L'énigme du "Haltbefehl"...

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Mardi 17 Juillet 2007 21:29:28

Le fait est connu mais tout n'est pas encore éclairci. La Wehrmacht, après avoir envahi la Belgique, la Hollande et le Luxembourg, réalise sur la Meuse, le 13 mai 1940, une percée à Sedan et se répand vers l’ouest. Le fer de lance des armées alliées s’est avancée en Belgique. Les panzers emportent tout sur leur passage. Au nord, Von Bock avance sur Ostende ; au sud, Von Rundstedt progresse vers Dunkerque. Les Anglo-Français sont acculés à la mer.

Rien ne semble pouvoir empêcher leur reddition. C’est alors que Hitler, à la grande colère de ses généraux, donne l’ordre de suspendre l’attaque. C’est l'ordre d’arrêt du 24 mai (Haltbefehl).

Lord Gort prend aussitôt ses dispositions pour réembarquer ses troupes. Les 220.000 hommes du B.E.F parviennent à regagner l’Angleterre avec 130.000 Français, non sans avoir abandonné un matériel immense.

La question, c'est de comprendre pourquoi Hitler a donné ce "Haltbefehl" qui ne s’imposait pas militairement parlant. L’intérêt de la réflexion de François Delpla, développée dans "la ruse nazie", est de tenter de nous donner les clefs de cette énigme, non seulement sur le plan militaire, mais surtout sur le plan politique, en fonction des buts fondamentaux de Hitler.

François Delpla n'assène pas ses vérités et laisse le lecteur juge de son argumentation. En tout cas, dit-il, les présomptions exposées "forment un faisceau que, pour ma part, j’incline à trouver suffisant pour fonder une conviction plus que raisonnable" (page 210).

Ces faits, déjà connus, sont rappelés à bon escient: ce sont les déclarations du Suédois Dahlerus auprès de Goering (que beaucoup contestent), celles du Suédois Nordling à Paris et de certains ministres anglais; ce sont les rapprochements du gouvernement français (Reynaud et Daladier notamment) avec Mussolini et Franco: Hitler interrompt brutalement une offensive promise à un succès total parce qu’il veut que la guerre s’arrête en Europe occidentale, que la France, suffisamment affaiblie, sorte de l'histoire et que la Grande-Bretagne se débarrasse de Churchill au profit des appeasers. Ainsi aurait-il les mains libres pour réaliser son grand dessein: la conquête du Lebensraum à l'est et la destruction du "judéo-bolchevisme". Programme somme toute acceptable et même souhaitable pour les élites capitalistes...

Tout ceci échouera par la grâce d'un vieux lion indomptable: Churchill, ce digne descendant de Malborough. Passé 2 jours, Hitler lève son "Haltbefehl". Dans son testament politique (recueil de confidences du Führer datées de février 1945), ce dernier déclare étonnament:"Churchill n’a pas su apprécier l’esprit sportif dont j’ai fait preuve en évitant de créer l’irréparable entre les Anglais et nous. Nous avons, en effet, évité de les anéantir à Dunkerque. Il aurait fallu pouvoir leur faire comprendre que l’acceptation par eux de l’hégémonie sur le continent, que je venais de réaliser sans douleur, entraînerait pour eux les conséquences les plus favorables."

L'anglophilie de Hitler est ainsi démontrée. Elle lui sera fatale, car il persistera dans cette attitude de la main tendue, en renonçant notamment à envahir l'Angleterre...

Cette thèse est toujours discutée au motif -notamment- que les pièces manquent pour l'étoffer. Pas de documents, pas de preuves. A en croire cette école de pensée, François Delpla aurait fait montre d'une imagination féconde, mais nullement accompli une oeuvre d'historien...



Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par BRH » Mercredi 18 Juillet 2007 10:54:33

Pour bien situer le problème, je vais me permettre de citer Nicolas Bernard (dont j'attends une autorisation), remarquable par sa clarté, alors que son texte n'est plus visible en ligne...

HALTBEFEHL
24 MAI 1940, HITLER STOPPE SES CHARS DEVANT DUNKERQUE

| Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Juin 2002 | © http://www.1939-45.org |



La question du Haltbefehl, l'ordre d'arrêt des Panzer émis par Hitler le 24 mai 1940 devant Dunkerque, est l'une des questions parmi les plus complexes de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Quant il n'y a pas divergences d'opinions entre les historiens, ces derniers "zappent" purement et simplement le problème, se contentant de présenter une ou deux causes possibles, avant de passer à la formule classique : "Toujours est-il que...", formule assez habile pour revenir sur le sujet, à savoir l'évacuation de Dunkerque. Cependant, le "Haltbefehl" est reconnu par tous comme l'une des plus importantes décisions prises par Adolf Hitler en matière militaire. Les conséquences du Haltbefehl sont en effet à la mesure du mystère qui entoure les motivations du Führer, puisque grâce à l'arrêt des Panzer, les Britanniques bénéficieront d'un répit de trois jours pour préparer l'évacuation. Cette pause inespérée sera utilisée à bon escient, les Alliés ayant eu le temps de renforcer leurs forces. Afin de comprendre, ou de tenter de comprendre, cette décision du Führer, un petit retour en arrière est indispensable afin de mettre en scène le contexte et avant de passer aux fameuses journées des 23 et 24 mai 1940, dates durant lesquelles le Reichkanzler va imposer ses vues à ses généraux quant à la poursuite de l'offensive sur Dunkerque. Les différentes hypothèses avancées pour tenter de comprendre le pourquoi de cet ordre seront examinées dans un seconde temps.



10 MAI - 24 MAI 1940 - CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS

10 mai 1940 : L'armée allemande prend l'offensive sur tous les fronts. Le Heeresgruppe B (Groupe d'armées) du général Von Bock (qui dispose de 3 Panzerdivisionen), entre en Belgique, alors que le Heeresgruppe A du général Von Runstedt (7 Panzerdivisonen) se charge du Luxembourg et fonce vers la Meuse. Le fameux "coup de faux" qui va sceller la destruction de l'armée française, n'est pas une invention du général Von Manstein, comme on le dit souvent. Manstein a eu l'idée de percer à travers la Meuse. Son objectif au delà reste assez flou : Manstein compte seulement prévenir une contre-offensive française contre le Heeresgruppe B, pas encercler les forces alliées aventurées en Belgique. C'est Hitler qui impose son point de vue : la percée entre Sedan et Dinant sera effectuée par sept Panzerdivisionen. L'invasion de la Hollande et de la Belgique sera un piège : Hitler compte y attirer les meilleures forces alliées. Ainsi le Heeresgruppe A enfoncera-t-il le front français à Sedan, comme le dit Manstein, et aura pour mission de foncer vers Abbeville et vers la mer. Le Führer compte ainsi encercler les Alliés dans une poche au Nord de la France. C'est son idée et il l'impose à un état-major récalcitrant.


11 mai : Alors que les Allemands poursuivent leur avance, le Reichsmarshall Göring rencontre à Berlin un émissaire du gouvernement suédois, Dahlerus (le même qui a tenté d'empêcher le déclenchement des hostilités en août 1939, sans succès). Le Reichsmarschall déclare que le Führer, dès que l'armée allemande aura atteint Calais, a l'intention de proposer la paix à la France. L'Allemagne se contenterait d'annexer Néau et Malmédy à la Belgique, Briey et les anciennes colonies allemandes à la France. Le Nazi bluffe-t-il ? Ou est-il sincère ?


13 mai : La percée sur la Meuse est accomplie. En Belgique, l'armée allemande continue sa progression, alors que comme Hitler l'a prévu les Franco-Britanniques se portent au secours des Belges.


14 mai : La Hollande capitule. La percée de Sedan s'agrandit et la brèche atteint 70 kilomètres. Hitler signe la directive n° 11 : l'effort doit être poursuivi vers le Nord-ouest. Pourtant, il ne cache pas ses craintes quant à la menace d'une contre-attaque française sur les flancs du Heeresgruppe A, ce qui est assez paradoxal... puisque cette directive n° 11 présente en effet un tel risque.


15 mai : En Belgique, les Divisions Légères Mécaniques (DLM) du général Prioux affrontent les Panzer de Höppner. Au Sud, les Panzerdivisionen de Guderian et de Rommel exploitent la percée, détruisant la IXe armée française du général Corap. Gamelin "suggère" alors à ses officiers de contre-attaquer les blindés allemands de flanc. L'idée reste lettre morte car l'armée française n'a pas les moyens de lancer une telle opération. Réplique de Paul Reynaud : "Ah ! si le Maréchal [Pétain] était là ! Il pourrait agir sur Gamelin ! Sa sagesse et son calme seraient d'un bien grand secours !". Pétain, alors ambassadeur en Espagne auprès de Franco, est rappelée en France. De même un autre héros de la Grande Guerre, Maxime Weygand, alors au Liban. 20h30, le même jour : Daladier alors en entretien avec l'ambassadeur des Etats-Unis, Bullitt, reçoit un appel téléphonique de Gamelin qui lui rend compte de la situation. Extrait :

DALADIER : Non ! Ce que vous dîtes n'est pas possible ! Vous vous trompez ! Ce n'est pas possible ! Il faut attaquer aussitôt !
GAMELIN : Avec quoi ? Je n'ai plus de réserve.
DALADIER : Alors... C'est la destruction de l'armée française ?
GAMELIN : Oui, c'est la destruction de l'armée française.
Et Bullitt d'en informer aussitôt la Maison Blanche. A Berlin, Hermann Göring rencontre le consul général de Suède en France, Raoul Nordling, de passage dans la capitale du Reich. Le Reichsmarschall explique que l'armée allemande aura atteint Calais et Dunkerque avant la fin du mois. Si Reynaud sollicite aussitôt un armistice, l'Allemagne accordera à la France des conditions acceptables ; proposition à soumettre sur-le-champ au Président du Conseil français, et valable deux semaines. S'il n'a pas reçu de réponse dans ce laps de temps, Göring affirme que les conditions [de paix] seront très dures.


16 mai : Le front français s'effondre. Au cours d'une réunion extraordinaire à Paris entre Churchill, Reynaud, Daladier et Gamelin, le Premier Ministre britannique demande au général : "Où sont les réserves stratégiques ? Où est la masse de manoeuvre ?". Réponse : "Il n'y en a aucune". Et Gamelin d'ajouter qu'il considère la bataille comme perdue.


17 mai : Adolf Hitler ordonne aux Panzertruppen du Heeresgruppe A de marquer le pas devant l'Oise. D'après le chef d'état-major de l'Oberkommando des Heeres (OKH - Haut commandement de l'armée de terre allemande), le général Franz Halder, le Führer s'inquiète d'une éventuelle contre-offensive française sur le flanc sud (Von Runstedt semble partager ses craintes). Aussi enjoint-il à Von Runstedt de renforcer la défense de ce flanc. Hitler explicite ses motifs : "En aucun cas il ne doit se produire un revers [...] qui relèverait de manière fatidique le moral de nos ennemis, pas seulement de leur armée, mais aussi de leurs dirigeants politiques". On le voit, le motif n'est pas purement militaire. Le Führer semble déterminé, outre d'écraser les Alliés, à les mettre sous pression. Comme s'il voulait leur faire croire qu'ils n'avaient aucune chance de se remettre de ces défaites. L'infanterie de la 12. Armée de Von List doit rattraper les Panzer. Cependant, le chef des Panzer du Heeresgruppe A, le général Ewald Von Kleist, autorise Guderian (qui commande le 19. Korps) à mener de "puissantes reconnaissances de combat". Guderian n'en demandait pas temps, et continue son avance, et ce malgré la contre-offensive de la 4e Division Cuirassée de Réserve (DCR) du général De Gaulle, à Montcornet. Au même moment, à Paris, le consul général de Suède, Raoul Nordling déclare vouloir se mettre en rapport avec le Président du Conseil, Paul Reynaud, afin de lui remettre personnellement "un message de la plus haute importance". Ce message n'est rien de moins que ce que Göring lui a déclaré le 15 mai 1940. Nordling est placé en stand-by. Reynaud a autre chose à faire. Or, le Quai d'Orsay commence à brûler ses archives...


