L'énigme du "Haltbefehl"...

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Mardi 26 Février 2013 10:59:42

boisbouvier a écrit :Je ne pense pas que tu sois psychotique, Delpla, car, pour qu'il y ait psychose, il faut un élément hallucinatoire qui, malgré les apparences, n'est pas probant ici.
Quelles apparences ?
Dire que la capture par Hitler du BEF serait pour lui une catastrophe et pour Churchill un triomphe.
Nous sommes plutôt à l'intérieur d'un syndrome paranoïde accentué appelant à un traitement approprié rapproché.


Je signale à ceux qui n'ont pas visité les autres fils que cet (censuré) se targue, en toute occasion et sans rire, d'une "exquise politesse".
Francois Delpla
 
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Mercredi 06 Mars 2013 16:26:42

Quelques lignes de Richard J. Evans sur le Haltbefehl, affligeantes : viewtopic.php?f=12&t=1003&p=13773#p13773 .

Stimulé par une polémique de forum, j'ai enfin trouver le temps d'écrire une réplique au livre de Vanwelkenhuyzen http://www.delpla.org/article.php3?id_article=594 .

Je n'avais peut-être pas mesuré tout le mal que cette sévérité d'un auteur reconnu m'avait fait et, à travers moi, au renouveau des études sur le nazisme.
Francois Delpla
 
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Paul Ryckier » Mercredi 06 Mars 2013 19:01:36

Francois Delpla a écrit :Stimulé par une polémique de forum, j'ai enfin trouver le temps d'écrire une réplique au livre de Vanwelkenhuyzen http://www.delpla.org/article.php3?id_article=594 .

Je n'avais peut-être pas mesuré tout le mal que cette sévérité d'un auteur reconnu m'avait fait et, à travers moi, au renouveau des études sur le nazisme.

François,

un grand merci pour ce message, que j'ai lu avec intérêt.

Cordialement,

Paul.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Lundi 11 Mars 2013 00:58:49

Merci, Paul.

J'espère que vous aimerez aussi ce complément http://www.delpla.org/article.php3?id_article=594 , sur l'acharnement avec lequel Jean Vanwelkenhuyzen écarte du débat les offres tentatrices de Göring, véritable mode d'emploi de l'imminente victoire allemande de Sedan, à l'usage des deux grandes nations ennemies : 1) constatez les dégâts; 2) dépêchez-vous de demander la paix, elle sera généreuse ; 3) si vous tardez, les conditions s'aggraveront.

En résumé : l'historien belge, vent debout contre ma thèse, situe contre toute évidence la conversation à la mi-avril au lieu du 6 mai; il en conclut que Dahlerus, auquel il prête (sans plus de preuves) l'initiative d'avoir abordé le sujet, voulait simplement sonder l'Allemagne sur ses conditions de paix.

Je viens d'essayer de clarifier le rôle de Nordling dans la genèse du Haltbefehl : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=598 .
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Jeudi 18 Avril 2013 08:49:50

Ce débat m'amène à une idée qui ne m'était pas venue, ou pas de manière aussi nette, lors de la rédaction de la Ruse nazie (1997) : s'il y a une "crise des blindés" les 22 et 23 mai 1940, c'est très largement en raison de la surprenante contre-attaque anglaise d'Arras, le 21. Rommel, en particulier, avait paniqué, ou cherché à excuser son recul, en prétendant avoir été attaqué par un nombre de chars considérablement supérieur à la réalité. Le général von Kleist, supérieur immédiat de Guderian, avait émis le 23 à 9h 30 un message de détresse. En conséquence, l'évacuation d'Arras par les Anglais le soir même fait entrevoir à tous les officiers allemands qui l'apprennent une victoire prochaine et écrasante : elle crée un climat d'euphorie.

