Les bannis s'expriment

Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 09 Novembre 2012 10:53:44

Daniel Laurent a écrit :
Sujet du message: Re: Hitler a t-il voulu passer dans la postérité ?
MessagePosté: 09 Nov 2012 10:35

Alain.g a écrit:
De plus on sait qu'à la fin, Hitler souhaitait plutot la destruction totale de l'Allemagne que sa renaissance


Hitler a dit qu'il souhaitait cette destruction. Le pensait-il ? Rien n'est moins sur.
Quand le Führer dit ou écrit quelque chose, il faut immédiatement se demander si c'est sincère ou si c'est une manipulation hitlérienne destinée a convaincre certains de je ne sais quoi.
Cette question de la "destruction totale" risque de nous amener a un hors-sujet au sujet de Speer qui, se posant en sauveur parce qu’il avait beaucoup a se faire pardonner, a beaucoup mentit et a essayé de renforcer cette légende.


Bien vu également.
La légende d'un Speer victorieusement dressé contre une politique de "terre brûlée" est une des plus propres à pérenniser une image du nazisme radicalement fausse. Hélas, Kershaw vient encore de lui donner un coup de jeune.

Quelques références à mon travail : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=67
www.39-45.org/viewtopic.php?f=17&t=30819
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 09 Novembre 2012 13:34:06

Alain.g s'obstine !
Il veut absolument que Hitler ait souhaité que l'Allemagne meure avec lui. C'est ce qu'il appelle son "mysticisme". Daniel s'échine à lui démontrer que la terre brûlée, le désaveu final de Göring et de Himmler, etc., étaient des manoeuvres. Complètement affolé, mais toujours pugnace, Alain commence à parler de négationnisme, prétend que si Hitler avait effectivement un côté manoeuvrier c'est du côté criminel qu'il faut parler le plus, etc.

Le présent fil étant consacré aux dégâts causés par les bannissements d'historiens, qu'en est-il en l'occurrence ?
Malgré les méritoires efforts de Daniel, il serait bon que je vienne m'en expliquer moi-même : je n'oppose pas du tout les manoeuvres au mysticisme, bien au contraire.

Raguse, s'il te plaît, mets au moins un lien, sinon personne ne va plus rien comprendre et il y a même des distraits qui vont me croire négationniste. Ce qui poserait un sérieux problème.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Samedi 10 Novembre 2012 13:50:40

De temps à autre, un message bien réac aide à comprendre pourquoi quelqu'un qui n'est pas un foudre d'innovation a fait exclure sans état d'âme ce qui dérangeait sa digestion http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 22#p424622 :

Tonnerre
Sujet du message: Re: Hitler a t-il voulu passer dans la postérité ?
MessagePosté: 10 Nov 2012 11:59

(...)

Toute l'oeuvre de Le Bon mérite d'être encore lue, en fait.
Son "La Civilisation des Arabes", "La Psychologie du socialisme" et "La Révolution française" ont été réédités assez récemment et fournissent de nombreuses clés pour la compréhension de phénomènes contemporains.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Le_Bon
Citation:
Donc, selon vous, Hitler est un dictateur comme les autres ?



Non, c'est un dictateur idéologue; comme tel, il déborde la simple visée de pouvoir personnel car il veut le pouvoir pour mettre en oeuvre un projet de refonte totale du réel à vocation universaliste--c'est la principale différence avec disons, Salazar.
Est unique aussi le fait que l'élément axiomatique fondant cette idéologie--la notion de race-- est tiré de théories (pseudo) scientifiques récentes (Darwinisme, génétique), ce qui était aussi (à ma connaissance) entièrement nouveau pour un régime dictatorial.
Et enfin, la fameuse dimension totalitaire, (selon moi) pas si nouvelle que ça.

