La déroute honteuse des Belges...

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

La déroute honteuse des Belges...

Message par BRH » Dimanche 09 Octobre 2016 22:55:41

Sur le forum ATF40, la question est posée :

dhouliez a écrit :
BRH a écrit : Beaucoup de critiques belges estiment que leur armée n'a pas eu l'occasion de se battre dans de bonnes conditions, du fait de l'obligation de se retirer derrière la Dyle.


Vous voulez dire que comme l'armée belge avait un front plus court à défendre, elle n'a pas pu le faire correctement ? Parce que... l'obstacle antichar fantastique du canal Albert n'a pas tenu très longtemps.



(...) Pour les Belges, je veux dire qu'ils contestent avoir été contraints de se replier sous la pression allemande. Au contraire, ils ont été empêchés de contre-attaquer par les directives du plan Dyle. Je ne l'ai pas lu seulement sous la plume de Mickabbl... C'est un point que je n'ai jamais pu éclaircir. Du point de vue Français, les Belges étaient enfoncés à Tongres. Eux soutiennent que non : la tête de pont aurait pu être résorbée par leurs seuls moyens (étant entendu qu'ils n'avaient pas à s'occuper de ce qui se tramait au sud de Namur...

Ps : Ceci étant une réponse dans le cadre d'un autre débat, il s'agit de revenir sur l'attitude et le comportement de l'armée belge durant les premiers jours de l'offensive. Etait-elle capable -par elle-même- de tenir le front Anvers-Canal Albert-Meuse-Namur ? Etant précisé que pour certains auteurs belges, l'ordre de retraite donné par le Roi pour se conformer au plan Dyle, aurait été une catastrophe, empêchant l'armée belge de contre-attaquer pour résorber la poche constituée par les Allemands à Tongres ?

L'avis des Belges du forum sera particulièrement bienvenu.

Une 1ère réponse, peut-être ?

http://www.vvjack.be/PORTAIL/imprimer.php?pg=art99


Le GQG semble vraiment fort indécis quant à l'attitude à adopter. L'artillerie va détruire les ponts. Puis une contre-attaque terrestre est envisagée. Mais rien ne se fait et les heures passent. Pourtant un moyen de destruction peut être mis en oeuvre. Notre artillerie lourde sur voie ferrée est là, à portée de tir, pas loin des ponts. Seulement on ne l'actionne pas car nous ne pouvons pas tirer en territoire hollandais! Alors on repense à l'aviation. Mais la nuit est tombée et aucun ordre précis n'est encore donné. Cependant tous ces ordres
et tous ces contre-ordres s'échangent par radio et en clair. Et bien sûr tous les messages sont captés par les Allemands. Si bien que, à minuit moins le quart, la quatrième division blindée allemande reçoit la communication suivante:

"La 4e division blindée est avertie, que d'après une conversation radio ennemie qui a été captée, le 11 tôt, les ponts en construction près de Maastricht doivent être attaqués par des forces aériennes ennemies."

Et voilà, le comité de réception est en place. Si les blindés sont avertis il en est indiscutablement de même pour la Luftwaffe et pour la Flak.
Cependant aucun blindé n'a atteint le canal Albert. Les chars s'entassent dans Maastricht, derrière les ponts sautés de la Meuse. Les sapeurs du quatrième corps d'armée de la Wehrmacht travaillent sans relâche. Deux ponts de seize tonnes sont en construction.
La 4e batterie d'ALVF (artillerie lourde sur voie ferrée) se trouvait entre Bilzen et Eigenbilzen avec 2 pièces de 170 mm et la 9e, près de Hasselt, avec 1 pièce de 280 mm.



Donc, L'ALVF belge n'a pas tiré car elle n'avait pas l'autorisation de tirer sur le territoire hollandais (neutre, comme le belge, je présume) ! Quant aux attaques aériennes belges, sans cesse repoussées, elles interviennent trop tard, avec des moyens dérisoires, ce qui ne retire rien à l'héroïsme des équipages...

