Les bannis s'expriment

Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Lundi 18 Juin 2012 11:22:37

Suite à la lecture de ce fil ou non,

Savinien a écrit :PS : Je rectifie à propos de légitimité : y-a-t'il des États qui ont refusé de reconnaitre le statut d'Hitler ou le III Reich en 1933 ? Je n'ai pas l'impression que l'arrivée au pouvoir d'Hitler ait provoqué une migration des ambassadeurs en Allemagne. Bref pour le coup de la légitimité ...


Comme souvent, la rapidité hitlérienne provoque stupeur et attentisme. Mais pas, pour autant, légitimité.

Le nouveau chancelier est l'auteur d'un gros livre tirant à boulets rouges sur le traité de Versailles. Je rappelle d'ailleurs un fait sur lequel peu, à part moi, insistent : le premier communiqué du nouveau gouvernement allemand, le 31 janvier 33, indique qu'il respecte les traités en vigueur. Soulagement mondial ! "Cet homme est comme nous tous, il raconte n'importe quoi pour arriver au pouvoir."

Oui mais... c'est qu'il n'a renoncé à rien, et agit en conséquence ! En installant une dictature sur les cendres d'un Reichstag dont on pense assez communément qu'il y a mis le feu, en entamant un réarmement clandestin, en faisant plus ou moins passer les SA pour une armée... C'est bien pour cela qu'il va avoir un besoin permanent de retremper sa légitimité. Et que le concordat tombe à point nommé.

Et que les grenouilles et crapauds de bénitier qui nous expliquent les fondements hautement spirituels du concordat sont des négationnistes végétant à l'abri d'une censure :D .
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Lundi 18 Juin 2012 12:54:44

.
Voyez cela, bonnes gens !

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 12#p409412

Il y a là, tout simplement, le premier post circonstancié de Raguse à Delpla sur Passion-Histoire depuis près d'un an.

Tout n'est pas réglé pour autant !

Il manque encore à ses devoirs de modérateur (écrivant, nous dira-t-il sans doute, à titre de simple membre, mais devant donner l'exemple) lorsqu'il se permet des allusions au présent forum et au présent fil, sans le dire et bien sûr sans mettre de lien.

Sur le fond, les chevau-légers de ce matin sont hors course. Raguse prend à son compte une vision de Hitler particulièrement rétrograde et naïve. Il aborde le Troisième Reich morceau par morceau, en se refusant obstinément à toute vision d'ensemble. Il isole donc plus que quiconque la question du concordat, censée pouvoir être considérée en vase clos. Par ailleurs, il développe un argument que je n'avais point vu encore dans cette discussion et qui me replonge dans l'atmosphère d'un débat de 2010 sur Causeur avec un clérical nommé François Miclo http://www.causeur.fr/pie-xii-pape-bava ... 1#comments : il ne faudrait pas faire de l'anachronisme en voyant le nazisme à la lumière de tout ce qu'il a fait ensuite ! Autant dire : "Mein Kampf connais pas".

Or justement :

-s'il y a une idéologie à laquelle le nazisme s'opposait et dont les adeptes pouvaient flairer mieux que d'autres ce qui se tramait, c'est bien le christianisme;

-le cardinal Pacelli avait écrit à ce sujet dès 1929 des phrases absolument claires : "« Ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin - je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. - Qui parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ? »".

Cette lucidité précoce n'est évidemment pas atténuante pour les magouilles opportunistes à très courte vue de 1933. Comme on ne peut pas penser que son auteur l'ait oubliée, une conclusion s'impose : il se croit le plus malin. Il avait compris la malfaisance de Hitler idéologue, il ne croit pas à la capacité de Hitler homme politique d'arriver à ses fins.

C'est ce qu'on appelle jouer avec le feu... de l'enfer, ou encore dîner avec le diable, sans avoir pris soin d'apporter une grande cuillère.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Lundi 18 Juin 2012 15:29:15

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 35#p409435

Je ne cesse de boire du petit-lait aujourd'hui, va falloir que je fasse attention à ma ligne !