18 mai : Les Allemands occupent St-Quentin. Ils ne foncent pas sur Paris, mais vers l'Ouest, vers Abbeville. Pétain arrive en France, il est nommé Vice-président du Conseil. En Grande-Bretagne, le problème d'une évacuation du corps expéditionnaire - la British Expeditionary Force ou BEF - est soulevé pour la première fois. Cependant, Winston Churchill refusera obstinément pendant quelques jours d'accorder l'évacuation. Il estime que, vis-à-vis de la France, ce serait une grave erreur. Il ne faut rien précipiter.


19 mai : Paul Reynaud nomme Weygand, rentré en France, Généralissime à la place de Gamelin. Il a déjà destitué Daladier de son poste au Ministère de la Défense et l'a nommé aux Affaires Etrangères. A l'issue de ce Conseil des Ministres, le gouvernement se rend à Notre-Dame, prier Dieu pour épargner la France. Cette décision en apparence pathétique cacherait des desseins plus machiavéliques. Reynaud aurait voulu faire appel au Vatican, et en même temps aurait souhaité conféré à son gouvernement une légitimité morale. Reynaud voyait-il loin, et pensait-il pouvoir se maintenir au pouvoir malgré la défaite ? La question reste posée. Mais si la réponse est affirmative, on peut alors se demander s'il ne désire pas, en définitive, signer la paix et obtenir des conditions avantageuses pour le pays. Alors que la veille l'un des partisans politiques de Reynaud, Paul Beaudoin, rencontre l'ambassadeur italien en France pour inviter le Duce à se mettre au service de la "reconstruction d'un équilibre des forces en Europe", Reynaud multiplie les offres à l'Espagne "en vue d'un règlement méditerranéen". S'agit-il d'empêcher l'Italie d'entrer en guerre ? Ou de se servir de Franco et Mussolini comme médiateurs ? Les deux hypothèses se valent. En attendant, la progression allemande se poursuit inexorablement. Les tankistes de Guderian mettent une nouvelle fois en échec la 4e DCR à Crécy.


20 mai : Nordling rencontre enfin Reynaud et lui soumet la proposition de Göring. Reynaud la rejette : "La situation de nos armées n'est nullement aussi sombre qu'on vous l'a fait croire à Berlin". Reynaud demande ensuite au Président américain FD Roosevelt d'intervenir auprès de Benito Mussolini pour le dissuader d'entrer en guerre. A 20h30, les Panzer atteignent Abbeville. Les forces françaises aventurées en Belgique et la BEF sont encerclées dans le Nord ainsi que dans les Flandres. Conformément aux instructions d'Adolf Hitler, Guderian remonte plein Nord, vers Calais et Dunkerque. Chez les Allemands, l'euphorie règne. "Je ne crois plus en la possibilité d'une contre-offensive française puissante", avait dit la veille le général Von Brauchitsch (chef des armées) au général von Bock. Hitler ne cache pas son enthousiasme. A Rome, le Duce fait savoir à l'ambassadeur français, par l'intermédiaire de membres du Gouvernement fasciste, qu'il est prêt à se poser en médiateur d'une paix générale. A Londres, Churchill se heurte au scepticisme de la plupart des membres de son Cabinet, en particulier Lord Halifax, Ministre des Affaires Etrangères et rival de Churchill au Parti Conservateur, quant à une possibilité de victoire alliée. Les chefs militaires envisagent de plus en plus sérieusement un rembarquement par les ports du Nord.


21 mai : La 7. Panzer-Division d'Erwin Rommel est violemment accrochée à Arras par les blindés britanniques. Echec anglais, mais les généraux allemands, Kleist en particulier (chef de la Panzergruppe du Heeresgruppe A), deviennent plus nerveux. Hitler reste confiant. Devant le Cabinet britannique, Lord Halifax déclare qu'il a télégraphié aux représentants britanniques en Suède et en Norvège de cesser de négocier avec ces gouvernements à propos de ce qu'il appelle "une proposition obscure, probablement d'origine allemande", concernant la neutralisation de la région de Narvik. Cette proposition émane du suédois Dalherus, celui que Göring a déjà rencontré le 11 mai pour lui faire une proposition de paix. Halifax ne parle nulle part de cet autre aspect de la proposition de Dalherus. Et cette déclaration prouve que des négociations ont été entamées par le Foreign Office avec les Allemands par l'intermédiaire de la Suède.


22 mai : Le général Weygand propose un plan d'opérations : repli belge sur l'Yser ; contre-offensives britanniques et françaises en direction du Sud-Ouest pour échapper à l'encerclement. Dans le même temps, des armées françaises attaqueraient sur la Somme le flanc sud du Heeresgruppe A. Reynaud et Churchill donnent leur accord. Cette opération ne verra pourtant jamais le jour. Les Panzer du Heeresgruppe A reçoivent une succession d'ordres et de contre-ordres quant aux objectifs à atteindre. Finalement, Kleist fixe un programme définitif : la 1. Panzer-Division devra prendre Calais, la 2. Panzer-Division Boulogne (alors qu'elle se trouve dans le secteur de Doullens. Et la 10. Panzer-Division que Guderian destinait à Dunkerque ? Kleist la lui retire brusquement. On ne saura jamais pourquoi, car personne ne s'est penché sur ce mini-Haltbefehl. Toujours est-il que Kleist a les nerfs plutôt tendus, ces jours-ci... De même Hitler est semble-t-il d'humeur morose.


23 mai : Kleist, de plus en plus inquiet, signale que son potentiel blindé est érodé à 50% et réclame un supplément de matériel qu'il obtient dans l'après-midi. Cependant, il ne donne pas l'ordre à ses troupes de s'arrêter, bien au contraire. A-t-il voulu exagérer un peu pour obtenir du matériel ? Très possible. Dans l'après-midi, apprenant que les forces allemandes se rapprochent de Dunkerque, le Reichsmarschall Göring s'exclame : "Voilà une occasion merveilleuse pour la Luftwaffe. Il faut que je parle immédiatement au Führer ! Etablissez-moi la liaison." Göring explique alors par téléphone à Hitler que la Luftwaffe est à même de détruire les forces encerclées. Hitler déclare accepter cette suggestion. En soirée, Von Runstedt décide de ralentir ses forces (ordre émis à 22h55). Il faut procéder à un resserrement du dispositif, les hommes et leurs machines ayant besoin de souffler, selon lui. L'attaque reprendra le 25. Les généraux de Panzer, dont Guderian, sont furieux. D'ailleurs, à minuit, le général Brauchitsch, chef de l'OKH, décide de confier la 4. Armee, à laquelle se rattachent les Panzer de Kleist, au Heeresgruppe B (celui qui a envahi la Belgique et vient d'arriver devant Roubaix et Bruges). Runstedt, estime Brauchitsch, ne met pas assez d'élan dans la liquidation de la poche. Brauchitsch ne transmet pas cette nouvelle au Führer.


24 mai : Hitler se rend à 11h30 en avion au Quartier Général de Von Runstedt, à Charleville. Von Runstedt lui expose ses plans : A l'Est d'Arras, attaquer avec de l'infanterie. A l'Ouest d'Arras, les troupes rapides seraient stoppées sur une ligne Gravelines-Saint Omer-Aire-Béthune. Les forces du Heeresgruppe B poursuivraient leur avance (le marteau), et le Heeresgruppe A retiendrait les Alliés (l'enclume). Hitler approuve très rapidement. Il estime nécessaire de réserver les Panzer pour la suite des opérations dans le Sud. En outre, l'avance des chars nuirait à l'action de la Luftwaffe. Il précisera à Kleist quelques jours plus tard qu'il ne voulait pas "que nos chars aillent s'enliser dans les marais des Flandres". Et à l'issue de la conférence, il parle en des termes très élogieux de l'Empire britannique, le comparant même à l'Eglise catholique. Il ajoute qu'il désire une paix avec l'Angleterre "sur des bases que celle-ci accepterait comme compatibles avec son honneur". Hitler apprend que Brauchitsch a retiré les Panzer au Heeresgruppe A pour les donner au Heeresgruppe B, et pique une violente colère. Le général sera réprimandé le soir même. Hitler décidera qu'à l'avenir les mesures relatives à l'organisation du commandement relèveront de son autorisation préalable. Toujours est-il qu'à 12h30 environ, l'ordre suivant est émis en clair aux unités allemandes qui combattent devant Calais : PAR ORDRE DU FUHRER -- ATTAQUE AU NORD-OUEST D'ARRAS LIMITEE A UNE LIGNE LENS - BETHUNE - AIRE - SAINT-OMER - GRAVELINES -- LE CANAL NE SERA PAS FRANCHI". L'ordre est capté par les Anglais. Le chef d'état-major de la BEF, le général Pownall, n'arrive pas à y croire : "La chance tournerait-elle ?". Le Führer a ainsi ordonné aux Panzer du Heeresgruppe A, qui sont sur l'Aa, de stopper leur avance. Les unités trop avancées sont rappelées. Le Haltbefehl est entré dans l'Histoire. Il ne sera levé, et encore, pas totalement, que trois jours plus tard.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par BRH » Mercredi 18 Juillet 2007 11:01:40

HALTBEFEHL
24 MAI 1940, HITLER STOPPE SES CHARS DEVANT DUNKERQUE

| Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Juin 2002 | © http://www.1939-45.org |



FORCES ET FAIBLESSES DES MOBILES MILITAIRES

Depuis près de soixante ans, diverses hypothèses ont été avancées pour tenter d'expliquer les motivations d'Hitler. Le plus souvent, elles n'aboutissent qu'à poser de nouvelles questions. Il faut dire que ces hypothèses se fondent parfois sur des erreurs de fait. Ainsi par exemple, certains auteurs relatent que le Haltbefehl suit l'annulation par Hitler de l'ordre de transférer les Panzer au Heeresgruppe B. On trouve même une communication imaginaire entre Hitler et Von Runstedt dans le livre de Heydecker et Leeb sur le Procès de Nüremberg, dans laquelle le Führer ordonne froidement à son général, incrédule et scandalisé, de stopper ses blindés. Les faits décrits dans la partie précédente sont ainsi replacés dans leur véritable ordre chronologique. Ce qui peut déjà permettre d'examiner les hypothèses en présence. Toutefois, il convient d'abord de décrire ce fameux Haltbefehl. Que dit-il ? Quelle est sa portée ?