Le secteur en question était défendu par la 7ème DI.b. Elle aurait été écrasée par les bombardements de la Luftwaffe, un peu comme la 55ème DI à Sedan. Dans la matinée du 11, la 4ème DI.b aurait été chargée d'une contre-attaque, mais son mouvement aurait été entravé, dès le départ, par l'action des stukas, ce qui aurait entraîné le renoncement du GQG belge, qui aurait alors décidé d'appliquer le plan Dyle conformément aux prescriptions des Alliés.

Mais selon les auteurs belges Eric Simon et José Fontaine, la 4ème DI.b aurait fait preuve, dès le début des opérations, d'un manque de combativité certain. Ce manque de combativité sera encore plus évident lors de la bataille de la Lys. Son recrutement étant essentiellement flamand, c'est poser la question de la "trahison des Flamands". C'est un autre débat qui n'a pas lieu d'être abordé ici.

La conclusion provisoire de tout ceci, c'est que la solidité de l'armée belge était considérée comme peu fiable par les Alliés et que les évènements ne leur ont donné que trop raison. Le manque de réactivité et de combativité de la 7ème Di.b et de la 4ème Di.b en étant l'illustration flagrante !
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: La déroute honteuse des Belges...

Message par Auguste » Mardi 11 Octobre 2016 09:30:34

Pour approfondir la question :


LE CANAL ALBERT, un fossé antichar infranchissable !

Il n'a pas été réalisé uniquement dans ce but. Cependant, l'intérêt stratégique du canal est renforcé en 1930 par l'évacuation de la zone d'occupation du Rhin et accentué par les premières victoires électorales nazies. La faiblesse de la défense hollandaise et la nécessité de couvrir Anvers en soulignent l'utilité. En 1936, après la réoccupation de la Rhénanie, un discours du Roi confirme le retour à la neutralité. De ce fait, la défense revient au centre des préoccupations avec les annexions et les conquêtes du nazisme. En 1939, le plan de défense est de détruire les ponts du canal Albert afin d'y retarder l'ennemi jusqu'à l'occupation des positions de couverture à tenir fermement jusqu'à l'arrivée des Britanniques et des Français sur la Ligne K-W. Mais le gouvernement belge ne demandera l'intervention extérieure qu'après avoir constaté l'agression allemande. Ensuite, l'armée belge elle même se repliera, au cas les défenses seraient débordées, sur la même ligne entre Anvers et Louvain, le secteurs Louvain-Wavre devant être tenu par les Britanniques et celui de Wavre-Namur, par les Français.
Une résistance de trois à quatre jours sur le canal Albert est jugée nécessaire, elle paraît théoriquement possible, les Allemands devant être ralentis dans leur progression en territoire hollandais par la destruction des ponts de la Meuse et du canal Juliana.

La défense du canal Albert à hauteur de Maastricht est confiée à la 7ème division d'infanterie, commandée par le général E. Van Trooyen. Forte de 16.000 hommes environ, elle se déploie sur un front de 19 km, ce qui est trois fois supérieur à la distance normalement tenue par une division. Au nord, le 2ème Carabiniers (ponts de Veldwezelt, Briegden et Gellik) ; au centre, le 18ème de Ligne (pont de Vroenhoven); au sud, le 2ème Grenadiers (Kanne, Ternaaien et Klein-Ternaaien) et le fort d'Eben-Emael. Malgré la protection de la Meuse et du canal Albert, ce front semble trop long d'un bon tiers, car Maastricht est le ventre mou de la défense belge, le canal n'étant qu'à quelques centaines de mètres derrière la frontière. Mais la présence du fort Eben-Emaël rassure les stratèges belges...

Paradoxe, la 7ème D.I. n'est pas responsable de la destruction des ponts. Des unités spéciales en sont chargées depuis 1934. Elles sont sous la responsabilité du major Jottrand, commandant d'Eben-Emael, et du commandant Giddelo, des Cyclistes- Frontière ; l'ordre de destruction pouvant être donné à différents niveaux. Les ponts, minés en permanence, sont munis de systèmes pyrotechniques, parfois doublés par des circuits électriques de déclenchement. Chacun est gardé par un blockhaus avec une arme antichar, deux mitrailleuses et un projecteur, occupé par un sergent, deux caporaux et neuf soldats. Ces blockhaus sont 22 au total.

