Jeanne d'Arc

Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Jeudi 26 Novembre 2009 15:41:14

Récemment, une contreverse est venue à la suite de la publication d'un livre et d'une émission à la télévision. L'auteur reprend la thèse ancienne de Michel de Grèce selon laquelle Jeanne d'Arc était une princesse, la fille bâtarde d'Isabeau de Bavière...qu'elle ne serait pas morte au bûcher, mais aurait survécu sous le nom de Jeanne d'Armoise.

J'ai écrit "Les amants du Val de Loire" d'Elie Durel chez Geste éditions. Je suis disposé à participer à un débat sur ce sujet.
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Re: Jeanne d'Arc

Message par BRH » Vendredi 27 Novembre 2009 12:04:09

Si c'était une bâtarde, ce n'était pas une princesse. Reste que les preuves manquent... Juste des coïncidences et certains indices qui font réfléchir. La survie de Jeanne semble plus probable, sous le nom de Jeanne des Armoises. Il est vrai que dans ce cas, cela donne de la crédibilité à sa bâtardise.
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Re: Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Samedi 19 Décembre 2009 13:54:06

Intervenant sur d'autres débats, j'avais oublié celui-ci qui est aussi passionnant.

En la proclamant princesse puisque fille bâtarde d'Isabeau de Bavière, l’abus de langage des partisans de la survie de Jeanne d'Arc ne plaide pas en faveur de leur thèse.
Jeanne n'avait pas de sang bleu, mais elle n'était pas non plus la pauvre bergère de la légende. Elle était issue d'une famille de petite noblesse, ce qui lui permettait de faire la charité. C'est cette disposition naturelle chez elle d'aller vers les malades et les nécessiteux qui l'a fait remarquer par René d'Anjou, le beau-frère de Charles VII et le fils de Yolande d'Aragon, la régente de faite avant le sacre du dauphin.
René d'Anjou était marié avec la fille du duc de Loraine et résidait à Nancy, non loin de Domrémy et Vaucouleur. A noter aussi que le frère de Yolande d'Aragon a été évêque de Metz.
Yolande d'Aragon cherchait désespérément le moyen de donner la foi royale à son gendre apathique et anéanti par la répudiation de sa mère. Elle a fait de Jeanne d'Arc une messagère de Dieu (et non une prédicatrice) avec le concours de son fils René, alors Grand maître de l'Ordre de Sion.
Jeanne d'Arc avait une utopie, elle voulait instaurer sur terre le gouvernement du ciel. Couronner le dauphin afin qu'il détienne par le sacre un pouvoir divin susceptible de faire cesser le chaos dans le pays était sa priorité. Habilement guidée par Yolande d'Aragon, Jeanne d'Arc a non seulement redonné la foi au dauphin, mais aussi aux soldats de l'ost défaitistes face à la supériorité affichée de leurs homologues anglais. Elle alla délivrer la terre sainte de l'Orléanais (et pas vraiment Orléans) à la tête d'une véritable armée de croisés commandés par Gilles de Rais. A partir de là, le sort de Jeanne et de Gilles était scellé. Leur relation qui a durée près de 14 mois a été extraordinaire, l’Histoire l’a occultée.

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Re: Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Dimanche 21 Février 2010 18:38:04