L'ordre, contrairement à ce que dit l'historien français François Delpla, ne s'adresse qu'aux unités dépendant des Panzergruppe du Heeresgruppe A. Les autres unités allemandes qui entourent la poche peuvent poursuivre leur avance. Mais en vérité, Hitler sait très bien que l'avance de ces troupes sera ralentie. Il vient de stopper sa masse de manoeuvre. Stopper les Panzer revient à stopper le mouvement. Hitler va maintenir l'ordre pendant deux jours, c'est-à-dire jusqu'au 26 mai (mais le temps de préparer les chars, l'offensive ne reprendra véritablement que le lendemain). Von Runstedt, rappelons le, était disposé à reprendre l'offensive le 25. Les chars n'ont pas changé d'endroit, soit dit en passant. Lorsqu'il autorise ses Panzer à repartir, c'est de mauvais gré, devant l'insistance de tous ses généraux et en précisant qu'ils devront s'arrêter à nouveau à une portée de canon de Dunkerque (motif avancé : laisser travailler la Luftwaffe).

Les choses ainsi présentées, passons aux possibles mobiles de Hitler. La plupart se complètent pour former le mobile dit "militaire". On a aussi avancé que Hitler avait été influencé par Göring. Hitler aurait en outre voulu épargner les Flandres, afin de se concilier la population. Il aurait enfin agi dans le but de se montrer conciliant avec les Anglais. Pour commencer, évaluons la responsabilité directe de Von Runstedt. C'est Winston Churchill qui le premier, dans ses Mémoires, fait de Von Runstedt le responsable principal, pour ne pas dire le seul, du Haltbefehl. Von Runstedt a réussi à convaincre Hitler de stopper ses troupes blindées, lors de la conférence de midi à Charleville le 24 mai 1940. Le Haltbefehl serait ainsi une oeuvre de Von Runstedt. Von Runstedt qui a bel et bien empêché ses supérieurs Halder et Brauchitsch de contourner le Haltbefehl dans la nuit du 24 au 25 mai 1940. Cette hypothèse présente quatre points faibles :

La conférence ne dure approximativement que 45 minutes. C'est court d'autant que le Reichkanzler se méfiait terriblement du maréchal.
Elle néglige le comportement du Führer dans les jours précédents, notamment l'inquiétude visible des derniers jours.
Von Runstedt voulait reprendre l'offensive le 25 mai. Hitler, qui semble-t-il voulait encore attendre, n'ordonnera la reprise que le 26.
le Führer a ajouté de nombreux motifs que Von Runstedt n'avait pas avancé (la Luftwaffe), pour expliquer le Haltbefehl à ses généraux.
Tout porte ainsi à croire que le Führer voulait arrêter ses troupes de par sa volonté. La décision de Von Runstedt est alors tombée à point nommé. D'ailleurs, le général Jodl a noté que les "initiatives prises par le Heeresgruppe A [...] s'accordent très directement aux siennes [celles de Hitler]". Ce qui indique que Hitler avait déjà son idée en tête avant la conférence. C'est bien Hitler le premier responsable de l'ordre d'arrêt. Il s'agit alors de voir ses motifs. Hitler aurait d'abord été très inquiet de l'état d'usure des Panzer, après une course quasi-ininterrompue de plusieurs centaines de kilomètres. On se souvient que le général Von Kleist estimait que son potentiel blindé était érodé à 50%. Ce à quoi l'on peut répliquer que la Wehrmacht pouvait alors remplacer et réparer son matériel facilement. Kleist a reçu l'équipement qu'il demandait dans l'après-midi même de sa requête. En outre, le général était certain de pouvoir poursuivre son avance à l'aide de ses chars. Il a été l'un des plus vigoureux opposants au Haltbefehl. Hitler aurait en outre été inquiet à l'idée que ses Panzer s'enlisent dans les marais flamands. Il se souvenait de son expérience de soldat durant la Grande Guerre. D'ailleurs, c'est le motif avancé par Hitler en personne au général Von Kleist. L'hypothèse marécageuse a été pulvérisée depuis, notamment en 1956 par le colonel Goutard ("La guerre des occasions perdues", Hachette). Les objections formulées sont pertinentes :

Un grand nombre de marécages avaient été transformés en polders. Certes, les Alliés ont entrepris d'inonder ces polders dès le 21 mai 1940. Cependant, en raison du beau temps, l'inondation était très lente et laissait de larges zones à découvert. Ce qui devait inciter à accélérer l'avance au lieu de stopper les chars.
Hitler a bel et bien combattu dans la boue des Flandres l'hiver, mais il y a connu les autres saisons. Il devait savoir que les Flandres au mois de mai présentaient un paysage différent. Cela dit, les années passés dans les tranchées ont pu profonder marquer l'inconscient du Führer. Ce dernier aurait eu à affronter ses hantises refoulées.
A côté des marais et des polders, il y a des routes et des chemins que les chars pouvaient emprunter.
Les états-majors disposent de cartes de chaque zone de combat. Les Allemands pouvaient bénéficier de photographies d'excellente qualité grâce à leurs reconnaissances aériennes. Le colonel Goutard fait remarquer que les avions allemands suivaient la progression des inondations. Aussi le Führer pouvait savoir que la zone était sans danger. Mais Hitler n'aurait pas pu voir ces fameuses cartes photos ! A la suite d'une bévue de quelques officiers d'état-major, il n'aurait vu qu'une carte lui montrant la zone de Dunkerque inondée ! Rien n'est venu confirmer hypothèse aussi invraisemblable.
Hitler aurait voulu enfin réserver ses Panzer pour la prochaine offensive du Sud (il le dit à Von Runstedt). Il aurait considéré la bataille du Nord comme virtuellement gagnée et, vendant la peau de l'ours avant de l'avoir tué, aurait souhaité ne pas tarder pour la suite des opérations afin de ne laisser à l'armée française aucun répit. Les Panzer devaient ainsi se retirer pour la branche Sud. Le problème, c'est qu'aucune mesure n'a été prise à cet effet. Les Panzer sont restés au même endroit, devant l'Aa. Ils n'ont pas été retirés du champ de bataille. Aucun document de la Wehrmacht, l'armée alors la plus bureaucratisée du monde, n'indique que les Allemands se sont déjà préparés à déclencher l'offensive dans le Sud. D'ailleurs, l'ordre d'Hitler aux Panzerdivisionen de reprendre la marche vers Dunkerque (26 mai) est plutôt en contradiction avec ce projet. Les unités blindées n'ont été retirées que le 28, redéployées vers le Sud le 29, avec l'accord de Guderian.

Dernière cause possible : Hitler aurait voulu attendre l'infanterie, afin de se prémunir contre une éventuelle offensive française sur les flancs. Il est vrai qu'il avance ce motif pour son premier Haltbefehl du 17 mai 1940. Et c'est exactement ce que comptait faire Weygand. Cela dit, on a vu que les généraux allemands pensaient que les Français n'avaient pas les moyens de lancer pareille offensive. Mais Hitler avait-il l'habitude de se référer à leur avis (sauf, dans ce cas précis, à Von Runstedt) ? C'est le motif le plus solide. Cependant, il explique mal le prolongement du Haltbefehl jusqu'au 26 mai. Sans oublier le fait que Hitler s'est laissé convaincre, ce jour là, à contre-coeur. Autre difficulté : on l'a vu, la manoeuvre en coup de faux est son oeuvre. Il l'a imposée à ses généraux début 1940. Durant la campagne, c'est lui qui fixe les objectifs à suivre. C'est lui qui le 14 mai ordonne de poursuivre vers Abbeville, qui le 20 mai ordonne de remonter vers Calais et Dunkerque. Comment un individu aussi imbu de sa personne peut-il se montrer aussi inquiet alors qu'il ne fait qu'exécuter son propre plan ? Ses propos du 17 mai tendent à fournir un début d'explication. Hitler veut réaliser la manoeuvre parfaite, présenter la Wehrmacht comme invincible : Non seulement elle enfonce les armées alliées, mais en outre elle sait briser troutes les contre-offensives !

Les hypothèses militaires, si elles sont corroborées par des déclarations du Führer, ne sont pas aussi fiables qu'elles en ont l'air. Elles ne résistent pas à une confrontation à la réalité. Il est cependant possible que Hitler ait pu suivre ses intuitions et ses peurs du moment (John Costello l'a ironiquement résumé par cette phrase : "Hitler a bel et bien eu la trouille", in "Les Dix Jours qui ont sauvé l'Occident", Olivier Orban 1990, p. 258). Cela étant, ces mobiles militaires ne sauraient suffire à justifier le Haltbefehl du 24 mai. Hitler fait référence à d'autres motifs, non sans raison...
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Message par BRH » Jeudi 19 Juillet 2007 11:19:33

24 MAI 1940, HITLER STOPPE SES CHARS DEVANT DUNKERQUE

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HERMANN GORING RESPONSABLE ?






On a vu dans la première partie que le 23 mai, dans l'après midi, le Reichsmarshall Göring avait tenu à téléphoner à Hitler pour lui demander de faire intervenir la Luftwaffe. Et le Reichsmarshall de présenter ses arguments :

La Luftwaffe a parfaitement les moyens de faire de Dunkerque un champ de ruines et de détruire les forces alliées (ce qui est faux).
En permettant à la Luftwaffe d'écraser Dunkerque, le Führer ferait de la victoire du Nord une victoire authentiquement nationale-socialiste.
Les raids sur Dunkerque montreraient aux Britanniques ce qui les attendrait s'ils poursuivaient la lutte. Göring ne perd jamais de vue la diplomatie...
Hitler accepte-t-il ? C'est là que surgit la première inconnue d'importance. On lit parfois que c'est à l'issue de ce coup de fil du Reichsmarschall que Hitler a pris sa décision de laisser faire le travail aux appareils de la Luftwaffe. En vérité, il semblerait que ce soit à la suite d'un autre coup de fil de Göring, le lendemain, après le Haltbefehl, que cette décision ait été prise. L'officier de renseignement de Göring a rendu compte de la conversation du 23. Il signale que le Führer refuse de laisser le verrouillage de la poche à la Luftwaffe tant que le général Joseph Schmid n'aura pas confirmé personnellement au Reichsmarschall que les Panzer "cernent Dunkerque" (ce qui ne peut avoir eu lieu que le lendemain). On le voit, Hitler n'a pas donné son accord immédiatement. Mais le major Gehrard Engel, aide de camp du Führer, signale dans un mémorandum daté du même jour qu'à l'issue de cette proposition, ce dernier est "enchanté". Par contre, ses généraux sont furieux. "Le voilà encore qui la ramène", dit Jodl en parlant d'Hermann Göring. Bien "qu'enthousiaste", Hitler ne prend aucune mesure particulière, du moins si l'on se réfère aux comptes-rendus du major Engel. D'ailleurs, à suivre le capitaine Nicolaus Von Below, dans ses mémoires parus quarante ans après les faits ("Als Hitler Adjutant 1937-1945", Mainz, von Hase und Köhler, 1980, p. 232 ; cité dans DELPLA : "La Ruse nazie", France-Empire 1997, p. 63), Hitler "ne paraissait pas pleinement convaincu" par les arguments de Göring sur la capacité de la Luftwaffe d'achever les Alliés dans la poche.

