La bataille d'Abbeville : 28 / 30 mai 1940

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

La bataille d'Abbeville : 28 / 30 mai 1940

Message par BRH » Lundi 23 Novembre 2009 14:23:51

Afin de résorber la tête de pont allemande sur la Somme au sud d'Abbeville, l'État-Major allié engagea plusieurs contre-attaques. Après l'échec de la 1re Division Blindée britannique, la 4e DCR du Général de Gaulle, tout nouvellement promu, passa à l'attaque. Forte de plus de 150 blindés dont 30 chars lourds B1-bis et de trois bataillons d'infanterie auxquels il faut ajouter le 22e RIC, prêté par une division voisine, la 4e DCR allait frapper les positions de la 57e Division d'Infanterie allemande qui tenait la tête de pont.

Dès le 28 mai, les Français s'emparèrent de Huppy et avancèrent vers la Somme, écrasant les canons antichars allemands, trop faibles pour percer la cuirasse des B1-bis. Paniquées, les troupes allemandes refluèrent sur Abbeville. Au soir, les Français ignorant l'ampleur de leur succès n'exploitèrent pas la brèche créée. Le 29 mai, l'attaque reprit en direction du Mont de Caubert. Les troupes allemandes retranchées sur ces hauteurs et appuyées par plusieurs canons de Flak 88 tinrent cette fois leurs positions. L'attaque française perdit de sa vigueur au fur et à mesure de la perte de ses chars lourds. À la fin de la journée du 29 mai, les Français avaient manqué l'occasion de repousser les Allemands au nord de la Somme. Le 30 mai, la 4e DCR lança une ultime attaque, mais elle se heurta à la défense renforcée du Mont de Caubert. Le 31 mai, la 4e DCR exsangue fut relevée par la 51e "Highland Division" : la poche allemande d'Abbeville n'avait pas été résorbée.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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Re: La bataille d'Abbeville : 28 / 30 mai 1940

Message par BRH » Mardi 24 Novembre 2009 12:38:13

Mon travail s'appuie sur le Militaria HS n°21, réalisé par Yves Buffetaut.

Les effectifs en présence :

IVème DCR

Chars:
6ème demi-brigade (colonel Sudre):
46ème BCC : 13 B1 bis
47ème BCC : 19 B1 bis
soit 32 B1 bis (manque 40 B1 bis pour une dotation normale).

8ème demi-brigade (Lt-colonel Simonin)
44ème BCC : 45 R35 neufs
2ème BCC : 15 R35
24ème BCC : 5 R35 seulement.

10ème cuirassiers : 14 AMD Panhard 178
3ème cuirassiers : 20 Somua et 20 H39

Totaux : 137 chars et 14 automitrailleuses, soit 151 blindés.

Infanterie :

4ème Bataillon de Chasseurs Portés (autobus réquisitionnés).
7ème Régiment de Dragons Portés
22ème régiment d'infanterie coloniale

Artillerie :

322ème régiment d'artillerie tractée (tout terrain) : 24 105 mm
305ème RATT : 12 105 mm
Artillerie de la 2ème DLC : 12 105 mm et 12 75 mm
groupe de réserve générale : 12 75 mm
Plusieurs batteries autonomes antichars ou de DCA : 37 47 mm et 15 25 mm

Récapitulation :
48 105 mm
24 75 mm
37 47 mm
15 25 mm de DCA

57ème ID bavaroise :

IR 217
III./Art.Reg 157
PzAbteilung 157

2ème ID motorisée :

7./Art.Reg 2 (une batterie)
une section de Flak 20 mm

Au total :

139 mitrailleuses légères
70 mitrailleuses lourdes
45 mortiers de 45 mm
30 mortiers de 81 mm

Artillerie :

20 obusiers de 105 mm
Flak : 16 canons de 20 mm
et 16 canons de 88 mm

Unités antichars : 48 canons Pak de 37 mm

L'infériorité des effectifs allemands est criante : 2 bataillons d'infanterie doivent tenir un front de 25 km.

