La prétendue trahison de Louis XVI...

La prétendue trahison de Louis XVI...

Message par BRH » Samedi 14 Avril 2007 16:40:00

Puisque le sujet affleure dans différents posts, autant traiter le mal par le mal...

Ce sera donc ici de préférence pour éviter les nombreuses digressions qui s'annoncent ! :roll:
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par Administrateur » Lundi 16 Avril 2007 08:53:16

duc de Reichstadt a écrit :Ce que j'aurais voulu lire c'est ceci et vous voyez je demeure ouvert, en 1789 les Français soutenaient Louis XVI, près de 90% des Français mais ces 90% n'ont jamais eu droit de cité.
D'ailleurs lors du remembrement de la France, lors de la vente des biens nationaux, les petites terres confisquées aux seigneurs ne furent pas vendues aux auciens serfs mais regroupées en grandes propriétés pour la grande bourgeoisie sous prétexte qu'il serait plus aisé d'endiguer les famines dans les grandes villes.

La Constitution de 1791 adopta comme mode de scrutin celui fondé sur l'impot, ainsi l'assemblée législative représentait les notables et non le peuple, le Roi n'était pas si dépouillé si je puis dire de ses prérogatives, cela ne l'a pas empéché de mettre 10 jours pour y préter serment le 13 septembre 1791.

MA ne compte pas beaucoup (quoiqu'elle ait discrédité LaFayette à un moment où le Roi aurait pu y trouver un appui)mais elle interesse aujourd'hui donc il n'y a pas de souci à en parler.

Louis XVI fut un des plus mauvais roi que la France ait eu et le fait que MA soit autrichienne ne change rien, sa nationalité (tiens un anachronisme!) a joué il n'y a aucun doute dans la mesure où les princes royaux et toute l'immigration monarchiste se sont enfuis dans les états du Saint Empire (donc sous l'autorité du Habsbourg) pour préparer une contre-révolution.
Ceci dit il y avait déjà eu le précédent avec Anne d'Autriche lors de la guerre franco-espagnole qui ne se bornait pas qu'à raconter sa vie de cour dans ses correspondances.

Bien à vous.
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Message par Administrateur » Lundi 16 Avril 2007 08:57:11

Pénélope a écrit :En 1791, la parti républicain est de plus en plus puissant. Mais les Français en ont marre de la Révolution, ils estiment qu'ils ont eu ce qu'ils voulaient, et ils aspirent à un retour au calme, à la paix, et à la prospérité.
Il est évident que, pour les républicains (dits aussi "Jacobins"), une telle chose ne peut être possible, car si la Révolution s'arrêtait, ils n'auraient jamais ce qu'ils veulent le plus au monde, c'est-à-dire le pouvoir.
Aussi font-ils tout pour fomenter ou encourager révoltes, séditions, ils vont même jusqu'à soutenir les carnages qui ont lieu à Avignon pour pouvoir prendre possession de cet Etat (qui appartient encore au Pape à cette époque), et leur trouvaille ultime, c'est de déclarer la guerre aux princes étrangers (qui, en réalité, restaient très discrets malgré les appels au secours répétés du Roi et de la Reine…).
Bref, en quelques mots, c'est eux qui foutent le bordel en France ! Ca bizarement, l'auteur n'en parle pas.


duc de Reichstadt a écrit :Ce que vous oubliez de mentionner c'est l'additif à la déclaration de Pillnitz de 1791 des souverains de Prusse et d'Allemagne à la demande d'Artois souhaitant la levée d'une armée pour restaurer Louis XVI dans ses droits.
Vous ommettez de dire que si la France déclara bien la guerre à L'Autriche en 92, Louis XVI lui aussi était favorable à cette guerre mais les buts étaient bien différents, pour ce dernier il comptait bien sur une défaite des armées révolutionnaires.
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Message par A.Lionel » Lundi 16 Avril 2007 12:19:21

Bonjour Bruno, je ne vois pas comment dialoguer, Pénélope est en pleine contradiction et refuse de répondre sur l'attitude de Louis XVI lors de la guerre contre l'Autriche.
Ce n'est pas compliqué un roi constitutionnel chef des armées qui souhaite la victoire des ennemis de la France c'est plutot curieux non?
Un roi qui oppose son véto sur un décret sommant les émigrés royalistes de rentrer en France alors qu'il complotent contre la France, la Constitution dont le Roi en est le garant, c'est curieux non?

Bien à vous.