Il y en a d'autres et il y a différentes "variétés" de dictateurs, si l'on tient absolument à établir de tels classements .
Cela dit, sans suiveurs, pas de meneurs: la dynamique "psycho-énergétique" des dictatures ne peut guère s'écarter de ce schéma.
Hitler ressentait cela plus ou moins confusément; je cite de nouveau Rauschning, dont l'analyse de la personnalité hitlérienne, est souvent perspicace et éclairante:
Hitler... s'est laissé pousser par desforces extérieures, souvent même contre sa propre conviction. C'est la somme de ces forces qui l'a poussé en avant. (...) Il additionnait ces forces et en faisait le numérateur de la fraction dont il était le dénominateur. Sans doute, il conservait la tête mais en perdant sa liberté de décision.


C'est la vision d'un Hitler autant agi , voire plus, qu'agissant. Elle n'est pas à prendre absolument littéralement, mais elle renvoie, au moins métaphoriquement, à quelque chose de très réel.


NB : les deux livres de Rauschning sur le nazisme datent respectivement de 1938 et 1939; Le Bon de son côté a trépassé en 1931.
Merci de signaler à Tonnerre qu'on a changé de siècle, et que les historiens ont pris le relais des idéologues.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Samedi 10 Novembre 2012 16:26:29

et maintenant, un record de sottise dans la modération :

Tonnerre a écrit :
Sujet du message: Re: Hitler a t-il voulu passer dans la postérité ?
MessagePosté: 10 Nov 2012 14:34

On part un peu loin du sujet ici, qui plus est sur des thèmes déjà abordés extensivement sur d'autres fils.
Si vous voulez poster sur le sujet battu et rebattu de la folie d'Hitler, mieux vaut le faire sur des fils déjà existants et traitant de ce sujet.





On est en plein dans le sujet, au contraire.
Soit Hitler voulait passer à la postérité, et c'est plutôt le signe d'un banal arrivisme, donc d'un certain bon sens.

Soit il s'en moquait, ne vivait que pour l'Allemagne et sa "mission" de doubler son territoire vers l'est tout en la déjudaïsant, mission donnée par la Providence, et sa folie se manifestait une fois de plus. Sa personne importait peu, il faisait tout en douce pour léguer son domaine aux Etats-Unis en faisant le maximum pour que de faux traîtres comme Göring et Himmler y gardent une place ou à défaut, que le pays hiberne en gardant du nazisme une bonne image, propice à sa renaissance.

Mais il est clair que Tonnerre le Censeur manifeste ici sa peur panique de la réouverture d'une discussion sur la santé mentale adolfienne.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Jeudi 15 Novembre 2012 17:49:03

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... a&start=15

Un nouveau qui signe Krugman (et ne s'est pas encore présenté sur le fil ad hoc) ressemble comme un frère à Plavix et Puyol dans une discussion sur Göring (il répète sur un ton buté des thèses éculées sans aucun souci démonstratif) mais est plus fin et dialoguant dans une discussion sur la décision hitlérienne de déclarer la guerre aux Etats-Unis.

Tous les intervenants oublient pour l'instant une donnée : c'est Roosevelt qui montre le cap, et son intention d'attaquer l'Allemagne, en la tenant (dans son fameux discours du 8 décembre 1941) pour responsable de Pearl Harbor, une attaque dont elle aurait chargé le Japon, présenté comme son valet. Dès lors AH a intérêt à prendre les devants, ne serait-ce que pour se mettre bien avec Tokyo en espérant pousser un jour le Japon contre l'URSS.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Jeudi 15 Novembre 2012 18:12:11

Sur Göring, je verse au débat une page du livre (inégal et pas toujours honnête) de l'interprète Paul Schmidt Sur la scène internationale.