Le plan de De Gaulle :

Diffusé aux échelons inférieurs à partir de 13 heures le 28 mai :

III. L'intention du général commandant la division est de s'emparer en 1er lieu de la crête à l'ouest d'Huchenville (côte 104), du bois de la Hêtroyer et du bois de Fréchencourt (objectif 01); en second lieu, de pousser jusqu'à la crête du Mont Caubert en se couvrant à gauche sur la croupe de Bienfay, la droite bordant les marais de la Somme.
IV. L'attaque sera menée par tous les chars de la division, ainsi que par le 22ème RIC et le 4ème BCP, appuyés par l'artillerie de la 2ème DLC renforcée.

*************************************
Faute de moyens suffisants, l'artillerie ne pourra fournir un barrage roulant précèdant les assaillants. Une préparation courte de 16 mn est prévue sur les "résistances ennemies reconnues", soit le village de Huppy, la crête de l'ancien moulin de Limeux et deux bois. Après le début de l'avance, les feux seront concentrés pendant 1 heure pour un encagement de Bienfay et de Villers-sur-Mareuil pour empêcher une contre-attaque des Allemands.

Le plan n'est pas d'une grande originalité : il s'agit d'une attaque Sud/Nord. De Gaulle délaisse l'ouest, là où les chars britanniques ont ttaqué la veille, mais qui fournit des vues dégagées à l'artillerie allemande. Sur le plan tactique, il reprend la doctrine militaire française de l'emploi combiné des chars et de l'infanterie :

I. Attaque des chars seuls qui se portent sur l'objectif avec l'appui de la base de feux (mitrailleuses, engins) et de l'artillerie.
II. Ouverture du feu par les chars, une fois arrivés à 150 m environ de l'objectif;
III. Cessation du tir de la base de feux et attaque de l'infanterie, accompagnée parfois, d'un second échelon de chars.
IV. Ralliement des chars, déplacement de la base de feux.

LE DEROULEMENT DE LA BATAILLE :

Journée du 28 mai :

la préparation d'artillerie débute à l'heure dite : le 305 RATT tire 6 000 coups sur Huppy et ses environs. Les Allemands sont dans l'incapacité de répliquer. Le gros de leur artillerie est encore au nord de la Somme. La 6ème db se porte en avant, le 47ème en tête. A la 1ère Cie, le char du capitaine est touché, tourelle bloquée, en parvenant à la côte 104, vers 18 h 15. Les chars suivants sont touchés à leur tour par un déluge d'obus de 37 qui occasionnent des avaries. Plusieurs canons anti-chars sont écrasés, mais de nouvelles pièces se démasquent. Le capitaine doit se replier quand un obus de 105 touche un réservoir : le char prend feu, il doit être abandonné. Sur 7 chars engagés, 3 sont détruits et 2 irrémédiablement endommagés. A la 3ème Cie (10 chars), même physionomie des combats : quand elle dépasse le bois des Poultières, elle est prise à partie du bois-brûlé; bientôt 4 chars sont immobilisés. Le reste continue d'attaquer. Le chef de Cie traverse Huchenneville, puis regroupe ses chars au sud du bois Brûlé. Le chef de Bion lui indique d'attendre les ordres. A la tombée de la nuit, il se replie au sud d'Huppy. Détail pénible, les chasseurs du 4ème BCP ne dépassent les chars que lorsque ceux-ci se replient... Aucune coordination entre les chars et les fantassins. Les capitaines des 1ère et 3ème cie vont se rejetter la faute de l'échec de l'attaque. Sur les 17 chars engagés, 15 sont désormais indisponibles, 3 seulement seront remis en état pendant la nuit. 2 sont en réserve du Bion.