Alain.g a écrit : Sujet du message: Re: Nouveau regard sur Pie XII
MessagePosté: 18 Juin 2012 14:31

Daniel Laurent a écrit:
.. il me semble plausible que la décision de signature de ce concordat ait été entraînée par une crise d'anticommunisme au Vatican ...
Alain.g n'attribue aucune intelligence ni aucun esprit d'anticipation à Hitler



Vous plaisantez, le concordat de 1933 était une demande pressante du Zentrum catholique qui depuis le décret du 28 février 1933 suspendant les libertés individuelles était inquiet pour les libertés religieuses.
Pour obtenir les voix du Zentrum afin de voter à la majorité des 2/3 une réforme constitutionnelle de pleins pouvoirs, la loi d'habilitation du 23 mars 1933, Hitler lui avait promis de revenir sur le décret de suppression des libertés et précisément de donner des garanties sur les libertés religieuses.
L'enjeu était donc énorme pour le Vatican et les catholiques allemands et la garantie devait être la signature d'un concordat. Hitler a signé le Concordat promis puis il a trahi sa promesse en maintenant le décret et en violant les libertés regieuses: interdiction des associations et des mouvements catholiques, des partis et syndicats, arrestations de prêtres ...
C'est cette manière de tromper et de trahir ses engagements tout au long de sa carrière, que vous appelez l'intelligence et l'esprit d'anticipation d' Hitler, Daniel Laurent ! Belle anticipation qui le mène à la ruine de son pays et au suicide dans un bunker.


Si je comprends bien Hitler promet un concordat en mars pour obtenir les voix du Zentrum lors du vote d'une loi... et tient parole en juillet après avoir achevé de détruire la démocratie et les partis, dont le Zentrum : quel gentleman !

Mais ensuite, pour tenter de contredire mes propos (qui ont voyagé jusque sur PH dans les bagages de Daniel Laurent traité publiquement de "valet" pour la circonstance par un modérateur méritant là des guillemets au moins quadruples -le tout, comme toujours, à l'abri de son anonymat), le même Alain ne craint pas d'écrire que Hitler a "trahi ses engagements tout au long de sa carrière".

Cela en réponse à cette remarque : "Alain.g n'attribue aucune intelligence ni aucun esprit d'anticipation à Hitler". Eh bien, voilà quelqu'un qui reconnaît les faits ! Il ne nie pas, au contraire, il se vante : "C'est cette manière de tromper et de trahir ses engagements tout au long de sa carrière, que vous appelez l'intelligence et l'esprit d'anticipation d' Hitler, Daniel Laurent ! Belle anticipation qui le mène à la ruine de son pays et au suicide dans un bunker."

Ainsi, comme l'affaire a mal fini, c'est qu'elle a été mal menée dès le départ. Exit le hasard miraculeux de la présence de Churchill au pouvoir in extremis, exit l'effort surhumain de ce même Churchill pour maintenir son pays dans la guerre, puis pour créer et sauvegarder la Grande Alliance : ça a mal fini, donc c'était idiot d'un bout à l'autre !

Evidemment, dans ces conditions, la manière dont Pacelli se fait rouler dans la farine, de même que Roosevelt, ou encore Staline un peu plus tard, tout cela n'a pas à être repéré par les historiens, cela ne compte pas, c'est peanuts !

Bref, une attitude finaliste et complètement anti-historique : tout n'est que morale, et tout est bien qui finit bien.

Et les débats peuvent aisément se passer de qui ne pense pas comme cela.

Seule question: sont-ce encore des débats ?
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Lundi 18 Juin 2012 16:35:51

et hop, un petit coup de censure, et de trique à la fois, sans que nul ne puisse juger de sa justification :

Daniel Laurent a écrit :
Sujet du message: Re: Nouveau regard sur Pie XII
MessagePosté: 18 Juin 2012 13:49

Propos parasites supprimés.