A propos de la visite de Halifax (alors ministre sans portefeuille de Chamberlain) en Allemagne en novembre 37, il prétend que Hitler s'était montré agressif sur les questions de l'Autriche, des Sudètes et de Dantzig. Au contraire Göring, quelques jours plus tard, aurait abordé les mêmes sujets d'un ton beaucoup plus conciliant, qui fut pour beaucoup dans la bonne impression rapportée par Halifax à Chamberlain au sujet de ce voyage. D'après Schmidt, comme Göring reprenait sur le fond les positions hitlériennes, cette mise au point résultait d'une entente entre les deux hommes. Il a donc l'air de considérer non pas qu'ils tiraient dans des sens différents, ni que Göring cachait des choses à son chef, mais plutôt qu'il mettait de l'huile dans les rapports.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 06:06:40

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 01#p425201

maintenant, un fil sur la guerre à l'est. Un consensus se fait sur la sous-estimation de l'ennemi slave, non seulement par Hitler mais par l'ensemble de sa Generalität. C'est, une fois de plus, négliger l'éclairage, particulièrement nécessaire en l'occurrence, de la folie hitlérienne.

Que les élites militaires allemandes aient nourri vis-à-vis de leurs homologues soviétiques un sentiment de supériorité, d'ailleurs fondé, est une chose, tout comme on pouvait, et peut encore, considérer les Juifs comme des grippe-sous, à l'instar des Ecossais, sans la moindre velléité d'envahir l'Ecosse ou de dynamiter une synagogue. Mais pour comprendre une invasion de la Russie

-sans en avoir fini avec l'Angleterre
-en dépit du précédent napoléonien
-en dépit de l'antipathie universelle des puissances pour le communisme, infiniment plus isolé que le tsarisme, qui faisait qu'il n'y avait vraiment pas urgence, du moins de ce côté,

l'ingrédient de la folie adolfienne est indispensable : elle seule rend compte d'une recherche d'alliance uniquement avec les cousins germains anglais contre des Russes beaucoup plus amicaux, mais du mauvais côté racial, le tableau étant dominé par une Providence qui avait élu Hitler pour vaincre sur ces bases, et était censée récompenser grassement les plus cruels.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 06:26:34

Je disais il y a six mois sur l'autre forum de Bruno, dans une discussion avec un chevau-léger de tendance raguséenne http://www.empereurperdu.com/forum/phpB ... 6&start=90 :

La principale, énorme erreur de CNE consiste à considérer séparément Hitler et Churchill comme deux bébés-bulles et à n'accorder à leurs inter-réactions qu'une attention intermittente, if any.

Mais il en commet une autre : considérer la situation planétaire de façon statique,

- comme si Hitler avait tout son temps d'une part;
- et comme si peu importait, d'autre part, qu'il ménage le plus longtemps possible les Etats-Unis -dont l'entrée en guerre serait immédiate et donc avancée de six mois si, au lieu d'attaquer vers l'est au milieu de 1941, Hitler brisait (je converge avec CNE dans l'idée qu'il en a la capacité) la domination britannique en Méditerranée, notamment par l'occupation de l'Egypte et de l'Irak.

Enfin, il en commet une troisième, en liaison plus étroite encore avec le délit d'opinion qui me fait regarder tout cela depuis le banc de touche. Il méprise entièrement la dimension psychopathologique de l'aventure nazie ou, pour le dire d'une façon qui sera peut-être plus immédiatement comprise, sa dimension idéologique.

Nous ne sommes pas, mais alors pas du tout, dans une tentative de revanche sur 1918 en essayant de jouer un peu plus habilement les mêmes atouts. Nous sommes dans quelque chose de radicalement autre. Un chef halluciné, sincèrement persuadé qu'il a pris la tête du combat suprême des Aryens contre les Juifs, place toute sa mise sur la convergence fondamentale des intérêts anglais et allemands, en liaison avec une Providence qui lui en a donné mission et s'est manifestée en donnant au régime nazi une série continue de succès jusqu'en mai 1940. Vu sous cet angle, le nazisme, devant l'obstacle churchillien aussi unique qu'inattendu, n'a rien d'autre à faire que d'exploiter au plus vite la situation de mendiant apeuré dans laquelle il a placé Staline, non sans avoir par tous les moyens secoué le prunier anglais dans les deux mois précédents pour en faire tomber Churchill, sans attenter aux racines de l'arbre, c'est-à-dire précisément en menaçant mais en n'occupant pas Gibraltar, Malte, Suez, Chypre et Bagdad.

