Jean-Baptiste Langlet, un radical modéré à Reims

Période de la Colonisation florissante et de la Belle-Epoque.

Jean-Baptiste Langlet, un radical modéré à Reims

Message par BRH » Vendredi 22 Septembre 2023 15:54:37

Jean-Baptiste Langlet (maire de Reims de 1908 à 1919) était le grand-oncle maternel de mon grand-père maternel (Paul Henry) et le père adoptif de sa mère (Juliette Bocquet).

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)
Né le 7 septembre 1841 à Reims (Marne), mort le 8 mars 1927 à Reims.

Député de la Marne de 1889 à 1893.

Interne des hôpitaux de Paris, Jean-Baptiste Langlet passe aux avant-postes tout le temps du siège de Paris en 1870, ayant, à sa demande, été attaché à un bataillon de mobiles en qualité d'aide-major. Revenu dans sa ville natale, il y devient médecin de l'hôpital, professeur suppléant à l'Ecole de médecine, président de la Ligue de l'enseignement, délégué cantonal et secrétaire du conseil d'hygiène de l'arrondissement, archiviste de la Société médicale de Reims, inspecteur de la pharmacie, médecin du bureau de bienfaisance. Il fonde en 1877 l'union scientifique et médicale du Nord-Est et organise le bureau d'hygiène de la ville de Reims créé par la municipalité en 1882 et dont les publications serviront de point de départ aux améliorations destinées à combattre les épidémies, l'insalubrité des quartiers. Elu conseiller municipal de Reims en 1888, il prend une grande part à l'organisation des comités républicains cantonaux. Il se présente aux élections législatives en 1889, dans la 1re circonscription de Reims, comme républicain radical. Au premier tour, il n'arrive qu'en seconde position, avec 5.888 voix contre 8.523 pour Abeille, le candidat boulangiste. Mais au second tour, le 6 octobre, il totalise 11.037 voix contre 9.230 à son adversaire et est proclamé élu.

A la Chambre des députés, comme l'y pousse sa formation et ses activités antérieures, il s'intéresse essentiellement à l'hygiène et à la santé publique. Il fait notamment partie de la commission chargée d'examiner le projet et les propositions de loi relatifs aux problèmes qu'ils posent et en devient même rapporteur (1893). Il prend également part à la discussion du projet et des propositions de loi sur l'exercice de la médecine. Mais il ne se limite pas à ce sujet puisqu'il intervient à la tribune à propos du projet de loi relatif au travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels (1891) et, lors de l'examen du projet de loi de finances pour 1893, à propos de la révision du cadastre. Jean-Baptiste Langlet se représente aux élections de 1893 mais il est devancé au premier tour par deux candidats : Labori, et Mirman qui sera élu au second tour.

Il se consacre désormais à sa ville. Il recevra le 27 février 1915 le prix Audiffred, de l'Académie des sciences morales et politiques, pour le calme dont il fit preuve à son poste de maire ; en novembre 1914, la Légion d'honneur lui avait été remise par le président du Conseil à Reims même, où il mourut le 8 mars 1927, âgé de 85 ans.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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Re: Jean-Baptiste Langlet, un radical modéré à Reims

Message par BRH » Vendredi 22 Septembre 2023 16:03:47

Il est intéressant de lire la notice concernant Léon Mirman, qui lui succéda à la chambre des députés :

https://www.reims.fr/fileadmin/reims/ME ... lRoyer.pdf

L'étonnant parcours du député Léon Mirman
Par Michel Royer, Docteur en Histoire contemporaine.
Bibliothèque municipale de Reims (BMR), Portraits champenois.
1
Léon Mirman naît le 28 janvier 1865 à Paris où son père dirige une institution secondaire privée1. Reçu au concours de l’École Normale Supérieure puis à celui de l'Agrégation de mathématiques, il est d'abord nommé en 1888 professeur au lycée de garçons de Chartres puis, un peu plus tard, à celui de Reims où il assure le cours de préparation à l' École militaire de Saint-Cyr.
C'est à Reims qu'il s'engage en politique en écrivant, sous le pseudonyme de Jacques Français, dans Le Franc-Parleur, journal qui représente le courant le plus à gauche du radicalisme rémois.
Si, avant 1901, il n'existe pas de partis organisés on peut tout de même définir de grandes tendances politiques.
A l'extrême-droite, les royalistes pèsent de moins en moins, surtout après qu'au début de 1892 le pape Léon XIII ait conseillé aux catholiques de se rallier à la Troisième République. Ces catholiques ralliés forment une droite conservatrice et cléricale dont les idées sont représentées à Reims par Le Courrier de la Champagne. Elle se rapproche de plus en plus des républicains modérés (dits opportunistes), représentés, eux, par L’Indépendant Rémois. Tous se retrouvent pour défendre le libéralisme économique et le conservatisme social.
La gauche est représentée par les radicaux et les socialistes. A Reims cohabitent un courant radical modéré autour du quotidien L’Éclaireur de l'Est, et un courant radical plus avancé, appelé radical-socialiste, dont le journal est Le Franc Parleur. Quant aux socialistes, ils sont encore peu nombreux et divisés entre réformistes et collectivistes (ou révolutionnaires).
Léon Mirman, député de Reims (1893)
La division du radicalisme rémois se manifeste avec éclat aux élections
1 Son père est né à Espalion, dans l'Aveyron. Quant à sa mère, elle est native de Marle, dans l'Aisne. 2