_________________
Cordialement
Daniel



ce dont profite aussitôt un semeur de pagaïe dont nous nous étions demandé plus haut si ce n'était pas un nouvel avatar de Plavix et de Puyol :

Cardozo a écrit :
Sujet du message: Re: Nouveau regard sur Pie XII
MessagePosté: 18 Juin 2012 15:56

Daniel Laurent a écrit :
Sujet du message: Re: Nouveau regard sur Pie XII
MessagePosté: 18 Juin 2012 13:49

Propos parasites supprimés.




Si j'étais modérateur, je suggérerais à Raguse et DL de continuer le pugilat par messagerie.


Alain.g a écrit:
Hitler a signé le Concordat promis puis il a trahi sa promesse en maintenant le décret et en violant les libertés religieuses [...]
C'est cette manière de tromper et de trahir ses engagements tout au long de sa carrière, que vous appelez l'intelligence et l'esprit d'anticipation d'Hitler, Daniel Laurent ! Belle anticipation qui le mène à la ruine de son pays et au suicide dans un bunker.


Pour un débat sur les qualités et les défauts de Hitler, vous êtes priés de créer un fil. Revenons à Pie XII.


Autant le début est bien envoyé, s'agissant d'un immodérateur pris la main dans le sac (et va sans doute susciter une réaction de Raguse : trop tard, c'est sauvegardé ici !), autant la fin est sotte : s'il faut soupeser le comportement de Pie XII face au Troisième Reich en considérant Hitler comme hors sujet, on va parler de quoi ? De la longueur des robes des bonnes soeurs :twisted: ?
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Jeudi 21 Juin 2012 08:27:02

Ici http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 80#p409680 le dénommé Calade se révèle capable de raisonnements fins et, à mon avis, sains, sur la Résistance. Il se livre notamment à une démonétisation que je voudrais bien faire moi-même, sans en avoir trouvé le temps pour l'instant : celle de Simon Epstein, vulgarisé par Eric Zemmour; tous deux insinuent (Epstein) ou proclament (Zemmour, caricaturant Epstein sans que celui-ci réagisse) que la collaboration était prioritairement le fait de gens de gauche, par le biais du pacifisme.

Il n'en est que plus dommage et, je le répète, de la part des bannisseurs, coupable, de lui laisser le dernier mot dans le fil sur Raymond Aubrac, où il hurle avec les loups en ne les dénonçant pas et en se livrant à une diversion peu sensée sur l'action d'Aubrac à Marseille : http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... a&start=15 .
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Re: Les bannis s'expriment

Message par BRH » Jeudi 21 Juin 2012 13:47:09

Epstein a fait plus qu'insinuer, il me semble : il a donné une liste...
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Jeudi 21 Juin 2012 14:21:34

La mauvaise foi de toute cette entreprise consiste à présenter une juxtaposition de cas individuels sans rien qui permette d'en tirer une conclusion d'ensemble. Mais tout concourt à créer l'impression que l'itinéraire du pacifisme philosémite à la collaboration extrême est le plus typique.

Comme l'écrit excellemment Calade :

Tout ne se vaut pas. La collaboration prônée par Vichy après Montoire n'est pas du même ordre que celle des groupes collaborationnistes de Paris. Mais j'ai bien l'impression qu'il s'agit ici de simplifier à outrance plutôt que d'examiner la réalité du parcours des hommes d'une part et la structure du discours résistant ou collaborationniste d'autre part. Bref, je pense tout simplement que ceux qui viennent nous brandir antiracistes = collabos sont des gens de droite que l'antiracisme actuel excède. C'est tout à fait légitime en démocratie, et même sain, de critiquer les idées dominantes mais pourquoi vouloir réécrire l'histoire de manière simpliste ?
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Re: Les bannis s'expriment