La préparation au combat de la 7ème D.I. n'est pas celle que l'on pourrait attendre d'une unité chargée de la défense d'un tel point névralgique. Après une longue mobilisation, le moral est bas et l'indiscipline courante. Environ 80% des cadres sont constitués de réservistes insuffisamment instruits. Beaucoup sont francophones, alors que la troupe, recrutée dans le Brabant, est en majorité flamande. En outre, l'effectif a été réduit de 16% par le départ de nombreux permissionnaires. Quant à l'armement, il est parfois incomplet : le 18ème de Ligne, notamment, aurait dû prêter à un centre d'instruction une partie de ses armes automatiques et ne pourra les récupérer à temps. Cela laisse rêveur...

Les Allemands n'ont pas sous-estimé l'obstacle : il faut prendre en même temps les ponts et le fort d’Eben-Emael.
L'innovation tactique et technique sera nécessaire pour vaincre, sans compter la rapidité et l'effet de surprise. En vue d'assurer l'avance des chars et de l'infanterie, des troupes aéroportées par planeurs seront débarquées près des objectifs, à savoir les ponts de Veldwezelt, Vroenhoven et Kanne, ainsi que le fort d'Eben-Emael. Les petits groupes destinés à la phase aérienne de l'opération subissent un entraînement long et soutenu, des répétitions jusqu'à l'obtention d'un automatisme parfait, notamment sur des fortifications tchèques.
Le groupe Stahl attaquera Veldwezelt, Beton Vroenhoven, Eisen Kanne et Granit Eben-Emael. Au total, 42 appareils transportant 350 commandos. Ils sont chargés de préserver les ponts, de réduire au silence les canons d'Eben-Emael en attendant l'irruption des 3ème et 4ème Panzerdivisionen et de la 20ème division motorisée. Le jour de l'attaque, cent volontaires en civil ou en uniforme néerlandais effectueront les reconnaissances et les sabotages nécessaires aux ponts de Maastricht. Les soldats du 151ème Infanterie-Regiment et du 51ème Pionierbataillon viendront élargir la tête de pont établie à Kanne et achever de neutraliser le fort. Pendant ces combats, les avions du 4ème Fliegerkorps bombarderont les aérodromes et les voies de communication, pendant que ceux du 8ème soutiendront la progression des forces terrestres.

L'ordre d'attaque est maintes fois donné puis annulé entre le 3 septembre 1939 et le 9 mai 1940. Mais, dans la nuit du 9 au 10, les conditions climatiques sont excellentes. Pour favoriser l'effet de surprise et la rapidité des opérations, Hitler fera attaquer sans déclaration de guerre préalable.
Mais les avertissements du colonel Goethals, attaché militaire à Berlin, ont été entendus à Bruxelles.
Le 9 mai, à minuit, l'armée belge est en état d'alerte. Le 10, à trois heures du matin, les positions de combat sont occupées, non sans difficultés parfois. Aux Affaires étrangères, les ministres sont réunis avec le secrétaire du Roi et l'Auditeur-Général. Le premier message concernant l'attaque leur parvient à quatre heures. L'aide de la France et de la Grande-Bretagne est demandée. Le Plan Dyle est mis en oeuvre à sept heures.
L'attaque aérienne contre les aérodromes est une catastrophe pour la Belgique. Personne n'a pensé à disperser ou à camoufler les avions. Les meilleurs appareils sont détruits au sol et ceux qui restent sont des proies faciles pour les Messerschmitt 109, mieux armés et plus rapides.
La Belgique s'attendait à une attaque classique, elle se fera dans les trois dimensions : à cinq heures, 62 avions belges sur 183 sont hors d'usage ou détruits. Ensuite, les Stukas, équipés de sirènes, détruisent les communications et sèment la panique par des bombardements intensifs. Toute contre-attaque semble impossible, d'autant plus que les lignes téléphoniques sont détruites et que les liaisons radio n'existent pas en dessous de l'échelon du bataillon. Des mannequins parachutés derrière les lignes belges contribuent à l'énervement puis à la panique. Celle-ci se répand chez les civils qui se remémorent les souvenirs de la dernière guerre. Les routes sont vite encombrées par les colonnes de fuyards.