Ce n'est que le lendemain, dans l'après midi, que le général Schmid arrive au Quartier Général de Göring, un train luxueux rangé sur une voie de garage à la sortie d'un tunnel dans le massif de l'Eifel. "Les Panzer sont aux portes de Dunkerque", annonce Schmid. Göring exige alors d'obtenir le Führer par téléphone. Hitler, cette fois, accorde cette faveur à Göring. Schmid précise qu'il est peu vraisemblable que les deux dirigeants se soient mis d'accord d'avance, la conversation ayant tout d'une discussion spontanée. Le général Jodl, du Bureau des Opérations de l'Oberkommando der Wehrmacht, et le général Jeshonneck, de la Luftwaffe, discutent alors des modalités de l'opération par téléphone. Or, dans son témoignage devant l'amiral Ansel en 1954, Schmid déclare que ces événements ont eu lieu le 23, donc la veille. Pourtant, si ces conversations ont bel et bien eu lieu le 23, comment expliquer que le Führer n'impose l'arrêt de ses troupes dans l'immédiat, mais le lendemain midi ? Comment expliquer que le major Engel n'en parle pas dans ses compte-rendus ? Comment expliquer que le général Von Brauchitsch, chef de l'Oberkommando des Heeres et par conséquent directement concerné par cette mesure, n'ait été au courant du rôle joué par la Luftwaffe que dans la soirée du 24 mai ? Autant d'indices qui permettent de supposer que Hitler n'a définitivement accordé à la Luftwaffe de détruire la poche que le 24 mai dans l'après-midi. Mais cette supposition est bien fragile. Comment savoir ? De tous les ouvrages que j'ai consultés (une vingtaine), pas un seul ne donne une version semblable.

Toujours est-il que le mobile "Luftwaffe" est avancé par Hitler à Von Runstedt lorsqu'il donne l'ordre d'arrêter les Panzer. Encore Hitler insiste-t-il plutôt sur la nécessité de faire reposer les Panzer. Le mobile "Luftwaffe" apparaît comme une raison invoquée parmi d'autres, non comme LE mobile. En attendant, les généraux allemands prennent très mal cette proposition du Reichsmarschall. Ainsi Halder note-t-il dans son journal : "Notre aile gauche, consistant en forces motorisées et blindées, sera arrêtée sur sa foulée par un ordre venant directement du Führer ! Le soin d'en finir avec l'armée encerclée doit être laissé à la Luftwaffe !". De son côté, le commandant Henning Von Treskow parle de "folie pure". Et Milch, général de la Luftwaffe : "Quelle drôle d'idée ! Hitler s'imagine qu'il va faire prisonnière l'armée anglaise en la bombardant..." Milch exprime personnellement ses doutes au Reichsmarschall : les bombes, notamment, s'enfonceront trop profondément dans le sable avant d'exploser. Kesselring, chef d'une Luftflotte, signale que ses forces sont usées à hauteur de 50%. Voilà qui au fond est intéressant : Hitler se montre préoccupé par ses blindés, alors qu'aucune raison valable ne l'y oblige, mais se désintéresse complètement de la Luftwaffe, réellement épuisée... Hitler tient-il tant que ça à ménager ses forces ? L'échec de la Luftwaffe sera éclatant. Elle n'empêchera pas les Britanniques d'évacuer, de même les Français. Pour conclure, il est difficile d'évaluer les responsabilités de Göring à propos du Haltbefehl. Il est cependant douteux qu'il s'agisse de mobile déterminant. La proposition de Göring a certes du avoir une influence sur la décision du Führer, mais certains auteurs, quand d'autres écartent purement et simplement ce motif, parlent de "prétexte" que Hitler a servi à ses généraux. Là encore, d'autres éléments doivent entrer en considération.




LE SOUCI D'EPARGNER LES FLANDRES ?


On a vu que Hitler avait été d'accord avec Von Runstedt sur le fait que les forces Panzer du Heeresgruppe A devaient s'arrêter afin de recevoir les forces alliées que pousseraient en avant les troupes du Heeresgruppe B. En somme, le Heeresgruppe A servirait d'enclume, le Heeresgruppe B de marteau, et les Alliés de cibles. La conséquence en serait la suivante : le champ de bataille se déplacerait des Flandres au Nord de la France. Voici ce que dit le général Halder, après avoir expliqué que Hitler justifiait son ordre par les motivations militaires que l'on connaît (cité dans SHIRER : "Le Troisième Reich des origines à la chute", Livre de Poche 1983, vol.2, p.176) : "Cette seconde raison était que, pour des motifs politiques, il ne voulait pas que la bataille finale qui inévitablement causerait de grands dommages à la population, ait lieu sur un territoire habité par les Flamands. Il avait l'intention de dicter, dit-il, de créer une zone nationale-socialiste indépendante sur le territoire habité par les Flamands, descendants des Allemands, les liant ainsi étroitement à l'Allemagne. Ses partisans en terre flamande avaient travaillé en ce sens depuis longtemps ; il leur avait promis d'éviter à leur pays les ravages de la guerre. S'il ne tenait pas à sa promesse, leur confiance en lui serait sérieusement atteinte. Ce serait un désavantage politique pour l'Allemagne que lui, chef politiquement responsable, devait éviter."

On a fait remarquer que si Dunkerque était tombé le 25 mai ou le 26 mai, il est certain que les Flandres n'auraient pas trop souffert de la guerre non plus. Il était préférable alors de ne pas donner de Haltbefehl. D'ailleurs, le 27 mai, les Panzer de l'enclume redeviennent marteau, avec l'ordre de reprise du 26 mai. Cela dit, les Flandres n'ont effectivement pas trop souffert des combats. La Luftwaffe, semble-t-il, ne bombarde pas les villes flamandes puisqu'elle est orientée sur Dunkerque et les plages d'embarquement. François Delpla cite d'ailleurs le journal d'Henri de Man, président du Parti socialiste belge, qui traverse Bruges le soir du 27 mai, c'est-à-dire quelques heures avant l'armistice germano-belge : "La grand place est noire de monde comme un jour de kermesse. (...) Les avions allemands qui survolent la place en rasant les toits ne font peur à personne, on lève la tête vers eux : on sait déjà que l'intérieur de la ville est épargné." (publié dans "Le Dossier Léopold III", Genève, Antipodes, 1989 ; cité dans DELPLA :"La Ruse nazie", France-Empire 1997, p. 279). Le mobile flamand n'a peut-être pas été le mobile déterminant de Hitler lorsqu'il a lancé son Haltbefehl. Mais il est certain que le Führer a en tête des objectifs politiques concernant ce territoire. En attendant, l'hypothèse flamande a ceci d'intéressant qu'elle nous révèle de possibles mobiles politiques au Haltbefehl. Preuve que le maître du IIIe Reich ne pensait pas uniquement en fonction de données militaires.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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BRH
 
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Haltbefehl diplomatique ?

Message par BRH » Jeudi 19 Juillet 2007 13:06:49

HALTBEFEHL
24 MAI 1940, HITLER STOPPE SES CHARS DEVANT DUNKERQUE

| Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Juin 2002 | © http://www.1939-45.org |



LES MOBILES POLITIQUES


C'est en 1948 que surgit l'hypothèse selon laquelle Hitler aurait stoppé ses troupes pour des raisons diplomatiques, à savoir épargner la Grande-Bretagne dans le but de signer la paix avec elle. Sir Basil Liddell Hart a interrogé l'ancien chef du bureau d'opérations de Von Runstedt, le général Günther Blumentritt pour son livre "The other side of the hill" (traduction française : "Les Généraux allemands parlent", Stock 1948). Voici son témoignage (nous sommes à la fin de la conférence entre Hitler et Von Runstedt, ce 24 mai 1940, à Charleville, aux environs de 12h20) : "Hitler était de très bonne humeur ; il reconnut que la campagne "tenait du miracle" et que la guerre serait finie dans six semaines. Après quoi, il conclurait une paix raisonnable avec la France et serait alors libre de s'entendre avec la Grande-Bretagne. A notre grand étonnement, il se mit à nous parler en termes élogieux de l'Empire britannique, de l'utilité de son existence et de la civilisation introduite par la Grande-Bretagne dans le monde. Il remarqua, en haussant les épaules, que son empire avait été édifié à l'aide de procédés souvent audacieux : mais "on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs". Il compara l'Empire britannique à l'Eglise catholique, les estimant tous les deux des éléments de stabilité indispensables au monde. Il ajouta qu'il demanderait seulement à la Grande-Bretagne de reconnaître la position allemande sur le continent. Le retour des colonies perdues par l'Allemagne serait souhaîtable, mais non essentiel, et il offrirait même à l'Angleterre, en cas de difficulté, où que ce soit, le soutien de ses propres armées. Les colonies, dit-il, ne constituaient qu'une question de prestige, puisqu'on ne pouvait les garder pendant une guerre et que, de toute façon, peu d'Allemands supportaient le climat des tropiques. En concluant, il affirma désirer une paix avec l'Angleterre sur des bases que celle-ci accepterait comme compatibles avec son honneur. Le maréchal Von Runstedt, toujours partisan d'une entente avec la France et l'Angleterre, exprima sa satisfaction et, plus tard, après le départ d'Hitler, s'exclama, en poussant un soupir de soulagement : "Bon ! S'il ne veut rien d'autre, nous aurons enfin la paix !" - (cité dans LIDDELL HART : "Les généraux allemands parlent", Stock 1948, p. 150-151)

Avec un tel témoignage, l'historien britannique a émis l'hypothèse selon laquelle Hitler aurait stoppé les Panzer pour laisser échapper les Britanniques. Le Führer aurait ainsi évité la honte d'une défaite totale à l'Angleterre et serait apparu aux yeux des Anglais comme un dirigeant conciliant, respectueux de l'Empire britannique et prêt à signer la paix avec lui. La très grande majorité des historiens ont critiqué cette idée, faisant valoir leurs propres hypothèses (on a vu quelle valeur leur accorder), et surtout brandissant la fameuse directive N° 13 édictée le soir du 24 mai 1940, dans laquelle le Führer spécifie que "le prochain objectif de nos opérations est d'anéantir les forces françaises, britanniques et belges". A cet effet, la Luftwaffe a pour mission de "briser toute résistance de la part des forces encerclées, afin d'empêcher que les Britanniques ne tentent de traverser la Manche pour s'échapper". Cela dit, il s'agit là, comme l'a fait remarquer John Costello ("Les Dix jours qui ont sauvé l'Occident", Olivier Orban 1991, p.270), d'objectifs vagues, l'exécution étant laissée aux officiers présents sur le terrain. En outre, ces passages ne sont présents que dans le premier paragraphe. Tout le reste de la directive n'est consacré qu'à la suite des opérations dans le Sud, le Plan Rouge. Quand on sait que d'après l'aide de camp du Führer pour les questions aériennes, le capitaine Von Below, Hitler doute des capacités de la Luftwaffe à mener à bien cette mission (d'ailleurs, d'un strict point de vue logique, comment supposer un seul instant que la Luftwaffe soit capable de détruire l'équivalent de 45 divisions ?), cette directive a de quoi surprendre. De même, aucune mesure de regroupement des Panzer pour le Sud ne sera prise avant le 28 mai. De la parole aux actes, il y a donc un certain décalage. Il est probable que Hitler ait voulu se couvrir en affichant un objectif qu'il sait irréalisable, puisqu'il a donné l'ordre à ses chars de stopper.

