La Convention était-elle une assemblée démocratique ?

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La Convention était-elle une assemblée démocratique ?

Message par BRH » Samedi 14 Avril 2007 14:01:33

Je reprends le débat ici:

Marchand a écrit :Effectivement, il ne s'agissait pas d'élections démocratiques telles que nous l'entendons aujourd'hui (les hommes uniquement, vote censitaire, etc). Mais qu'avions nous avant ? Rien. Ces premières élections, même si éloignées de nos principes actuels, constituaient une avancée extraordinaire. Une sorte de révolution, en quelque sorte !


Rien avant ?

Et les élections de 1791 pour la "Législative" ?
Et celles de 1789 pour la désignation des députés du Tiers ?

L'abstention aux élections de septembre 1792 ne vous trouble pas ? Pourtant le décret du 11-10 août a prévu que tout électeur obligé de se déplacer "recevra 20 sous par lieue, outre 3 livres par journée de séjour". Le climat de terreur qui se répand en France depuis Paris, les arrestations arbitraires, les pillages tolérés, sinon encouragés, les meutres impunis, dissuadent les candidats qui ne sont pas jacobins de se présenter!

Comme l'écrit Taine: "je ne parle pas ici des nobles ou des amis de l'ancien régime, qui sont en fuite ou en prison, mais des monarchistes constitutionnels et des Feuillants. De leur part, toute initiative électorale serait une folie, presque un suicide. Aussi bien, pas un d'eux ne se met en avant. Si quelque modéré honteux, comme Durand de Maillane, figure sur une liste, c'est que les révolutionnaires l'ont adopté sans le connaître et qu'il jure haine à la royauté."

"Les autres qui, plus francs, ne veulent pas endosser la livrée populaire et recourir au patronage des clubs, se gardent soigneusement de se présenter; ils savent trop bien que ce serait désigner leurs têtes aux piques et leurs maisons au pillage. Au moment même du vote, les propriétés de plusieurs députés sont saccagées, par cela seul, que "dans le tableau comparatif des sept appels nominaux" envoyé aux départements par les Jacobins de Paris, leurs noms se trouvent à droite."

"Par un surcroît de précautions, les constitutionnels de la Législative ont été retenus dans la capitale; on leur a refusé des passeports, pour les empêcher d'aller en province rallier les voix et dire au public la vérité sur la révolution récente [note BRH: les massacres de septembre]. Pareillement, tous les journaux conservateurs ont été supprimés, réduits au silence, ou contraints à la palinodie."

"Or, quand on n'a pas d'organe pour parler, ni de candidat pour être représenté, à quoi bon voter ? D'autant plus que les assemblées primaires sont des lieux de désordre et de violence, qu'en beaucoup d'endroits les patriotes y sont seuls admis, qu'un modéré y "est insulté et accablé par le nombre", que, s'il y parle, il est en danger, que, même se taisant, il a la chance d'y récolter des dénonciations, des menaces et des coups. Ne pas se montrer, rester à l'écart, éviter d'être vu, telle est la règle... C'est pourquoi la majorité s'abstient, et autour du scrutin, le vide est énorme."

Et à peine un électeur sur deux s'est déplacé... Donc, les conventionnels n'avaient ni droits, ni titres, ni qualité pour parler AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS !

Ils ont usurpé l'autorité au moyen d'un simulacre de démocratie!!!

Telle est la Vérité, si insupportable à entendre par les zélateurs de la république! Sans doute parce que l'on s'en prend au MYTHE FONDATEUR de cette même république...

Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par BRH » Samedi 14 Avril 2007 14:05:10

Marchand a écrit :Si j'ai écrit 'rien avant', il s'agissait de 'l'avant Révolution Française'. Vous parliez spécifiquement des élections à la Convention et j'avais mal lu. Dont acte.

Sur la légalité des élections à la Convention, et la représentativité de cette dernière, à chacun sa vérité. Je m'en tiens à la mienne (qui ne prétend pas être la Vérité) : la Convention a été légalement élue, et a représenté le peuple français tout à fait légitimement durant sa mandature. Que nos conceptions actuelles de la démocratie la jugent mal élue, pourquoi pas. En 2007 on peut faire dire beaucoup de choses rétroactivement à l'Histoire. Il est à noter que dans sa composition, une grande partie de ses membres, même au 9-Thermidor, n'était pas jacobins (ni montagnards).

Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par BRH » Samedi 14 Avril 2007 14:06:36

Marchand a écrit: Sur la légalité des élections à la Convention, et la représentativité de cette dernière, à chacun sa vérité. Je m'en tiens à la mienne (qui ne prétend pas être la Vérité) : la Convention a été légalement élue, et a représenté le peuple français tout à fait légitimement durant sa mandature. Que nos conceptions actuelles de la démocratie la jugent mal élue, pourquoi pas. En 2007 on peut faire dire beaucoup de choses rétroactivement à l'Histoire. Il est à noter que dans sa composition, une grande partie de ses membres, même au 9-Thermidor, n'était pas jacobins (ni montagnards).

Légalement élue ? Non, compte-tenu des violations nombreuses exercées au sein mêmes des assemblées électorales.

Elle a représenté légitimement le peuple français ? Non, pas pour moi. Au mieux, elle représentait un tiers de ses mandants. Quant aux conventionnels, ils étaient tous admis par les Jacobins ou des sociétés de pensée qui leur étaient affiliées...

Les Montagnards firent l'élection à Paris et dans quelques autres endroits. Les Girondins dominèrent en Province. Partout les monarchistes furent pourchassés ou empêchés de se représenter.

Cela n'a évidemment rien à voir avec la conception que se fait tout citoyen honnête de la démocratie...

Quant au référendum de 1793, censé régulariser toutes les violations du Droit et approuver la nouvelle constitution (jamais appliquée), là encore, moins d'un Français sur deux l'approuvât !

Pour le reste, l'essentiel des réformes s'était accompli sous la Constituante et la Législative. Quels sont les apports de la Convention ? Je n'en vois aucun, sauf l'abolition de l'esclavage, mesure qui ne fut même pas appliquée par les deux-tiers de nos colonies...

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Message par Baron Percy » Samedi 14 Avril 2007 19:05:17

Il me semble difficile de parler d'une assemblée démocratique quand on sait que les 735 membres de la Convention n'étaient élus que par 730.000 votants au total.
Celle-ci fait donc plutôt figure de minorité non-représentative.
"Les erreurs du passé sont les faiblesses de l'avenir"
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Message par BRH » Samedi 14 Avril 2007 19:55:42

Ultimes précisions avant de déformer la pensée de certains historiens. :wink:

François Furet : "Théoriquement les élections auraient dû se faire au suffrage universel à deux degrés. En fait, des aristocrates aux feuillants, les adversaires du 10 août furent écartés. A Paris, où le vote eut lieu en public et à haute voix, on interdit le suffrage aux signataires des anciennes pétitions royalistes. Quant au peuple des "passifs", il craignit ou ignora l'usage de ses droits civiques. Ce fut donc une minorité politiquement engagée qui désigna les membres du Parlement le plus audacieux de notre Histoire". (La Révolution française, François Furet et Denis Richet)