(...)
Les considérations qui précèdent sont à compléter par une intuition qui m'a poussé dans le cerveau, sous la stimulation des débats sur Hess notamment dans le fil éponyme de Passion-Histoire, en août dernier http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... s&start=45 : il y a peut-être, et même probablement, eu (dirait Victor Hugo) "tempête sous un crâne" (celui de Hitler) le 20 juin 1941 (jour où il fallait soit confirmer, soit annuler l'ordre d'attaquer l'URSS). Le chef nazi devait en effet opter entre deux transgressions du programme de Mein Kampf et du "contrat avec la Providence" : soit faire la guerre sur deux fronts, soit prolonger son flirt apparent avec l'URSS en aboyant plus que jamais contre l'Angleterre (mais non en l'attaquant sur la route des Indes, c'est là que je diverge avec CNE503).
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 06:50:28

mais bien entendu, la folie qui pousse Hitler dans le chemin unique et étroit d'une anglophilie antisoviétique est attisée, et poussée vers des suites funestes pour lui, par l'obstacle surgi le 10 mai 40 au 10 Downing street. C'est parce que Churchill bloque les possibilités d'entente à l'ouest et les noie dans un futur imprécis que Hitler est obligé d'improviser une offensive, espérée écrasante, de l'autre côté. Et lorsque, fin 41, il a échoué à vaincre la Russie dans l'année, la folie occupe toute la place : fureur meurtrière, à la fois vengeresse et propitiatoire, contre les Juifs, obstination à repartir à l'assaut vers l'est en 1942 en espérant un miracle, intoxication des Occidentaux par les SS, Hohenlohe, Canaris etc. en leur faisant espérer sa propre chute...
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 06:57:42

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 86#p425186

sur Landru, nul doute que mes intégristes ont gardé en mémoire cette référence et vont en faire profiter Surahki : www.39-45.org/viewtopic.php?f=42&t=27701&p=340320 .
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 13:19:45

Francois Delpla a écrit :mais bien entendu, la folie qui pousse Hitler dans le chemin unique et étroit d'une anglophilie antisoviétique est attisée, et poussée vers des suites funestes pour lui, par l'obstacle surgi le 10 mai 40 au 10 Downing street. C'est parce que Churchill bloque les possibilités d'entente à l'ouest et les noie dans un futur imprécis que Hitler est obligé d'improviser une offensive, espérée écrasante, de l'autre côté.


Cette contribution ne marque aucun progrès sur les précédentes, dans la prise en compte du rôle de Churchill comme dans celle de la folie hitlérienne :

Jean R a écrit :
Sujet du message: Re: La bataille de Moscou pas prise au sérieux par Hitler ?
MessagePosté: 16 Nov 2012 11:42

cush a écrit:
mais faire ça aurait été à l'exact inverse de l'idéologie nazie, de la raison même pour laquelle ils avaient déclenché cette guerre...

De l'autre côté, Staline n'a pas craint de mettre au rancart l'idéologie pour en appeler à la défense de la Mère Patrie, pas du communisme, et se rabibocher avec l'orthodoxie et aussi l'impérialisme anglo-saxon. En définitive, a gagné celui qui a le mieux compris que, quand on mène une guerre totale, la gagner doit être la priorité absolue et au diable les principes idéologiques...



Cette uchronie, dans la ligne d'une citation de Guderian rappelée un peu avant ("nous avons perdu la guerre le jour où nous avons refusé de hisser le drapeau ukrainien sur la cathédrale de Kiev"), est bien acrobatique (à la mesure de toutes les autojustifications guderiannes). Il était plus difficile encore de changer de stratégie politique que militaire. Quid de l'éducation nazie anti-slave, justifiant la guerre par les droits de la race supérieure ? Quid de la mise au pas volontairement incomplète du corps militaire, qui restait à tout moment en mesure de renverser le Führer et n'aurait pas manqué de le faire s'il était devenu idéologiquement flottant ?