PS : comment délier l'attitude de MA de celle de Louis XVI?
"Les vraies conquêtes, celles qui ne donnent aucun regret, sont faites sur l'ignorance."
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Message par BRH » Lundi 16 Avril 2007 13:09:38

Reichstadt a écrit :Louis XVI et MA soutenant les coalisés contre les armées française, c'est tout simplement de la haute trahison punissable par la mort.
Le Roi était chef des armées, vous oubliez de le dire et cela ne vous empeche pas de dire que les "souverains" avaient raison de vouloir la victoire de l'Autriche!


Encore une fois, ceci n'a jamais été prouvé contre Louis XVI... Ce dernier savait que -victorieuse ou pas- l'armée française n'était plus en mesure de le soutenir. Il était loin de croire aux promesses de ses "bons frères", les rois de Prusse et de Bohême-Hongrie...

Une grande victoire le mettait à la merci des Girondins. Une défaite, entre les mains des "scélérats"...

Marie-Antoinette -à l'insu de son mari- a communiqué certaines dispositions d'ordre général. Rien qui soit déterminant. Encore ne l'a-t-on sû qu'après son assassinat...

Lafayette était le principal acteur à la frontière. Il s'est mis en position de ne pas être deviné par l'ennemi.

Nos premiers revers sont dus à l'incurie de l'administration désorganisée par l'émigration et à l'indiscipline des nouvelles recrues, promptes à accuser leur chef (Dillon), quand elles lâchaient pied !

Il est certain que le roi et les révolutionnaires se menaient une lutte sourde, toute politique. Tout ce qui pouvait permettre de faire accuser le roi était pain béni afin de le déconsidérer auprès du Peuple...
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Message par fleurdelys » Lundi 16 Avril 2007 14:36:28

Bonjour
En vous lisant le Duc de Reichstadt, vous critiquer sévèrement le Roi Louis XVI, je me demande qu`auriez-vous fait si vous étiez à sa place ?


«Louis XVI fut un des plus mauvais roi »
être-vous vraiment sure ? :roll: moi en tout cas, je ne pense pas.

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Message par Pénélope » Lundi 16 Avril 2007 15:42:22

Il refusa toujours de faire couler le sang du peuple, quitte à se sacrifier.

C'est pour moi l'attitude d'un vrai bon roi. D'ailleurs, il savait qu'il était condamné et qu'il avait peu de chance de s'en sortir. Ca explique son comportant si peu... "énergique".

Il est vrai qu'il aurait pu saisir des occasions. Mais il était terrifié à l'idée de provoquer une guerre civile en France et, conscient de son honneur de roi, il hésita beaucoup avant de se décider à tenter une fuite.

Il n'avait plus le choix à ce moment-là, son sort et celui de sa famille était devenu invivable ! (on ne les laissait même plus sortir de Paris, voire à ce propos l'épisode des Pâcques à Saint-Cloud).
Pénélope
 
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Message par duc de Raguse » Lundi 16 Avril 2007 17:55:05

Louis XVI et MA soutenant les coalisés contre les armées française, c'est tout simplement de la haute trahison punissable par la mort.

Pour Marie-Antoinette, cela ne fait aucun doute...
Mais de quoi dispose-t-on, concrètement, pour Louis XVI ? Ce n'est pas lui qui a écrit les lettres de la reine à son frère (en plus concernant des informations souvent largement périmées... :roll: ), donc que nous reste-t-il ?
Rien, j'ai bien l'impression, rien que des suppositions...
On ne fait pas de l'Histoire sur des suppositions. :wink:
duc de Raguse
 

Message par A.Lionel » Lundi 16 Avril 2007 18:45:48

Bonsoir cher Duc, supposition pas tout à fait, le point central c'est l'attitude des émigrés royalistes et la position de Louis XVI vis-à-vis d'eux.
Puisque ce sont les émigrés réfugiés en terres allemandes qui demandaient l'intervention de l'Empereur d'Allemagne et du roi de Prusse (je rappelle que c'est une clause en partie secrète du traité de Pillnitz, en fait ce traité portait officiellement sur la Pologne!), le Roi n'aurait pas du s'opposer à la sommation faites aux émigrés établis à l'étranger de rentrer en France.
En annulant le décret Louis XVI avait pris le parti de la contre-révolution fomentée depuis l'étranger.

