Le débat sur mon travail

Les Totalitarismes à l'assaut de l'Europe !

Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Mardi 10 Juin 2014 14:27:28

quel rapport avec mon travail ou avec ce qui précède ?
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Re: Le débat sur mon travail

Message par boisbouvier » Mardi 10 Juin 2014 19:33:21

Aucun. J'essaie de t'ouvrir les yeux sur la période que tu as choisi d'étudier. Ça peut toujours servir. Avoue que tu ne te doutais pas que la popularité d'Hitler devait beaucoup à la nuit des longs couteaux comme celle de Bonaparte à la période consulaire.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Mardi 10 Juin 2014 19:53:38

toujours aussi prudent, le Michou !

Extrait de ma bio (Grasset 1999, rééd poche Galodé 2013) :

cette nuit-là, Hitler coupe une branche morte, ou plutôt, en jardinier avisé, il réoriente le développement de la plante nazie, faisant de la SA un rameau secondaire au profit d'une nouvelle branche maîtresse. C'est quatre semaines plus tard, le 26 juillet, que la SS se sépare complètement de la SA, à laquelle elle était encore théoriquement subordonnée, et que son chef Himmler reçoit le titre de « Reichsführer SS ». Les généraux se sont donc fait gruger. Le « monopole des armes » a beau être confirmé à l'armée par le discours du 13 juillet, jamais elle n'osera s'insurger contre la prolifération de l'engeance qui, avec sa bénédiction, a ouvert le feu le 30 juin, et qui bientôt, contrairement à la SA, viendra chasser sur ses terres, en formant des régiments et des divisions de « Waffen-SS ». Voilà qui fera de Himmler le quatrième commandant d'arme de la Wehrmacht, aux côtés du général von Fritsch et de ses successeurs pour l'armée de terre, des amiraux Raeder puis Dönitz pour la marine et, pour l'armée de l'air, de Göring.
On voit là comme un piège bien huilé qui se referme. Alors, quel crédit accorder aux théories qui veulent que tout, en ces sanglantes journées, n'ait été que réaction panique et improvisation ? La majorité des historiens pense en effet qu'il y avait réellement un risque de « deuxième révolution », que Hitler a « hésité » et qu'il a fini par se résigner à choisir les militaires contre les SA. Là-dessus, l'analyse de Philippon est sans appel : sur le terrain les relations étaient globalement correctes et, si les différences d'éducation étaient sources d'incidents, ils n'ont jamais débouché sur une opposition globale entre l'armée et les SA.
En revanche, il y avait bel et bien des gens qui travaillaient à en créer l'impression. Et notamment Röhm, qu'on est surpris de voir ainsi souffler, à partir de février surtout, sur des braises insignifiantes, alors qu'en vieux routier des batailles politiques il devrait bien se rendre compte qu'il n'a aucun moyen de défier Hitler.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par boisbouvier » Dimanche 15 Juin 2014 16:45:57

Ni Hitler, ni Göring, ni Himmler, ni Heydrich, ni Hess n'ont laissé de Mémoires de sorte qu'on ne saura jamais pourquoi il a ordonné la nuit des longs couteaux. Göbbels a écrit un journal mais -autant qu'il m'en souvienne- il n'en dit rien. Mais, de toute façon, peu importe. Ce qui compte c'est le résultat. Elle eut pour effet, cette nuit fameuse, de rendre Hitler aussi populaire dans la meilleure partie de la population qui s'était lassée des tape-durs de Röhm que dans l'armée dont le monopole du droit de porter les armes était menacé par les SA. Hitler s'est montré à cette occasion aussi constructif que Bonaparte en 1799 ou Henri IV en 1599. Il dit : "C'est quoi, ce bordel ?". Et il ramena le calme et l'ordre en un tour de mains avec en plus la franchise de le reconnaitre devant le Reichstag quelques jours après où il dit à peu près qu'il reconnaissait avoir violé les principes constitutionnels et les droits de l'Homme mais qu'il s'était senti comptable des intérêts du pays et obligé par la raison d'état. Dommage qu'il ait déclaré la guerre au monde. Ce que n'a pas fait Bonaparte qui a bien essayé de faire la paix mais qui s'est heurté à l'intransigeance de la City.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Dimanche 15 Juin 2014 16:59:21

ton post est entièrement hors sujet; en revanche, l'extrême fin se rattache à un sujet dont nous causons viewtopic.php?f=12&t=1175&start=45 .

Je t'y réponds donc de ce pas.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Vendredi 20 Juin 2014 06:59:08

Un bon angle d'attaque, pour faire progresser les études sur le nazisme est, outre le constat encore si rare de la folie de Hitler, la critique de la notion de "nihilisme", qui va vraiment à cette entreprise comme un tablier à une chèvre.

