L'armée autrichienne

Strictement militaire: stratégies, tactiques et logistiques mises en oeuvre en vue des grands chocs guerriers de cette période.

L'armée autrichienne

Message par BRH » Lundi 10 Décembre 2012 19:27:04

L'armée autrichienne est de création récente. Elle se dégage seulement au XVIIe siècle de l'armée impériale. Jusqu'à la guerre de Trente ans les forces armées de l'empereur sont recrutées selon le système féodal. En tant que souverain du Saint-Empire, l'empereur peut disposer des contingents levés par la Diète d'Empire tandis que dans les pays héréditaires des Habsbourg il peut lever les milices provinciales en accord avec les États. De 1618 à 1648, l'empereur a recours à des entrepreneurs militaires, comme Wallenstein, pour lui fournir la plupart des troupes dont il a besoin pour assurer la défense de l'empire. Les effectifs varient chaque année en fonction des menaces et des moyens financiers du souverain. En 1637, l'empereur a sous ses ordres 88 régiments de cavalerie et 66 régiments d'infanterie recrutés en Allemagne, en Wallonie,en Italie et en Espagne. La naissance de l'armée autrichienne date de la Révolution de 1649 par laquelle Ferdinand III reconnaît la nécessité d'entretenir en temps de paix une armée permanente de 9 régiments d'infanterie, 9 régiments de cuirassiers et 1 régiment de dragons, soit 25.000 fantassins et 8.000 cavaliers. Par l'accord de 16-26 juin 1650, la Suède autorise l'empereur à conserver en temps de paix des troupes permanentes.
La puissance militaire des Habsbourg se développe au cours de la seconde moitié du XVIIe et au début du XVIIIe siècle pour faire face aux menaces de la France et de la Turquie. Les effectifs de l'armée autrichienne varient constamment, augmentant au début de tout nouveau conflit, diminuant à la signature de la paix avec la réduction du nombre des régiments. De 33.000 hommes en 1649, l'armée autrichienne passe par à-coups à 65.000 en 1672, 113.000 en 1705, 125.000 en 1716, 271.000 en 1728. Elle est réduite à 80.000 hommes en 1740. Mais, en 1780, elle compte de nouveau 200.000 hommes.
A l'origine allemande, l'armée autrichienne au fur et à mesure des annexions des Habsbourg s'étoffe de corps recrutés en Europe centrale. Cependant la Hongrie garde ses propres troupes. De là viennent une diversité de structures entre les corps qui réduira l'empereur Joseph II et un caractère multinational qui subsistera jusqu'à la fin. L'unité toutefois réelle de cette armée est venue de l'attachement à la dynastie. A son tour l'armée, sorte de creuset des nationalités, constituera un facteur d'unité jusqu'en 1914.
Dès le début l'armée des Habsbourg d'Autriche a une double vocation déterminée par la nécessité de combattre à la fois les Turcs à l'est et les Français puis les Prussiens à l'ouest. L'affrontement avec les Turcs lui a donné un caractère original. Le prince Eugène organise les confins militaires dans le premier tiers du XVIIIe siècle, territoires à administration militaire tenus par des soldats-paysans (Grenzer). La géographie des pays danubiens incite à entretenir une cavalerie puissante et mobile. En 1649 il y a équilibre entre infanterie et cavalerie. Par la suite, la cavalerie restera proportionnellement plus nombreuses que dans les armées occidentales, malgré les progrès de l'infanterie. Ainsi l'armée autrichienne constitue une sorte de relais dans le domaine de l'art militaire. Par elle parviennent en Occident des corps d'inspiration orientale comme les hussards. On peut signaler également l'importance qu'elle donne aux troupes de montagnes, ancêtres des chasseurs tyroliens.
Les structures de l'armée autrichienne relèvent à la fois de l'influence germanique par les caractères de la troupe (importance donnée aux problèmes familiaux des soldats, mariage, sort des enfants) et de l'influence espagnole (organisation collégiale de la haute administration de l'armée : avec le Generalkriegskommissariat créé en 1650 et le Hofkriegsrat). Les réformes de Haugwitz (1752) précisent les attributions de ces deux conseils : au premier reviennent les problèmes de soldes, discipline, entretien des troupes, au second ceux du commandement. Napoléon s'inspirera de cette division des tâches. Au XVIIIe siècle, l'influence française s'exerce avec la création de l’École militaire de Wiener-Neustadt (1752), puis l'influence prussienne.
Telle est l'armée qui affronte les troupes révolutionnaires et impériales. En 1791 l'armée autrichienne compte pour l'infanterie 59 régiments réguliers et 17 régiments des confins militaires, tandis que la cavalerie totalise 34 régiments : 9 de cuirassiers, 6 de dragons, 9 de hussards, 7 de chevau-légers et un de uhlans. Au moment de Sadowa, en 1866, le rapport est rétabli avec 80 régiments d'infanterie réguliers et 41 régiments de cavalerie.
Après le compromis austro-hongrois de 1867, le service militaire obligatoire est introduit et de nouvelles structures sont adoptées en 1869. Les forces armées de l'empire comprennent trois éléments : l'armée impériale et royale (k. u. k.) avec des contingents autrichiens, hongrois et bosniaques (après 1878), dépendante du ministère de la Guerre de l'empire, la Landwehr autrichienne ou force de réserve constituée de la Landwehr (1er ban) et du Landsturm (2e ban), gérée par le ministre hongrois de la Défense. En 1889, les forces armées austro-hongroises comprennent 102 régiments d'infanterie, 4 régiments de chasseurs tyroliens (Tiroler Kaiserjäger), 4 régiments d'infanterie de Bosnie-Herzégovine et 26 bataillons de chasseurs (Feldjäger); 15 régiments de dragons, 16 de hussards et 15 de uhlans, 154 brigades d'artilelrie et 6 régiments d'artillerie de forteresse, 15 bataillons de pionniers, 1 régiment de chemin de fer et télégraphe, 26 sections sanitaires et 3 régiments du train, soit 800.000 hommes sur le pied de guerre renforcés par la Landwehr autrichienne (26 R.I et 6 régiments de uhlans) et par la Honvéd (28 R.I et 10 régiments de hussards). Le nombre des régiments variera peu jusqu'en 1914. Au cours de la première guerre mondiale, l'armée austro-hongroise reflète encore, par la diversité des corps la composant, la diversité des provinces de la double monarchie. C'est une armée multinationale où l'on parle 12 langues (Regimentssprache) dont 2 langues de commandement, l'allemand et le hongrois.
Le traité de paix de Saint-Germain, en 1919, réduit l'armée autrichienne à 30.000 hommes recrutés par engagements de 12 ans. Elle est intégrée à l'armée allemande lors de l'annexion de 1938. Le traité d’État de 1955 autorise une armée autrichienne de 55.000 hommes. En 1985, cette armée est forte de 38.000 hommes dont 21.000 appelés effectuant 6 mois de service militaire. Elle est articulée en deux éléments : la force d'intervention (Bereitschafttruppe) composée d'une division mécanisée et une division d'aviation, et d'une milice régionale (Landwehr) mettant sur pied dans un délai de 48 heures des unités de protection et une brigade de réserve par région.