Au Canal Albert, la défense belge est totalement surprise. Des trimoteurs Ju 52 ont décollé des environs de Cologne, remorquant les planeurs chargés des commandos. Le dernier décollage a lieu vers 3h40.
A 2.500m d'altitude, au-dessus d'Aix-Ia-Chapelle, les amarres sont larguées : les planeurs glissent silencieusement dans l'obscurité et arrivent à 300m du but vers 4 h 30. Durant l'opération, le câble de remorquage du Lieutenant Witzig, chargé de l'attaque sur Eben-Emael, se rompt. Il n'arrivera sur le théâtre des opérations que quelques heures après, alors que ses hommes ont déjà agi comme un mécanisme bien huilé.
Au sol, désorientés par l'ennemi tombé du ciel, ne sachant s'ils doivent ou non appliquer les consignes assez ambiguës de destruction, les soldats belges (cyclistes-frontière et détachements de la 7ème D.I) hésitent, puis sont contraints de se replier dans les blockhaus. Les portes en sont forcées à la grenade, au lance-flammes mais surtout avec des charges creuses. Au même moment, la caserne de Lanaken est bombardée et le central téléphonique détruit. Le commandant Giddelo, responsable de la destruction éventuelle des ponts de Briegden, Veldwezelt et Vroenhoven, figure parmi les premiers tués. Pendant que le commandant du 1er corps d'armée, ne recevant pas de nouvelles, envoie des estafettes vers la caserne, les ponts de Veldwezelt et de Vroenhoven sont déjà tombés, intacts, aux mains des Allemands, les détachements chargés de leur destruction ayant été pris au piège dans leurs abris.
A 5 heures, un demi-peloton de parachutistes allemands est en position devant chaque pont. Les soldats belges qui s'efforcent de les déloger tombent sous les rafales de mitrailleuses et une grêle de bombes lancées par les Stukas. Vers six heures, des têtes de pont ennemies sont conquises sur 600m de profondeur et un kilomètre de long.

Le pont de Briegden saute mais à neuf heures seulement, grâce au bataillon du génie de la 7ème D.I.. L'équipe chargée de sa destruction était absente, son chef était parti chercher des recrues au camp de Beverlo, et les soldats du 2ème Carabiniers tenant le secteur avaient cherché longuement, en vain, le système de mise à feu des charges. Si le pont de Briegden n'est pas tombé aux mains des Allemands, c'est surtout parce qu'il ne figurait pas dans leurs objectifs.
A Kanne, en revanche, l'attaque allemande échoue. Le pont est détruit, comme prévu, sur ordre du commandant d'Eben-Emael. Les aéroportés allemands ont été ensuite reçus par un feu nourri du 2ème Grenadiers et n'ont pas réussi à faire franchir le canal. Les ponts de Ternaaien et Klein-Ternaaien ont eux aussi sauté à temps. Globalement, cependant, l'attaque allemande des ponts s'est soldée par un succès !
Les canons d’Eben-Emael sont alors réduits au silence en quelques minutes. Le major Jottrand, commandant le fort, a donné l'alarme à trois heures à un effectif réduit de 1.000 hommes, dont un tiers sont au repos.
A 4 h 25, les planeurs atterrissent dans la pénombre sur un plateau de 45 hectares, proche du fort. Il avait été prévu de le miner, mais les hommes de la garnison s'y étaient opposés, pour pouvoir notamment jouir d'un terrain de football !
Le fort ne disposait que de quatre mitrailleuses anti-aériennes, et elles se turent au début de l'action, car le commandant Jottrand doutait encore de l'origine de ces mystérieux visiteurs. Elles crachèrent enfin leur mitraille, mais bien trop tard ; deux furent d'ailleurs écrasées par la chute des planeurs. La riposte n'est guère possible, les Allemands étant maîtres du massif. La garnison se croyait à l'abri à 30km de la frontière allemande et pensait avoir le temps de se préparer. la surprise est totale.
Le premier objectif du groupe Granit est de détruire la défense anti-aérienne, les postes d'observation, les blocs et bunkers avec leur armement, les coupoles et casemates.
L'opération est menée avec succès en dix minutes par 56 hommes répartis en sept groupes. Les charges creuses déchaînent l'enfer. Le fort est investi et, dès 4h40, il est en grande partie hors d'état de faire feu, à l'exception de quelques coupoles que l'ennemi néglige. Elles rendront difficile le franchissement de la Meuse vers Maastricht par une partie des troupes terrestres, notamment la 269ème Infanterie-Division. A cause, entre autres, des difficultés de liaison, aucune contre-attaque ne sera possible. Dès lors, les troupes aéroportées attendent l'arrivée de renforts pour élargir les deux têtes de pont de Veldwezelt et Vroenhoven.