Elle n'est pas seulement présente chez d'anciens politiciens nazis aigris, m'as-tu vu, approximatifs et faussaires comme Hermann Rauschning. On la trouve aussi chez un penseur érudit, rigoureux, juif et émigré comme Leo Strauss. Témoin la présentation par l'éditeur http://www.payot-rivages.net/livre_Nihi ... 12375.html de ses travaux sur la question :

Nihilisme et politique | Leo Strauss

Collection : Rivages Poche / Petite Bibliothèque

Poche | 160 pages. | Paru en : Mars 2004 | Prix : 7.00 €



Leo Strauss se penche sur la signification du nihilisme allemand, qu'il considère comme la base culturelle du national-socialisme. C'est la seule fois où il parle du nazisme, lui qui en a connu les premiers signes en tant qu'Allemand et en tant que juif. Son analyse est simple et lumineuse. Il démontre que loin d'être un phénomène lié à la folie d'un chef capable de sidérer un peuple entier, le nazisme est enraciné dans l'histoire de l'Allemagne moderne et dans l'histoire de la modernité. Sa critique s'inscrit dans la tradition philosophique classique et dans la tradition biblique, l'une et l'autre radicalement opposées au nihilisme contemporain. La crise de notre temps est tout entière là, avec les moyens donnés par la tradition de la surmonter.
Ce livre est composé de trois essais : Sur le nihilisme allemand (1941), La crise de notre temps (1962), et La crise de la philosophie politique (1962).


La notion de nihilisme s'oppose frontalement à une réalité que John Lukacs a fini par débusquer en 1990 à force de scruter les discussions du cabinet britannique de la fin de mai 40, disponibles depuis 1971 et négligées jusqu'à nos jours par des foules de spécialistes qui avaient trop écrit le contraire : la paix générale a failli être rétablie à ce moment et Hitler n'aurait plus pu être vaincu par les armes. Son régime n'aurait peut-être pas duré mille ans car il s'opposait à trop d'aspirations humaines et d'évolutions historiques, mais il se serait enraciné durablement. Il ne mérite donc en aucune façon d'être traité de nihiliste.

On dira peut-être : le mot de "nihilisme", chez Strauss, n'a pas le même sens que chez Rauschning. Ce dernier veut dire qu'il s'agit d'une entreprise aveuglément destructrice, qui si on ne l'arrête pas ne laissera rien debout sur terre, alors que chez Strauss il s'agit d'un concept historique et philosophique élaboré, dont les premières traces se trouvent chez Machiavel et dont la prégnance, par suite, s'étend sur des siècles. A quoi il faut répondre que la vision de Rauschning a prévalu, sans que Strauss fasse grand-chose pour s'en démarquer.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Mercredi 02 Juillet 2014 14:31:39

Extrait du dernier Rosanvallon http://www.passion-histoire.net/viewtop ... 99#p485799 :


Le nazisme prétend apporter une réponse aux apories constitutives du régime politique moderne. [...] La représentation démocratique consiste essentiellement en un travail d'incarnation, alors que la représentation libérale a simplement pour but de légitimer une délégation. À l'univers fragmenté et divisé dont se satisfait et se nourrit la vision libérale du monde, s'oppose la perspective d'un monde homogène. [...] La vison nationale-socialiste se greffe sur cet anti-libéralisme. Le national-socialisme absolutise d'abord le principe d'incarnation-représentation en mettant en avant la notion de guidance (führertum). Le chef accomplit ainsi le principe représentatif-incarnation tout en donnant son plein effet à la puissance de la collectivité ; la souveraineté devient à travers lui immédiatement active. [...] Parallèlement, le national-socialisme précipite le réquisit homogénéité du peuple et de son unité sous les espèces de la race".



Il manque crûment ici la dimension de la folie individuelle du fondateur.

L'idéologie nazie n'est pas un traité du bon gouvernement, mais le carburant d'une entreprise de part en part guerrière, fondée sur l'attribution à un complot juif de la défaite de 1918 et la mission donnée à Hitler par la Providence d'indiquer la voie de la revanche puis de conduire celle-ci.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Vendredi 11 Juillet 2014 07:04:41

à lire et relire, le débat de 2011 sur la folie de Hitler http://www.delpla.org/article.php3?id_article=500 qui débouche sur la conclusion suivante :

Le rejet intolérant de mes thèses permet la survie, dans les esprits qui se laissent impressionner par le tapage, d’une tradition molle et mal définie, celle d’un Hitler devenant lui-même progressivement et se distinguant peu de la masse des auteurs d’extrême droite antérieurs ou contemporains.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Samedi 12 Juillet 2014 08:40:11

Dans le même ordre d'idées, je suis tombé, en me documentant sur le cas Heidegger et les remous y afférents, sur le point de vue de Pierre Bourdieu et j'ai commis un texte sur sa vision du nazisme http://www.delpla.org/article.php3?id_article=636 .

Edifiant : ce grand savant, érudit et scrupuleux, ne voyait, en 1988 encore, dans le nazisme qu'un "nihilisme" et l'intégrait à la nébuleuse völkisch des terres germaniques du début du XXème siècle.