Bref, encore une assimilation malencontreuse du nazisme et du stalinisme : le second, en faisant table rase dès le départ, s'était donné beaucoup plus de marge pour lâcher un peu de lest aux vieilles élites.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 16 Novembre 2012 16:12:16

Sur Göring, Krugman borné et sûr de lui... bien à tort !
http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 36#p425236
Krugman a écrit :
Sujet du message: Re: Bon anniversaire, Monsieur Goering...
MessagePosté: 16 Nov 2012 14:45

Daniel Laurent a écrit:
Ça, c'est de l'esquive, Krugman.
Alain.g et moi-même vous demandons de préciser ou, quand, comment, etc, Goering aurait fait preuve de "prudence".
Vous l'avez affirmé a plusieurs reprises sans jamais nous dire d'ou vous tenez cela.
Dans ces conditions, difficile d'en parler...


Alors je vois bien que vous commencez à douter. Ni vous ni Alain n'avez précisé où, quand, comment, Goering aurait fait preuve d'enthousiasme et d'impétuosité.

Il existe des biographies de Goering. Certaines n'ont jamais été traduites en français, mais vous connaissez sans doute l'anglais ou l'allemand, voire même les deux.

Par ailleurs, vous n’avez pas indiqué précisément quels étaient les bénéfices attendus d’une telle manipulation. Vous vous contentez de dire qu'il s'agissait de faire en sorte que la Pologne et ses alliés soient le moins préparés possible. Vous ne croyez pas ce que vous dites. Pendant l'été 1939 la Pologne et ses alliés se sont préparé autant que cela était possible. Que pouvaient-ils faire de plus que ce qui a été fait ?


Mettez-lui au moins ceci en copie !
http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=17 ... 12#p411112

Krugman a écrit :Que pouvaient-ils faire de plus que ce qui a été fait ?


Voilà qui pourrait servir de bannière à tous les réacs de tous les forums historiques ! Ils réduisent l'histoire à une vision plate de ce qui fut, sans jamais scruter les potentialités ni se demander pourquoi l'une l'a emporté sur les autres.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Samedi 17 Novembre 2012 15:13:52

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 68#p425368

sur ce fil et d'autres, mon travail est abondamment mis en discussion.
Cela fait-il mesurer son erreur à Raguse ? Lui seul le sait.
Et que sera-ce quand quelque internaute ennemi de la censure aura mis un lien vers ici et que tout passionné de PH prendra l'habitude de faire le détour pour venir aux nouvelles ?

Et je ne vous dis pas le tableau quand la folie de Hitler deviendra une vérité consensuelle, permettant à tous de mesurer l'absurdité d'avoir banni le premier biographe qui l'affirmait clairement.

La présente discussion sur la prudence de Göring est également très intéressante. Cette thèse a pour pendant celle d'un Ribbentrop excité, poussant Hitler à la guerre (Krugman commence à en parler). Le tout découle d'une lecture sélective et au premier degré des documents.

Comme pour l'arrêt devant Dunkerque, le vol de Hess ou l'incendie du Reichstag, la longévité de la thèse classique tient au fait qu'elle peut se réclamer de documents qui l'exposent noir sur blanc, tandis que la vérité n'est accessible que par des travaux d'approche, faisant un large appel à la logique du comportement des acteurs et à la stratégie d'ensemble de Hitler... et à l'illogisme profond des thèses reposant sur les bribes de documents susnommées, à leur incohérence, à la sottise de leur vision implicite du nazisme comme un bateau ivre qui longtemps évite les récifs par miracle.

En l'occurrence, il semble que Ribbentrop soit sincère et manipulé, tandis que Göring joue consciemment au gentil pro-anglais, après en avoir convenu avec Hitler. Mais la thèse classique a aussi tendance à exagérer les positions de Ribbentrop et, là, sans document aucun. Rien n'étaye par exemple un article de base de ladite thèse, selon lequel Ribbentrop aurait laissé espérer à Hitler que l'Angleterre en déclarerait pas la guerre après l'agression contre la Pologne. S'il s'est trompé en quelque chose, c'est peut-être en croyant que Hitler n'oserait pas attaquer et choisirait lui-même au dernier moment la voie de la négociation.