Message par BRH » Jeudi 21 Juin 2012 14:48:21

Il y avait quand même plus de pacifistes philosémites à Vichy qu'à Londres... Dire que la droite était plus collaborationniste que la gauche, ça aussi, c'est réécrire l'histoire de manière simpliste.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Jeudi 21 Juin 2012 15:34:59

BRH a écrit : Dire que la droite était plus collaborationniste que la gauche


ou dire l'inverse, cela n'a tout simplement pas de sens !
mais ce sont là discours récurrents depuis 1945 pour régler des comptes politiques du jour.

Calade a bien raison là-dessus et j'aimerais qu'il puisse savoir que je lui en donne acte, tout en le priant d'arrêter de hurler avec les loups contre Raymond Aubrac.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Vendredi 22 Juin 2012 10:31:21

Je voudrais maintenant poster un message à destination, prioritairement, de Tonnerre.

La rage raguséenne qui a interrompu nos féconds échanges sur la folie de Hitler et sur la qualité des matériaux découverts à son sujet par Rudolf Binion ne doit pas nous empêcher de poursuivre, avec les moyens du bord. Un honnête homme finira bien par mettre un lien à l'adresse suivante : http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... &start=165, si la censure du verrouillage est levée entre-temps, ou par ouvrir un nouveau fil "folie de Hitler" sur PH.

Voici donc le passage de mon mémoire d'habilitation, soutenu lundi prochain à partir de 14h en l'université de Brest (tout lecteur passant par là est cordialement invité, y compris au pot qui suivra), concernant cet historien et tenant le plus grand compte des apports de notre discussion :

4) Le moment Binion (1976)