La seconde vague se compose du 46ème Bion avec 11 chars, du 4ème BCP en retard, et d'un peloton moto du 7ème dragon. Elle semble passer à l'ouest d'Huppy, dépasse ce village fortifié par les Allemands et aborde la crête où -selon des témoins- se trouvent des 105 allemands. 3 B1 bis au moins sont touchés, voire neutralisés. Une section n'en atteint pas moins le 2ème objectif Les Alleux-Les Croisettes, mais doit se replier. Le 4ème BCP occupera néanmoins la position au cours de la nuit.

De son côté, la 8ème db va enregistrer de meilleurs résultats. Ce sont les R35 du 44ème BCC, accompagnés par le 2ème bataillon du 22ème RIC. Ils progressent vers Caumont et le point d'appui allemand : l'ancien château renforcé par 4 Pak 37. Les chars évitent le village, mais sont en ligne de mire des antichars retranchés au chateau. Plusieurs engins sont touchés, puis neutralisés. Il faut venir à bout de cette résistance : un Pak est détruit au canon, un autre est écrasé par un char dont la tourelle est bloquée. Les deux autres tombent au pouvoir de l'infanterie qui suit, encouragée par le carrousel des R35. Ces derniers continuent leur progression jusqu'à Mareuil-Caubert, surprenant des Allemands au bivouac. Les fantassins ne suivent plus. La nuit tombe, il faut se retirer...

Les cavaliers attaquent aussi de leur côté, mais avec une heure de retard pour 13 H.39 et deux pour 10 Somua. Les cavaliers poussent jusqu'aux lisières nord du bois de Fréchencourt, puis se replient à la nuit jusqu'à Bailleul qui est en dehors de la poche allemande. Cependant, des éléments du 22ème RIC occupent le bois et s'y installent.

La nuit tombée, les rapports qui parviennent à de Gaulle sont fragmentaires. Si le sucès est patent, marqué notamment par plus de 200 prisonniers, il lui est difficile de se faire une idée exacte de la situation. En fait, il ne prend pas conscience de l'ampleur de la débandade des Allemands qui ont abandonné les lignes et le matériel le plus souvent. Certaines compagnies refluent jusqu'à Abbeville et vont y porter l'alarme ! De ce fait, une brèche existe, mais ni les Français, ni les Allemands ne sont capables de la cerner : c'est la route qui va de Rouen à Abbeville ! Des reconnaissances seront envoyées de part et d'autre dans la nuit, mais sans pouvoir discerner les positions mutuelles...

Journée du 29 mai :

A minuit, de Gaulle fixe les objectifs du lendemain :

I. La IVème DCR s'est emparée dans la soirée du 28 mai de son premier objectif : côte 104, , bois de Fréchencourt. Elle a fait un grand nombre de prisonniers.
II. L'attaque reprendra à 4 heures à partir des emplacements actuellement atteints.
III. Objectifs de la division
1° Mont Caubert, puis le bord de la vallée de la Somme entre Caubert (inclus) et Bray-les-Mareuil (inclus).
2° Le bord de la Somme entre le carrefour de Rouvroy (inclus) et Caubert.

Les effectifs sont inférieurs, notamment pour les chars, mais de nouvelles unités sont engagées. Il s'agit des chars de la 5ème DLC et de la 1st Armoured Division.

Dispositif français d'ouest en est :

La 5ème DLC, soutenue par des éléments de la 2ème et de 1st Armoured division se portera sur le Mont Caubert avec Cambron comme 1er objectif. Si possible, des éléments de la 51ème Highland (général Fortune) seront en appui.
La 6ème db, soutenue par le 4ème BCP, s'emparera du Mont Caubert. Très affaiblie, elle ne comporte plus que 14 B1 bis (7 au 47ème BCC et 7 au 46ème)
Le 44ème BCC, fort encore de 20 R35, suivi des 2ème et 3ème Bion du 22ème RIC, devra atteindre la pointe sud du Mont Caubert.
Le 3ème cuirassiers, devra nettoyer le bois de Fréchencourt et s'emparer de Mareuil-Caubert.

Nota: les pertes sont lourdes en blindés. 18 B1 bis sont détruits ou immobilisés. 25 R35 manquent. 10 Somua sont égarés et 13 H.39 sont endommagés ou en panne.