Or l'"ordre de regroupement" émis par Kluge en accord avec Rundstedt dans la soirée du 23 (les groupements blindés Hoth et Kleist devront s'arrêter, le 24, pour une journée, le temps que les troupes qui les suivent se rapprochent et qu'Arras soit nettoyé), sans doute peu avant que lui parvienne la nouvelle de l'évacuation anglaise, correspond à un état de la question (et d'esprit) qui est, à l'aube du 24, complètement dépassé. D'où le fait qu'en cette même aube Guderian lance la 1ère Pzd vers Dunkerque sans état d'âme, et sans le moindre freinage en provenance de ses supérieurs, pendant toute la matinée et jusqu'à l'ordre d'arrêt de Hitler. L'ordre de regroupement aurait été purement et simplement oublié (sans être rapporté sinon par téléphone, puisque les archives ne portent pas trace d'un contrordre*), du moins en ce qui concernait les mouvements de l'avant-garde tendant à boucler l'encerclement des Alliés.


La confirmation de cette idée achèverait de démontrer l'inanité de l'"explication militaire" (que personne n'a jamais formulée, je le rappelle, en termes clairs et en se référant à des documents datés des heures précédentes), sauf à penser que Hitler était fort en retard dans la prise en compte de la situation militaire (or tout indique, pendant toute la durée de la guerre, qu'il veillait à en être informé au plus vite).

Mais les spécialistes qui nous lisent ont-ils une idée là-dessus ?


-----------
*mais l'Aufschliessbefehl (ordre de regroupement), dans sa seule forme connue, est lui-même téléphonique, d'après le journal de marche de la 4ème armée : Kluge téléphone à Zeitzler, chef d'état-major de Kleist, le 23 à 22h 55 que, le lendemain, "en gros le groupe Hoth devra s'arrêter; le groupe Kleist également."
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par norodom » Vendredi 19 Avril 2013 20:46:57

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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Jeudi 25 Avril 2013 10:21:06

Il y a eu des avances, c'est indéniable. A moins d'admettre que Nordling était un mythomane. Car, le 25 mai, Lebrun évoque la possibilité d'examiner les conditions d'un armistice accordé par les Allemands... Le lendemain, Reynaud se rend à Londres et Churchill l'apostrophe avant même qu'il ait pu parler :

"- Avez-vous reçu des propositions de paix ?

- Non, mais nous savons que nous pouvons faire une offre si nous le voulons..."

(Henri Amouroux, le peuple du désastre, La Grande histoire des Français sous l'Occupation, le peuple du désastre, 40 millions de pétainistes.

Collection Bouquins, Robert Laffont. Dépôt légal : octobre 1997. p. 306)

Autre édition et autre version où Amouroux introduit un conditionnel :

"Churchill, qui a ouvert la séance du cabinet britannique en annonçant que la France s'apprêtait à signer une paix séparée, n'est pas surpris lorsqu'il entend Reynaud lui dire qu' "en raison de l'usure de nos forces il serait prudent de prendre en considération, dès maintenant, l'hypothèse où la France serait réduite à la nécessité de déposer les armes et de chercher une solution par la voie de la négociation".

- Avez-vous reçu des propositions de paix ? lui demande-t-il alors.

- Non, aurait répondu Reynaud, mais nous savons que nous pouvons faire une offre si nous le voulons...


page 77

Amouroux H (1997) : Pour en finir avec Vichy, tome 1, les oublis de la mémoire 1940. Robert Laffont, 539 p

Je pense que l'on peut admettre la véracité des propositions de Göring transmises à Reynaud via Nordling et ce, avant le 24 mai. Les mémoires de Nordling, le récit de Coulondre, la relation du comité de guerre français du 25 mai et le voyage à Londres de Reynaud en font foi.

Dans ce contexte, le Haltebefehl tombe vraiment pile poil. A dire vrai, il semble plus adressé aux Anglais qu'aux Français. Le problème, c'est que l'on a encore moins de documents pour le volet anglais, même si Dalherus paraît bien le vecteur indiqué...

Il n'en reste pas moins vrai qu'il appartenait aux alliés de saisir éventuellement la balle au bond en sollicitant ou non un armistice. La tentation est esquissée chez les Français au cours du comité de guerre du 25 mai, en tenant compte du fait qu'il a dû s'en dire beaucoup plus avant ou après la séance que ce que les écrits veulent bien le dire...