La thèse diplomatique apparaît en outre confirmée par de nombreux éléments : l'admiration indéniable que Hitler portait à l'Empire britannique, le comportement du Führer lui-même vis-à-vis de l'évacuation. Hitler admire l'Angleterre. Ses opinions sur l'Empire que Londres s'est constitué peuvent se résumer à ce qu'il a dit à Von Runstedt et les officiers de son état-major le 24 mai 1940. Dans "Mein Kampf", il écrit : "Aussi loin que l'on puisse prévoir l'avenir, l'Allemagne ne saurait avoir en Europe que deux alliés : la Grande-Bretagne et l'Italie." L'on sait avec quel empressement le futur Chancelier du Reich va suivre son programme. Contrairement à la doctrine geostratégique émise sous Guillaume II par l'Amiral Von Tirpitz, à savoir que le destin de l'Allemagne se joue sur les mers (d'où la nécessité d'acquérir un maximum de colonies en Afrique et en Asie), Hitler prône la conception de l'Espace vital. L'Allemagne, dit-il, doit coloniser l'Est, y détruire le bolchevisme et réduire les Slaves en esclavage, tout en exterminant les Juifs. Pareil projet, estime-t-il, ne saurait alors porter atteinte aux intérets britanniques. A l'Angleterre Hitler laisse les océans, pourvu qu'elle soit d'accord avec l'expansion allemande vers l'Est ("Drang nach Osten").

Autre point à prendre en cause : le critère racial. Hitler perçoit le monde comme bâti selon une hiérarchie des races. Au sommet, les Aryens, au sang pur. A un niveau inférieur, les Latins, au sang déjà corrompu, aux moeurs non moins corrompues, que le Führer réserve à la production alimentaire pour le Grand Reich. A un niveau encore inférieur, les Slaves, à réduire en esclavage. Et au niveau le plus bas, les parasites : Les Juifs et les Tziganes. A quelle catégorie se rattachent les Anglais ? Hitler les considère comme des Aryens que le jeu parlementaire a dévié de leur mode de vie originel, mais ils sont encore récupérables. C'est pourquoi Hitler ne souhaîte pas la guerre avec eux : les Aryens doivent dominer le monde, pas s'entretuer. On retrouve cette même conclusion : aux Aryens anglais, les océans, aux Aryens germains, les terres orientales.

Le Reichkanzler a fait sienne cette maxime de Clausewitz selon laquelle la guerre ne serait que le prolongement de la politique avec d'autres moyens. On pourrait citer les exemples à l'infini. Ainsi Barbarossa (1941) vise-t-elle à accomplir le programme racial, se débarasser des bolchéviks, ces voisins trop gênants (idéologie, race, force militaire), et amener les Anglais à conclure une paix séparée, ayant perdu leur dernière armée continentale, tout en saisissant un important potentiel de ressources énergétiques et économiques. Hitler apparaît alors comme persuadé que les dirigeants britanniques, au nom de l'équilibre européen et de leur attachement à la race anglo-saxonne, accepteront ses projets européens. Il a rencontré d'importantes personnalités de l'appareil politique britannique, comme Lloyd George en 1936 et Lord Halifax en 1937. Ce dernier s'est d'ailleurs montré tout-à-fait d'accord avec les idées de Hitler sur le péril communiste. La décision du Haltbefhl se justifie alors pleinement, d'un strict point de vue diplomatique.

Hitler a-t-il alors laissé sciemment les Anglais rembarquer ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il se désintéresse complètement de cette évacuation. Ce n'est qu'avec hésitation qu'il laisse ses Panzer repartir à l'assaut le 26 mai. Les généraux le trouvent distrait. Il ne s'énerve pas, ce qui présente un contraste frappant avec les événements de Narvik où là, il frappait fréquemment la table du poing. Pas de scène de ménage, pas d'ordre d'extermination de l'armée anglaise, rien de tout cela. Mieux : à la vue du matériel abandonné sur les plages (un magma de véhicules et d'armes diverses), il déclare à son valet, Heinz Linge : "C'est toujours une bonne chose de laisser une armée rentrer dans ses foyers pour montrer à la population civile qu'elle a été battue à plates coutures." En tout cas, jamais il n'a regretté avoir donné le Haltbefehl. Dans ce que l'on a appelé son "Testament politique" (en fait une série de monologues datant des 4 et 26 février 1945), le Führer laisse libre cours à son mépris de Churchil, qu'il qualifie de "demi-Américain ivrogne et enjuivé". Le Premier britannique, à suivre Hitler, a saboté la puissance britannique en préférant à l'alliance avec l'Allemagne dans le cadre d'une Europe unie l'alliance avec les Etats-Unis et la Russie, les seuls vrais vainqueurs du conflit. La Grande-Bretagne aurait pu faire la paix à quatre reprises : lors de la chute de la Pologne, puis celle de la France, au début 1941 lorsqu'elle avait "rétabli son prestige", et après l'offensive allemande en U.R.S.S de 1941. A propos de la deuxième occcasion, le Führer expose ainsi ses regrets : "Churchill n'a pas su apprécier l'esprit sportif dont j'ai fait preuve en évitant de créer de l'irréparable entre les Anglais et nous. Nous avons en effet évité de les anéantir à Dunkerque. Il aurait fallu pouvoir leur faire comprendre que l'acceptation par eux de l'hégémonie allemande sur le continent, que je venais de réaliser sans douleur, entraînerait pour eux les conséquences les plus favorables C'est à la fin de juillet, déjà, juste un mois après l'écrasement de la France, que je m'aperçus que la paix nous échappait une fois de plus." (cité dans DELPLA : "La Ruse nazie", France Empire 1997, p. 284). Cependant, l'hypothèse se heurte à une objection fondamentale : personne ne pouvait prévoir que les Alliés parviendraient à rembarquer. Même ces derniers ne pensaient pas sauver autant d'hommes. Hitler pouvait-il prévoir le 24 mai ce que l'on a appelé le "miracle de Dunkerque" ? Si oui, pourquoi accorde-t-il aux Panzer de reprendre leur marche dès le 26 (jusqu'à une portée de canon de Dunkerque, il est vrai) ? Et quelle confiance attribuer à des propos tenus cinq ans après les faits, dans une ambiance d'Apocalypse, alors que le Führer rumine ses vieilles haines et ses vieilles rancunes ? D'autant qu'il s'est exprimé à diverses reprises sur le Haltbefehl, pour en fournir d'autres motifs :

A Kleist, Hitler révèle qu'il craint l'enlisement des chars dans les marais des Flandres, quelques jours après le Haltbefehl.
A Von Runstedt, il dévoile toute une série de motifs contradictoires ou complémentaires, au choix.
Au moment de Stalingrad et de l'échec du pont aérien mis en place par Göring, il déclare qu'il était sceptique quant à la capacité de la Luftwaffe de remplir ses obligations, depuis Dunkerque.
Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1941, il explique qu'il n'a pas eu assez de troupes motorisées pour mener la campagne comme il l'aurait souhaité (ce qui constitue une sorte de variante aux hypothèses militaires).
On le voit, Hitler brouille lui-même les pistes, tout en s'arrangeant pour, semble-t-il, faire porter la responsabilité du Haltbefehl à d'autres, Göring surtout. L'historien Philippe Masson ("Histoire de l'armée allemande ; 1939-1945", Perrin 1994, p. 117) estime quant à lui que "c'est seulement après coup, au lendemain du rembarquement, que le Führer aurait évoqué l'intention de ménager l'Angleterre, pour justifier une décision a priori essentiellement militaire." Ce raisonnement vaut pour l'hypothèse "Hitler laisse les Anglais rembarquer". Masson fait apparemment un sort aux déclarations du 24 mai sur les mérites de l'Empire britannique.



COSTELLO, DELPLA : LES THESES RECENTES

Que penser alors ? Si Hitler, pourtant admirateur reconnu de la Grande-Bretagne, n'a pas agi pour un motif diplomatique, pourquoi a-t-il alors lancé son ordre d'arrêt ?

Et puis en 1990 est apparue une nouvelle hypothèse dite "diplomatique", celle de John Costello, dans son ouvrage qui lors de sa parution a fait l'effet d'une bombe, à savoir "Ten days that saved the west", "Les dix jours qui ont sauvé l'Occident (Olivier Orban 1991 pour la traduction française). John Costello, déjà connu pour son novateur "La Guerre du Pacifique" (Pygmalion/Gérard Watelet pour la traduction française), a bénéficié de la récente levée d'archives entourant la politique britannique des années 1930-40 pour réhabiliter la thèse du mobile politique, rejetée par presque tous les historiens, sauf rares exceptions avançant l'idée avec prudence, au milieu d'autres hypothèses. Selon Costello, Hitler n'a pas voulu laisser les Anglais s'enfuir. Il voulait les encercler pour s'en servir comme monnaie d'échange dans le cadre des futures négociations de paix. François Delpla, dans "La ruse nazie", France Empire 1997, va plus loin : Hitler a voulu à la fois se ménager la Grande-Bretagne et la France, tout en s'imposant à ses généraux comme le vrai chef (Hitler intervenant dans la campagne pour imposer les objectifs et les pauses ; Hitler stoppant ses troupes le 24 mai pour freiner l'ambition de ses généraux tout en se couvrant derrière Von Runstedt). But : obtenir la paix à l'Ouest pour se tourner immédiatement vers l'Est afin de mener l'expansion pour l'Espace vital.

Ces thèses, étayées par les éléments exposés plus haut, permettent d'expliquer le vrai rôle de la Luftwaffe dans le Haltbefehl. Hitler s'est servi de Göring pour justifier après coup un ordre que presque tous ses généraux désapprouvaient. Et le pilonnage systématique de la zone par "l'artillerie aérienne" devait faire pression sur les Britanniques pour accélérer les négociations. Enfin, laisser à la Luftwaffe l'honneur de mener la dernière bataille présentait l'avantage politique de transformer définitivement la victoire à l'Ouest en triomphe national-socialiste. Les motifs militaires avancés à von Runstedt et consorts ? Delpla développe ainsi son idée : l'offensive de 1940 est à la fois militaire et diplomatique. Alors que les Panzer enfoncent le front allié, Göring contacte les Suédois pour qu'ils servent de médiateurs dans le cadre des futures négociations de paix. On se souvient des mots de Göring : "le Führer proposera la paix à la France dès que ses troupes auront atteint Calais". Or, au même moment, contre l'avis de ses généraux qui préfèreraient franchir la Somme pour achever l'armée française, Hitler ordonne d'avancer vers le Nord-Ouest (14 mai), puis vers Abbeville (17 mai), et enfin vers Calais et Dunkerque (20 mai). Ce que dit Göring, Hitler le fait. La coincidence est plus que troublante... et n'en est plus une quand on sait qu'une promesse de négociation engageant le Führer n'a pu qu'être discutée au préalable par ce dernier et son vieux complice aviateur.

Autre coincidence : le 17 mai 1940, alors que Nordling se rend chez Paul Reynaud pour lui faire part de la proposition Göring, Hitler décide d'arrêter une première fois la Panzergruppe de Von Kleist. Hitler a-t-il voulu montrer sa bonne volonté ? En fait, il semblerait que ces initiatives vers la France fassent partie d'un plan plus vaste, destiné à la fois à provoquer des dissensions au sein de l'alliance et amener les Français à avoir l'espoir, en ces jours de désastre, d'obtenir la paix à des conditions favorables. Hitler montre qu'il est prêt à négocier ; son armée est victorieuse, aucune contre-attaque sérieuse ne peut être menée (cf. propos d'Hitler le 17 mai 1940), et il la freine. Et dès qu'il arrive devant Calais et Dunkerque, il la stoppe. L'heure serait-elle venue de négocier ? Reynaud va-t-il profiter de la proposition de Göring ? Et les Britanniques ? Comment vont-ils réagir ? Que fait le Gouvernement français, en ces heures perdues ?