Comme la veille, les B1 bis attaquent en 1er. A partir des Croisettes, un des chars est détruit. Le témoin parle d'un obus de 105, mais il s'agit plus probablement d'un canon de 88 mm. La côte 104 est reconquise. 2 pièces de 88 mm y seraient neutralisées et les chars progressent vers le Mont Caubert. Mais il faut d'abord nettoyer Huchenneville d'où partent encore des tirs de Pak 37. Ensuite, les blindés lourds dépassent Villers, mais il s'avère nécessaire d'appuyer les unités qui se heurtent à une vive résistance vers Mareuil. Bientôt, passé midi, les chars sont à cours d'essence et ils doivent se replier au sud du bois de Villers. Les chars du 47ème ne sont plus que 4 et rejoignent les 3 survivants du 46ème BCC !

Les R35 débouchent de Caumont face au bois de Huchenneville. Mais les obstacles et les résistances les contraignent à déborder le bois : ils réalisent un butin conséquent avec de nombreux prisonniers et beaucoup de matériel. Là encore, il faut réduire les résistances de Villers que les B1 n'ont pas encore atteint à cet instant. Une pièce de 88 mm fait beaucoup de dégâts et c'est certainement un coup de 75 d'un B1 qui la neutralise. Ces derniers laissent d'ailleurs les R35 plus maniables entrer dans le village de 3 côtés à la fois...

Le 3ème Cuir n'a pu entrer en action avant 8 heures. Difficultés liées au ravitaillement. Après la perte de plusieurs Somua, Mareuil-Caubert est conquis, une barricade étant détruite à coup de canons. Des éléments du 22ème RIC occupent alors le village et ramènent vers l'arrière de nombreux prisonniers.

La progression française est facilitée par le fait que l'infanterie allemande lâche pied. Ceci a d'abord commencé à l'ouest suite à l'intervention de la 5ème DLC et des éléments britanniques. Les pièces de 37 se replient, suivies bientôt par les fantassins. Les services, les convois, plusieurs artilleurs se retirent en désordre jusque dans les rues d'Abbeville, alertant même le général Von Manstein. Mais si plusieurs compagnies flanchent, la 3ème compagnie de l'IR 179 se replie en ordre jusqu'au Mont Caubert et s'y accroche. Les Allemands retirent du front les compagnies défaillantes et envoient des unités plus fermes.

De Gaulle a une meilleure vue d'ensemble de la situation. Il paraît qu'il s'est avancé de sa personne au-delà de Villers par la route de Rouen à Abbeville. Son nouvel ordre d'opérations, daté de midi, l'atteste :

1° Tous les indices et renseignement donnent à penser que l'ennemi ne tient plus sur la rive sud de la Somme à l'ouest d'Abbeville.
2° La IVème DCR va immédiatement exploiter cette situation pour atteindre son objectif final : bord de la vallée de la Somme entre le carrefour de Rouvroy inclus et le sud du bois d'Erondelle inclus.

En conséquence, la 6ème db doit s'emparer du camp de César et la 8ème du du Mont Caubert. Mais les Allemands se ressaisissent. La position est forte et compte deux sections flak de 88 mm. Ce sont eux qui vont sauver la situation, bien qu'en réalité, il ne semble pas y avoir d'assaut de la part des chars. Ceux-ci -dès qu'ils se montrent- reçoivent un déluge d'obus, de 105 notamment. Les Allemands tentent même une contre-attaque, repoussés à coup de 75 par les B1. Un appui d'artillerie est nécessaire, il devrait intervenir à 14 heures. Mais cet appui ne se réalisera pas avant 20 heures, moment où les chars se replient. Cette défaillance de l'artillerie n'a jamais été expliquée.

C'est le moment clef de la bataille. Il aurait été suicidaire de lancer trop peu de chars sur les pentes du Mont Caubert : il fallait au préalable nettoyer la position en pulvérisant l'artillerie allemande. Manque de coordination, instructions insuffisantes ? Le bombardement par les 75 interviendra trop tard. Et où sont passés les 105 ?