législatives de 1893 dans la première circonscription de Reims. Le député sortant, le docteur Jean-Baptiste Langlet, grande figure des radicaux modérés, soutenu par L'Eclaireur de l'Est, se représente. Mais la tendance radicale-socialiste décide de lui opposer son propre candidat en la personne de Léon Mirman. Face à eux, les républicains modérés et les conservateurs soutiennent la candidature de l'avocat Fernand Labori2.
Le soir du premier tour, le 20 août 1893, c'est Fernand Labori qui arrive en tête avec 6 884 voix. Léon Mirman le suit avec 5 620 voix. Quant au député sortant, Jean-Baptiste Langlet, il n'est que troisième avec 4 498 voix. S’il se désiste rapidement en faveur de Léon Mirman, le docteur Langlet n'est pas suivi par son propre comité de soutien qui estime « qu'il est impossible de faire sur le nom de M. Mirman l'union des forces radicales ». Les radicaux modérés reprochent à Léon Mirman d'avoir des idées trop avancées, « d'exciter à la haine des classes » et, surtout, d'avoir, avant le premier tour, mené des polémiques « violentes et déloyales » contre le docteur Langlet. Ils laissent donc les électeurs radicaux libres de leur choix 3 .
Cependant, au second tour, le 3 septembre 1893, une majorité des électeurs du docteur Langlet se reporte sur Léon Mirman qui l'emporte, avec une faible avance, sur Fernand Labori par 8 819 voix contre 8 189
4.
2 Né à Reims en 1860, il est un des plus célèbres avocats de l'époque.
3 Déclaration du comité radical du 26 août 1893, publiée dans L’Éclaireur de l’Est.
4 Il a aussi probablement bénéficié du petit nombre de voix, 377, qui s'étaient portées sur le candidat socialiste collectiviste Louvois.
3

la lutte Mirman-Labori (1893)
Cette caricature de Tristan de Pyègne a été réalisée entre les deux tours : à l'orchestre, les journalistes Louis Parassols ( Le Franc-Parleur), Georges Bugg (Le Courrier de la Champagne), Alexandre Israël (L'Éclaireur de l'Est), Charles Foulon (Le Franc-Parleur), Louis Périé (L'Indépendant Rémois). Dans l'arène : le docteur Octave Doyen (maire de Reims de 1881 à 1884), Léon Mirman, Fernand Labori, Léon Vernouillet
(républicain, libre-penseur). BMR.
4

Le « député soldat »
Devenu, à 27 ans, l'un des plus jeunes membres de la Chambre des Députés, Léon Mirman défraie rapidement la chronique à cause de la particularité de sa situation militaire. En effet il a été exempté de service, mais à condition d'accomplir un engagement de dix ans comme professeur. Or, à la date de son élection, il n'en a accompli que neuf. Certains députés contestent la validité de son élection qui, finalement, est reconnue par l'Assemblée le 9 décembre 1893 par 326 voix contre 133 5. Mais Léon Mirman n'en a pas fini avec l'autorité militaire qui lui fait savoir, en octobre 1894, qu'il doit accomplir tout de même ses obligations militaires. Il est incorporé le 1er novembre 1894 au 2ème régiment de chasseurs à pied de Vincennes6 tout en conservant son mandat de député. Grâce à la possibilité de voter pour les absents, son vote est pris en compte au Palais-Bourbon pendant que lui- même se trouve à la caserne !
Si Léon Mirman prend un malin plaisir à se faire photographier, portant son écharpe de député sur son uniforme, et vient même un jour siéger à la Chambre en tenue, des incidents ne tardent pas à survenir. En décembre 1894 le général Mercier, ministre de la guerre, lui fait infliger 15 jours de prison pour manifestation politique interdite aux militaires car il refuse de désavouer sa signature qui a été mise, à son insu, sur une affiche en faveur de Gérault-Richard, candidat socialiste à une élection partielle à Paris. De même, une permission lui est refusée pour qu'il puisse participer à Versailles au Congrès qui élit Félix Faure Président de la République.
5 C'est au cours de ce débat que l'anarchiste Auguste Vaillant lance sa bombe au sein de l'Assemblée, faisant plusieurs blessés. Arrêté, il sera défendu par Fernand Labori, commis d'office. Malgré la plaidoirie de l'ancien adversaire de Léon Mirman, Auguste Vaillant sera condamné à mort et guillotiné.
6 Son capitaine est le futur maréchal Pétain.
5