Patrice Gueniffey : "Dès la suspension du roi et la convocation d'une Convention nationale, le 10 août 1792, la préparation des élections commença. A Paris, sous la férule des Jacobins, des Cordeliers, de la Commune et de quelques sections, des mesures d'épuration et d'inégibilité furent prises pour écarter des assemblées électives les Feuillants et les modérés, et de cette façon empêcher le renouvellement de la situation délicate de l'année précédente. L'essentiel de cette opération de tri fut accomplie avant le 26 août, date de réunion des assemblées primaires. Un contrôle étroit de leurs opérations écarta tout danger : elles durent voter à haute voix, et l'assemblée du second degré se réserva, par le biais de la vérification des pouvoirs de ses membres, de pouvoir "réviser" leurs choix. Au second degré, les scrutins eurent également lieu à haute voix et, pour plus d'efficacité, les électeurs quittèrent la salle de l'Evêché pour celle des Jacobins, où les séances eurent lieu en présence du public.
Presque caricaturale, la session parisienne fut sans surprises : les principaux leaders du club, de la Commune, des Cordeliers furent élus à la Convention.
En province au contraire, les Girondins les plus en vue furent pour la plupart réélus. Les mesures d'épuration et d'encadrement adoptées dans de nombreuses assemblées d'après le modèle parisien n'empêchèrent pas l'élection d'adversaires résolus des nouveaux maîtres de la capitale. Comment expliquer ce contraste entre Paris et les départements ? D'un côté Paris connaissait une situation exceptionelle, dans laquelle les opposants ne pouvaient se manifester. Mais le facteur explicatif le plus sérieux est la stratégie à deux vitesses menée par les Jacobins : dans la capitale, il maîtrisèrent les élections pour évincer les brissotins que l'insurrection du 10 Août, en forgeant le mythe d'une "union sacrée" contre la trahison et le complot de l'intérieur, avait sauvé du désastre ; en même temps les Jacobins pouvaient ainsi constituer une députation parisienne qui serait le prolongement du club dans la Convention. En province, moins sûr des sociétés affiliées, dont les convictions étaient parfois très modérées, le cub avait préféré adopter un point de vue minimal, qui écarterait les Feuillants de la Convention et offrirait aux électeurs, non l'alternative Jacobins-Commune/Girondins-pouvoir légal, mais le choix entre les vaincus et l'ensemble des bénéficiaires du 10 Août (...)
Les élections pour la Convention furent bien des élections jacobines : par les députés parisiens et leurs alliés, le club put gouverner la Convention et bientôt, dès l'exécution du roi, entamer le procès et la liquidation des Girondins. L'inégalité de traitement entre Paris et la province illustre une caractéristique fondamentale des élections révolutionnaires : si les choix ont lieu avant les opérations électorales proprement dites, c'est après que commencent les luttes décisives pour la légitimité". (Article consacré aux Elections par Patrice Gueniffey dans le Dictionnaire critique de la Révolution française)

Par ailleurs, il peut être intéressant de consulter le Dictionnaire de la Révolution française de Jean Tulard : "Les modalités des vote sont très variables. Certains départements pratiquent le vote à bulletin secret, mais la Commune de Paris impose un vote public expimé nominalement et à haute voix, un moyen de faire peur aux modérés qui réussit, puisque tous les élus de Paris sont favorables au parti jacobin soutenu par les autorités municipales. Les abstentions sont extrêmement nombreuses et la Convention ne représente en rien le pays puisque 700000 électeurs seulement sur 7500000 ont voté".
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par philippicus » Samedi 14 Avril 2007 21:40:50

BRH a écrit :
Marchand a écrit :Si j'ai écrit 'rien avant', il s'agissait de 'l'avant Révolution Française'. Vous parliez spécifiquement des élections à la Convention et j'avais mal lu. Dont acte.

Sur la légalité des élections à la Convention, et la représentativité de cette dernière, à chacun sa vérité. Je m'en tiens à la mienne (qui ne prétend pas être la Vérité) : la Convention a été légalement élue, et a représenté le peuple français tout à fait légitimement durant sa mandature. Que nos conceptions actuelles de la démocratie la jugent mal élue, pourquoi pas. En 2007 on peut faire dire beaucoup de choses rétroactivement à l'Histoire. Il est à noter que dans sa composition, une grande partie de ses membres, même au 9-Thermidor, n'était pas jacobins (ni montagnards).



Parce qu'avant la Révolution, les Français n'avaient pas le droit d'élire qui que ce soit ? On ne doit pas parler du même pays ! :lol: :lol: :lol:
philippicus
 

Message par Marchand » Dimanche 15 Avril 2007 15:05:10

Parce qu'avant la Révolution, les Français n'avaient pas le droit d'élire qui que ce soit ? On ne doit pas parler du même pays !


Bien non, pas "qui que ce soit", comme vous l'écrivez si joliment. Mais peut être allez-vous nous dire que bien avant la Révolution, la monarchie s'appuyait déja sur un systéme politique assis sur la représentativité d'élus ayant pouvoir d'influer sur la politique du royaume ? J'attends avec impatience votre brillante démonstration sur la représentativité politique du peuple dans les organes de gouvernement de la France médiévale et féodale.

