"La Maladrerie"

"La Maladrerie"

Message par BRH » Mercredi 26 Octobre 2011 15:27:01

Par Pierre Martin-Civat.

Nous n'avons que très peu de renseignements sur l'ancienne maladrerie de Cognac existant jadis à l'est de
la ville, en dehors des remparts, en bordure de la route d'Angoulême. Elle est à peine citée dans le "Pouillé
Historique" de l'abbé Nanglard qui la place sous le vocable de Notre-Dame1. Dans ses "Études
Historiques sur l'Angoumois" publiées en 1835, Marvaud paraît en faire remonter la fondation au XIIIe
siècle, c'est-à-dire au temps des Lusignan 2. En réalité, elle n'est mentionnée avec certitude qu'à partir du
XVe siècle; nous la trouvons dans le testament de Jean de Valois, comte d'Angoulême, rédigé le 12 avril
1467; "aux ladres, pour aider à faire leur chapelle hors la porte de nostre dicte ville de Coingnac huit
livres cinq sols tournois une fois paîez"3. La léproserie est également citée dans le testament de
Marguerite de Rohan, veuve du comte Jean, daté du 14 février 1492: "Item aux pauvres ladres qui seront
es maladreries de Coingnac, Chastelneuf et Engoulesme, à chascunes desdittes maladries, la somme de
dix livres tournois4.

Le Pouillé général de l'Archevêché de Bordeaux5 cite la maladrerie de Cognac comme étant de fondation
royale et avec la mention "y nomme le grand aumônier". En fait, les constructions et les terres de la
léproserie étaient à cette date affermées à des particuliers, comme le prouve un acte de ferme du 13 juillet
1644, consenti par les marguilliers de Saint-Léger-de-Cognac, en faveur du nommé Emériau, de l'église et
chapelle Saint-Lazare et des terres qui en dépendent; l'acte passé devant Arnaud, notaire, était fait au nom
des marguilliers Michel Berjonneau, premier président en l'Élection, Raymond Dexmier, conseiller en
l'élection, Guillaume Beaurivier, avocat, et Jehan Rouhaud, marchand; la location était faite pour cinq ans,
moyennant une rente de huit livres tournois et le locataire s'engageait à entretenir la couverture de "ladite
chapelle Saint-Lazare6. Un autre acte, un peu postérieur, cite aussi la maladrerie. Le 4 mars 1656,
honorable homme Jacques Robicquet sieur de Lescart, échevin, et dame Marie Saisit son épouse, vendent
à Denis Saisit, maître apothicaire, demeurant à Cognac, une pièce de terre située en la paroisse de Saint-
Martin, près la chapelle Saint-Lazare, tenue à rente noble de la seigneurie et commanderie de Boutiers. Ce
dernier détail nous permet de penser que les templiers de la commanderie de Boutiers avaient
probablement été, au moyen âge, les fondateurs de la Maladrerie.

Même affermée, la chapelle Saint-Lazare gardait encore au XVIIe siècle un caractère semi religieux,
puisque les processions de la paroisse Saint-Léger s'y rendaient le jour de Pâques, après vêpres, et le jour
de la Pentecôte, comme nous l'apprend le cérémonial de 16897.

Cognac possède aujourd'hui une rue de la Maladrerie, mais il n'y faut point chercher les vestiges de
l'établissement; la Maladrerie se trouvait en effet à quelque distance de là, au carrefour du chemin
d'Angoulême et du chemin de Roissac (avenue Victor-Hugo et rue de Segonzac). La chapelle Saint-Lazare,
existe même encore, comprise parmi les bâtiments d'une biscuiterie; donnant sur une cour intérieure, c'est
un petit édifice non voûté, de neuf mètres de long environ, sur quatre mètres cinquante de large. La
façade, sans aucun ornement comporte uniquement une porte en plein cintre et au-dessus une étroite
fenêtre de même forme; trois autres fenêtres éclairaient primitivement le choeur, celle du fond subsiste,
mais celles des côtés ont été murées. Une construction plus récente, élevée à droite de la façade, a fait
disparaître l'aspect primitif du pignon, mais dans l'ensemble, l'on reconnaît assez bien un petit édifice de la
fin du moyen âge. Le testa ment de Jean de Valois spécifiait que le legs fait aux lépreux devait les aider "à
faire leur chapelle hors la porte de nostre dicte ville de Coingnac", sans doute fut-elle édifiée peu après,
c'est-à-dire dans le dernier tiers du XVe siècle. L'ancienne église Saint-Lazare ne présente certes que peu
d'intérêt archéologique, mais il nous paraît bon, néanmoins, d'en signaler l'existence 8.

1

Pouillé Historique du diocèse d'Angoulême. Angoulême 1900. Tome III, page 546.
Marvaud, page 171.
3
Marvaud: Études historiques sur la ville de Cognac. Niort 1870, Tome I, page 192.
4
Marvaud: id., id. Tome I, page 200.
5
Pouillé Général de l'Archevêché de Bordeaux. Paris, Alliot, 1648. Page 59.
6
Archives municipales de Cognac. Fonds Saint-Léger. Carton I.
7
Fonds Saint~Léger. Cérémonial de 1689. Carton III.

8

F. Marvaud écrit à propos de Cognac: "Une maison, située dans la, rue du Palais, était autrefois l'église des
chevaliers de Saint-Lazare, que le peuple, par corruption, appelait Saint-Ladre. Ils avaient pour habitations les
maisons voisines. Une d'elles garde encore cette devise de l'Ordre: "Spero lucem per Christum" (page 170). En
réalité, les affirmations de Marvaud ne reposent sur aucun fondement; il ne les a du reste pas répétées dans ses
"Études historiques de la ville de Cognac". (Niort 1870). La maison portant la devise latine précitée datait en réalité
de la fin du XVIe siècle, comme l'indiquait le millésime de 1594, et n'avait rien de commun avec l'Ordre de Saint-
Lazare. Elle a été démolie au cours du XIXe siècle et occupait l'emplacement de l'actuel n 20 de la rue de l'Isle-d'Or.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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