Churchill et la Rhénanie (1936)

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Lundi 15 Novembre 2010 07:58:36

Michel Boisbouvier, apôtre de Pétain, s'est cru au bout de ses peines un jour où Bruno Roy-Henry a cité ci-contre http://www.empereurperdu.com/tribunehis ... ite#p10390 une phrase de moi, indiquant que Churchill lui-même avait félicité la France de sa modération au lendemain du coup de force rhénan.

Cette information exacte, issue de mon article sur Léon Blum face à l'Allemagne http://www.delpla.org/article.php3?id_article=50, appelle quelques précisions si on entend en faire la base d'une démonstration, voire, s'agissant de Michel, d'une religion.

Je mets donc ici en débat des extraits de l'article que Churchill publie le 13 mars 1936, soit une semaine après la remilitarisation par Hitler de la zone rhénane, en violation des traités de Versailles et de Locarno.

Ces derniers autorisaient l'armée française à aller immédiatement au-devant des intrus, tout en requérant le concours des armées anglaise et italienne, qui n'auraient pu se dérober. C'est de ne l'avoir pas fait immédiatement que la France est, en début d'article et pour solde de tout compte, félicitée... avant d'être fortement incitée à ne pas en rester là :

Il y a rarement eu une crise où l’Espoir et le Péril se soient présentés aussi clairement et aussi simultanément sur la scène du monde. Lorsque Herr Hitler répudia le traité de Locarno samedi dernier et fit entrer ses troupes en Rhénanie, il mit par là la Société des Nations en face de son épreuve suprême, comme aussi de sa plus splendide chance. Si la Société des Nations survit à cette épreuve, il n’y a aucune raison pour que l’horrible, morne et impitoyable courant qui nous entraîne vers la guerre en 1937 ou 1938, et l’entassement préparatoire dans chaque pays d’armements énormes, ne soient pas arrêtés d’une façon décisive.




Churchill félicite certes la France de n’avoir pas réagi par les armes « comme l’aurait fait la génération précédente » et d’avoir porté le différend devant la SDN. Voilà qui sonne peu différemment du discours officiel anglais. Mais ce qui tranche du tout au tout avec lui, c’est l’exigence que ce recours à la SDN donne satisfaction à la France, dont l’auteur affirme qu’elle a tout à fait raison de craindre pour sa sécurité. Ce n’est pas Baldwin, ni Eden, qui alertent la planète sur l’immense danger d’un usage dilatoire de la Société et pronostiquent sa mort certaine au cas où elle ne ferait pas promptement repasser le Rhin aux aigles nazies. Ils parlent et agissent comme si la condition nécessaire et suffisante du sauvetage de la paix était au contraire la résignation de la France.
La suite montre que Churchill ne se fait pas la moindre illusion sur Hitler. Loin de se méprendre sur son humanité ou sa moralité, il compte uniquement sur la peur que créerait un rapport de forces :

(…) si les forces de la Société des Nations sont quatre ou cinq fois supérieures à celles dont l’agresseur peut actuellement disposer, les chances d’une solution pacifique et amicale sont fort grandes. C’est pour cela que chaque nation, grande ou petite, a son rôle à jouer, en accord avec le Pacte de la Société.



On voit que la SDN dont il s’agit n’est pas la coquille vide dont l’histoire a gardé le souvenir. Elle est censée, conformément à ses statuts, apprécier s’il y a agression et, dans le cas d’une réponse affirmative –qui pour l’auteur ne fait aucun doute- mettre en demeure les pays membres de fournir des armées punitives. L’évaluation de leur quantité potentielle est éloquente : « quatre ou cinq fois » la force allemande, cela implique l’enrôlement de toutes les grandes puissances alors membres de la SDN : Grande-Bretagne, France et URSS ; l’Italie, qui s’en est exclue quelques mois plus tôt pour faire main basse sur l’Ethiopie, est mise en demeure de revoir sa position ou, à tout le moins, de ne pas soutenir l’Allemagne.
L’éloge conditionnel de ce pays et de son Führer qui fait suite à ces menaces n’est donc qu’une pilule destinée à adoucir l’amertume d’une éventuelle reculade :