Qu'est-ce qu'on peut lire !![NDA: Merci de demeurer courtois.]
Marchand
 
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Message par philippicus » Lundi 16 Avril 2007 09:22:37

Marchand a écrit :
Parce qu'avant la Révolution, les Français n'avaient pas le droit d'élire qui que ce soit ? On ne doit pas parler du même pays !


Bien non, pas "qui que ce soit", comme vous l'écrivez si joliment. Mais peut être allez-vous nous dire que bien avant la Révolution, la monarchie s'appuyait déja sur un systéme politique assis sur la représentativité d'élus ayant pouvoir d'influer sur la politique du royaume ? J'attends avec impatience votre brillante démonstration sur la représentativité politique du peuple dans les organes de gouvernement de la France médiévale et féodale.

Qu'est-ce qu'on peut lire !![NDA: Merci de demeurer courtois.]


Pourquoi pas remonter aussi à la Gaule ?
Vous avez écrit qu'il n'y avait "RIEN " avant la Révolution, ce qui est absurde ! Point à la ligne !
On se demande alors pourquoi de brillants esprits ont pu écrire que la France était un pays hérissé de libertés ! Mais il es vrai qu'il s'agissait de libertés vraies et non de la LIBERTE donnée au PEUPLE d'avoir l'ILLUSION de se croire son propre SOUVERAIN, maître de son destin en étant REPRESENTE dans son propre GOUVERNEMENT !
Puisque vous m'en offrez l'occasion, je reviendrai en une phrase sur un débat esquissé sur l'autre discussion de ce sous-forum, où vous sembliez avoir admis que l'impact de la Révolution sur l'histoire de l'Humanité était peut-être dû à la puissance de la France en 1789, avant d'écrire qu'en ayant voulu trop démontré par un rapprochement entre le nombre d'invasions subies par la France avant et après la Révolution je n'avais rien démontré du tout, au motif classique qu'à vouloir trop prouver on ne prouve rien !

Si la France avait été seule au monde face à l'Allemagne nazie en 1940, et s'il n'y avait pas eu les USA qui sont intervenus à ses côtés, durant les 2 dernières guerres mondiales en partie grâce à Louis XVI - mais OUI ! ceux qui auraient envie de rire sont invités à s'interesser de près à l'action du lobby germanique aux USA ...- qui peut prétendre qu'elle existerait toujours ? ...

En ce qui me concerne, je puis déjà vous assurer que je ne serai certainement pas né ! Ce qui clôturera le débat, puisque je viens de découvrir votre message après censure de l'administrateur !...
Et il est certainement préférable que je n'ai pas lu ce que vous aviez écrit auparavant !
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Message par BRH » Lundi 16 Avril 2007 09:30:49

Il convient surtout de préciser que les Français votaient pour désigner les représentants des paroisses et de certaines villes. Le maire était toujours désigné par le Roi, mais parmi les échevins.

Le scrutin variait d'une ville à l'autre, d'une province à une autre. Mais le Tiers y était souvent prépondérant, sauf dans les Provinces. Tocqueville en a fait un bon résumé dans "l'Ancien Régime et la Révolution".
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: La Convention était-elle une assemblée démocratique ?

Message par BRH » Mercredi 21 Septembre 2011 11:36:30

Jean Massin (Robespierre, le club du livre, 1956), écrit :

"Brissot, député de Paris à la législative, n'avait même pas pu se faire choisir parmi les "électeurs". Robespierre, en revanche, avait été élu par l'unanimité de sa section en premier. Dès le début des opérations de l'assemblée, Robespierre propose d'exclure du corps électoral tous ceux qui ont fait partie des Clubs de droite, monarchique, feuillant, etc... tous les signataires de la pétition "des 20 000", tous ceux qui ne pourront pas justifier de leur civisme politique....il s'agit de priver momentanément les ennemis du peuple de leurs droits électoraux tant que le peuple est en danger. L'assemblée électorale adopte immédiatement la motion de Robespierre, et les suspects s'éclipsent d'eux-mêmes sans attendre qu'on discute leur cas; ils étaient environ 200 sur un total de 990 électeurs."

Quelle belle démocratie !
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