Les forces terrestres allemandes renforçant les troupes aéroportées du Canal Albert, ont passé la frontière des Pays-Bas à 4 h35 le 10 mai. La 4ème Panzerdivision et le 51ème Pionierbataillon subissent cependant des retards lors du franchissement de la Meuse à Maastricht, l'armée hollandaise ayant fait sauter trois ponts. Le retard pourrait être un obstacle pour le succès des opérations, mais les fantassins passent malgré tout et parviennent aux têtes de pont vers 11h30.
Ces dernières s'en trouvent élargies, à la fin de la journée du 10 mai, jusqu'à atteindre une profondeur d'un km à Vroenhoven et de deux km à Veldwezelt.
Le 11 mai, devant la situation périlleuse de la 7ème D.l. dont il est dit que toutes les tentatives de contre-attaque ont échoué, le commandement belge décide enfin d'employer l'aviation. C'est bien tard : pourquoi de tels délais ? Vers six heures, trois pelotons de bombardiers décollent à Aalter en direction des ponts non détruits du Canal Albert, accompagnés de six chasseurs Gloster Gladiator.
Mais les huit bombes de 50 kg que peut emporter un Fairey Battle ne suffisent pas à briser les armatures de béton et de métal. Enfin, le système électrique de largage de certains avions n'a pas fonctionné. Surtout, les Fairey Battle volant à basse altitude constituent des cibles trop faciles à atteindre par la défense antiaérienne allemande, appuyée par la Luftwaffe. Dix des quinze appareils envoyés sont ainsi perdus tandis que les ponts restent intacts. Les renforts du 51ème Pionierbataillon sont entre temps arrivés à Eben-Emael le 11 mai à six heures. Grâce à ces troupes fraîches, ils attaquent systématiquement tous les blockhaus. Dans le fort, l'air devient irrespirable et le moral s'effondre quand on croit entendre l'ennemi préparer des fourreaux de mines.
Après avoir vainement tenté de faire sauter les soutes à munition en exécution des ordres reçus, le major Jottrand se décide à rendre l'ouvrage vers 12h30. Un peu plus tard, la 7ème D.l. se replie en désordre. Il y a de nombreux fuyards.

La victoire si rapide sur le Canal Albert représente un formidable succès tactique pour les Allemands. Elle n'aurait pas été possible sans les méthodes et techniques révolutionnaires utilisées par la Heer. On ignore le nombre précis des victimes de la bataille du canal Albert. La plupart des auteurs estime les pertes de la 7ème D.l. à environ 900 hommes tués et blessés et 700 prisonniers. On compte, en effet, 110 tués à Veldwezelt, 147 à Vroenhoven, 216 à Kanne et 24 seulement à Eben-Emael 1.

Cependant, il ne faut pas oublier que l'attaque du canal Albert n'avait pour objectif que d'attirer le plus au nord possible les forces françaises et britanniques entrées en Belgique. Car l'attaque principale a lieu au sud de la Meuse, à travers les Ardennes.
Le piège tendu aux Alliés fonctionne à merveille. Pour l'armée belge, la ruée allemande à travers les têtes de pont rend très difficile la retraite du 3ème corps d'armée, qui couvrait la Position Fortifiée de Liège, vers la Ligne K-W. La 4ème Panzerdivision ayant pénétré à Tongres le 11 mai vers midi, menace la zone arrière du 3ème corps dont le flanc est à découvert sur près de 50km entre Tirlemont et Visé. Le repli, commencé le soir du 11mai, se fera dans des conditions difficiles avec la capture de certains éléments, pendant toute la journée du 12 jusqu'au recueil sur la Méhaigne, tenue par des éléments avancés français. La ville de Liège tombe vers 18 heures le 12 mai et elle est occupée par la 269ème I.D. allemande. Les forts de la Position fortifiée de Liège étaient isolés désormais par le flot des hordes nazies !