Comment la pucelle de Domrémy a-t-elle pu rencontrer le futur roi de France et se lier au plus puissant féodal de l'époque.
La réputation de Jeanne qui faisait le bien et la charité autour d'elle dans la petite enclave restée fidèle au dauphin est parvenue à la cour du duc de Lorraine. Marié à la fille de ce dernier, le jeune René d'Anjou, alors grand-maître de l'Ordre de Sion, rencontra secrètement la jeune fille à deux ou trois reprises. Il parla d'elle avec sa mère, Yolande d'Aragon, la belle-mère du dauphin et la régente de fait. Yolande désespérait de son gendre apathique qui n'avait rien d'un guerrier alors qu’elle avait elle-même monté une armée de mercenaires écossais pour combattre les Anglais à Beaufort-en-Vallée (ils s'approchaient un peu trop des terres de la reine d'Anjou). Elle cherchait le moyen de redonner la foi (dans tous les sens du terme) à son gendre anéanti par sa bâtardise (c’est du moins la rumeur qu’avait répandu sa mère, Isabeau de Bavière), mais aussi d’affermir les soldats de l’ost royal découragés par la supériorité anglaise.. L'idée de faire intervenir un(e) prédicateur(rice) pour lui apporter la bonne parole n'était pas assez crédible. Les prédispositions et l'utopie de Jeanne pouvaient sans doute en faire une messagère de Dieu, c’est ce qui fut fait.
De retour de Nancy (après avoir rencontré l'empereur du Luxembourg , l’empereur du Saint-Empire), par ses gens Yolande fit répandre la nouvelle de la venue d'une pucelle (dénomination courante à l'époque pour les jeunes filles de 13 à 19 ans) des marches de Lorraine et elle prépara soigneusement son arrivée à la cour de Chinon.
Avant d'être autorisée à prendre la route de France, Jeanne a subi quelques épreuves et le fait de parvenir à Chinon escortée d'une demi-douzaine d'hommes seulement allait déjà constituer un exploit, pour ne pas dire un miracle.
La nouvelle de sa venue sera particulièrement répandue dans l'Orléanais, car les habitants étaient sur le point de livrer la ville aux Anglais. Orléans prise, le petit royaume de Bourges sur lequel le dauphin gardait son l'influence était condamné.
Par son intelligence, son sens de la répartie, son audace et il faut bien le dire sa foi, Jeanne d'Arc fera sensation à la cour après un accueil plutôt goguenard. Mais elle dut subir d'autres épreuves, en particulier celle de cohabiter avec le pervers et phallocrate Gilles de Rais. La perfide Yolande d'Aragon demanda au dauphin de désigner ce dernier comme "protecteur" de Jeanne. C'est ainsi qu'ils partagèrent à Poitiers le même logement durant le procès en reconnaissance de la Pucelle. Déjà intéressé par sa réputation de faiseuse de miracles, mais sans doute aussi par son physique, le grand seigneur va tomber sous le charme de la modeste pucelle. Par son refus de se plier à l’autorité (ce qui n’était pas rien pour une fille), elle va plaire à cet homme qui n’en accepte aucune. Et puis, la révélation qu’elle n’a pas les « flux sanglants » comme la grande majorité des femmes va finir de subjuguer le grand seigneur. Il se montrera, contrairement aux autres seigneurs de la guerre, d’une grande correction et d’une fidélité indéfectible à l’égard de la Pucelle.
En plaçant Jeanne dans l’intimité de Gilles, Yolande d’Aragon avait fait un pari qui était un nouveau test : la pucelle de Lorraine sortirait-elle vierge ? Lorsque les « ventrières » conclurent à la virginité de la jeune fille, Yolande douta. Elle demanda un autre examen auquel elle participa. Il confirma le premier. À partir de là, Jeanne d’Arc fut effectivement reconnue comme messagère de Dieu. Dès lors, elle aura moins besoin de l’invoquer à tout propos et elle s’engagera plus personnellement dans l’action.

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Re: Jeanne d'Arc

Message par BRH » Mercredi 24 Février 2010 12:10:54

Tout ceci est bel et bon, mais manque singulièrement de documents. Je ne dis pas que c'est faux, mais je souligne la carence de documents incontestables... C'est ce qu'a toujours soutenu Régine Pernoud qui ne commentait qu'à partir de documents authentiques.
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Re: Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Jeudi 25 Février 2010 17:53:20