Le général Mercier est ministre de la guerre, Charles Dupuy, un républicain modéré, est Président du Conseil (BMR, Portraits champenois).
C'est dans ce contexte que, le 30 juin 1895, Léon Mirman affronte en duel le ministre de l'agriculture Antoine Gadaud. L'affaire 7 commence lors d'une une visite du ministre à Reims, le 22 juin, avec la protestation de deux conseillers généraux, Charles Arnould et Eugène Wiet qui estiment que la situation faite à Léon Mirman est une violation du suffrage universel. Or le ministre, dans sa réponse, semble mettre en doute le patriotisme du député de Reims :
«Permettez-moi de vous dire, Messieurs, que dans mon temps le parti
7 Voir son compte-rendu dans Le Temps du 1er juillet 1895. 6

républicain regardait comme un honneur de servir la patrie comme soldat. Je regrette de voir à la fin de ma carrière qu'un républicain n'ait plus le désir de servir comme soldat de son pays ».
Cela lui vaut une réponse indignée de Léon Mirman qui l'accuse «de compromettre ce si noble et si respectable sentiment de patriotisme en vous efforçant d'en couvrir l’écœurante comédie politique qui, depuis un an, se joue à mon égard ». Il demande au ministre de choisir « entre se rappeler que, comme lui, il est membre du Parlement ou de transmettre au ministre de la guerre cette lettre d'un soldat qui ira, de la sorte, rêver une seconde fois dans la prison militaire au jour prochain peut-être où se fermeront sur les chéquards politiques, vos amis, les portes des prisons civiles ».
Cette allusion évidente au scandale de Panama qui est encore dans tous les esprits8 est considérée comme injurieuse par le ministre Gadaud, qui demande à Léon Mirman une rétractation ou une réparation par les armes. L'élu de Reims refusant toute rétractation, la rencontre a lieu le 30 juin 1895 près du polygone de Vincennes. L'arme choisie est l'épée de combat mais le corps à corps est interdit et il est prévu que le combat cesse dès que l'un des adversaires aura reçu une blessure, même légère9. Les témoins du ministre sont le sénateur de Dordogne, Alcide Dusolier, et un député de ce même département, Ferdinand de la Batut. Ceux de Léon Mirman sont le futur Président de la République Alexandre Millerand, alors député de Paris, et Pierre Richard, lui aussi député de la Seine. Au premier engagement, Léon Mirman est blessé au bras ce qui provoque l'arrêt du combat.
8 Le procès de ce scandale politico-financier est tout récent et l'émotion n'est pas encore retombée.
9 En fait, le code pénal n'a jamais traité des duels, ce qui fait que leur pratique est tacitement acceptée. Mais des règles strictes existent tant et si bien qu'il n'y pratiquement jamais de blessures graves. Il existe d'ailleurs une mode du duel chez les politiques à la fin du XIXe siècle.
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Cette caricature, parue le 7 juillet 1895 dans le journal satirique Le Pilori, s'inspire de la scène du duel de l'acte III de Faust. Au centre, Alexandre Ribot, le Président du Conseil, est représenté en Méphistophélès. Il tient à la main la « démission » du ministre Gadaud qui s'était retiré pour 24 heures du gouvernement. A gauche, le ministre est représenté en Faust qui affronte en duel Léon Mirman représenté en Valentin. Ce dernier porte sa tenue de chasseur à pied, ce qui d'ailleurs est conforme à la réalité. Il est à noter que, pour être en règle avec l'armée il avait demandé et obtenu une permission de 24 heures (Bibliothèque Nationale de France).
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Durant ce même mandat, Léon Mirman, se battra d’ailleurs une seconde fois en duel, cette fois contre le député de Constantine Gaston Thomson qui, lui, s'était senti offensé par un article que Léon Mirman avait écrit dans La France du Sud-Ouest10. Le « député-soldat », finalement, se trouve libéré de ses obligations militaires le 9 octobre 189511
Le recentrage politique de Léon Mirman
Élu en 1893 comme radical-socialiste, Léon Mirman s'inscrit dans un groupe plus à gauche, celui des socialistes indépendants, dont les principales personnalités sont alors Alexandre Millerand, Jean Jaurès ou René Viviani12. Mais, progressivement il va se recentrer politiquement. En mai 1898, il est facilement réélu député 13, dès le premier tour, avec 9.116 voix sur 15.828 votants. Or même s'il affiche l'étiquette de socialiste indépendant, il est devenu clairement le candidat de l'ensemble des radicaux rémois14. Les idées d'extrême gauche sont cette fois représentées par l'ancien rédacteur- en-chef du Franc-Parleur, Charles Foulon, qui a rompu avec Léon Mirman et qui obtient 1 403 voi15. En avril 1902, il est de nouveau largement réélu, toujours au premier tour par, 12 250 voix sur 17 388 votants, signe que son assise locale s'est encore élargie :
10 Le duel a lieu le 7 juin 1897 près de Paris et là encore Léon Mirman est légèrement atteint à l'avant bras ce qui arrête le combat.
11 Sa curieuse situation a amené les députés à modifier les obligations militaires des députés le 20 juillet 1895 précisant que désormais, en temps de paix, les députés ne pourraient faire aucun service militaire durant leur mandat, sauf de leur propre initiative.
12 Les socialistes indépendants occupent une position intermédiaire entre les socialistes et les radicaux. Ils sont réformistes et non collectivistes. Leur position charnière explique des évolutions différentes parmi eux : Millerand deviendra de plus en plus modéré alors que Jaurès évoluera vers le socialisme en créant la SFIO en 1905.
13 Mais cette fois de la deuxième circonscription car à cause de l'augmentation de la population de Reims il y a désormais trois circonscriptions.
14 L'Eclaireur de l'Est, probablement par rancune, soutient la candidature isolée de Henri Hamaide qui n'obtient que 325 voix.
15 Né le 17 avril 1862 à Villeret, dans l'Aisne, Charles Foulon a été journaliste à L’éclaireur de l'Est puis au Franc-Parleur. Il sera de 1919 à 1939, année de son décès, maire socialiste de Cormontreuil près de Reims.
9