1/ Dans les mêmes secteurs, les pertes allemandes ne s'élèvent qu'à 7, 7, 22 et 6 hommes, soit 42 tués seulement !

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Message par BRH » Mardi 11 Octobre 2016 15:30:56

Voilà qui est fort instructif ! Une division incomplète et mal préparée pour tenir un point vital de la défense belge ! 19 km de front alors qu'assurément il n'en aurait fallu que 10... Et que dire des effectifs incomplets, de la dotation en armes insuffisante, car prêtées pour l'instruction des recrues... A cet endroit, il fallait une division d'élite. La Belgique n'en avait donc aucune à mettre en ligne ? :shock:

Et que dire encore de l'invraisemblable anecdote du terrain de football sur la zone du fort d'Eben-Emael ? Pas de mines pour permettre à la garnison de se distraire : déjà en 1940, le virus du delirium footballistique frappait la jeunesse belge... J'avoue que je ne la connaissais point : très révélatrice d'un certain état d'esprit.

Et que dire de la prudence du major Jottrand qui hésite à déclencher le feu de ses quatre mitrailleuses anti-aériennes sur les planeurs allemands qu'il ne parvient pas à identifier !!! Pensez : si c'était le dernier rallye sportif de la saison des aéroclubs belges ! Je viens de vérifier dans un article de Jean Quatremer, paru dans "Libération". Il faut le lire pour le croire et se pincer pour ne pas penser que l'on rêve... On pensera que je plaisante ? Voyez :

"L'effort de neutralité belge ainsi que la complexité de la chaîne de commandement précipita la chute d'Eben Emael. En effet, les planeurs allemands n'étaient pas marqué, il était donc interdit de tirer sur un appareil dont on ne connaissait pas la provenance. Ensuite, bien qu'un chef de fort existait, ce dernier n'avait pas le droit de faire feu sans l'aval de la garnison postée à l'extérieur du fort. Les tourelles ne pouvant pas tirer à l'horizontale, les soldats allemands ne furent pas inquiéter outre mesure par les impressionnants cannons de 150mm et 75mm." Ce doit être une histoire belge, plutôt que la réalité officielle. Allez savoir...

Affligeant, pour ne pas dire plus.

Assurément, le plan Dyle-Breda fut bien la plus grande sottise militaire sortie d'un cerveau français. Le nom de Gamelin sera éternellement associé à la "gamelle" honteuse que nous avons subie. Mais l'opprobre doit en rejaillir tout entière sur la réputation de l'homme qui l'a maintenu contre vents et marées à son poste de généralissime : l'ineffable Daladier, le taureau des rad-socs !!! :evil:
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Re: La déroute honteuse des Belges...

Message par BRH » Mardi 11 Octobre 2016 16:56:45

Je lis cependant sous la plume d'un auteur belge ( Hugues WENKIN) :

"La 7e DI est une division d'élite comprenant entre autres un régiment de Grenadier. Elle était réputée solide, c'est, je pense, ce qui a motivé les changements de dernière minute dans le dispositif. Elle était très étendue parce que le secteur était considéré comme solidement établi (tranchée de Caster et le fort d'EE)."
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Re: La déroute honteuse des Belges...

Message par BRH » Vendredi 14 Octobre 2016 14:54:06

De 1932 à 1936, le député wallon Devèze, devenu ministre de la Défense, impose la construction de plusieurs centaines de blockhaus à la frontière luxembourgeoise, au point que l'on pourra parler de ligne "Devèze". La création du corps des chasseurs ardennais en est concomitante. Mais les neutralistes flamands ayant pris le dessus, le concept est abandonné.