François Delpla démontre bien comment Churchill a superbement manoeuvré pour que la question ne soit pas officiellement abordée, ni au sein du cabinet de guerre, ni avec Reynaud.

Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Jeudi 25 Avril 2013 10:34:50


--------------------------------------------------------------------------------

Voici le passage évoqué par Amouroux :

"le 26 mai, Reynaud rencontre Churchill à Londres. Conscient de la gravité de la situation, gravité quotidiennement soulignée par le général Weygand, il laisse entendre au Premier ministre britannique qu' "en raison de l'usure de nos forces, il serait prudent de prendre en considération, dès maintenant, l'hypothèse où la France serait réduite à la nécessité de déposer les armes et de chercher une solution par la voie de la négociation... avant que les Allemands se soient emparés de toute la zone côtière de la Manche".

Churchill, qui n'ignore pas les nombreux entretiens que le Suédois Birger Dahlerus, familier de Goering, plus ou moins hostile à la guerre, a eus depuis août 1939 avec Lord Halifax, son ministre des affaires étrangères à qui, avant le 3 septembre, il a même pu parler au nom d'Hitler, et qui sait la force du courant pacifiste, dans une Angleterre traumatisée par le rapide écroulement de l'armée française, pose à Reynaud cette question, qui n'est pas sans arrière-pensées, puisque, en ouvrant à 9 heures la séance du Cabinet, il a dit à ses ministres que la France s'apprêtait à signer une paix séparée.

- Avez-vous reçu des propositions de paix ?

- Non, aurait répondu Reynaud, mais nous savons que nous pouvons faire une offre si nous le voulons...

Quelle "offre" la France aurait-elle dû faire à Hitler ? Il est invraisemblable que Goering n'ait fourni aucune indication à Nordling, invraisemblable que le consul général de Suède n'ait pas fidèlement transmis à Reynaud les conditions allemandes.

Mais du contenu des "ouvertures" en direction de la France, nous ne saurons rien. Nous ne saurons rien, non plus, du contenu des "ouvertures" -elles seront constantes et se poursuivront même après juin 40- en direction de l'Angleterre, "ouvertures" dont le Suédois Dahlerus avait été l'un des messagers officieux."

Churchill reçoit Reynaud le 26 mai au 10 Downing street, en compagnie de Halifax. Reynaud évoque la possible nécessité pour la France de demander un armistice. En fait, Churchill coupe court, en demandant si Reynaud a reçu des propositions de paix, signe (de mon point de vue) qu'il en a reçues également.

Reynaud répond que non, mais il ment, le témoignage de Coulondre en fait foi.

Néanmoins, si des propositions de paix sont faites, sous condition d'une demande d'armistice rapide, il est logique de considérer le Haltebefehl comme un nouveau signal à l'égard des Anglais. Même si Calais est sur le point d'être occupée, Dunkerque est encore réservée. Preuve supplémentaire de la modération d'Hitler.

On a plus de renseignements sur la proposition de Nordling que sur celle de Dalherus. Pour moi, il n'est pas douteux qu'elle était identique.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Jeudi 25 Avril 2013 10:50:52

Des contradicteurs nous opposent que les archives montreraient que Reynaud a reçu des indications sur ce que pourraient être des conditions de paix, pas qu'il ait reçu ces conditions de paix. C'est jouer sur les mots. Recevoir des conditions de paix, c'est nécessairement dans un cadre diplomatique, après un armistice, par exemple. Reynaud a reçu une offre de paix qui indique à quelles conditions elle serait accordée. Cela suppose au préalable une demande d'armistice. C'est à la France de solliciter un armistice. Elle est vaincue ou en passe de l'être. Le délai est même indiqué : pas au-delà de l'occupation de Calais (enfin, on n'est pas à quelques heures près, je suppose). N'oublions pas que Reynaud a reçu Nordling le 20 mai. Et qu'il est à Londres le 26. C'est le terme final.