A l'ouest, la 5ème DLC tente de pénétrer dans Cambron, mais doit se replier sous les impacts des 105 allemands dont le tir est parfaitement réglé. A 17 heures, une nouvelle tentative est faite par le 7ème Cuir et le 7ème RDP. Mais elle est repoussée, et les Allemands contre-attaquent en fin de journée, là aussi. La 5ème DLC demande l'intervention de la 51ème Highland division. Le général Fortune envoie un bataillon qui occupe Mianney.

Au centre, le 4ème BCP avance vers Yonval et parvient à s'emparer du bois de Valanglard. Les automitrailleuses du 2ème RAM le soutiennent et investissent Mesnil. Il n'y a plus qu'à dévaler vers Yonval. Mais la réaction de l'artillerie allemande, brutale et massive, fait échouer le mouvement. Les assaillants refluent en désordre vers Bienfay.

Alors que le front allemand était sur le point de craquer, ceci ne s'est finalement pas accompli. Il ressort du travail d'Yves Buffetaut qu'il n'y a pas eu d'assaut des blindés contre le Mont Caubert le 29 mai. Sans doute faut-il tenir compte de l'épuisement des équipages et des effectifs réduits. Mais les commandants de compagnie ont bien dû distinguer les pièces de 88 mm en batterie. L'appui de l'artillerie conditionnait toute reprise de l'attaque. Je n'ai trouvé nulle part d'explications à cette carence.

Journée du 30 mai :

Celle-ci ne sera pas étudiée dans les détails. Disons seulement que les Allemands, notablement renforcés, vont contre-attaquer jusqu'à Mesnil et le bois de Villers. La IVème DCR va s'y user définitivement, du fait notamment des 88 mm idéalement positionnés sur le Mont Caubert. Le lendemain 31, elle sera défintivement retirée du champ de bataille, ne disposant plus que de 34 chars dont seulement 2 B1 bis (10 Somua, 10 H.39, 12 R.35).

JMO de la IVème DCR (extraits) :

Journée du 27 Mai 1940
Deux sections de 47 automoteurs (à 5 pièces) faisant partie de la 51e Batterie du 10e R.A. et deux sections de D.C.A. (à 3 pièces) armée de 25 (en provenance du 408e R.A.) sont affectées à la Division, qu'ils rejoignent dans la journée.
Ayant décidé d'utiliser la 4e D.C.R. pour la réduction de la tête de pont d'ABBEVILLE, la Division reçoit vers 17 heures du Général Commandant l'ARMEE l'ordre de gagner une zone de stationnement favorable pour cette opération.
En conséquence, la Division se prépare pour se porter à la fin de la nuit dans la zone OISEMONT - DREUIL HAMEL - HORNOY .
Dans la soirée, le Colonel CHAUDSOLLE, Commandant l'A.D. est victime d'un accident d'auto.

Journée du 28 Mai 1940
Dans la nuit, la Division gagne la zone indiquée et le P.C. s'établit au château d'AVESNES au début de la matinée, au château de MERELESSART à partir de midi.
La Division récupère dans la journée le 44e B.C.C. du Groupe d'Escadrons (SOMUA) du 3e Cuirassiers et de l' A.D. prêtés à la 5e D.L.C. chargée de réduire la tête de pont de PICQUIGNY. Elle reste privée du 19e B.C.C. employé dans une attaque sur AMIENS, en appui de la 7e D.I.C.
Elle est renforcée d'autre part par le 22e R.I.C. et l'Artillerie de la 2e D.C.C. - l'A.D. de la 4e D.C.R. n'étant à même d'intervenir dans la journée à cause d'un long déplacement, la 661e Batterie antichars rejoint la Division dans la Journée.
L'attaque pour la réduction de la tête de pont au Sud d'Abbeville est décidée pour 17 heures, l'intention du Général Commandant la Division est de faire effort sur un axe LIMEUX - VILLERS SUR MAREUIL - MONT DE CAUBERT - CAMP DE CESAR, tandis que la 2ème D,I.C. exploitera l'avance de la 4e D.C.R. sur la Gauche, en direction de CAMBRON.
La Base de départ est jalonnée par ST MAIXENT EN VIMEU, WARCHEVILLE - LIMEUX - Lisières Nord du Bois de BAILLEUL, le premier objectif passe par SALLEUX, côte 104 ? Bois des HETROY, bois de FRECHANCOURT, la deuxième par BIENFAY et MESNIL TROIS FOETUS à CAMP DE CESAR, et sur la droite la bordure des marais de la Somme.
A la nuit, la Division a atteint le premier objectif et le gros centre de résistance de HUPPY est tombé, le Général Commandant la Division, donne l'ordre de tenir le terrain conquis et de reprendre l'attaque à 4 heures du matin.