« Le succès de M. Mirman ne signifie pas grand chose au point de vue politique. Le député de la deuxième circonscription la doit beaucoup moins à ses idées, à son programme de réformes sociales, qu'aux services qu'il a rendus, à ses discours pour la défense des intérêts de Reims, à l'habileté qu'il met à se ménager des sympathies dans tous les partis » 16.
Ce recentrage de Léon Mirman s'explique en partie par le contexte rémois où radicaux modérés et socialistes indépendants se sont alliés en 1900 pour conquérir la mairie, sous la conduite de Charles-Arnould. Mais sa personnalité est aussi déterminante dans cette évolution. S'il a, au départ, des idées socialisantes, Léon Mirman est un réformiste et pas du tout un collectiviste 17. Il est aussi farouchement patriote, jusqu'à se trouver parfois en porte-à-faux avec les collègues de son groupe, comme en 1894 où il vote les crédits destinés à assurer la représentation française aux funérailles du tsar Alexandre III, vote qu'il justifie par son soutien à l'alliance franco-russe. Il existe aussi chez lui une xénophobie et un antisémitisme avoués. Dans ses articles du Franc-Parleur, puis de La Voix du Peuple qui lui succède en 1898, il fustige la concurrence que font les travailleurs immigrés aux travailleurs françai18. Il dénonce aussi « la haute banque en général et l'insatiable cupidité de quelques juifs en particuliers » 19, mettant en garde le peuple « de ne pas tomber de Charybde – la prêtraille- en Scylla – la juivaille » 20. Il n'est donc pas surprenant de constater qu'il se révèle antidreyfusard, position qui au tout début de l'Affaire Dreyfus se retrouve d’ailleurs chez d'autres nettement marqués à gauche. Par contre, ce qui est plus singulier chez Léon Mirman c’est que lui va le rester 21 comme le montre, entre autres, l’appréciation
16 L’Indépendant Rémois du 29 avril 1902.
17 Il refuse en 1905 d'adhérer à la SFIO de Jean Jaurès.
18 Il faut rappeler que l'on est dans une période de difficultés économiques profondes et que d'autres ont, à gauche, la même position.
19 Programme électoral de 1893.
20 Le Franc-Parleur du 5 mars 1893.
21 À la différence de Jaurès par exemple qui devient définitivement dreyfusard en 1898. Il est à noter que Fernand Labori, son adversaire de droite modérée en 1893, sera un des défenseurs de Dreyfus lors du
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qu’il porte sur Joseph Reinach, un des premiers soutiens de Dreyfus et cible constante des antisémites, en le considérant comme « l'homme qui a été le plus néfaste à notre pays » 22. Lorsque, en 1899, Pierre Waldeck-Rousseau présente son ministère de Défense républicaine Léon Mirman est un des très rares députés de gauche à s'abstenir et il faut que ses amis fassent pression sur lui pour qu'il finisse par le soutenir. De même, sous le ministère Combes, il se sépare plusieurs fois du Bloc des gauches lors des votes sur les lois laïques.
Le haut-fonctionnaire
En 1905, on lui propose le poste de Directeur de l'assistance et de l'hygiène au ministère de l'intérieur23 qui est devenu vacant par la mise à la retraite de son titulaire, Henri Monod. Léon Mirman accepte et il est nommé officiellement à ce poste le 10 octobre 1905. Comme ses nouvelles fonctions sont incompatibles avec son mandat de député, il démissionne de la Chambre le 17 octobre 1905 ce qui entraîne à Reims une élection partielle qui a lieu le 17 décembre 1905 24.
Deux raisons expliquent la décision de Léon Mirman. Tout d'abord, à la Chambre, il s'est constamment préoccupé de questions sociales. Pendant ses trois mandats, il participe activement à l'élaboration des lois destinées à améliorer la vie des travailleurs, en particulier des vieux ouvriers. Il contribue ainsi largement au vote de la loi du 14 juillet 1905 sur l'assistance aux vieillards et aux invalides 25. Mais joue aussi dans sa décision sa désillusion croissante face au jeu politique. Déjà, à la veille des élections
procès de Rennes en 1898 et sera même victime d'un attentat à cette occasion.
22 Intervention de Léon Mirman à la Chambre le 26 juin 1899.
23 Cette direction peut être considérée comme l'ancêtre du ministère de la Santé qui sera mis en place en 1920.
24 Elle est remportée par le socialiste indépendant Camille Lenoir qui restera député sans interruption jusqu'en 1928.
25 Elle fixe le cadre légal de leur prise en charge jusqu'à la création de l'aide sociale au début des années 1950.
11