D'ailleurs, Göring a fait transiter une offre de paix, via Nordling. Une acceptation nécessite formellement une demande d'armistice. Ou de cessez-le-feu, à tout le moins. Cet acte incombe à Reynaud de manière conjointe ou non avec Churchill.
On nous objecte encore qu'il n'y a pas d'indications particulières sur des propositions faites sous condition d'une demande d'armistice rapide, le seul document certain étant le document Coulondre qui ne mentionnerait rien de tel...
Eh bien, il n'y a pas de preuves à rechercher de ce côté. Ce sont les usages diplomatiques et militaires. En 1870, Jules Favre a rencontré Bismarck pour connaître les conditions de paix de l'Allemagne. Elles lui ont été précisées noir sur blanc. Celui à qui elles sont adressées les acceptent ou les refusent. S'il les accepte, il demande nécessairement un armistice. Le fait de ne pas solliciter un armistice constitue un refus des conditions de paix qui sont proposées.

A ma connaissance, il n'y a plus aucun historien reconnu de la Seconde Guerre mondiale qui nie l'existence de tractations au cours du mois de mai pour une paix blanche.

Beaucoup restent dubitatifs sur une mission "Dahlerus", mais n'écartent plus la mission Nordling comme fantaisiste, ce qui a été longtemps le cas.

Par contre, effectivement, très peu souscrivent à la théorie du "Haltebefehl". Sur ce point, François Delpla est encore très isolé.

Personnellement, l'important, c'est bel et bien la proposition d'une paix blanche de la part d'Hitler. Il veut la paix à tout prix, d'abord et essentiellement avec l'Angleterre. La France est secondaire. Si l'Angleterre accepte la paix, la France suivra. Si elle refuse, l'acceptation de la France l'entraînera probablement avec elle un peu plus tard...

Ce que j'ai constaté, c'est que le refus d'acquiescer à la "théorie" du Haltebefehl cache, en fait, le refus d'accepter qu'Hitler aurait pu ne pas vouloir la destruction des pays occidentaux (France, Angleterre, Belgique, Pays-Bas). Or, il est bien démontré que tel n'était pas son objectif initial...

Sa volonté de paix avec l'ex grand allié anglais me semble évidente, du moment qu'il est prêt à renoncer à l'Alsace-Lorraine, pourvu qu'il récupère les colonies gérées par la France et le bassin de Briey (juste pour enfoncer un coin dans la ligne Maginot).
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par BRH » Jeudi 25 Avril 2013 11:03:56

Les mêmes contradicteurs, s'ils admettent qu'Il existe une preuve d'une action diplomatique vers Nordling, considèrent que les objectifs pouvaient être multiples... Mais il s'agit d'une Action diplomatique VIA Nordling : Il n'est pas admissible de penser qu'une action diplomatique prouvée à l'égard de la France n'aurait pas eu son pendant en Angleterre...

Nous savons tous que les nazis respectaient et craignaient l'Angleterre. Par contre, ils n'avaient que mépris et haine envers la France (à quelques exceptions près). Surtout Hitler qui n'abandonnera JAMAIS l'espoir de conclure un accord avec Londres ! Ce sera sa perte... On exige cependant les preuves d'une action diplomatique vers la Grande-Bretagne, autre de ce qui a été rapporté ci-dessus. Il n'y en a pas, formellement. Néanmoins, l'action de Dalherus existe pour le volet norvégien. Et que dit Churchill devant le Cabinet de guerre le 28 mai ? :

"Le point essentiel est que M. Reynaud cherche à nous faire asseoir à une table de conférence avec M. Hitler. Une fois que nous y serons, si nous découvrons que les conditions portent atteinte à notre indépendance et à notre intégrité, nous nous lèverons pour quitter la table, mais alors nous découvrirons que toute la détermination dont nous disposons actuellement s'est évanouie."