C'est du moins l'état actuel de ma réflexion, que je soumets aux "passionnés" qui viendraient à croiser dans ces parages.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Dimanche 18 Novembre 2012 10:58:57

Sur les rapports Hitler-Göring, ma principale boussole est un télégramme que j'ai trouvé il y a une dizaine d'années dans les archives des décryptements remis à Churchill, et que j'ai aussitôt mis en ligne : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=55

Le 23 avril 1945, Göring, depuis sa résidence de Berchtesgaden, envoie trois télégrammes lourds de conséquences, deux à Hitler et un au ministre des Affaires étrangères, Ribbentrop. Il commence par dire au Führer, dans l’après-midi, qu’en l’absence de nouvelles de lui à 22h il prendra la direction du Reich, en application de la loi de succession du 29 juin 1941. Un peu plus tard, il écrit dans le même sens à Ribbentrop, lui disant de se tenir à ses ordres à partir de minuit, sauf avis contraire de lui ou de Hitler. Ce télégramme, dont une copie est parvenue dans le Bunker, permet à Bormann (d’après le témoignage de Speer) de persuader Hitler qu’il est trahi par Göring. Il lui demande alors de renoncer à toutes ses fonctions, moyennant quoi il lui laissera la vie sauve, et Göring s’exécute dans la demi-heure. Il est néanmoins arrêté par les SS et soumis pendant quelques jours à une captivité plutôt débonnaire. Dans mon livre, j’ai estimé vraisemblable une fausse brouille, pour donner les coudées plus franches à Göring dans ses négociations projetées avec les Américains, après la disparition du Führer. Une découverte récente dans les archives anglaises m’incite à nuancer ce point de vue. Un autre télégramme, daté du 24, figure en effet dans une chemise contenant des messages interceptés et décryptés par le renseignement britannique. Le voici, traduit de l’anglais :
« Mon Führer,

Du fait que Lammers et Bouhler [12] ont été arrêtés aussi je déduis qu’on vous a donné une interprétation erronée. J’avais ces deux personnes avec moi comme témoins lors du dramatique rapport du G(énéral) Koller [13] et j’ai demandé à Lammers ce qui allait arriver dans ces circonstances, après quoi il m’a pressé de prendre avant tout contact avec vous et de demander des instructions. Dans toutes les communications j’ai continuellement souligné le fait que moi le premier je m’efforçais de recueillir vos ordres et de savoir si les destinataires pouvaient recevoir des instructions directement de vous. Je n’ai donné aucun ordre, sinon de retirer au plus vite les travailleurs étrangers de la montagne et de renforcer sa défense, car l’ennemi était déjà signalé au nord de Munich. Bien plus, j’ai demandé aux deux représentants de la chancellerie du parti de maintenir le plus étroit contact avec moi, spécialement dans le cas où des messages pourraient encore être reçus par radio de Berlin. Lors de la communication du rapport de Koller, j’ai imposé le secret le plus absolu. Mon Führer, si vous aviez entendu le rapport de Koller, vous comprendriez que j’avais le devoir de poser ces questions. Je suis à présent complètement désemparé. Je ne veux ni ne peux croire que vous doutiez de ma loyauté. Mon comportement, constant pendant deux décennies, doit vous enseigner que je n’ai pas été amené à ces réflexions sans la plus pénible des luttes. Je vous demande de reconsidérer la question. Je suis en droit d’attendre que ma requête soit examinée avec autant de sérieux que l’accusation, dont je suis ignorant. Cette heure est l’heure la plus terrible de ma vie, parce que vous, mon Führer, doutez de ma loyauté . »