législatives de 1898, il songe à ne pas se représenter et à se retirer de la vie politique et il faut l'insistance de ses amis politiques pour qu'il renonce à ce projet 26. En 1903, au cours d'une réunion publique tenue au cercle républicain du 4e canton, il évoque son intention de se démettre de son mandat. Il faut dire qu'en tant que député il ressent une impuissance croissante :
« Voici fort longtemps déjà que je suis à la Chambre tout dépaysé, incapable de porter un suffisant intérêt aux questions qui surexcitent le plus l'opinion, n'ayant de goût que pour celles qui ne soulèvent point les polémiques de presse et les passions politiques, trop indifférent aux multiples problèmes on incidents qui divisent les partis, passionné seulement par les questions de pratiques de solidarité sociale qui ne sont point celles autour desquelles se livrent aujourd'hui les questions intellectuelles ».
et il en tire la conséquence :
« se retirer des luttes politiques et, en dehors du Parlement, sur un autre terrain plus abrité, continuer à coopérer de toutes ses forces à l’œuvre sociale de la République » 27.
Lorsque éclate le premier conflit mondial Léon Mirman n'est pas mobilisé car il a été blessé à la jambe le 17 janvier 1911, lors d’une séance à la Chambre des députés, par un déséquilibré nommé Gisolme qui, voulant atteindre le ministre de l'Intérieur Aristide Briand, a touché Léon Mirman qui siégeait aux côtés du ministre comme commissaire du gouvernement. Mais son patriotisme le pousse à demander d'être affecté au premier poste
26 Comme le rapporte la presse rémoise à l'époque.
27 Lettre adressée aux électeurs de la deuxième circonscription de Reims le 16 octobre 1905 publiée dans L’Indépendant Rémois du 17 octobre 1905.
12

