La grande rafle de Marseille en janvier 1943

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

La grande rafle de Marseille en janvier 1943

Message par BRH » Dimanche 28 Septembre 2008 12:59:29

En janvier 1943, c'est la fameuse destruction du Vieux-Port, accompagnée d'une rafle importante. Pour quelles raisons ? Une des justifications données serait l'attentat commis contre les troupes allemandes. Rappelons que le 11 novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, les nazis envahissent la Zone Sud. Comment les mesures antijuives se sont-elles alors étendues dans le Sud de la France ?

Tout d'abord, l'application de la législation antijuive se fait par une loi du 11 décembre 1942 qui oblige les Juifs à faire apposer sur leur carte d'identité la mention "JUIF". Mais cette mesure se heurte à l'opposition des autorités civiles et militaires italiennes qui occupaient une partie importante du Sud-Est de la France (Nice, la Savoie...) (Intervention de M. Calisse, Consul Général d'Italie). Un nouveau procédé sera mis en oeuvre à partir d'août 1943 sur les cartes d'identité françaises : la perforation. Les grandes rafles organisées en zone Sud (Rafle de Marseille en janvier 1943) hors de la zone italienne, avec la complicité de Bousquet, s'accompliront sans que le port de l'étoile soit établi.

Darquier de Pellepoix, commissaire aux questions juives du gouvernement de Vichy, prépare en décembre 1942 un 3ème Statut des Juifs qui ne verra pas le jour. En Février 1943, le "Petit Parisien" l'interviewe et il évoque ses projets. Parmi ceux-ci, il y a le "port de l'étoile jaune en zone non occupée". Dans un rapport du 12 février 1943, Knochen évoque l'opposition de Pétain et du gouvernement de Vichy à l'introduction de l'étoile jaune en France, ainsi qu'à l'extension des mesures antijuives aux Juifs français. Ce qui n'empêche pas les arrestations et déportations de Juifs étrangers. Seuls s'y opposent véritablement les Italiens, ce qui irrite Vichy et la Gestapo. Un entretien officiel du Ministre des Affaires Étrangères du Reich Ribbentrop avec Mussolini, le 25 février 1943, n'y change rien.

Laval promet dès août 1942 la dénaturalisation des Juifs français naturalisés après 1933, puis après le 1er janvier 1932, puis après le 10 août 1927, mais la pression de l'opinion (rapports des préfets et attitude de certains évêques) fait que la loi est retardée. Un projet est élaboré en avril 1943, mais c'est seulement en juin 1943 que la loi est signée. En juillet, Laval décide de stopper la promulgation de cette loi.


COMMISSARIAT GÉNÉRAL
AUX QUESTIONS JUIVES
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CABINET
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ÉTAT FRANÇAIS
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Paris, le 11 juin 1943
1, Place des Petits Pères (2e)
+ CENtral 01-52


Cher Dr Roethke,
Je vous envoie la copie de la note que j'adresse au Chef du Gouvernement vu les observations que je crois de mon devoir de faire sur le texte nouveau.
J'adresse par le même courrier au Chef du Gouvernement une lettre personnelle au sujet de la surprenante procédure employée pour mettre au jour ce décret !
Croyez, je vous prie, à mes sentiments les plus distingués

Darquier de Pellepoix


http://www.crif-marseilleprovence.com/

Revenons à la rafle de Marseille : en décembre 1942, Hitler avait donné l'ordre à Himmler de faire détruire le quartier du Vieux-Port, ordre transmis au Chef des SS et de la Police en France, Karl Oberg. Fin décembre, celui-ci est obligé de reconnaître que le commandant des SS le colonel Griese et lui n'ont encore rien entrepris. Les attentats anti-allemands du début janvier 1943 vont servir de prétexte. Himmler envoie Oberg à Marseille. Il veut aussitôt des mesures draconiennes, et ceci en faisant agir en premier lieu la police française et la Garde Mobile. "Ce Saustall, cette porcherie est une porcherie française, où il n'y a aucune raison de mettre en danger des Allemands". Le Secrétaire général à la police de Vichy, Bousquet, vient également. Le Préfet régional, Lemoine, suggère d'arrêter entre autres tous les Juifs.