Mais il est une nation parmi toutes les autres, à qui échoit, si elle le veut, l’occasion de rendre au monde un noble service. Herr Hitler et la grande Allemagne inconsolée qu’il dirige ont la chance actuellement de pouvoir se placer au tout premier rang de la civilisation. Par une fière et volontaire soumission, non pas à une seule puissance ni à un groupe de puissances, mais au caractère sacré des traités et à l’autorité de la loi générale, par un retrait immédiat des troupes de Rhénanie, ils peuvent ouvrir à l’humanité entière une ère nouvelle et créer les conditions dans lesquelles le génie germanique atteindrait à la gloire la plus haute.


Le paragraphe suivant, et dernier, rappelle à la Grande-Bretagne son obligation, découlant du traité de Locarno, d’entrer en guerre aux côtés de la France si celle-ci le lui demande.

Aucun doute : celui qui écrit ce texte est éminemment conscient de l’agressivité allemande et prêt à mettre entre parenthèses toute autre considération, notamment à l’égard de l’URSS et du communisme, pour traiter en priorité cette question, avec la dernière énergie.

Et puisque Michel a confondu deux expressions qui pourtant n'ont pas du tout le même sens, "comme un roc" et "infaillible", j'espère lui faire mieux mesurer leur différence, en général et dans mon propos, en précisant que bien évidemment Churchill est en tort, du fait d'une trop grande crédulité devant une ruse nazie, lorsqu'il parle du


courant qui nous entraîne vers la guerre en 1937 ou 1938
.

Il ne réalise pas du tout que la guerre résultera, non d'un courant uniforme, mais d'un savant dosage de provocations et d'apparents reculs. En ce sens, oui, Churchill donne encore dans la facilité, en s'imaginant que l'agressivité allemande va aider, de plus en plus et sans à-coups, sa pédagogie.

Cependant, si on veut à toute force poser un jugement moral, le mérite n'est que plus grand d'avoir surmonté l'effondrement de cette illusion.
Francois Delpla
 
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par boisbouvier » Mardi 16 Novembre 2010 08:39:51

Donc tu reconnais que Churchill a félicité la France de sa "modération" dans le traitement de la crise de la réoccupation de la Rhénanie (en clair, de ne pas avoir mobilisé).
Tu reconnais également qu'il a recommandé de s'en remettre à la SDN du soin de régler le problème.
Tu reconnais aussi qu'il avait prévu le recours possible par celle-ci aux puissances signataires du traité de Locarno (dont l'une était l'Italie) malgré les retrouvailles de Mussolini avec Hitler.
Que dire de plus ?
Churchill ne fut pas infaillible, mais il ne fut pas non plus "comme un roc" face à Hitler.
En cette occasion particulièrement cruciale pour la raison qu'elle a provoqué la WW2 (on sait maintenant que les troupes d'invasion de Hitler avaient reçu l'ordre de se retirer si nous avancions un seul bataillon) et ses 70 millions de morts, notre bien-aimé Churchill a été contre-performant.
S'il avait été "comme un roc" il aurait clamé son indignation devant un mépris aussi délibéré des traités et réclamé une intervention immédiate des deux puissances française et anglaise.
Il n'aurait pas recommandé le recours à cette pétaudière qu'était la SDN qui avait fait plusieurs fois la démonstration de son impuissance.
Il n'aurait pas fait fond sur la signature de Mussolini à Locarno, alors qu'il savait que les sanctions l'avaient rapproché de Hitler.
Il aurait prévu que, sur le plan intérieur, Hitler allait se trouver très renforcé par ce succès diplomatique remporté sans frais et que son pouvoir sur son pays deviendrait absolu et formidable.
Il s'est trompé massivement, un point c'est tout.
boisbouvier
 

Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Mardi 16 Novembre 2010 09:29:11

tissu d'approximations intéressées, tordant à la fois la position de Churchill et la mienne, bref,

tordant tout court !
Francois Delpla
 
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par BRH » Mardi 16 Novembre 2010 09:37:36

Réflexions faites et après avoir relu les passages y afférant dans "Churchill et les Français" de François, ainsi que les articles mentionnés dans le Matin, de mars à juillet 1936, sous la signature de Winston, je me range à l'avis de Boisbouvier.

Certes, Churchill n'a pas prôné l'abandon, ni la résignation, mais son volontarisme à base de "Covenant" était voué à l'échec ! Il n'a pas été plus lucide qu'un Flandin, par exemple. Sans doute, n'était-il pas aux affaires, mais -bien qu'étant quasiment le seul allié britannique du gouvernement français dans ce dossier- la solution qu'il préconisait ressemblait à un sabre de bois. A priori, de Gaulle fut bien plus lucide que Winston, mais ne put exprimer son opinion autrement que dans des courriers privés.

Dans une note isolée datée de mars 1936, de Gaulle écrit :

"l'acte hostile" du 7 mars a montré quelle méthode va suivre désormais la force pour accomplir son oeuvre : surprise, vitalité, vitesse.

Un peuple qui veut vivre doit donc non seulement s'assurer de la part des autres des garanties de secours (assistance mutuelle), mais encore assurer sa propre force de manière à pouvoir réagir dans les mêmes conditions que l'agresseur agira. Or, nous n'en avons pas les moyens.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Mardi 16 Novembre 2010 09:57:02

eh bien voilà une situation intéressante !

Car si Michel est rétif à toute démarche historique, tel n'est assurément pas le cas de Bruno. L'histoire, donc, ne consiste ni en tribunaux ni en duels entre acteurs d'aujourd'hui, mais tente d'élucider le plus complètement possible des événements.

Ainsi Churchill aurait varié. Vous est-il possible de supputer quand et pourquoi ?

Quant à ma propre vision, je la résume : il ne varie en rien. Car la SDN à laquelle il conseille de recourir n'est pas ce à quoi on pense communément aujourd'hui quand ce sigle est évoqué. C'est un directoire mondial ferme et musclé après sa période de rodage, qui prendrait enfin à la faveur de cette crise la physionomie que le ministre des Finances Churchill, n° 2 du cabinet Baldwin entre 1924 et 1929, tentait par petites touches de faire partager à son gouvernement, et notamment au ministre des Affaires étrangères Austen Chamberlain.

De ce point de vue-là j'ai un peu clarifié, en écrivant mon Churchill et Hitler qui va sortir dans un an, ce que j'écrivais au tout début de ma recherche dans Churchill et les Français.
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par boisbouvier » Mardi 16 Novembre 2010 22:01:08

Puisque je suis rétif à toute démarche historique d'après toi, Delpla, sois gentil dis moi ce que je dois faire pour y parvenir. Tu es professeur, après tout.
En tout cas, ne viens plus me dire que je suis insultant pour certains comme ce Muntz que j'ai traité de marxiste-léniniste alors qu'il nous avait prévenus qu'il ne fallait surtout pas dénigrer Staline si on ne voulait pas avoir affaire à lui.
De sorte qu'en le disant communiste, je pensais le flatter et, même, lui faire plaisir !
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par boisbouvier » Mardi 16 Novembre 2010 22:08:39

Pour ce qui est du fond de la question, tu ne fais que t'embourber, mon pauvre Delpla. Toutes tes digressions sur la SDN qui aurait pu être ce qu'elle n'a pas été si ceci ou si cela ne changent rien au fait beaucoup plus général qu'un tribunal sans gendarmerie est plus nuisible qu'utile et que ce ne sont ni l'ONU ni l'Europe qui ont ramené la paix en Yougoslavie ou qui ont donné une leçon de conduite à Saddam Hussein, mais l'armée américaine.
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Mercredi 17 Novembre 2010 05:26:06