En 1976 paraît l'un des livres les plus importants sur Hitler, et encore à ce jour les plus méconnus même si la période récente autorise quelque espoir de voir finir ce purgatoire : Hitler Among the Germans . L’auteur, Rudolph Binion, est un universitaire de Boston, né en 1927 et passé de l’histoire politique française (avec des études sur Caillaux et Tardieu) à l’histoire culturelle allemande, en commençant par une biographie de Lou Andreas-Salomé . Voilà qui l’amène à Freud et aussi, très vite, à Hitler, par le truchement d’Ernst Deuerlein. Ce dernier, né en 1918, un Allemand catholique qui avait laissé une jambe en URSS puis commencé à fouiller, en tant que jeune historien, la genèse du nazisme, avait eu le temps, avant de mourir d’une crise cardiaque devant ses étudiants en 1971, de faire remarquer à Binion l’importance de la période de Pasewalk. Il l’avait notamment guidé vers une source étrangement précise : un roman d’Ernst Weiss, Der Augenzeuge, publié en 1963 après avoir été miraculeusement retrouvé. Car ce Juif germanophone, originaire des Sudètes et ami de Franz Kafka, s’était suicidé lors de l’entrée des Allemands dans Paris. Dans ce livre, on voit le soldat A. H. soigné par hypnose à l’hôpital de P. Le médecin lui suggère qu’il a l’étoffe d’un héros national en susurrant notamment : « Croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle. » Or on ignorait tout du séjour de Hitler dans cet hôpital, à l’exception du peu qu’il avait bien voulu en dire lui-même, essentiellement dans Mein Kampf. Deuerlein avait dit à Binion qu’il donnerait cher pour connaître le nom du psychiatre qui l’avait traité… et la solution vint à Binion en 1973 aux Etats-Unis même, de John Toland, l’un des plus inventifs, au bon sens du terme, des historiens-journalistes qui fouillaient l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il transmit à Binion un rapport de l’OSS sur le témoignage d’un neurologue allemand exilé, Karl Kroner, ancien médecin de Pasewalk. Ce texte de 1943 établissait que Hitler avait été soigné dans un service psychiatrique par un médecin nommé Edmund Forster.
Binion dès lors n’eut plus qu’à suivre la piste… et elle menait bien à Ernst Weiss. Il retrouva tout d’abord le fils de Forster, qui lui apprit que son père avait dit un jour à sa mère avoir eu Hitler pour patient et l’avoir estimé « hystérique ». En 1933, très antinazi, il était venu à Paris rencontrer des émigrés allemands gravitant autour du journal Das neue Tagebuch et leur avait remis deux exemplaires du dossier médical de Hitler. Weiss était lié à ce cercle dont un survivant, Walter Mehring, le confirma à Forster en 1975. Le journal susnommé avait mentionné, sinon le dossier, du moins le voyage, dans son numéro du 16 septembre 1933, à l’annonce de la mort de Forster, qui s’était suicidé le 11.
Le roman de Weiss reste, hélas, la seule voie d’approche du dossier médical et il s’agit, hélas encore, d’un grand romancier, adepte de Freud alors que Forster ne l’était pas du tout : son Témoin oculaire est bardé de considérations psychanalytiques concernant le patient « AH », et de notations évoquant diverses influences littéraires, politiques et historiques. Il n’en reste pas moins que la description de la cure administrée à Hitler par le psychiatre de Pasewalk doit moins à la psychanalyse qu’à ce qu’on connaît des méthodes de Forster, notamment par ses propres articles : il considérait les « hystériques de guerre » comme des faibles qui avaient besoin d’être secoués et on le voit, dans ce récit, suggérer sous hypnose à son patient qu’il a l’étoffe d’un sauveur national. Il lui dit notamment, outre la phrase précitée, « L’Allemagne a maintenant besoin d’hommes comme vous ».
Par rapport à cette source romanesque, Hitler relate cette période dans Mein Kampf en termes plus complémentaires que contradictoires. Il n’évoque aucun médecin et les voix qui lui parlent sont tout intérieures. Néanmoins, le fait qu’il recouvre la vue coïncide étroitement avec sa résolution de vouer sa vie au service de son pays.
Binion estime que Hitler devient antisémite immédiatement après cet épisode et c’est là, en 1976, une affirmation rare et précieuse… qui n’a guère de précédent sinon chez Churchill . L’explication en est simple : Hitler lui-même, sans doute peu fier d’avoir identifié le pire ennemi de son peuple aux approches de la trentaine, et après quatre années de guerre, s’ingénie dans Mein Kampf à antidater la chose tout en brouillant les pistes (il parle d’une longue lutte intérieure… conclue par une « haine » qui naît –sic- à Pasewalk). Du coup la propension des humains à croire sur parole le mal que chacun dit de soi-même, conjuguée à l’antinazisme primaire qui fait prendre pour argent comptant tout propos nazi qui semble pouvoir être retourné contre ses auteurs, a induit presque tout le monde à faire remonter l’antisémitisme de Hitler au début de sa période viennoise, soit autour de 1910.
Binion, qui au début de sa quête avait demandé à Deuerlein s’il avait une explication de la métamorphose de Hitler, longtemps solitaire et incapable de la moindre insertion sociale, en un meneur d’hommes méthodique et efficace, a donc trouvé une solution qui me semble à la fois crédible et, à ce jour, sans rivale :