Tout est là : Churchill ne faisait plus confiance à Hitler et il était prêt à brûler ses vaisseaux. Le sort du monde a été en balance entre les mains du vieux lion, pour le meilleur comme pour le pire. Maintenant, croire que les nazis n'ont adressé aucun message vers l'Angleterre, c'est de l'enfantillage... Nos amis Anglais ont fait le ménage, tâche à laquelle ils sont habitués, j'en sais quelque chose !
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Jeudi 25 Avril 2013 12:41:49

quelques rappels sur le ménage britannique :

-il est avoué par le guide des archives : "une partie de la correspondance avec la Suède a été détruite en 1940".

-les navettes et les autres démarches de Dahlerus ont été particulièrement visées par les censeurs : ainsi, dans les cartons du FO renfermant sa correspondance diplomatique avec la Suède en 1940, il n'y a strictement rien concernant les rencontres Göring-Dahlerus et leur écho à Londres.

-on sait néanmoins que cet écho a eu lieu, par les minutes du cabinet qui font état, les 19, 21 et 23 mai, de la discussion d'un "plan Dahlerus" de neutralisation de Narvik, présupposant un contact entre l'homme d'affaires suédois et l'Allemagne, et l'accord de celle-ci; ce plan ayant été évoqué lors des rencontres Göring-Dahlerus des 6 et 11 mai, il est inconcevable que les conditions de paix aient été tues par Dahlerus lors de ses contacts avec les Britanniques et qu'il se soit alors borné à parler de Narvik.

-on se demande bien pourquoi il y aurait eu un tel effacement de traces, si celles-ci n'avaient pas consisté précisément en un contact avec l'Allemagne jugé peu avouable; une liste de conditions de paix complaisamment acceptée par la diplomatie anglaise et son chef Halifax, mais que Churchill avait littéralement refusé d'entendre, pour conduire finalement le pays à la victoire, cadre fort bien avec une telle censure.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Vendredi 03 Mai 2013 04:14:00

Puisque le message reste sans réponse, le clou est sans doute bon à enfoncer.

L'histoire du Haltbefehl a bien progressé lorsque, en 1997, je l'ai enrichie de cette découverte d'un membre de phrase imprimé en 1970, que personne ne semble avoir remarqué auparavant et en tout cas aucun des auteurs, professionnels ou amateurs, écrivant sur ce Haltbefehl :
"une partie de la correspondance avec la Suède a été détruite en 1940".


Or, dans le débat déclenché, voire déchaîné, par la parution, le 1er juillet 2012, de mon plus court article sur l'ordre d'arrêt, aucun de mes contradicteurs, si j'ai bonne mémoire, n'a cité cette découverte, sinon pour m'en faire grief ! Je tirerais parti de cette destruction pour imaginer plus à l'aise !! C'est évidemment une contre-vérité à laquelle manque tout début de démonstration.
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Vendredi 03 Mai 2013 18:55:18

une contestation intéressante...
et la réponse : http://www.delpla.org/forum/viewtopic.p ... 831#p15831
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Lundi 06 Mai 2013 11:21:10

Ce que l'explication militaire a de désespérément catastrophique, c'est sa pluralité : il s'agissait à la fois de ménager les chars, d'engager l'aviation, de se garder d'une contre-attaque ennemie, d'épargner les villes flamandes, d'attendre les fantassins, les pièces de rechange ou les camions-citernes... Et le tout sans le moindre document, je veux dire sans le moindre document qui ne doive rien à la parole de Hitler Super-menteur !
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Re: L'énigme du "Haltbefehl"...

Message par Francois Delpla » Mercredi 08 Mai 2013 18:31:57

Comme le rapprochement avec Mers el-Kébir a été mal compris, je vais essayer de le justifier.

Mers el-Kébir (3 juillet 1940) est le tournant de la guerre qui suit au plus près celui du Haltbefehl, et il découle du ratage, par Hitler, de cette première manoeuvre.