de préfet qui se trouvera vacant en zone des armées. Ce sera Nancy où il arrive le 10 août 1914.
Le préfet Mirman à son bureau de la préfecture de Nancy (coll. particulière).
N'hésitant pas à faire venir sa famille à Nancy malgré les risques et montrant une détermination sans faille, le préfet Mirman contribue largement à rassurer les Nancéiens, ce qui lui vaut une citation à l'ordre de l'armée et la Croix de guerre. Le 15 novembre 1918, il est nommé Haut commissaire de la République à Metz et il entre le 19 novembre dans la ville libérée au côté du général Mangin28. Mais il rencontre des difficultés dans cette tâche 29 ce qui l’amène à demander par deux fois, en octobre 1919 et
28 Cette nomination doit beaucoup à sa proximité avec Jules Jeanneney, un autre radical proche de Clemenceau , qui est Sous-Secrétaire d’État en charge des questions d'Alsace-Lorraine.
29 En outre il maîtrise mal l'allemand, ce qui est un handicap pour cette fonction.
13

en juin 1920, sa mise en disponibilité qu'il finit par obtenir. En décembre 1920, il est nommé conseiller-maître à la Cour des Comptes.
L'adhésion tardive à l'Action française
Dans les années 1930, Léon Mirman se rapproche de l'Action française à laquelle il adhère officiellement en avril 1933. Si le mouvement royaliste exploite largement le ralliement à sa cause de l'ancien député radical et haut fonctionnaire de la IIIe République, encore en activité pour quelques mois 30, par contre, bien évidemment cette adhésion publique scandalise ses anciens amis politiques.
Comment expliquer le ralliement au principe monarchique de ce vieux républicain ? En fait, il semble que Léon Mirman, vieillissant, ait poussé à l'extrême des tendances préexistantes chez lui. La Guerre de 1914-1918 a manifestement transformé son patriotisme en un nationalisme intransigeant. Il s'indigne ainsi du pacifisme ambiant de l'après-guerre, en particulier « le scandale de milliers d'instituteurs s'acharnant à dénationaliser la jeunesse de France» 31. Surtout, la désillusion qu'il commençait à manifester face au système parlementaire dans les années 1900 s'est transformée en une condamnation sans appel du régime républicain. Pour lui, la IIIe République est devenue incapable de répondre aux problèmes de la France du début des années 1930 32 :
« Puisque la République démocratique et parlementaire est organiquement impuissante à se réformer, il faudra donc qu'elle se démette et comme je n'ai de goût pour aucune dictature33, il faut bien que je reconnaisse dans la
30 Il prend sa retraite de la Cour des Comptes en mai 1934.
31 Lettre de Mirman à Charles Maurras, publiée par le quotidien L'Action Française du 8 avril 1933.
32 Il faut rappeler le contexte de ces années grises : crise économique venue des États-Unis, montée du chômage et des difficultés sociales, affaires politico-financières qui discréditent les politiques, menaces que font planer les régimes totalitaires.
33 Il pense probablement au régime fasciste italien ou au communisme stalinien, voire à Hitler qui vient
14

monarchie héréditaire la seule possibilité de salut ».
Enfin, son antisémitisme et son antidreyfusisme anciens ont probablement rendu plus facile ce ralliement 34. Cela dit, il ne joue pas un rôle majeur dans le mouvement d’extrême-droite 35 qui l'exhibe plutôt comme une prise de guerre. Léon Mirman décède le 11 novembre 1941 à Paris.
Le parcours de Léon Mirman, des marges du socialisme à l'extrême-droite, peut sembler marginal, voire anecdotique. C’est partiellement vrai, d’autant qu’en adhérant à l'Action française à un moment où celle-ci est en déclin 36 et en mettant son espoir dans un roi, il apparaît assez décalé. Pourtant, il ne faut pas oublier que d'autres, comme Marcel Déat ou Jacques Doriot, ont suivi aussi cet itinéraire allant de l’extrême-gauche à l’extrême-gauche, d’une manière beaucoup plus exacerbée cependant puisqu’ils basculeront dans le fascisme et le collaborationnisme.
Février 2021.
d'être nommé chancelier.
34 Dans les années 1930 il suit les conférences à tonalité antimaçonnique et antijuive organisées par la Revue internationale des sociétés secrètes.
35 Certains moquent sa propension à présider surtout les banquets.
36 La condamnation qu'a portée contre elle en 1926 le pape Pie XI l'a affaiblie.
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Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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