Bien à vous DDR. :wink:
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Message par A.Lionel » Lundi 16 Avril 2007 18:48:59

Bonsoir Bruno "Marie-Antoinette -à l'insu de son mari- a communiqué certaines dispositions d'ordre général. Rien qui soit déterminant. Encore ne l'a-t-on sû qu'après son assassinat..."

Quelquesoit le niveau des informations militaires livrées à des puissances étrangères, cela ne constitute pas moins un acte de haute trahison.

Tout à fait d'accord, cet élément fut découvert après la mort de M-A, comme quoi il y a une justice divine! :D

Bien à vous.
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Message par A.Lionel » Lundi 16 Avril 2007 19:00:38

Bonsoir fleurdelys, "«Louis XVI fut un des plus mauvais roi »
être-vous vraiment sure ? moi en tout cas, je ne pense pas."

Sauf après lui, Louis XVI fut vraiment le souverain le plus maladroit, le moins préparé à gouverner (à la vérité pas préparé du tout), et surtout celui qui ne comprit pas que la France changeait, c'est dans les moments difficiles que l'on apprécie la valeur d'un homme politique ou d'un souverain qui contrairement au premier doit avoir conscience qu'etre roi c'est d'abord avoir du temps devant soi, les élus passent, les chambres changent mais le roi demeure.

A la vérité, j'ai beau chercher, je n'en trouve pas un qui ait été pire que lui.
Selon vous quel roi aurait été pire que Louis XVI?

Bien à vous.
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Message par A.Lionel » Lundi 16 Avril 2007 19:06:14

Re BRH "Ce dernier savait que -victorieuse ou pas- l'armée française n'était plus en mesure de le soutenir. Il était loin de croire aux promesses de ses "bons frères", les rois de Prusse et de Bohême-Hongrie...
"

C'est l'Angleterre qui tempéra le désir du Roi de Prusse et de L'Empereur d'Allemagne d'en découdre avec la France, ceci dit, la clause secrète de Pillnitz ne devait pas etre connue des révolutionnaires et probablement pas des Anglais, là je ne fais que supposer car je n'ai pas d'infos?

Bien à vous.
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Message par BRH » Lundi 16 Avril 2007 20:00:37

"A la vérité, j'ai beau chercher, je n'en trouve pas un qui ait été pire que lui.
Selon vous quel roi aurait été pire que Louis XVI?"

Mon Dieu, les candidats ne manquent pas ! :P

Jean II le Bon. Pas mal, le désastre de Poitiers qui aboutit au traité de Brétigny en 1360: la moitié du royaume devient ou redevient anglaise...

Vous avez Charles VI qui était à moitié fou et qui reconnaît Henri VI de Lancastre comme son légitime successeur ! Charles IX, pas mal non plus (celui qui tirait à l'arquebuse des fenêtres du Louvre sur les Protestants) !

On peut encore citer Louis 1er le Débonnaire: fils de Charlemagne, il se révèle incapable de maintenir l'unité de l'empire carolingien...

Moins grave: Charles VIII qui rend la Franche-Comté et le Roussillon afin de guerroyer à Naples... :wink:

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Message par François » Lundi 16 Avril 2007 20:59:38

Ce qui nous distinguera toujours , nous les légitimistes , et nous empêchera de nous comprendre avec ceux qui ne le sont pas , c'est qu'il ne nous vient pas un seul instant à l'esprit de porter un jugement sur l'action du Roi , qu'il soit critique ou approbatif ! Louis XVI fut le Roi , et cela nous suffit ! Et l'on ne conçoit pas qu'il ait pu bien ou mal faire . La démarche même qui consiste à prendre la défense du Roi nous amène à admettre celle qui le désapprouve , et donc à lui accorder l'estime imméritée de la contradiction...Pour un légitimiste , en particulier , la question du choix du combat à mener au service de la France ne se pose pas : la France est là où le décide le Roi , fût-ce à Vienne , à Koblenz ou ...à Londres . Toute autre approche nous introduit nécessairement à la Révolution , en particulier au principe d'égalité en vertu duquel tout homme est reconnu habile à se porter juge de n'importe quoi , et nous mène donc tout droit à Mme Laguiller par une filiation incontournable et parfaitement légitime ...
Mes amis comptent plus que mes idées
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Message par VR » Lundi 16 Avril 2007 21:02:18

Bonjour à tous.
Je me permet d'intervenir dans cette discussion. Et sans doute cette intervention sera la dernière de ma part.

