourrienne et de tous les autres qui ne songèrent qu'à préserver leurs intérêts personnels et mercantiles en se jetant dans les bras des Bourbons, alors que l'Empereur se trouvait à Fontainebleau... :baton:


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