Reynaud sait que l'Espagne et l'Italie, depuis le 20 mai, sont tentées de jouer un rôle de médiateur dans le conflit opposant l'Allemagne et les Franco-Britanniques. Il est très possible que Paul Reynaud ait finalement été influencé par la proposition de Göring transmise par Nordling. Toujours est-il que le 25 mai, à 19h00 c'est à un Conseil de Guerre très pessimiste que participent ledit Reynaud, Albert Lebrun (Président de la République), Weygand, Pétain, Vuillemin (chef de l'armée de l'air), le Ministre de la Marine de Guerre César Campinchi, Paul Beaudoin (secrétaire du comité), Darlan. Dès le début de la conférence, Weygand fait un exposé très sombre de la situation militaire : les armées du Nord sont considérées comme perdues, l'armée du Sud devrait subir le même sort dans les semaines qui vont suivre. La ligne Somme-Aisne sera tenue : les troupes, dit le généralissime, se battront sur place, pour l'honneur. Conclusion de Weygand : "La France a commis l'immense erreur d'entrer en guerre en n'ayant ni le matériel ni la doctrine militaire qu'il fallait. Il est probable qu'elle devra payer cher cette imprudence." Les membres du comité parlent alors négociation. Deux camps se distinguent. Pétain et Lebrun pensent que la France doit entamer seule des pourparlers de paix avec l'Allemagne. Weygand et Campinchi sont partisans d'une consultation préalable de l'Angleterre. Reynaud se rallie au deuxième clan : "Si des offres de paix nous étaient présentées, il faudrait, en tout cas, dire à la Grande-Bretagne : voici les conditions dont nous sommes saisis, qu'en pensez-vous ? Nous sommes, en effet, tenus à un engagement formel." Reynaud rappelle que son appel à l'aide adressé aux Etats-Unis depuis une semaine est resté lettre morte. Weygand ajoute que l'Angleterre, "menacée de perdre la totalité de son armée", menacée d'invasion, "doit comprendre nos préoccupations." Weygand suggère que l'Angleterre va signer la paix ; en tout cas, la BEF se replie sur les ports, une évacuation ne fait aucun doute. L'Italie ? Espérons que nos concessions la dissuaderont d'entrer en guerre. Le Comité est ainsi tenté par des pourparlers. Mais il décide de consulter Londres... comme d'habitude depuis des années. Reynaud voit Churchill le lendemain. "Avez vous reçu des propositions de paix ?" demande le Premier britannique. "Non, répond Reynaud, mais nous savons que nous pouvons obtenir une offre si nous le voulons." Les propos de Reynaud semblent faire référence à la proposition Nordling. Ce qui est certain, c'est que l'idée d'un armistice est dans l'air. Et que l'Allemagne est au courant : le 24 mai, l'ambassadeur allemand à Madrid a rapporté que le gouvernement italien a été informé de l'ouverture de paix française. Reynaud sait que Pétain et Weygand se liguent contre lui pour faire triompher le parti de l'armistice. Sa position est de plus en plus instable.

Il faut noter que Reynaud n’ignore pas que le propre Ministre des Affaires Etrangères de Churchill, Lord Halifax, sonde déjà les intentions allemandes par l'intermédiaire de l'ambassadeur italien à Londres. A l'origine, l'homme qui devait être nommé Premier Ministre du Gouvernement de Sa Majesté, le 10 mai 1940, aurait du être Lord Halifax. Halifax, tête de file du Parti conservateur, partisan d'un compromis avec Berlin, était soutenu par la majorité du Parti, y compris les Travaillistes. Mais le Premier Ministre démissionnaire, Neville Chamberlain, désireux de conserver de l'influence au sein du Parti et du Gouvernement, a mis son veto. Churchill est alors intervenu, rassurant les deux rivaux, leur disant qu'il serait suffisamment docile. A la suite de tortueuses manoeuvres politiques, Churchill a fini par être nommé Premier Ministre. Mais son pouvoir effectif sur la Chambre des Communes reste réduit. Et il doit composer avec le Cabinet de Guerre, c'est à dire cinq personnes : himself, Chamberlain, Halifax, Attlee, Greenwood. Autant le dire, Churchill se trouve dans une situation précaire. Et pour son malheur, alors qu'il est déterminé à poursuivre la lutte, Halifax, lui, pense à négocier. Les Britanniques ont de plus en plus le sentiment que la France va signer un armistice. Halifax est certain que l'Angleterre ne peut poursuivre la lutte seule. Alors il décide de court-circuiter Churchill : le 25 mai 1940, à 17 heures, il rencontre l'ambassadeur italien en Grande-Bretagne. On se souvient qu'Halifax a fait état le 19 et le 21 mai d'une "proposition obscure" devant le Cabinet de Guerre, relative à la neutralisation de Narvik. On a vu qu'il reconnaissait implicitement avoir mené des initiatives diplomatiques avec la Suède. Il est alors plus que probable qu'il a reçu la proposition de Göring transmise par l'industriel suédois Dalherus. Le problème, c'est que les archives britanniques ne possèdent pas ce message de Dalherus. Car, de l'aveu du Public Record Office, en ce qui concerne les rapports anglo-suédois durant la Deuxième Guerre Mondiale : "Une partie de la correspondance pour 1939 et 1940 a été détruite en 1940 devant la menace d'une invasion ennemie." C'est fort regrettable. Halifax rencontre donc l'ambassadeur italien le 25 mai, au lendemain du Haltbefehl, et alors que le chef de la BEF, le général Gort, renonce à participer à l'offensive Weygand et prépare le repli pour à terme évacuer, malgré les ordres de Churchill qui sont de prendre part à la contre-offensive alliée...

Les Franco-Britanniques souhaitent que les Etats-Unis dissuadent l'Italie d'entrer en guerre. Halifax profite de cette manoeuvre diplomatique de la dernière chance pour affirmer à l'ambassadeur qu'il vient au nom du Cabinet (ce qui est faux) faire la proposition suivante : l'Italie et la Grande-Bretagne doivent se mettre d'accord pour rétablir la paix en Europe (traduction : il faut régler les différends italo-anglais en Méditerranée). L'ambassadeur demande au Ministre si les Britanniques jugent opportun de donner leur accord aux propositions de Mussolini. Autrement dit, si Londres est prêt à accepter la médiation italienne dans une négociation anglo-allemande. Halifax répond qu'il a toujours souhaîté que toutes ces questions (entre autres la "construction d'une Europe pacifiée") fassent l'objet d'un "règlement général", en prenant bien soin d'ajouter qu'il sera difficile à la Grande-Bretagne de prendre part à des pourparlers alors que la guerre se prolonge. Réplique de l'ambassadeur italien, qui a tout compris à la langue de bois d'Halifax : "Dès lors que ces pourparlers débuteront, la guerre n'aura plus de sens."

De l'entretien, l'ambassadeur retient que le Cabinet est prêt à accepter une paix de compromis. Cependant, il n'existe aucune trace du rapport qu'il a (ou plutôt qu'il "aurait") envoyé à Rome. Il est possible que ce document ait été classé "interdit au public" en 1952 par le gouvernement italien, car des comptes rendus français mentionnent l'existence d'un tel rapport. Halifax déclarera au Cabinet qu'il a bien rencontré l'ambassadeur, mais fournira une version différente des faits : il ne comptait parler que des rapports anglo-italiens en Méditerranée ; c'est l'ambassadeur qui le premier a parlé de la médiation de Mussolini. Le Duce révèle-t-il ces transactions à Hitler ? Non : il raconte seulement avoir repoussé des "ballons d'essai britanniques" portant sur le blocus des côtes italiennes décidé en 1940. Son correspondant nazi lui a fait savoir le 25 mai que ses troupes marquaient une pause afin que le génie en profite pour réparer les voies de communications... Qui est le plus menteur des deux ?

Le 26 mai au matin, nouvelle réunion du Comité : Halifax se montre cette fois insistant. La situation est grave, dit-il. Il s'agit de "préserver l'indépendance de l'Empire et si possible celle de la France". Et de présenter sa solution : une conférence de la paix réunie sur l'initiative de Mussolini. Halifax tente de forcer la main des quatre membres du Comité : l'ambassadeur d'Italie a sollité un entretien ce matin et "a probablement des propositions neuves à formuler". Si Churchill demeure fermement opposé à l'idée de négociation, les autres membres du Cabinet ne prennent aucune décision. Pourtant Churchill a déjà fort à faire avec son homologue français, qui lui propose d'accueillir la médiation italienne. Le Britannique refuse. Reynaud n'insiste pas et repart en France. La "gouvernante anglaise" a parlé : l'armistice franco-allemand est remis à plus tard. Mais pour Reynaud, il s'agit là, à terme, d'un suicide politique. La faction favorable à l'armistice va dès lors entreprendre de le renverser. Lors de la conférence du Comité du 26 dans l'après-midi, Halifax revient à la charge. Mais Chamberlain reste encore perplexe. Churchill en profite pour temporiser. La séance est levée sans que rien n'ait été décidé quant aux initiatives de paix. Churchill est plus que jamais isolé. Les dominions (Australie, Nouvelle-Zélande) le harcèlent pour obtenir des renseignements précis sur les événements. Churchill autorise alors la BEF à démarrer l'évacuation (Opération "Dynamo"). Le même jour, à 13h30, le Führer vient d'autoriser les Panzer à reprendre leur marche. Cependant l'offensive ne reprendra que le 27, pour des rasions logistiques. Hitler n'est pas sans savoir que les Alliés ont renforcé leurs positions. En outre, les troupes devront s'arrêter à une portée de canon de Dunkerque. Cette levée du Haltbefehl, accordée non sans hésitation, ne nuit pas au répit accordé le 24 mai.

Le lendemain 27, Halifax tente à nouveau de convaincre le Comité d'accepter la négociation. Churchill, poliment, reste intraitable. Et pourtant Calais vient de tomber. Et pourtant Léopold III vient d'annoncer qu'il allait capituler. Le 28 mai est la journée décisive. L'Italie met déjà un point final aux initiatives de paix. Le Duce cherche à présent à entrer en guerre, afin d'obtenir plus d'avantages qu'il n'en obtiendrait au cours d'une conférence de paix. L'occasion est favorable, estime-t-on à Rome : la France s'effondre, la Grande-Bretagne cherche la paix. L'entrée en guerre de l'Italie aboutira de toute façon au même résultat : la France ne peut plus se relever, et la Grande-Bretagne sera découragée. De plus, l'Opération "Dynamo", malgré les raids de la Luftwaffe, se déroule bien. Et Churchill prononce un vibrant discours aux Communes, martelant les mots "Never Surrender". Jamais l'Angleterre ne se signera la paix. Ce discours énergique est très bien accueilli par les députés. A la conférence du Cabinet de Guerre qui s'ensuit, Halifax reprend ses assauts en faveur d'une paix de compromis. Chamberlain, impressionné par le revirement italien, propose un compromis : l'Angleterre continue de lutter, mais sans négliger les possibilités de négociation. Compromis adopté. Churchill préside ensuite le Conseil des Ministres, ressort un discours énergique. Les ministres sont convaincus : l'Angleterre peut continuer la guerre. Halifax a perdu. Les pourparlers sont reportés sine die.