Vingt ans après le début de la première guerre mondiale, le problème de la défense du Luxembourg province abandonnée en 1914, est plus que jamais d'actualité. Depuis longtemps, nombreux sont ceux qui réclament la création d'un dispositif capable de faire face à toute attaque brutale et d'assurer la protection des populations qui ne veulent plus être abandonnées à leur sort. Parmi les apôtres de cette doctrine, des parlementaires Luxembourgeois, mais surtout le député François Bovesse et le député Bruxellois Albert Devèze.

Devenu ministre de la défense nationale en décembre 1932, Albert Devèze s'attache immédiatement à l'exécution de cette nouvelle politique. La construction d'une ligne de petites fortifications en béton sur la frontière est mise à l'étude. Cela ne se fait pas sans mal. La lutte est âpre entre le nouveau ministre, soutenu par plusieurs lieutenants généraux, partisans de la défense à partir de la frontière, et le nouveau chef d'état major, le lieutenant général Nuyten, qui, comme son prédécesseur le général Galet, ne veut aucune action militaire en avant des fortifications de la Meuse. Mais la détermination du ministre l'emporte et la ligne Devèze voit le jour.
Entre 1933 et 1935, trois cent neuf petits abris sont construits dans les Ardennes. Deux cent septante-quatre sont situés dans la province de Luxembourg. Dans le pays d'Arlon, on en dénombre deux à Tintange, deux à Warnach, neuf à Strainchamps et à Bodange, cinq à Martelange, deux à Perlé, huit à Attert et vingt-huit à Arlon.

Il s'agit essentiellement de petites "casemates" ou blocs en béton armé, de 3,25m sur 3,30m, pouvant être occupées par trois ou quatre hommes. Les murs ont 40 à 60 cm d'épaisseur. Une seule embrasure est prévue pour permettre l'emploi d'une mitrailleuse ou d'un fusil-mitrailleur.

Considéré comme centre important, Arlon est organisé en point d'appui fermé, c'est à dire que les abris ceinturent la ville et ont les embrasures orientées pratiquement dans toutes les directions. Ceci provoquera parfois l'étonnement des Français, voyant certaines embrasures tournées vers eux. Ce dispositif de défense se doit d'être complété par des effectifs offensifs sous forme d'unités spéciales, alliant mobilité, rapidité et efficacité. Ce qui aboutit à la création des chasseurs ardennais

le ministre Devèze aurait voulu que ces petites fortifications soient des centres de défense permanents à la frontière est du Luxembourg mais l'état major n'y voyait plutôt que l'avant garde d'un dispositif de défense plus important

En 1936, suite à la dégradation progressive de la situation internationale, la Belgique s'engage dans une politique de stricte neutralité et s'isole de ses alliés traditionnels. Le ministre de la défense nationale Albert Devèze démissionne en juin de la même année. C'est le lieutenant général Denis qui lui succède. Une nouvelle commission est mise sur pied pour étudier la question de la défense du pays alors que la réoccupation de la rive gauche du Rhin mets la Wehrmacht à nos portes. Une fois encore, on voit s'opposer les théories de la défense à la frontière et de la résistance en profondeur.

Le départ d'Albert Devèze sonne le glas de la mission des centres de résistances permanents à la frontière est du Luxembourg. Pour le général Van Overstraeten, conseiller militaire du roi, et adepte, comme le nouveau ministre, de la doctrine Galet-Nuyten, il faut, une fois accomplie la mise en place d'obstacles à la frontière, récupérer au plus tôt les chasseurs ardennais sur la ligne principale de défense. Plus question d'envisager des combats retardateurs, la plus grande partie du Luxembourg est donc délaissée au profit des positions sur l'Ourthe et la Meuse et le quartier général des chasseurs ardennais est transféré d'Arlon à Namur. Cette décision prise en période de tension internationale ne manque pas de bouleverser des unités qui jusqu'alors étaient très cohérentes.

il est possible de visiter certaines de ces casemates à Martelange. Des visites guidées des fortifications à cet endroit où ont eu lieu les premiers combats entre les chasseurs ardennais et la 1ère Panzer division du XIX corps blindé du général Guderian qui avait traversé le grand-duché de Luxembourg le 10mai au matin, sont organisées régulièrement.
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