BRH pense pouvoir lier la position de L16 vis à vis de la guerre à sa position vis à vis des émigrés. Cela reviens un peu à dire : BRH a une tête ; un âne a une tête : donc BRH est un âne... ce que personne ne peut soutenir, bien sur.

Je tiens à dire, avant de développer mon point de vue, que je suis en tout point l'avis de Duc de Raguse : si pour Marie Antoinette les choses sont claires, il n'en est rien pour Louis vu que :
1 - nous avons très peu de documents autographes de la main du Roi ;
2 - Louis était un roi très secret par caractère, mais aussi de par la situation bien particulière dans laquelle il se situait. Pas la peine de développer là dessus.

Mais il existe tout de même quelques documents AUTOGRAPHES du Roi quant à ses relations avec les émigrés.
Et le document le plus clair sur la position du roi vis à vis des émigrés est la lettre qu'il écrit à ses frères le 15 septembre 1791. Il s'agit non seulement d'une lettre autographe, mais en plus d'un document non officiel, c'est à dire dans lequel le roi peut parler librement et, surtout, sans que ses propos puissent être suspect de double jeu... puisque le public ne devait pas en être mis au courant !. Ce qui n'a pas empêché certains historiens de remâcher la théorie, si simple, de la trahison du Roi.

Mais laissons parler ce Roi que, du derrière de votre petit écran, vous vous plaisez à mépriser si facilement :

