Témoignage d'un cardinal sur Pétain

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Témoignage d'un cardinal sur Pétain

Message par BRH » Vendredi 10 Août 2018 09:33:51

10 août 1945 : déposition écrite du cardinal Liénart, archevêque de Lille, au procès du Maréchal Pétain.

Monsieur le Procureur Général m’ayant fait savoir que j’étais cité comme témoin au procès de M. le maréchal Pétain, je considère comme un devoir de répondre à cet appel. Mais je prie la Haute Cour de Justice de m’excuser si je ne puis me présenter moi-même à la barre et de bien vouloir accepter ma déposition écrite.

Je tiens aussi à déclarer que, résolu à me tenir, comme il convient à un évêque, en dehors de toute politique, je n’ai d’autre but en intervenant que d’essayer de rendre justice à un homme, dont la longue carrière d’honneur et de gloire est menacée de s’achever dans la plus cruelle infortune.

Je n’ai vu le Maréchal qu’une fois pendant l’occupation allemande. C’était au mois d’avril 1942. Je n’avais pas choisi la date, étant soumis comme tout le monde au caprice des laissez-passer pour franchir la ligne de démarcation, mais il s’est fait que je suis arrivé à Vichy à un moment particulièrement grave.

Dès ma première entrevue, le Maréchal y fit allusion en ces termes :

— J’attends d’un moment à l’autre un ultimatum. Les Allemands veulent m’imposer un ministre de leur choix, dans des conditions telles que pratiquement c’est lui qui gouvernerait sous mon nom. Je n’en veux pas. Pour me contraindre, ils vont en venir aux menaces. Quand je les connaîtrai, je verrai quel parti prendre pour sauvegarder le mieux possible les intérêts de la France.

Ainsi, le Maréchal m’apparaissait du premier coup en plein conflit avec les Allemands. Loin de se prêter complaisamment à leurs volontés, je le voyais engagé dans une résistance opiniâtre à leurs manœuvres et à leurs exigences. Il fallait, pour obtenir de lui quelque chose, que les Allemands en viennent â le placer, par ultimatum, devant des menaces précises et graves pour la France. Alors des deux maux entre lesquels l’ennemi lui laisserait le choix, il écarterait celui qui lui paraîtrait le plus dangereux pour la patrie et ne subirait l’autre que par force.

Dans cette attitude et dans cette tactique, j’ai reconnu avec émotion le Chef sous lequel j’avais eu l’honneur de servir autrefois à Verdun. Devant la puissance écrasante d’une armée allemande, supérieure en nombre et en armement, le général Pétain avait su nous inspirer le même esprit de résistance, nous faire défendre pied à pied, pendant des mois et des mois, les quelques kilomètres qui séparent Douaumont, Vaux et le Mort-homme du cœur de Verdun, ne cédant du terrain que quand il n’y avait plus moyen de le tenir, mais nous retranchant aussitôt derrière pour opposer un nouvel obstacle à l’ennemi. Il avait dit : « Ils ne passeront pas ! » et si nous avons dû reculer pas à pas sur ce champ de bataille illustre, « ils » ne sont pas passés !

Cette fois, le Chef était seul devant un ennemi tout-puissant. À son tour, il « tenait » jusqu’à ce qu’il fût contraint de céder du terrain, mais il se retranchait de nouveau, attendant visiblement que les armées alliées fussent prêtes à entreprendre l’offensive libératrice, comme elles l’avaient fait en 1916, en gagnant sur la Somme la bataille qui dégagea Verdun.

Voilà, je l’affirme, l’impression très vive que j’ai retirée de mon entrevue avec le maréchal Pétain, en avril 1942. Je l’ai retrouvé égal à lui-même, faisant face à l’adversaire avec la même fermeté qu’autrefois, uniquement préoccupé de la France, s’obstinant à tenir jusqu’à ce qu’elle puisse être délivrée.

Ma conviction très nette est que le maréchal Pétain, loin d’avoir trahi sa patrie, n’a voulu que la servir. Réduit par la circonstance à ne jouer qu’un rôle obscur et pénible dans ses relations avec l’occupant, le Maréchal a consacré du moins ses efforts à conserver et à développer les énergies internes et les forces morales de la France.

Sans juger sa politique intérieure, à laquelle d’ailleurs l’Église ne s’est pas plus inféodée qu’à aucune autre, il me semble juste de ne pas sous-estimer cet effort, destiné dans sa pensée à préparer le relèvement de la patrie. Il s’est appliqué à rendre à la jeunesse de France, si cruellement éprouvée par les événements, son idéal, sa confiance en elle-même, la conscience du rôle essentiel qu’elle aurait à jouer pour l’avenir du pays, le goût du travail bien fait et le sens de la communauté nationale.

Il a agi de même en faveur de toutes les autres sources d’énergie française : la famille en particulier, éternelle victime des guerres et cependant assise fondamentale de la cité. Quant aux forces spirituelles et religieuses, il n’a cessé de faire appel à leur concours. S’il est vrai qu’une grande âme est maîtresse du corps qu’elle anime, ne fallait-il pas, à l’heure où nos forces matérielles étaient réduites à l’extrême, mettre en œuvre les forces spirituelles dont vivait l’âme de la France et qui préparaient sa résurrection ?

J’y vois la preuve que le Maréchal n’a jamais douté de l’avenir de la France et, qu’à travers les malheurs du moment, il a travaillé avec tous les moyens dont il pouvait encore disposer, à le rendre digne de son glorieux passé.

Quand un homme a eu à gouverner dans des circonstances aussi tragiques, il faut, pour le juger équitablement, dresser en face des maux qu’il n’a pu éviter à la France, la liste de ceux plus graves encore qu’il a réussi à lui épargner.

La Haute Cour est appelée à prononcer une des sentences les plus graves de notre Histoire. Je ne veux pas douter qu’elle ne rende justice à un soldat dont la vie s’est écoulée au service de la France, dont le nom demeure attaché à quelques-unes de ses pages les plus glorieuses et qui, aux heures les plus sombres, a cherché du moins à « atténuer son malheur ».

Qu’elle fasse en même temps œuvre d’union. Après tant d’années d’oppositions fatales, l’heure n’est-elle pas enfin venue de la réconciliation nationale ? Que chacun s’élève au dessus de ses passions personnelles ou partisanes pour ne plus voir que la France meurtrie. Serrés autour de son libérateur, le général de Gaulle, travaillons tous d’un cœur généreux et fort, au relèvement de notre patrie qui ne pourra se faire qu’avec le concours de tous les Français.

Signé : Achille Cardinal Liénart, Évêque de Lille
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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BRH
 
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