- dans cette crise de Pasewalk, à la fois physique et morale, il a ressenti un appel, probablement avec l’aide du psychiatre mais sans exclure une autosuggestion, et il s’y est ensuite tenu, en étant notamment convaincu d’avoir noué un pacte avec la Providence ;
-immédiatement ou très peu de temps après, il a érigé « le Juif » en ennemi absolu, et de lui-même, et de son pays.
Binion, récemment décédé, avait des qualités d’historien très précieuses, notamment son aptitude à rassembler une documentation impressionnante sur les sujets qu’il traitait, tant sous la forme de documents de toute nature que de bribes significatives dans des textes apparemment éloignés du sujet, le tout parfaitement daté et ordonné. Ainsi présente-t-il en annexe une collection impressionnante d’allusions de Hitler ou d’autres personnes à son hospitalisation de Pasewalk, faisant état d’une « vision ». Toutes choses que Weiss pouvait difficilement connaître et qui complètent bien son travail.
Cependant, je trouve moins convaincant le psycho-historien du Massachussets, et même beaucoup moins, lorsqu’il extrapole ses découvertes sur Pasewalk à l’ensemble de la vie et de la carrière d’Adolf Hitler, et développe la thèse d’une maladie mentale collective qui aurait saisi les Allemands, convergeant avec celle de leur dictateur. D’une part, il estime que cet épisode a réactivé un traumatisme originel datant non pas de la petite enfance du sujet mais de sa dix-huitième année : la maladie fatale de sa mère et le traitement de son cancer du sein par un médecin juif, Eduard Bloch, en 1907. Ce traitement à l’iodoforme, douloureux, onéreux et inefficace, aurait dégagé une odeur de gaz… ce dont Binion tire les conclusions qu’on devine. Il n’ignore certes pas que Hitler a, lors de l’Anschluss, accordé au vieux médecin une protection personnelle et efficace. J’en déduis pour ma part que le fait d’avoir touché le corps sacré de la mère le rendait lui-même sacré plutôt que maudit, par exception unique aux préjugés raciaux de son protecteur : face à cette réalité, Binion se réfugie dans l’inconscient, qui aurait dicté à Hitler, lorsque la défaite de 1918 et la cure de Pasewalk eurent réactivé le traumatisme, une réaction d’autant plus vive contre Bloch et l’ensemble des Juifs qu’il ne pouvait s’en avouer la source, car il continuait à nourrir consciemment des sentiments de reconnaissance envers celui qui avait soigné sa mère. Je renverrai ici aux remarques de Ron Rosenbaum , qui a recensé en quelques pages bien senties la propension d’un grand nombre d’auteurs à situer dans la rencontre d’un Juif précis l’origine de la malédiction que Hitler a fait porter sur l’ensemble… une tare dont n’est pas exempt Ernst Weiss lui-même, qui fait transiter son héros AH, peu avant son admission à l’hôpital de P., par le lit d’une prostituée juive, où il ne déploie pas des moyens à la hauteur de ses prétentions.
Surtout, Binion identifie très acrobatiquement la maladie de Hitler à celle de l’Allemagne, au point de leur prêter une même conduite d’échec : l’un et l’autre auraient été possédés d’un besoin frénétique de « répéter » leur traumatisme –perte de la mère pour l’un… et défaite de la Première Guerre lors d’une seconde, pour l’autre ! Je n’aurai pas besoin d’en dire plus, chacun comprenant aisément qu’en disciple de John Lukacs je ne prise guère ce fatalisme. Non seulement Hitler ne voulait pas perdre et l’Allemagne non plus –ce qui est commun, au niveau conscient, dans les conduites d’échec-, mais l’un et l’autre sont passés bien près d’un triomphe absolu –ce qui est beaucoup moins commun.
Ainsi, Rudolph Binion offre, sur l’histoire en général et le nazisme en particulier, une mine d’informations et de réflexions. C’est un très grand pionnier, ébloui et stérilisé par sa découverte. En quelques fécondes années, il a fait le tour de la question nazie, en a tiré un système et n’a plus rien produit. Significativement, la note nécrologique publiée en mai 2011 sur le site de l’université Brandeis en fait un spécialiste de la « psycho-histoire » mais ne comporte pas le mot « Hitler ». Il n’a précisément pas su articuler les différents niveaux que Hitler maîtrisait, lui, de façon satisfaisante, du moins pour servir ses buts, en matière politique, culturelle, économique, militaire…
Je propose donc de retenir de son livre, outre une documentation impeccable sur les obsessions du chef nazi, un diagnostic sur la folie de Hitler en tant que psychose déclenchée. Le surgissement de l’ennemi juif dans la nuit de la défaite s’inscrivait dans quelque structure héritée de l’enfance, voire des générations précédentes, qui elle-même expliquait son parcours jusque là solitaire et erratique. Sa vie a trouvé là brusquement un point d’ancrage, à condition de se vouer entièrement à un projet insensé, en enrôlant des collaborateurs au sein d’organisations qu’il contrôlait entièrement.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Lundi 25 Juin 2012 08:57:21