Un des trucs favoris du prof est d'inciter un élève à donner l'exemple aux autres : attendons ce que va dire Bruno.
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Mercredi 17 Novembre 2010 08:12:50

et en attendant Godot, je verse une nouvelle pièce : l'article suivant de politique étrangère de Churchill, publié le 3 avril 1936 :
Assez ! Assez !! Arrêtons cela maintenant ! MAINTENANT c’est le moment.

(...)


Notre destin à venir n’est plus de son ressort [= du ressort de Hitler], mais dépend maintenant du monde. Le monde, que dis-je, l’Europe à elle toute seule est d’une force irrésistible en comparaison d’un de ses éléments isolés. (…)
Puissent les Etats et les peuples qui redoutent l’Allemagne formuler leurs craintes auprès de la Société des Nations, à Genève. Puissent les plus grands parmi eux prendre la tête du mouvement et diriger l’assemblée. Puisse-t-il n’y avoir ni traînard, ni hésitant.

Etc.

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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Jeudi 18 Novembre 2010 08:56:24

eh bien mon effort de documentation semble n'intéresser personne.
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par BRH » Jeudi 18 Novembre 2010 17:27:48

Disons qu'il n'est pas probant... Churchill condamne et ne veut pas s'incliner devant le fait accompli, mais le moyen proposé était dénué de toute portée efficace. Je ne lis rien de plus dans ses propos que dans ceux d'un Flandin. Peut-on imaginer une concertation ? Churchill, allié volontaire du gouvernement Sarrault ? Qui sait... En tout cas, cela ne dérangeait pas outre-mesure les plans d'Hitler. Quant on voit le mal que la SDN a eu pour se mettre d'accord sur le fait que l'Allemagne avait violé le droit international... :roll:
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Vendredi 19 Novembre 2010 09:20:52

Je mets en ligne les deux articles dans la matinée et nous verrons bien si vous reconsidérez cette intenable position.
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par Francois Delpla » Vendredi 19 Novembre 2010 12:14:33

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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par BRH » Vendredi 19 Novembre 2010 18:46:47

Il faut réfléchir, et le WE ne sera pas de trop !
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Re: Churchill et la Rhénanie (1936)

Message par boisbouvier » Samedi 20 Novembre 2010 08:53:38

un pétainiste prédicant et obtus,


C'est de moi qu'il s'agit. Merci Delpla !
Quant au fond, qu'apporte de plus ton article que nous ne sachions déjà ?
Le recours à la SDN, préconisé par Churchill à ce moment particulièrement grave, était "LA" faute à ne pas commettre, et ton roc de Churchill l'a commise, un point c'est tout.
Tu auras beau multiplier les incidentes, les digressions (Bush junior !) et les commentaires sur ce que la SDN aurait dû être et qu'elle n'a pas été (Arms and the Covenant) tu t'enferres de façon pitoyable dans tes propos de plus en plus mous, de plus en plus confus.
Tu finiras par nous endormir.
Car, je le répète (et tu en avais convenu), un tribunal sans gendarmerie, ce qu'était la SDN et ce que sont aujourd'hui encore l'ONU ou l'Europe, non seulement est inutile mais encore est nuisible, de par la fausse sécurité qu'il inculque dans les esprits.
Il désarme les bons au profit des méchants.
Il y a un moment où la poudre doit parler. Prétendre tout régler avec des patenôtres, c'est bon pour un évêque mais pas pour un homme d'état.
Or, si certains évêques furent des hommes d'état, il ne faut pas que les hommes d'état soient des évêques.
Ton Churchill en fut un en l'occurrence !
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