Il n'a qu'une obsession quand Churchill prend la barre : la lui retirer. Le Haltbefehl est un premier essai, manqué de justesse. Tous les espoirs sont raisonnablement permis au moment de l'armistice franco-allemand, si Churchill est toujours là : la défection de la France laisse l'Angleterre toute nue, le relais pris par l'URSS en juin 41 et les Etats-Unis en décembre étant les choses les plus difficiles à faire miroiter aux vieux crabes calculateurs de la City. Il va suffire de leur balancer des tracts répétant noir sur blanc ces conditions "généreuses" qui se sont perdues apparemment dans les couloirs du ministère(*). Patatras ! Mers el-Kébir et ses 1275 morts français sans défense, mais surtout le fait que Churchill reste au pouvoir après cela et que l'Amérique le félicite, c'est la tuile absolue : les conditions, mises noir sur blanc, c'est la porte ouverte à un discours churchillien disant que Hitler est, en dépit des apparences, au bout du rouleau.

Il n'y a plus qu'à dire assez vaguement qu'on ne veut pas de l'empire britannique, et à jouer la carte antisoviétique.

Voilà qui ruine de fond en comble l'argument de la "paix séparée" proposée par Göring à la France pour mieux concentrer le feu allemand contre les intérêts britanniques (c'est l'inteprétation que m'opposent certains contradicteurs : les rares qui consentent à prendre en compte l'ouverture diplomatique de Göring vers Dahlerus et Nordling). Car la paix séparée, elle est là, dans cet armistice que Hitler peut à volonté convertir en un traité de paix (Pétain n'attend que cela, et va se prosterner plus bas que terre à Montoire pour l'obtenir). Et que fait Hitler ? Il se détourne résolument d'une entente avec la France, autre que la fameuse "collaboration du cheval et du cavalier" (ou, autre expression de l'époque, "tu me donnes ta montre et je te donne l'heure") car l'alliance qu'il veut, c'est celle de l'Angleterre, et il recherche jusqu'à la fin de la guerre une formule qui permette de la menacer sans la frapper dans ses intérêts vitaux, en espérant que cela fasse tomber Churchill sans regrouper ses compatriotes autour de lui.

Le fond des désaccords exprimés depuis juillet 2012 sur divers espaces internautiques est là : la vision classique, issue notamment de la propagande churchillienne de guerre, suivant laquelle Hitler était un fou furieux et le contraire d'un stratège, continue de semer son brouillard.

La vision alternative, qui a du mal à s'imposer mais lentement progresse, est celle d'un fou non furieux et même bougrement intelligent, qui par son racisme inédit et déroutant a failli trouver une martingale permettant de souffler les obstacles sur lesquels s'était brisée l'Allemagne en 1914-18.

La pause devant Dunkerque offre de ce point de vue une pomme de discorde des plus naturelles. Pour le comprendre, il faut mesurer à quel point de la réalisation de son programme est celui qui, le 10 mai 1940 à l'aube, lance une attaque surprise propre à vaincre l'armée française en quelques jours, et trace parallèlement une perspective de paix généreuse à l'adresse de Londres et de Paris, le tout sous un premier ministre anglais qui oriente depuis trois ans la politique des deux capitales à la totale satisfaction de Berlin.

Ce n'est pas tellement la nouvelle, en fin d'après-midi, du changement de premier ministre qui a de quoi l'inquiéter (contraindre à la paix un Churchill serait encore plus beau, plus définitif), mais bien le fait que le successeur de Chamberlain proclame devant le désastre une volonté de lutte à outrance, et qu'une fois encore Londres semble dicter sa volonté à Paris.

Cela vaut bien une petite pause, pour laisser encore un délai au processus de paix, après quoi il faudra se résigner à achever la France, pour mieux faire mesurer à l'Angleterre la vanité de son obstination.


_______________________________________
(*) c'est ce que prévoyait Hitler début juillet; il avait chargé du travail Fritz Hesse, conseiller diplomatique à Londres jusqu'à la guerre, qui le raconte en 1953 dans des mémoires trop méconnus.
Francois Delpla
 
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