fil Pie XII

http://www.passion-histoire.net/n/www/v ... 65#p410165

Contre Mike92, la meute est en forme. Narduro en maître-chien à l'ironie facile. Il écrit en noir bien sûr, seul le mot "modérateur" dans la marge pourrait laisser croire qu'il n'intervient pas en tant que simple membre.
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Donatien » Mardi 26 Juin 2012 12:59:07

Bonjour,

Passionné d'Histoire, je découvre votre site avec grand plaisir, après avoir regardé "Passion Histoire" : Le moins que l'on puisse dire, c'est que certains, là-bas, semblent avoir été mordus par un chien enragé : Pourquoi le ton est-il aussi désagréable ? Pourquoi autant de propos acides et négatifs ? S'ils avaient une guillotine, ils vous couperaient la tête ! D'autant que, à bien y regarder, ce ne sont pas tous des lumières...
Donatien
 

Re: Les bannis s'expriment

Message par Francois Delpla » Mercredi 27 Juin 2012 06:25:40

Donatien a écrit :Bonjour,

Passionné d'Histoire, je découvre votre site avec grand plaisir, après avoir regardé "Passion Histoire" : Le moins que l'on puisse dire, c'est que certains, là-bas, semblent avoir été mordus par un chien enragé : Pourquoi le ton est-il aussi désagréable ? Pourquoi autant de propos acides et négatifs ? S'ils avaient une guillotine, ils vous couperaient la tête ! D'autant que, à bien y regarder, ce ne sont pas tous des lumières...




Merci de vos appréciations et de votre soutien.

Il pourrait être utile et constructif que vous précisiez votre grief contre PH et ses moeurs bannisseuses : pourriez-vous donner un ou deux exemples d'analyses développées sur mon site et que PH dérobe à la curiosité de ses lecteurs, fâcheusement d'après vous ?
Francois Delpla
 
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Re: Les bannis s'expriment

Message par Donatien » Mercredi 27 Juin 2012 07:41:21

Vous m'excuserez de ne pouvoir être plus précis, je viens d'arriver, et je ne connais pas l'histoire des bannissements ; mais en tant que membre de plusieurs forums, je constate que PH a une tonalité passablement désagréable. Le fil sur Pie XII, par exemple, développe une forte agressivité dès que l'on ose émettre un avis contraire à la doxa du site. En outre, ils donnent l'impression fâcheuse de ne pas bien connaître le détail du national-socialisme pour l'année 1933, année de signature du concordat, faute peut-être de lire l'allemand ? (mais je ne le sais pas non plus, seulement un peu d'anglais) ; dans ce cas, pourquoi être aussi péremptoires ? Bref, me voilà content d'arriver dans des eaux plus calmes..
Donatien
 

Re: Les bannis s'expriment

Message par Duc de Raguse » Mercredi 27 Juin 2012 15:30:16

Le fil sur Pie XII, par exemple, développe une forte agressivité dès que l'on ose émettre un avis contraire à la doxa du site.

Il n'y a pas de "doxa" sur le forum de PH, n'importe quel avis - même hautement critiquable (sauf à répondre du coup de la loi) - peut y être défendu.
S'il y avait une "doxa", la modération aurait emboîté le pas aux "papistes". :wink:
"Le plus terrible entre toutes les horreurs est la calomnie et le triomphe des sots"
Balzac.
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