C'était méconnaître et la folie de Hitler, matrice principale et de loin du nazisme, et son intelligence manoeuvrière, qui l'a conduit tout près d'un succès durable au printemps de 1940.
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Message par Francois Delpla » Mercredi 30 Juillet 2014 03:33:30

Une affirmation intéressante sur Passion-Histoire http://www.passion-histoire.net/viewtop ... 1&start=75 :
le nombre d'historiens qui pensent que Seelöwe était une manœuvre d'intoxication pour masquer les préparatifs contre l'URSS augmente sans cesse.


En 1996, mon livre sur Montoire était l'un des premiers à le dire nettement, sinon le premier. Quelqu'un a-t-il d'autres infos ?

Pour une réaction hystérique à cette innovation : http://www.delpla.org/article.php3?id_article=582 .

Elle joue un rôle clé dans la révision de l'analyse du nazisme, trop regardé jusqu'alors comme un nihilisme bas de plafond qui cognait tous azimuts. C'était, sur des bases folles, une entreprise rationnelle, conduite avec doigté. La recherche d'une entente avec l'Angleterre, pour des raisons raciales, était et resta jusqu'au bout une constante.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Mardi 05 Août 2014 10:57:59

Narduccio, encore fort peu modéré pour un modérateur, trouve à qui parler : http://www.passion-histoire.net/viewtop ... 3&start=15 .

Personne ne le soutient dans ses errements... ni ne le condamne, à part son solide et placide contradicteur.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Lundi 01 Septembre 2014 12:51:55

http://www.passion-histoire.net/viewtop ... 07#p490507

Sur PH encore :

Elgor a écrit :
Sujet du message : Re: Goebbels et le 20 juillet 1944.
Message Publié : 01 Sep 2014 9:34

Dupleix a écrit :
Pour imaginer ce qui se serait passé si Hitler avait été tué et si le putsch avait tout de même échoué, on peut peut-être faire une similitude avec la mort de Staline où les manœuvres en coulisse entre successeurs potentiels ont abouti à une direction collégiale pendant quelques années avant qu'un nouvel homme fort ne s'impose.



Sauf, qu'à ce moment là, L'URSS était en paix et que les membres en question avaient le temps devant eux. En 1944, vu la gravité de la situation, ce schéma ne pouvait se faire. Les généraux conspirateurs n'envisageaient pas cette éventualité. Ils "espéraient" pouvoir, Hitler mort, traiter avec les alliés occidentaux pour pouvoir se retourner intégralement contre les russes. Ils se faisaient évidemment des illusions.


pas si vite !

on peut sans trop d'invraisemblance considérer que, Hitler mort, les putschistes auraient maîtrisé la situation dans le pays et aux armées (tant, dans l'histoire réelle, la nouvelle de sa survie a compté dans la reprise en main nazie); mais pour ce qui est d'une réunification occidentale contre l'URSS, la question se serait bel et bien posée et il n'est pas aussi aisé de supputer comment les choses auraient tourné.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Jeudi 04 Septembre 2014 05:18:12

Jerôme a écrit :
Sujet du message : Re: Goebbels et le 20 juillet 1944.
Message Publié : 04 Sep 2014 0:33

Est il justifié de comparer l'éventuelle mort de Hitler en 1944 avec celle de Staline en 1953 ?

J'ai plutôt le sentiment que les dirigeants nazis tout en étant fréquemment en concurrence les uns avec les autres certes étaient néanmoins unis par deux formes de solidarité : une forte sincérité idéologique (les nazis croyaient vraiment en leurs idées , même les plus folles) et la conscience qu'en temps de guerre la division génère la défaite !


Une comparaison plus intéressante, mutatis mutandis : la mort de Franco. La survie du régime suppose le maintien du parti communiste dans l'illégalité. La transition démocratique devient irrésistible quand Santiago Carrillo se montre à Madrid, dans la rue, et n'est pas arrêté.

Les putschistes de 1944, trop souvent présentés comme "conservateurs", étaient divers et intégraient le parti socialiste, lui-même en rapport avec le communiste. S'ils avaient pris le pouvoir et mis les SS en prison (ils l'ont fait, quelques heures, à Paris), la question se serait très vite posée d'une paix immédiate ou d'une prise de contact avec Eisenhower pour lui proposer un front commun contre Joukov.

Quant à la capacité de résistance, en cas de mort de Hitler, de la direction nazie subsistante, elle relèverait plus d'un réflexe de survie que de croyances idéologiques quelconques. Car le nazisme est bel et bien une folie individuelle et, sans le chef, n'est qu'un canard sans tête. On le verra avec l'équipée pitoyable de Himmler en mai 45 et le sauve-qui-peut du procès de Nuremberg, malgré les efforts de Göring pour assumer la succession du chef et la coordination des rescapés.
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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Samedi 08 Novembre 2014 07:32:44

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Re: Le débat sur mon travail

Message par Francois Delpla » Samedi 08 Novembre 2014 20:34:25

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