« Vous êtes instruits sans doute que j'ai accepté la Constitution, et vous connaissez les raisons que j'en ai données à l'Assemblée [--par les journaux--] ; mais elles ne doivent pas suffire pour vous ; je veux vous faire connaître tous mes motifs.
« L'état de la France est tel qu'elle touche peut-être à une dissolution totale, et qui ne sera qu'accélérée si l'on veut porter des remèdes violents à tous les maux qui l'accablent. L'esprit de parti qui la divise, et l'anéantissement de toutes les autorités sont les causes de ses malheurs. Il faut donc faire cesser les divisions et rétablir l'autorité du Gouvernement ; mais pour cela, il n'y a que deux moyens : la force ou la réunion.
« La force ne peut être employée que par des armées étrangères, et ce moyen n'est que la ressource de la guerre. Un Roi peut-il se permettre de la porter dans ses États, et le remède n'est-il pas pire que le mal ? Je sais qu'on se flatte de réunir des forces immenses qui, en ne laissant pas la possibilité de la résistance, empêcheraient la guerre ; mais a-t-on bien réfléchi à l'état du royaume et à l'intérêt de tous ceux qui ont aujourd'hui de l'autorité ? Tous les chefs, c'est-à-dire ceux qui sont en possession d'émouvoir le peuple [agiter], croiront avoir trop à craindre pour se rendre à discrétion ; jamais ils ne pourront se persuader qu'ils obtiendront l'oubli ou le pardon de leurs fautes. L'offre d'une amnistie ne saurait les rassurer. Ils penseront au contraire pouvoir faire une meilleure composition [--accord--] les armes à la main qu'en se livrant sans combattre. Ils se serviront des gardes nationales et autres citoyens armés et se les attacheront sous couleur de défendre la cause du peuple et de s'opposer à ses ennemis. Ils commenceront même la guerre en se jetant sur les aristocrates pour rendre les partis plus divisés. Ce premier exemple donné à Paris et par l'Assemblée ne sera-t-il pas suivi dans l'intérieur du royaume ? Il faut remarquer qu'il y a dans tous les départements des hommes qui ont commis chez eux les mêmes violences que les principaux chefs de la révolution, qu'ils craindront pour eux le même traitement, et que se trouvant aujourd'hui à la tête de l'administration, ils auront à la fois l'intérêt et le moyen d'armer le peuple. Voilà donc toute la France armée, et le peuple poussé à toutes les violences contre ce qu'on appelle aristocrates [ceux pour la monarchie et le roi]. Qui peut dire combien de malheurs en seront la suite ? Toutes les familles de ceux qui auront passé à Coblentz seront peut-être égorgées. S'ils triomphent, ils voudront se venger ; combien de sang répandu ! et comment l'éviter lorsqu'on a imbu le peuple de l'idée — que les propos en Flandre et en Allemagne n'accréditent malheureusement que trop — que les émigrants ne voulaient que se venger, et que si le secours des Puissances étrangères leur manquait, ils entreraient en France avec leurs seules forces, et que certains de périr, ils ne périraient pas du moins sans vengeance.
« La guerre sera donc inévitable parce que tous ceux qui sont en autorité se trouvent intéressés à la faire ; elle sera horrible parce qu'elle aura pour principe la violence et le désespoir. Un Roi peut-il de sang-froid envisager tous ces malheurs et les appeler sur son peuple ?
« Je sais que les Rois se sont toujours fait honneur de regagner par la force ce qu'on voulait leur arracher ; que de craindre alors les malheurs de la guerre s'appelle faiblesse. Mais j'avoue que ces reproches m'affectent moins que les malheurs du peuple, et mon cœur se soulève en pensant aux horreurs dont je serais la cause.
« Je sais combien la Noblesse et le Clergé souffrent de la révolution — tous les sacrifices qu'ils avaient si généreusement proposés n'ont été payés que par la destruction de leur fortune et de leur existence —. Sans doute on ne saurait être plus malheureux et l'avoir moins mérité. Mais pour des crimes commis faut-il en commettre d'autres ? Moi aussi j'ai souffert, mais je me sens le courage de souffrir encore plutôt que de faire partager mes malheurs à mon peuple.
« Qui peut d'ailleurs se flatter de réparer tant d'injustices ? On compte beaucoup sur le succès de la guerre. En effet, des gardes nationales et des régiments sans officiers ne doivent pas résister longtemps à des troupes bien disciplinées et à l'élite de la Noblesse. Mais ces troupes étrangères ne pourront pas se fixer dans le royaume, et lorsqu'elle n'y seront plus, comment gouvernera-t-on si l'insubordination recommence ? Et comment l'éviter si l'esprit de la nation n'est pas changé ? Je sais qu'on se flatte parmi mes sujets émigrés d'un grand changement dans les esprits. J'ai cru longtemps qu'il se préparait, mais je suis détrompé aujourd'hui. La Nation aime la Constitution parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe au dessus, l'égalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en particulier, mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la Constitution. Le bas peuple voit que l'on compte avec lui, le bourgeois ne voit rien au dessus ; l'amour-propre est satisfait ; cette nouvelle jouissance a fait oublier toutes les autres. Les pertes qu'ils éprouvent leur paraissent toucher à leur terme. Ils n'attendaient que la fin de la Constitution pour être parfaitement heureux ; la retarder était à leurs yeux le plus grand crime parce que tous les bonheurs devaient arriver avec elle. Le temps leur apprendra combien ils se sont trompés, mais leur erreur n'en est pas moins profonde. Si l'on entreprenait aujourd'hui de la renverser, ils n'en conserveraient l'idée que comme celle du plus grand moyen de bonheur : et lorsque les troupes qui l'auraient renversée seraient hors du royaume, on pourrait avec cette chimère les remuer sans cesse, et le Gouvernement se trouverait dans un système opposé à l'esprit public, et sans moyen pour le contenir [--faire expérience de la constitution pour en voir l’erreur--]. On ne gouverne jamais une nation contre ses habitudes [-- Louis l’a toujours pensé--]; cette maxime est aussi vraie à Constantinople que dans une république ; les habitudes actuelles de cette nation sont dans les Droits de l'Homme, tout insensés qu'ils sont [-- manque de sens tant que non précisé par la loi ; mais il en a accepté les principes cf avt --]. Une force immense ne pourrait pas la gouverner longtemps dans une opinion contraire. Comment le pourrait-on lorsque cette force ne serait plus ?