Ce texte jure avec l’hypothèse d’un scénario convenu entre les deux hommes. Si tel était le cas, le Reichsmarchall devrait tempêter, dire que Hitler est fini, jouer précisément, à l’usage des Américains, la partition de la trahison et essayer de retourner ses geôliers au nom de l’urgence d’arrêter la guerre à l’ouest -sans risque de déplaire du côté allemand puisque nous nous plaçons dans l’hypothèse que les dés sont pipés, que les SS, en aucun cas, ne se fâcheront. Il semble donc bien que l’auteur de ces lignes craigne réellement pour sa vie et juge plus urgent de protester, auprès de ses compatriotes, de son loyalisme, que de convaincre l’ennemi du contraire. Il doit penser que quelque coterie de jaloux a enfin réussi à le perdre dans l’esprit de son maître. Alors il récapitule fébrilement ses faits et gestes depuis le 20, date de son départ du Bunker, avec le souci de prouver qu’il est resté dans la discipline et n’a nullement anticipé la succession. Du côté de Hitler, cependant, comme toujours la colère est feinte. S’il croyait son second coupable de ce dont il l’accuse, on ne voit pas pourquoi il lui laisserait la vie sauve et, s’il la lui laisse, c’est que la mission d’essayer de négocier avec l’ennemi après sa mort tient toujours. Simplement, il aura estimé qu’une brouille réelle, un désaveu total de sa part placeraient la négociation sous de meilleurs auspices, et il a omis d’en avertir l’intéressé... ou il n’a pensé à ce perfectionnement du scénario qu’après leur dernière entrevue. Il est possible que la dramatique réunion du 22 ait été l’une des nombreuses comédies du Führer. Renseigné comme il l’est, il doit bien savoir que Koller avertira Göring, peut-être même est-ce lui qui s’arrange pour cela. Dans ce cas le Reichsmarschall, comme il l’explique très bien, est obligé de venir aux nouvelles, de demander confirmation du fait que Hitler délaisse tout sauf la défense de Berlin et de prendre, dans l’affirmative, les commandes immédiatement. La présence à ses côtés de Bouhler et de Lammers atteste qu’il est en train de se constituer un état-major politique, et le fait qu’il en tire argument auprès de Hitler prouve qu’il ne le fait pas dans son dos. Ce texte est donc à la fois pathétique et hilarant. On en viendrait presque à plaindre son auteur, si l’on ne se souvenait qu’il a fait subir à des milliers de victimes le sort qui est à présent le sien, à commencer par les morts nazis de la nuit des Longs couteaux, qui eux aussi clamaient leur loyauté envers le Führer. Au terme de ces vingt ans de complicité qu’il invoque, il est bel et bien tombé à son tour dans un piège hitlérien. Lors de son départ le 20 avril il était assuré d’une proche succession, puis voilà que Hitler semble tout lâcher, l’obligeant, malgré les précautions de style qu’il détaille, à paraître briguer avant terme l’héritage. Le Führer aura sans doute estimé que, pour convaincre les Américains de leur brouille, mieux valait encore lui donner les apparences de la réalité, par une manœuvre dont, cette fois, le Reichsmarschall n’était pas complice.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Daniel Laurent » Dimanche 18 Novembre 2012 11:33:10

Bonjour,

Le facteur est passé :
http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 37#p425437

Pour ceux qui pourraient s’étonner de me voir de retour ici pour jouer les facteurs de François, sachez que j'ai toujours été présent, avec ou sans discrétion selon les circonstances, pour défendre, soutenir, aider, etc, en fonction de mes modestes moyens l'historien a qui je dois beaucoup.

Nous avons eu des désaccords, et en avons toujours, sur des sujets non-historiques.
Vu que ces désaccords, qui après tout sont sans grand intérêt, perdurerons, autant ne plus en parler et les classer, ce que je fais pour ma part, dans mon dossier "et ta soeur, elle bat le beurre ?".
:lol:
Cordialement
Daniel
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Daniel Laurent
 
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Inscription : Mercredi 11 Juillet 2007 15:02:14
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