En matière de vérité historique, il faut être très modeste et, de mon point de vue, l’on ne peut jamais affirmer que des documents sont incontestables et authentiques. Comme a dit Novalis : « L’Histoire est manipulable comme n’importe quelle autre construction de la pensée humaine ».
S’agissant du Moyen Age, l’on sait que les chroniqueurs (les journalistes de l’époque) enjolivaient les faits qu’ils rapportaient. À ceux qui exploitent leurs écrits de les nuancer, voire de les interpréter.
Lors d’un café littéraire auquel je participais avec l’historien du Moyen Age, Jean Verdon, le journaliste qui animait le débat a manifesté son étonnement devant la richesse de l’exposé alors que l’intervenant avait indiqué en commençant que nous disposions de relativement peu de matériaux sur cette période. La réponse de Jean Vernon a été la suivante : « Mais mon cher ami, cela fait plus de 50 ans que je vis dans le Moyen Age, j’ai l’habitude ». Je crois qu’il a raison, les documents secs aussi « authentiques » soient-ils ne valent pas grand-chose s’ils ne sont pas compris, interprétés, commentés dans le contexte.
Vous dites : « C'est ce qu'a toujours soutenu Régine Pernoud qui ne commentait qu'à partir de documents authentiques ». Effectivement, elle élaborait un commentaire personnel à partir de documents dont personne ne peut affirmer qu’ils expriment la stricte vérité. C’est la raison pour laquelle, les historiens ne sont pas toujours d’accord entre eux et que l’on peut découvrir qu’ils se sont trompés (parfois lourdement).
Pour ce qui me concerne, j’ai ma méthode de travail, mes sources, mes recherches, mes rencontres, mes lectures..., mais aussi une passion qui est d’aborder l’histoire par la porte de l’humain et de l’intime, cela me permet d’utiliser la forme romancée. Loin de moi l'idée d'écrire des traités d'histoire.

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Re: Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Lundi 08 Mars 2010 12:12:51

Il faut tordre le cou à cette légende qui voudrait que Jeanne d’Arc fût une "princesse" (fille bâtarde d’Isabeau de Bavière). Cette légende a été relancée il y a quelques décennies par le prince Michel de Grèce, apparenté à la Famille de France (et plus récemment par le livre de deux journaliste). Considéré comme un historien, Michel de Gèce n’a pas été trop contesté par ses paires (d’où la ténacité de cette hypothèse) au motif qu’il devait avoir des preuves pour avancer cela, mais qu’il ne les produirait pas, car elles feraient partie des secrets de la Famille de France (facile !). L’on connaît suffisamment de choses fiables sur Jeanne d’Arc pour affirmer que cela est faux. Colette Beaume, la spécialiste de la Pucelle, s’est encore récemment insurgée (à la suite d'une émission télévisée) contre cette imposture. Je livre une explication sur cette légende, car dans toute légende il y a souvent une partie de vérité, aussi infime soit-elle.
Jeanne d’Arc est issue d’une famille modeste, mais suffisamment aisée pour qu’elle puisse faire la charité. Cette possibilité alliée à une facilité naturelle de se porter vers les miséreux et les nécessiteux pour les réconforter et les cajoler ont fait sa réputation. C’est ainsi qu’elle a été remarquée par René d’Anjou et sa mère Yolande d’Aragon.
À l’époque la religion était omniprésente et régissait tout (tant les âmes que les faits et gestes). Jeanne avait une foi profonde et sincère avec une relation directe à Dieu : elle était contre l’Église et anticléricale. Pour elle, un religieux devait être plus pauvre que les pauvres, ce qui n’était très généralement pas le cas. À cet égard, elle vénérait le moine Pasquerel (son cousin) qui avait fait vœu de pauvreté. Il a joué un rôle très important dans l’épopée de la Pucelle, au moins au début. Jeanne a eu une éducation religieuse très poussée par ce cousin, sa mère Isabelle et sa grand-mère surnommée la Romée pour avoir fait un pèlerinage à Rome. Elle avait une véritable utopie (conception imaginaire d’un gouvernement idéal) en souhaitant l’instauration sur Terre d’un gouvernement semblable à celui du Ciel où règne la paix, la concorde et la justice. De là découle naturellement son obsession de voir le dauphin sacré afin qu’il soit investi de pouvoirs divins pour mettre un terme au chaos et à la misère. Cette utopie ne faisait pas de Jeanne une « illuminée » (Voltaire l’a proprement éreintée en la considérant comme folle) et il ne faut pas exagérer sa propension à entendre des voix qui l’auraient guidée. Elle avait suffisamment d’intelligence et de bon sens pour se déterminer elle-même et se laisser judicieusement conseiller. D’ailleurs, lorsque l’on étudie les quelques propos qu’on lui prête, on remarque qu’avant sa reconnaissance comme messagère de Dieu à Poitiers elle fait souvent référence à lui et qu’ensuite elle s’implique et s’impose par elle-même. Consciente de son manque de pouvoir lié à son rang et à son état de fille, elle s’est, au début, systématiquement prévalue de Dieu, ce qui était très adroit.
Jeanne vénérait l’archange Michel, le protecteur des rois de France et Jésus, le chef des armées du ciel. Il est assez probable qu’elle ait vu en Gilles de Rais l’incarnation de l’archange Michel. Pour la jeune fille qu’il a subjuguée, il en avait, au moins en apparence, certaines caractéristiques. En plus, c’était un homme en souffrance psychologique et affective et Jeanne l’a compris. Elle a su lui gagner sa confiance et lui apporter une certaine paix intérieure.