Ainsi, le 14 janvier 1943, deux mois après l'arrivée de la Wehrmacht à Marseille , le Général Karl OBERG, chef de la police allemande déclarait devant les autorités françaises :

"Marseille est un repaire de bandits internationaux. Cette ville est le chancre de l'Europe. Et l'Europe ne peut vivre tant que Marseille ne sera pas épurée. Les attentats du 3 janvier où des soldats du Grand Reich ont trouvé la mort en sont la preuve. C'est pourquoi l'autorité allemande veut nettoyer de tous les indésirables les "vieux quartiers" et les détruire par la mine et le feu"

Le vendredi 22 janvier 1943 au matin commencent à Marseille de grandes opérations policières qui durent pendant une semaine. D'importantes forces de police et de gendarmerie ont été concentrées par les autorités françaises dans la cité phocéenne : plus d'un millier d'inspecteurs venus de la zone Sud et de Paris, environ huit mille hommes en tenue (gendarmes, gardes mobiles, GMR). Des barrages filtrent les passants, vérifient les identités, arrêtent "suspects" et juifs. Pendant la nuit du 22 au 23 janvier se multiplient rafles et visites domiciliaires : 1865 personnes sont arrêtées et conduites aux Baumettes (Prison Marseillaise).

Les opérations continuent toute la journée du samedi. Le soir, le quartier du port est bouclé par les troupes allemandes. C'est plus particulièrement dans ce quartier que les forces françaises arrêtent encore au cours de la nuit 635 personnes également rassemblées aux Baumettes.

Aux premières heures du dimanche 24, environ 1300 détenus des Baumettes sont conduits en camions à la gare d'Arenc. Un convoi ferroviaire est formé, complété par environ 300 personnes raflées dans la nuit et amenées de l'Évêché. Ainsi, 1642 détenus (dont la moitié sont juifs) partent pour Compiègne. Les contrôles policiers et les arrestations se poursuivent jusqu'au jeudi 28 janvier dans le centre et divers quartiers de la ville.

Alors que le premier convoi de Marseillais raflés part la gare d'Arenc, les habitants du quartier Nord du Vieux-Port, coupé du reste de la ville depuis la veille par les troupes allemandes, sont évacués dès le dimanche matin vers Fréjus par la gare d'Arenc. Ces opérations mobilisent << 12 000 policiers français, 5 000 soldats du 10e régiment de police SS commandés par le colonel Griese. Les jeunes de la Défense passive ont été requis (...). Les autorités françaises ont obtenu que l'opération soit conduite par elles, mais Oberg est sur les lieux et supervise le Colonel Griese >>. (Environ 20 000 personnes sont évacuées).

A partir de Fréjus, les Allemands, qui contrôlent totalement les camps, organisent le lundi 1er février un convoi de 800 personnes environ vers Compiègne, via la gare d'Arenc. << Ce convoi, dont il est difficile d'évaluer la composition, comprenait surtout des hommes de tous les âges, dont la plupart avaient leurs occupations à Marseille et n'avaient jamais attiré l'attention des services de police pour leur activité politique>>.

Selon le témoignage du grand rabbin Hirschler, un certain nombre de juifs se trouvent dans le convoi.

Le premier convoi ramenant les évacués du Vieux-Port à Marseille arrive le 28 janvier en gare d'Arenc. Les opérations de récupération commencent, mais beaucoup de logements sont pillés. A compter du 1er février, les Allemands dynamitent le quartier; 14 ha sont détruits, ainsi que près de 2 000 immeubles.

A Compiègne, les autorités françaises interviennent pour obtenir que certains cas soient reconsidérés et après constitution d'une commission de criblage, 42 personnes sont libérées. Mais la plupart des détenus en provenance de Marseille sont déportés. A partir du camp de Royallieu, le 10 mars 1943, 786 juifs arrêtés à Marseille (dont 570 de nationalité française) sont acheminés via Drancy vers les camps d'extermination de Sobibor et Auschwitz dont personne ne revint (convois 52 et 53 des 23 et 25 mars 1943). Un contingent de déportés du Vieux-Port << est mis à disposition de l'organisation Todt et interné dans les îles anglo-normandes où se construisent des fortifications. Six cents autres prennent le chemin d'Oranienburg-Sachsenhausen où ils arrivent le 30 avril constituant la majorité du convoi qui sera immatriculé dans les numéros 64 000 >>. Certains furent également déportés à Mauthausen et Buchenwald.

BILAN

Ainsi, en l'espace de quinze jours, Marseille a vécu un véritable séïsme : des dizaines de milliers de contrôles dans une ville quadrillée par les forces de police, des milliers d'habitants chassés de leurs logements, des milliers d'arrestations. Le bilan établi par le préfet régional le 30 janvier 1943 fait état de 400 000 contrôles d'identité, de 5 956 personnes appréhendées, 3 977 libérées après vérifications, 30 écrouées, 13 dirigées vers le centre des étrangers, 294 internées, 1642 envoyées à Compiègne; de 600 suspects ou dangereux retenus par les commissions de ciblage de Fréjus. 800 bars ont été provisoirement fermés.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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