Journée du 29 Mai 1940
L'avance, à 4h du matin, reprend en direction du Mont de CAUBERT et dans la vallée de la Somme à l'Est, pour la conquête de l'Objectif N° 2.
L'activité de l'aviation ennemie est faible, grâce au temps couvert, mais la Division se heurte au feu d'armes automatiques, à des tirs de barrage de 105 et surtout à une défense antichars très étoffée et très bien organisée. Le P.C. avancé de la Division est établi au Calvaire, à 1 km au S.E. de LIMEUX.
A midi la résistance faiblit, et on peut penser que les Allemands ne tiennent plus sur la rive Sud de la Somme, à l'Ouest d'Abbeville. Le Général Commandant la Division veut exploiter immédiatement cette situation pour atteindre l'objectif final le bord de la vallée de la Somme entre le carrefour de ROUVROY inclus et le bois au sud d' ERONDELLE inclus, le P.C. avancé de la Division se transporte au Château d'HUPPY.
Mais au cours de l'après midi, l'ennemi réagit vigoureusement. La progression de la Division est arrêtée par des armes anti-chars installées sur le Mont de CAUBERT, des tirs d'artillerie et un bombardement par avions n'arrivent pas à les réduire. Sur la gauche, les éléments de la 2e D.L.C. avancent trop lentement en direction de CAMBRON où des éléments allemands se massent et agissent en direction de MIANNAY et de MOYENNEVILLE. Le 10e Cuirassiers renforcé par un Bataillon de Dragons Portés, est chargé d'arrêter l'ennemi dans cette zone. Enfin, dans la soirée, des tirs d'artillerie allemands pilonnent la région d'HUCHENNEVILLE.
En fin de journée, la D.C.R. a atteint sensiblement son objectif n° 2 mais découverte sur sa gauche ; elle est en butte à une réaction assez vive de l'ennemi. Elle tient la ligne : MOYENNEVILLE - BIENFAY - Bois de VILLERS, MAREUIL GAUBERT, BRAY LES MAREUIL.
La Division a fait une centaine de prisonniers, D'après les interrogatoires, le 57e D.I. (217e et 179e R.I.) non motorisés et commandés par le Général BLUMME, tient la tête de pont d'ABBEVILLE. Elle est renforcée d'éléments du Panzerabwehrabtailung.