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Re: Jeanne d'Arc

Message par Paul Ryckier » Samedi 13 Mars 2010 17:46:37

Élie,

un grand merci pour cet approche interessant. J'ai beaucoup appris de ça.

Cordialement,

Paul.
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Re: Jeanne d'Arc

Message par eliedurel » Jeudi 18 Mars 2010 22:43:25

Jeanne d’Arc n’était pas la guerrière que l’on imagine. Sa participation aux combats pour la délivrance d’Orléans a été fortuite et son rôle (important) s’est limité à encourager et à galvaniser les soldats et les habitants. Aux premiers affrontements, elle a été complètement paniquée à la vue des victimes et du carnage. Elle allait d’un blessé à l’autre qu’il soit ami ou ennemi pour le secourir.
Lorsque la Pucelle a été atteinte d’une flèche à la cuisse, c’est Gilles de Rais qui s’est empressé à son côté pour la réconforter, il n’était jamais très loin d’elle. Leur attachement mutuel était déjà certainement très fort et il a été un réel réconfort dans les épreuves qu’ils partageaient.
Toujours aussi impatiente de voir le prétendant au trône de France couronné et sacré, Jeanne avait souvent cette formule : « Il faut faire vite, car je ne tiendrai pas un an ». Certains voient là le signe d’une prémonition sur sa mort probable. En réalité, je pense qu’elle faisait état de la perte prochaine de son statut de pucelle. En effet, les jeunes filles de 13 ans (l’âge de la majorité) à 19 ans étaient couramment appelées « pucelle ». Avant son arrivée à Chinon, c’est Jeanne qui a demandé à ses compagnons de désormais l’appeler « Jeanne la Pucelle » ou plus simplement « La Pucelle ». Ayant atteint l’âge de 19 ans, elle ne pourrait plus s’en prévaloir, tout comme de sa qualité messagère de Dieu fondée sur sa sincérité et sa virginité. La maternité était pour Jeanne un mystère fascinant, elle n’avait certainement pas renoncé à enfanter. Aussi étonnant que cela puise paraître, une union avec le seigneur de Rais lui est sans doute venue à l’esprit...mais seulement une fois sa mission accomplie.
La délivrance d’Orléans a été une formidable confirmation pour la prédiction attribuée à « la pucelle venue des Marches de Lorraine » et pour sa reconnaissance comme messagère de Dieu. Le Dauphin ne s’y trompa pas. De Chinon, il vint à la rencontre de Jeanne priée de se rendre à Tours au château de Yolande d’Aragon. Pour affirmer la victoire sur les Anglais, elle prit le risque insensé d’emprunter la rive droite de la Loire (au nord) où l’ennemi était omniprésent.
Il existait trois lieux du discernement. Pour les questions religieuses : Poitiers – pour les questions politiques : Loches – pour les questions militaires : Selles-en-Berry (aujourd’hui Selles-sur-Cher).
Au grand dam de Jeanne de retour à Chinon sans Gilles resté dans l’Orléanais avec les officiers et seigneurs de la guerre pour parer à une éventuelle contre-attaque anglaise, le Dauphin se retira à Loches pour discuter politique avec ses conseillers et secrètement négocier avec les Bourguignons.
Désespérée de devoir attendre le bon vouloir du futur roi et angoissée par l’absence de Gilles de Rais, Jeanne d'Arc qui déprimait a trouvé un soutien et un réconfort en la personne du seigneur de Trêve, il fut pour elle comme un père (il avait plus de 60 ans)…

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