« Je sais tous les secours qu'on peut attendre des Français armés qui resteraient auprès du trône [--ironie--] ; mais leurs forces pourraient-elles dominer longtemps celles de la multitude ? Ne faut-il pas une armée ? Ne la faut-il pas subordonnée ? et où la trouver lorsque les idées d'indépendance ont germé dans toutes les classes, et lorsqu'elles seront encore les plus chères et les plus dominantes ? D'ailleurs cette Aristocratie qui serait l'appui et la ressource de la Royauté, est-elle bien unie dans un même esprit ? N'a-t-elle pas ses partis et ses opinions diverses ? Ceux qu'on appelle aristocrates à Paris, le seraient-ils dans d'autres endroits ? S'il faut en croire les gens instruits, il y a autant de partis dans ce système que dans l'autre. Tel veut l'ancien ordre de choses, tel les Etats Généraux, tel le gouvernement anglais. Dans ces différents partis, qui seraient encore plus divisés entre eux s'ils venaient à être les plus forts, et dont plusieurs composeraient (s'entendraient) plutôt avec les Jacobins qu'avec une division de l'Aristocratie, quelle véritable force pourraient-ils donc donner au gouvernement ? J'y ai bien pensé, et j'ai vu que la guerre ne présentait d'autres avantages que des horreurs et toujours de la discorde. J'ai donc cru qu'il fallait éloigner cette idée, et j'ai cru devoir essayer encore des seuls moyens qui me restaient : la réunion de ma volonté aux principes de la Constitution.
« Je sens toutes les difficultés de gouverner ainsi une grande nation ; je dirai même que j'en sens l'impossibilité ; mais l'obstacle que j'y aurais mis aurait porté la guerre que je voulais éviter, et aurait empêcher le peuple de bien juger cette Constitution, parce qu'il n'aurait vu que mon opposition constante. En adoptant ses idées, en les suivant de bonne foi, il connaîtra la cause de ses malheurs ; l'esprit public changera, et puisque sans ce changement on ne pouvait espérer que des convulsions nouvelles, je marchais mieux vers un meilleur ordre de choses par mon acceptation que par mon refus.
« J'ai donc préféré la paix à la guerre, parce qu'elle m'a paru à la fois plus vertueuse et plus utile ; je me suis réuni au peuple parce que c'était le seul moyen de le ramener, et entre deux systèmes, j'ai préféré celui qui ne m'accusait ni devant mon peuple, ni devant ma conscience
. En prenant ce parti, serai-je encore exposé aux reproches d'une partie de mes sujets dont les malheurs m'occupent plus que leurs injustices. Je plains la Noblesse, le Clergé, toutes les victimes de la révolution ; mais lorsque mon devoir se combine avec leurs intérêts, ne dois-je en attendre que des sentiments indignes d'eux et de moi ? Leur estime m'est chère, parce qu'elle est le droit le plus ancien et le plus beau de ma Couronne, et je me voudrais du mal à moi-même, si jamais j'avais pu penser qu'étant auprès de mes frères, ils pussent oublier leurs devoirs envers leur Roi. Ils honorent trop la vérité pour ne pas estimer les sacrifices que je lui fais.
« J'ai voulu vous faire connaître les motifs de mon acceptation, pour que votre conduite fût conforme à la mienne. Votre attachement pour moi, et votre sagesse doivent vous faire renoncer à des idées dangereuses que je n'adopte pas. Vous seriez bien injustes, si vous ne pensiez pas combien je suis occupé de votre position.
«Que les princes se conduisent de manière à m'épargner des décrets que l'Assemblée pourrait me présenter contre eux ; que la conduite de tout ce qui vous entoure soit telle qu'on ne puisse pas me soupçonner des intentions contraires au système que je vais suivre. Le courage de cette Noblesse, qui mérite un grand intérêt, serait sans doute mieux entendu si elle rentrait en France pour augmenter la force des gens de bien, au lieu de servir les factieux par sa réunion et par ses menaces. Qu’elle se conduise de manière que la multitude égarée dans l’ivresse de la nouveauté, cesse de croire que les aristocrates sont ses ennemis ; qu’au contraire ils se montrent désirer véritablement son bonheur, et ne lui donner plus d’inquiétudes. Je suis persuadé qu’en peu de temps ils regagneront une partie de ce qu’ils ont perdu ; qu’ils se persuadent bien qu’à présent la lutte sera entre la presque totalité du peuple, mais que si on lui donne le temps de regarder sur lui, et qu’on le désintéresse sur ce qui le touche personnellement, elle sera réduite entre un petit nombre d’ambitieux et d’intrigants qui veulent s’élever au dessus de la place où la nature les a mis. La véritable Noblesse aura alors beau jeu pour rentrer dans toute sa considération et dans une partie de ses droits. Ce que je dis de la Noblesse peut s’appliquer de même à la Royauté.


Voilà les paroles du Roi. Comme Louis a envoyé une copie à l'Empereur son beau frère l'Empereur Léopold 2, ce dernier pourra répondre aux frères du Roi : "Non seulement je crois que le Roi mon beau frère a sérieusement accepté la Constitution et répugne à toute idée de contre révolution (--là sans doute il s'engageait tout de même un peu--), mais je le sais de source certaine. Vos Altesses Royales le savent aussi: il vous a communiqué ses dispositions véritables par un mémoire secret qui renferme sur le parti qu'il a pris des motifs et des arguments supérieurs à ceux qu'on allègue en faveur du contraire."
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