Hitler l'ignore et a encore l'espoir de négocier. Delpla et Costello avancent qu'il lui vient alors une autre idée : laisser partir la BEF. Au départ, il s'agissait de le prendre en otage, histoire de se montrer conciliant. Hitler a su que l'Angleterre et la France étaient prêtes à négocier, par l'intermédiaire de l'Espagne. Si l'Italie a une large part dans l'échec des tentatives de paix, que dire des possibles initiatives allemandes via la Suède ? Les archives britannique sur la Suède (1939-1940) ont brûlé : impossible donc d'évaluer leur influence. Hitler a-t-il arrêté ses troupes pour pousser la faction pacifiste britannique à rechercher la négociation ? Les propositions de Göring des 11 et 15 mai ont-elles servi à pousser les Français à faire de même, dans le but de faire pression sur les Anglais ? Toujours est-il que la manoeuvre, si manoeuvre il y a eu, a échoué. Et la cause de cet échec porte un nom : Churchill.







Bibliographie

John COSTELLO : "Les dix jours qui ont sauvé l'Occident", Olivier Orban 1991. (mobile politique)
François DELPLA : "La Ruse nazie", France Empire 1997. (idem)
Philippe MASSON : "Histoire de l'armée allemande", Perrin1994. (mobile militaire)
Claude PAILLAT : "Le Désastre de 1940", Robert-Laffont, trois volumes (1983-1985). (Hitler, Von Runstedt et Göring principaux responsables)
John TOLAND : "Hitler", Robert Laffont, coll. Bouquins, 1983. (semble privilégier le mobile politique)
Sir Basil LIDDELL HART : "Les généraux allemands parlent", Stock 1948. (idem)
Gert BUCHHEIT : "Hitler, chef de guerre", J'ai lu 1967, vol. 1. (diverses hypothèses étudiées)
Chester WILMOT : "La Lutte pour l'Europe", vol. 1 "Nous reviendrons", Presses de la Cité 1964.
Raymond CARTIER : "Hitler et ses généraux", J'ai Lu 1969. (mobile militaire)
Walter WARLIMONT : "5 ans au GQG de Hitler", Elsévier Séquoia, Bruxelles 1975 (version tronquée, si possible se reporter sur la version allemande ou la version anglaise). (accuse à la fois Göring et Hitler)
Jacques BENOIST-MECHIN : "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident", vol. 1 : "La Bataille du Nord", Albin-Michel 1956. (toutes les hypothèses évoquées)
Historia Spécial : "Le Printemps de la défaite : 10 mai-25 juin 1940" (mai-juin 1990). (mobile militaire)
Jean BAUX : "Dunkerque 1940", Presses Pocket 1969. (toutes les hypothèses évoquées, avec préférence pour le mobile militaire)
Jacques MORDAL : "Dunkerque", France Empire 1968. (toutes les hypothèses évoquées ; l'auteur ne prend pas partie)
David DIVINE : "Les neufs jours de Dunkerque", J'ai Lu 1968. (guère évoqué)
Heinz GUDERIAN : "Souvenirs d'un soldat", Plon 1954. (mobile militaire)
Major Milton SHULMAN : "La Défaite allemande à l'Ouest", Payot 1948. (Hitler trompé par des cartes erronées...)
Cajus BEKKER : "Altitude 4000", J'ai Lu 1969. (mobile Göring)
Karl BARTZ : "Quand le ciel était en feu", J'ai lu 1964. (Hitler donne l'ordre d'arrêter ses troupes, afin de signer la paix avec l'Angleterre, puis Göring intervient pour détruire Dunkerque avec son aviation)
Peter TOWNSEND : "Un duel d'aigles", Robert-Laffont 1969. (mobile Göring)
Joe J. HEYDECKER/Johannes LEEB : "Le Procès de Nüremberg", J'ai Lu 1971. (reconstitue une conversation téléphonique entre Von Runstedt et le Führer éloignée de la réalité)
William L. SHIRER : "Le Troisième Reich : des origines à la chute", Livre de Poche 1983. (expose le mobile flamand, sans prendre partie)
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Message par Daniel Laurent » Vendredi 20 Juillet 2007 10:29:03

Bonjour,
Je n'ai pas eu le courage de relire toute la litterature de Nicolas Bernard que j'ai deja subi par ailleurs, mais j'ai beaucoup aime votre presentation du sujet (Premier poste), merci Bruno.

Quoique certains puissent en dire, la theorie du Haltbehfel etant une piece maitresse des efforts d'Hitler pour signer rapidement la paix a l'Ouest en se contentant de transformer l'Armee Francaise en une armee-croupion genre Reichswher de 1919 et sans necessairement avoir de grandes exigences territoriales et financieres corresponds parfaitement a ce qu'il avait annonce dans Mein Kampf, je vous epargne les citations.

J'ose penser que cette Delplaienne these n'est plus discutable, Nicolas Bernard semblant lui-meme le reconnaitre (Sauf si je l'ai mal lu, mais il est tellement difficile de le lire sans amphetamines ! )

Le probleme est de savoir ce qu'il se serait passe si Hitler avait reussi. La question merite que l'on s'y penche dans la mesure ou il a bien faillit reussir. Il a echoue d'un cheveu, enfin, soyons precis, d'un cigare impregne de scoth 12 ans d'age...
:D

Paix a l'Ouest.
Que se passe-t-il a l'Est ?
Et aux USA ?

Ca ferraille dur a ce sujet sur divers foras.
Peut-etre pourrions nous en parler ici en nous evitant les loghorrees indigestes et les epouvantables etripages que cela genere ailleurs ?
Cordialement
Daniel
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Message par BRH » Vendredi 20 Juillet 2007 13:06:14

Désolé, cher ami, mais il y a un détail sur lequel je ne suis pas du tout d'accord et sur ce point -je le crains- nous ne pourrons nous entendre... 8)

Vous osez affirmer: "enfin, soyons precis, d'un cigare impregne de scoth 12 ans d'age..."

Je récuse totalement cette assertion !

Pour moi, c'était un havane (Romeo y Julietta) imprégné d'un vieux cognac hors d'âge ! :lol:

Comment pouvez-vous vous laisser intoxiquer par le lobby Wasp ? :wink:
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Message par Daniel Laurent » Vendredi 20 Juillet 2007 13:24:05

BRH a écrit :Désolé, cher ami, mais il y a un détail sur lequel je ne suis pas du tout d'accord et sur ce point -je le crains- nous ne pourrons nous entendre... 8)

J'ai eu un moment de tres vive inquietude.
Vous osez affirmer: "enfin, soyons precis, d'un cigare impregne de scoth 12 ans d'age..."
Je récuse totalement cette assertion !
Pour moi, c'était un havane (Romeo y Julietta) imprégné d'un vieux cognac hors d'âge ! :lol:
Comment pouvez-vous vous laisser intoxiquer par le lobby Wasp ? :wink:

De tres courte duree
:D
Cordialement
Daniel
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Message par Paul Ryckier » Jeudi 26 Juillet 2007 22:41:45

Bruno,

comme vous dites, concernant Nicolas Bernard: "remarquable par sa clarté"

Après le débat que j'ai lu sur le site de François, déclenché par son URL ici sur votre forum (un coup de stylet dans le dos? (si je me souviens bien)), (maintenant déja plus de 300 messages) c'est une synthese honnête de la question (selon moi :) ).

Le thème est aussi "déclenché" sur les Aéroforums, j'ai vu maintenant, mais arrèté avec le "Haltbefehl" de Philippe Ballarini...

C'est intéressant de voir les mêmes gens sous differentes angles, comme vous, Louis, Alain (Somua) et Daniel, que j'ai vu déja aussi sur le forum ABBL.

J'ai entendu parler du "Haltbefehl", déja dès mon enfance, par mes parents (Flandre Belgique). J'ai fait un "thread" de ça sur le forum du BBC je pense en 2003. Fait des recherches sur internet, mais ne trouvant pas grand chose. J'ai vu alors par ces recherches pour la première fois le site de François Delpla avec le récit de Gènèral Blumentritt et Liddell Hart. Étant encore un ignorant dans ce temps (peut-être mon statut n'a pas subi un grand changement...), j'ai demandé des experts sur le site BBC sur la figure de Liddell Hart, trouvant que des vagues entrèes sur ses archives dans le "centre for military archives" in Kinston College. À part de ça je trouvait aussi le livre "The Other Side of the Hill", mais mes collèges au BBC n'avaient jamais entendu de cette livre...J'ai aussi trouvé (naturellement à part de nomination de père du Blitzkrieg) des soupçons d'admiration pour les Allemands, mais ils ne peuvent être assez graves parce que les Anglais faisaient un "Sir" de lui. Mais je que je me souviens de 2003 est que Liddell Hart sur "internet" n'est pas vu par les Anglais comme "sympatique" avec son livre contenant ces interviews avec des générals allemands...

Une vue rapide sur internet rèvéle beaucoup plus sur Liddell Hart en comparaison avec 2003 maintenant (dans mon humble opinion).

Bruno, une grande merci, pour avoir éclairci le débat par la voie de Nicolas Bernard, parce que au bout du temps avec les centaines de messages on ne voit, comme on dit chez nous, plus les arbres parmi le bois à la fin.

J'absorbe les théories des "experts" et je ne suis pas sur, si je pourrai avec ma connaissance insuffisante jamais faire un commentaire approfondi...

Cordialement,

Paul.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Mercredi 30 Décembre 2009 18:55:57

François Delpla a écrit :Le Haltbefehl est, j'espère que personne n'en disconviendra, quelque chose de très étonnant : la première fausse note dans une partition militaire fort réussie et scandée par trois triomphes, contre la Pologne, la Norvège puis la France. Plus étrange encore, cette série militaire en forme de promenade faisait suite à une série ininterrompue de triomphes politiques et diplomatiques, depuis 1933.

Comme je comprends qu'avant 1990 personne ne se soit frotté à ce problème ! et qu'ayant tout de même à expliquer ce déconcertant blocage, on se soit contenté de prendre au premier degré des bribes permettant d'incriminer d'impalpables lubies de dernière minute soit de Hitler et Göring, soit de Hitler et Rundstedt, soit des trois ensemble !

Mais dès lors qu'on prétend traiter le problème historiquement, c'est-à-dire en l'examinant sous toutes ses faces et en intégrant toutes les données, il faut affronter la question : de cette campagne à l'ouest, Hitler attend quoi ?

L'école fonctionnaliste d'histoire du nazisme, qui reste dominante et en tout cas n'a pas été assez critiquée, accuse volontiers les mécréants dans mon genre de "prétendre que tout est dans Mein Kampf". Personnellement je ne me sens pas concerné. J'admets parfaitement qu'il y ait eu des improvisations, comme par exemple l'Anschluss (certes annoncé dans ce livre, et dès les premières lignes, mais pas sous cette forme). Dans cette campagne de France, cependant, nous retrouvons bien, trait pour trait, ce qui est prophétisé en 1926 : un coup écrasant contre la France, destiné à la dégoûter de tout esprit de revanche mais point à lui prendre des territoires métropolitains ni coloniaux. Et ce pour une raison fondamentale : il faut dans le même temps ménager l'Angleterre, en lui faisant comprendre que l'Allemagne ne veut rien sur l'Atlantique et reporte vers l'est tout son appétit d'"espace vital".