Marine



L'acquisition de territoires en Italie incite l'empereur Charles VI à créer en 1719 une marine de guerre. Le premier arsenal est construit à Trieste. La marine de guerre autrichienne pratique la guerre de course dans l'Adriatique mais elle est réduite en 1739. Elle est reconstituée après l'annexion de la république de Venise en 1797. Au XIXe siècle, elle participe à la bataille navale d'Héligoland contre l'escadre danoise en 1864. En 1866, l'amiral Tegetthof écrase avec ses vieux vaisseaux en bois l'escadre moderne italienne de l'amiral Persano près de l'île de Lissa. Après la perte de la Vénétie, l'arsenal de Pola remplace celui de Venise. Au cours de la première guerre mondiale, la flotte et l'aéronavale autrichiennes sont très actives dans l'Adriatique. Le 15 mai 1917, l'escadre de croiseurs de l'amiral Horthy détruit dans le canal d'Otrante 14 bâtiments alliés. Les sous-marins opèrent en Méditerranée. Le 31 octobre 1918, la flotte austro-hongroise est remise à la Serbie.





Flottille du Danube



En 1440, un arsenal est créé à Vienne pour construire des bateaux de guerre destinés à la flottille du Danube. Lors du siège de Vienne en 1529, la flottille autrichienne est anéantie par les Turcs. Une nouvelle flottille est créée en 1532 pour appuyer les opérations de l'armée impériale en Hongrie. Après la victoire du Kahlenberg en 1683, la flottille du Danube apporte son soutien à l'armée impériale lors de la reconquête de la Hongrie. Elle est composée de galères et de caïques. En 1692, elle compte 12 grands vaisseaux totalisant 860 matelots et 253 canons. Elle est désarmée en 1703. Reconstituée en 1715, elle comprend 10 grands vaisseaux avec 200 canons en 1717. Réduite en 1719, elle est de nouveau recréée en 1736. Elle s'oppose à la flottille turque dans de violents combats sur le Danube en 1739. Au cours du XVIIIe siècle, elle assure le ravitaillement de l'armée impériale et transporte des colons qui viennent s'installer dans le Banat. Elle participe à la surveillance des frontières de la Save et du Danube. Avec des effectifs variables, elle est mise à contribution lors de la guerre austro-turque de 1788-1790, en 1809 contre la France, en 1848-1849 contre les Hongrois et en 1866 contre la Prusse. Pendant la première guerre mondiale, après avoir pris part aux campagnes contre la Serbie et contre la Roumanie, la flottille appuie l'avance austro-allemande en Ukraine et en Crimée en 1918. La flottille du Danube survit aux Habsbourg. Basée à Linz après 1919, elle possède une vingtaine de bâtiments fluviaux lorsqu'elle est incorporée à la marine de guerre allemande le 23 mars 1938.





Aviation



En juillet 1849, les ballons de l'armée autrichienne entreprennent les premiers bombardemments aériens de l'histoire en lâchant leurs bombes sur Venise. La première unité d'aéronautique militaire est créée en 1890 et un détachement de ballons est installé à Fischamend en 1909. Une école militaire de pilotage d'avions organise le premier stage de pilotes militaires à Wiener-Neustadt en 1911. En juillet 1914, l'armée autrichienne dispose de 40 avions, 85 pilotes et 11 aérodromes. L'aviation autrichienne se développe rapidement en 1914-1918. Elle est renforcée par une aéronavale créée en 1913 à Pola et qui opère dans l'Adriatique et sur le front italien.

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Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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BRH
 
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Re: L'armée autrichienne

Message par Auguste » Jeudi 20 Décembre 2012 16:05:17

Très intéressant, je ne connaissais pas la flottille du Danube !
Auguste
 
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