Journée du 30 mai 1940
Nouvel effort pour réduire définitivement les éléments ennemis qui tiennent encore au Sud de la Somme.
La 4e D.C.R, attaquera surtout par la gauche, sur l'axe Moyenneville - Cambron.
Le 10e Cuirassiers renforcé du 2ème Bataillon du 7e R.D.P. et des 2 groupes d'Escadrons du 3ème Cuirassiers attaquera de MOYENNEVILLE sur CAMBRONS.
La 4e B.C.P. appuyé par les Chars de la 6e 1/2 Brigade, attaquera MESNIL TROIS FOETUS et YONVAL.
Le 22e R.I.C. et la 8e 1/2 Brigade progresseront par les Pentes Ouest Mont de CAUBERT et le ravin au N.O. et N. du Bois de VILLERS .
L'attaque sera appuyée par l'Artillerie et l'aviation de bombardement. A gauche les éléments de la 5e D.L.C. doivent attaquer vers 15 heures en direction de CAHOR et SAIGNEVILLE.
Le P.C. de la division est transporté à 17 heures aux Croisettes sur la route d'ABBEVILLE à ROUEN
Au début de l'opération le 10e Cuirassiers avance jusqu'à CROIX QUI CORNE, le 4e B.C.P. jusqu'à MESNIL TROIS FOETUS, le 22e B.C.C. occupe le bois de VILLERS et VILLERS SUR MAREUIL. L'aviation bombarde le Mont de CAUBERT et les ponts de la SOMME. L'aviation allemande est absente, mais la D.C.A. est très active. Mais des canons antichars installés sur le mont de CAUBERT, LE TOQUET, la route de MIANNAY à CAMBRON stoppe l'avance des chars qui éprouvent de lourdes pertes et des barrages violents de 105 arrêtent également l'infanterie. Vers 20 heures, les allemands contre attaquent à l'Ouest du Mont de Caubert. La gauche reflue sur ses positions de départ à BIENFAY et MOYENNEVILLE. A l'Ouest SAIGNEVILLE. Dans la nuit, tirs réciproques d'artillerie de harcèlement. Des pertes lourdes sont infligées à l'ennemi au Mont de CAUBERT et au ravin Sud de CAUBERT.
Au début de l'attaque, le Chef d'Escadron ANTECH, Commandant le 2e Bataillon du 7e R.D.P. est tué par un obus, deux Officiers sont blessés près de lui.

Journée du 31 Mai 1940
La division tient avec ses éléments de combat à pied la ligne suivante :
10e Cuirassiers : MOYENNEVILLE
4e B.C.P. : BlENFAY
22e R.I.C. : Partie Sud du Bois de VILLERS - VILLERS SUR MAREUIL
1er Bataillon du 7e R.D.P. ; Carrefour Sud de MAREUIL CAUBERT - BRAY LES MAREUIL - BOIS SUD D'ERONDELLE .
Un Bataillon de l'armée anglaise arrivé à 4 et 6h30 renforcer la gauche.
- 2 Compagnies à MOYENNEVILLE,
- 2 Compagnies à BIENFAY.
Un bataillon anglais tient BEHEN, un autre LIMEUX et le bois du MONT BLANC - depuis la nuit du 29 au 30 Mai.
En réserve le 2e Bataillon du 7e R.D.P. se trouve à VAUX MARQUENNEVILLE
L'Artillerie est tout entière en position, dans la région Nord de HUPPY et de LIMEUX.
Derrière la ligne de combat sont regroupés
- la 6e 1/2 Brigade à DOUDELAINVILLE
- la 8e 1/2 Brigade à FRUCOURT
- le 3e Cuirassiers à GREBAULT MESNIL
Le P.C. de la Division est transféré dans la journée de HUPPY à MERELESSART.
Aucune réaction de l'ennemi depuis le jour, sinon quelques tirs d'artillerie, dont un sur le Château de HUPPY P.C. de la Division.
Dans l'après midi et la soirée, forte activité de l'aviation ennemie.

Journée du 1er JUIN 1940
La 5Ie Division Anglaise relève, dans le secteur d'ABBEVILLE, la 4e D.C.R. qui se regroupe dans la région de MARSEILLE en BEAUVAISIS, le P.C. de la Division est installé au Château de FONTAINE LAVAGANNE.
Le 1er Bataillon du 7e R.D.P. reste en position dans la région de MAREUIL CAUBERT - BRAY LES MAREUIL, ERONDELLE, à la disposition de la 51e Division Anglaise, jusque dans la nuit du 2 au 3 Juin.

Nota : sur les pertes en chars de la IVème DCR.