Le quitte ou double de la percée de Sedan s'accompagne ainsi en toute logique d'une offensive diplomatique, dont le principal vecteur n'est pas Nordling mais Dahlerus.

J'ai rappelé plus haut à Clayroger le chapitre 12 de Churchill et les Français (1993) parce qu'il avait tendance à nier cette offensive diplomatique . Or l'unique document d'époque sauvé des destructions et autres dissimulations est ce papier miraculé "Offres éventuelles de paix de l'Allemagne", que Reynaud a oublié de retirer de la petite partie de ses archives qui s'est retrouvée au Quai d'Orsay alors qu'il faisait le ménage dans la grande, consultable (librement entre 1986 et 1993, avec autorisation de la famille depuis 1993) aux Archives nationales.

Cependant, et à ce propos Daniel a raison de renvoyer à ma Ruse nazie (1997), seul livre consacré au Haltbefehl à part celui de Vanwelkenhuyzen (1994), j'ai beaucoup avancé pendant ces quatre années, notamment en découvrant cette mention ignorée de moi-même et de mes devanciers dans le guide des archives anglaises de la SGM : "'Une partie de la correspondance avec la Suède pour 1939 et 1940 a été détruite en 1940 devant la menace d'une invasion ennemie".

Voilà, ce me semble, une belle ouverture de piste pour tout courageux doublé d'un ennemi viscéral de la censure. Tiens donc, on n'a détruit qu'une partie ! et que ce qui concernait la Suède !! Les Huns menaçaient de débouler, et on laissait à leur disposition les cartons du Foreign Office concernant l'Allemagne et ses antinazis, ou les autres belligérants, ou l'URSS, pour s'acharner sur les relations du gouvernement de Sa Majesté avec un neutre de 3 millions d'habitants !

Mais puisqu'on n'avait détruit que sélectivement, il ne restait qu'à explorer ce qui survivait pour essayer au maximum de reconstituer le reste, ou au moins de comprendre de quoi il parlait. Le fait de rester, 13 ans plus tard, le seul à l'avoir fait ne me donne aucune mauvaise conscience, c'est grave, docteur ? Et qu'ai-je trouvé ? qu'on avait éliminé TOUT ce qui concernait les navettes de Dahlerus ! Il reste cependant une preuve qu'il a fait connaître à Londres un plan portant son nom, concocté au ministère des Affaires étrangères de Stockholm et présenté à Göring notamment le 11 mai : le cabinet anglais en a débattu le 23 mai, sans doute sur proposition de Halifax, pour le rejeter, vraisemblablement sous l'impulsion de Churchill. Dites-moi si je vous ennuie.

Ces éléments et beaucoup d'autres m'ont conduit à penser que Hitler en était bel et bien à l'avant-dernier étage de son programme. Si le premier ministre en poste le 10 mai à l'heure de l'offensive avait continué, le 23, de s'appeler Chamberlain, une paix laissant explicitement ou non à l'Allemagne les "mains libres à l'est" moyennant l'évacuation de l'ouest (d'où le terme nazi de "généreuse") avait toutes chances d'advenir. Là je vois tout de suite des orthodoxes se récrier alors j'ajoute : tel me semble être, en tout cas, le calcul hitlérien, et la totalité du dossier plaide en ce sens.

Seulement voilà : il y a maintenant un autre premier ministre, incapable d'apprécier sportivement la générosité. Il urge donc de laisser aux belligérants, et notamment au britannique, un petit délai pour se débarrasser du trublion.

Ce n'est qu'une explication ! mais pour l'instant il n'y en a pas d'autre.


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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Lundi 03 Mai 2010 11:27:07

L'énigme n'en est plus une, à partir du moment où l'on ne conteste plus la visite de Nordling à Reynaud et les propositions que le 1er a transmises au second. D'une certaine manière, ceci étaye la démarche parallèle et plus ancienne de Dalherus auprès des Anglais. On retrouve évidemment trace de tout ceci dans la réunion du comité de guerre à Paris le 25 mai. Avec -si on avait encore des doutes- le départ de Reynaud pour Londres afin de solliciter un armistice avec l'Allemagne de concert avec Churchill. Remarquez que l'on ne sort pas de l'Histoire, puisque tout ceci est documenté et sourcé.

Et on veut nous faire croire que tout cela n'aurait aucun rapport avec le Haltbefehl ? C'est de l'enfantillage... Mais voilà, cela fait partie des vérités que l'on ne doit pas reconnaître.

Pour quelles raisons ? Je crois que Mister Delpla est passé tout près de la vérité dans son débat mémorable avec Nicolas Bernard sur un forum 2ème GM.

Et si cette vérité devait être tue, tout simplement ?

Savoir qu'une paix de compromis aurait évité biens des destructions et -probablement- un sort meilleur pour les juifs, du moins en Occident (Benelux, France).

Si je me souviens bien, c'est cette perspective qui faisait hurler Nicolas Bernard.

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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Lundi 03 Mai 2010 15:43:58

Il me semble au contraire que, dès que le résultat des courses s'est dessiné vers 1942, c'est un sentiment de honte, pour avoir douté de la victoire en mai-juin 40, qui a présidé en France comme en Grande-Bretagne à la dissimulation des offres "généreuses" de Hitler via Göring, Dahlerus et Nordling.

Je rappelle aussi que le Haltbefehl n'a pas fait, hors de la sphère dirigeante allemande, l'objet de la moindre discussion avant 1946, puisque c'est cette année-là qu'il a été découvert dans le journal de Halder et qu'on a bien été obligé d'en parler.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Lundi 03 Mai 2010 18:07:09

Justement, ce sentiment de honte a conduit à la dissimulation des offres en question. Notamment et principalement en Angleterre, ce qui a mené -si cela était encore nécessaire- à ce que les archives soient soigneusement expurgées de tous les documents compromettants, avant et après le Haltbefehl. A preuve, les autres disparitions concernant les contacts entre le 17 juin via la Suède...

C'est quand même pour la plus grande partie en France que l'on en trouve les traces (mission Nordling et carnets de Reynaud).

Aujourd'hui, il convient de conserver le couvercle soigneusement vissé sur cette "découverte" dérangeante. Parce qu'en effet, comme vous l'avez écrit, une forme d'entente avec Hitler, bien que honteuse, aurait sans aucun doute entraîné des destructions moindres pour l'Europe de l'Ouest et même, un sort plus avantageux pour les juifs.

Souvenez-vous que Nicolas vous reprochait d'avoir envisagé (par le biais d'une entente avec les nazis) un sort meilleur pour les juifs, même à l'est. Si bien qu'au final, on pourrait reprocher à Churchill d'avoir empêché une meilleure sauvegarde de l'Europe, dont seul Staline aurait, tout compte fait, profité... Conclusion paradoxale et pourtant avérée désormais à mes yeux.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Mardi 04 Mai 2010 14:01:20

Laissons Nicolas s'exprimer à froid s'il lui chaut !

La question du nombre et de la date des meurtres nazis en cas de paix générale en mai ou juin 1940 est aussi ouverte que rarement posée et j'ai moi-même varié à son sujet, en prenant au sérieux depuis quelques années le projet de déportation des Juifs à Madagascar dans lequel je ne voyais jusque là qu'un brouillon pédagogique. Cf. le dernier chapitre du Mers el-Kébir, ou encore ceci :
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=135
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=305

En tout cas, je ne crois pas que la honte qui fait dissimuler, après la guerre, les chances énormes du rétablissement de la paix en mai, juin ou juillet 1940, porte sur le fait que des destructions de vies ou de biens auraient pu ainsi être évitées. Ne serait-ce que pour la raison suivante : l'image de Hitler qui prévalait alors était celle d'un fou rêvant de conquérir le monde et "ne sachant pas s'arrêter". Rien n'était plus simple dans ces conditions que de dire que cette paix d'apparence "généreuse" ne l'était en fait pas du tout, et n'était qu'un piège.

Toute la logique de cette censure me paraît résider dans l'impossibilité de voir en face des prix d'excellence de sciences-po comme Reynaud ou Halifax sur le point de s'entendre avec le caporal aventurier, comme à Munich et comme si la révélation, entre-temps, de ses moyens et de sa brutalité n'avait pas changé la donne.

NB : s'il y a un tout petit peu plus de sources en France, cela ne doit rien à une supériorité quelconque sur l'Angleterre et tout à une distraction de Reynaud, qui a épuré ses archives de président du conseil, ministre de la Justice, des Finances et de la Guerre, en oubliant qu'il avait été pendant quelques mois aux Affaires étrangères et en laissant traîner au Quai d'Orsay des dossiers où Costello a pu trouver le papier du 20 mai sur Nordling et Dahlerus.

Dans ses carnets, pas la moindre allusion.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Eric van den Bergh » Dimanche 04 Juillet 2010 15:00:44

1.Le Haltbefehl est généralement considéré comme la cause de l'évacuation réussie d'un grand nombre de troupes alliées.Mais ce n'est qu'une hypothèse !Kleist n'a pas attaqué ce jour-là donc on ne saura jamais si cette attaque aurait été un succès et si elle aurait empêché cette évacuation.Toutefois on constate que l'hypothèse est devenue une certitude pour tous et tous se posent la question : pourquoi Hitler a-t-il donné cet ordre ?
2.La réponse est simple.C'est parcequ'il a suivi les conseils de Rundstedt.
3.Pourquoi l'a-t-il fait ? L'origine se trouve début 1938 quand l'OKH change de commandant .Brauchitsch,56 ans,est nommé et Rundstedt ,62 ans,est mis à la retraite.En 1939 il est rappellé et commandant de la Hgr.A.Brauchitsch est maintenant son supérieur.Halder est nommé chef de l'état-major de l'OKH alors que Manstein n'obtient pas ce poste.Il est nommé chef de l'état major de Rundstedt.Résultat : discorde entre l'OKH et la Hgr.A.
Pendant la campage Rundsteds est toujours d'accord avec Hitler et gagne sa confiance alors que la rélation entre Hitler et Brauchitsch n'était jamais bonne.Et devant Dunkerque Hitler laisse la decision d'attaquer à Rundstedt et non à Brauchitsch et c'est encore Rundstedt qui plus tard dit à Hitler qu'on peut attaquer. le 29 Mai Bock,commandant la Hgr B, s' est rendu au QG de Rundstedt à Charleville pour une conférence et il écrit dans son journal :"à Charleville j'ai compris par une remarque de Rundstedt pourquoi les unités blindées ne furent pas actives à Dunkerque.Rundstedt dit : "je me faisais du souci en pensant que les troupes de Kleist pouvaient être culbutées par les Britanniques qui se répliaient ".
4.Le terrain.Jadis marécageux,était poldérisé(je me permet ce néologisme dans la langue française) et,étant hollandais,je sais qu'un polder est entouré de canaux.On les voit sur la carte Taride de l'époque.Les chars ne peuvent pas franchir un cours d'eau qui est défendu tout seuls.Il faut de l'infanterie,du génie,de l'artillerie,parfois de l'aviation.Chauvineau l'a écrit,les Allemands l'ont subi à Martelange,de Gaulle à Montcornet.
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