Cette question a fait polémique : il semblerait qu'Henri de Wailly (De Gaulle sous le casque) se soit arrêté au décompte donné ci-dessus, le soir du 31 mai. Soit 2 B1 bis, 12 R.35, 10 Somua et 10 H.39. Total : 34 chars seulement. Mais il s'agit des chars disponibles qui n'incluent pas les chars en panne ou en réparation.

Ainsi, pour les B1 bis, de Gaulle demande ultérieurement 10 B pour parvenir à l'effectif complet d'un bataillon. Yves Buffetaut en a déduit que la division avait récupéré 18 B1 bis sur le champ de bataille. En effet, des chars en panne (moteurs grillés, engins déchenillés) ont été remorqués jusqu'au 3 juin. Il a demandé encore 35 R.35 pour reconstituer le 44ème BCC. Il n'en avait donc plus que 10 à la date du 1er juin.

6ème Demi-Brigade : il semble que les 46ème et 47ème BCC aient été refondu en un bataillon de marche
soit 20 B1 Bis.

8ème demi-brigade : 44ème BCC; même chose. 10 R.35

3ème Cuirassiers : 10 somua et 10 H.39

10ème Cuirassiers : 10 AMD Panhard 178

Chars détruits ou irrécupérables :

12 B1 bis
55 R.35
10 Somua
10 H.39
4 AMD

Soit : 91 blindés sur les 151 engagés.

Selon ce décompte, la IVème DCR n'aurait plus compté que 60 blindés, avant un recomplètement éventuel.

Mais un tableau de situation au 5 juin, donne les effectifs suivants :

Chars de la 4e D.C.R.


Unités...... Dotation Normale..... Disponibles le 5 Juin
( Chars B 1 bis)
46e B.C.C. ......... 33 ...........................3
47e B.C.C. .........33 ............................5
Total chars B .......66 ...........................8

(Chars R 35)
2e B.C.C. .........45 ............................3
24e B.C.C. .........45 ...........................3
44e B.C.C. .........45 ..........................22
Total chars R 35 .135 ..........................28

*************************************************************
(Chars D 2)
19e B.C.C. ........45 ...........................14

(Hors décompte : détaché pour attaquer la poche d'Amiens; ne participe pas à la bataille d'Abbevile)
***************************************************************

SOMUA S 35
3e Cuirassiers .....40 ........................... 2

H.39
3e Cuir .............40 ...........................11

A.M.D. P 178
10e Cuirassiers ...40 ...........................10
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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Re: La bataille d'Abbeville : 28 / 30 mai 1940

Message par BRH » Vendredi 27 Novembre 2009 13:48:23

Evidemment, on peut toujours reprocher à de Gaulle de n'avoir pas eu la même audace qu'un Leclerc ! Le soir du 28, il aurait pu lancer une vingtaine de R.35 par la route de Rouen à Abbeville. Mais n'était-elle pas minée ? N'y avait-il pas des obstacles obligeant à des détours ? Avec des chars équipés de radio, la chose était possible. Les R.35 n'en avaient pas. Pour cette mission, il aurait fallu préférer les Somua qui avaient des radios. Mais pouvaient-ils communiquer avec le PC de la division ? Je ne le crois pas. De plus, ils étaient positionnés à droite du dispositif, ce qui impliquait de les rappeler...

Il aurait fallu les prépositionner en réserve derrière les B1 afin d'exploiter la brêche et les faire suivre par les chasseurs du 4ème BCP. Mais voit-on surgir ceux-ci dans la nuit, dans des autobus ? En quatre ans, la tactique et les moyens avaient bien évolué. Ils n'étaient pas applicables en mai 40 par les Français.

Par contre, il reste des questions, comme l'apparente inertie de l'artillerie française de 14 heures à 17 heures, le 29 mai, moment où les Allemands étaient encore ébranlés.

Je ne crois pas qu'un général français aurait pu mieux faire que de Gaulle. Toutefois, son insistance le 30 mai était certainement inutile. Mais elle a contrecarré les contre-offensives allemandes.

Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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