Ils ont tenus.

1ère guerre mondiale et ses conséquences, jusqu'à la Grande Crise.

Ils ont tenus.

Message par rapentat » Mardi 20 Février 2007 22:24:33

Bonsoir,

En lisant vos messages respectifs sur les atrocités et l'hécatombe de 1914 - 1915, je me pose la question, qu'est-ce qui faisait tenir le poilu ? Car vous le mentionnez bien, les politiques ont rognés le budget de la défense, les généraux en sont restés à la tactique de 1870, nos braves pioupious se font tirer comme des lapins avec leurs pantalons garance.
Et malgré ces traînées sanglantes dans leurs rangs, ils tiennent!!!
A votre avis qu'est-ce qui leur donne cette foi, la peur du gendarme ? D'être fusillé ? L'amour de la Patrie ? Peut être un peu toutes ces raisons, qu'en pensez-vous ??

Cordialement.
rapentat
 
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Message par Baron Percy » Mercredi 21 Février 2007 02:01:24

Comment les hommes tiennent-ils ?
Frédéric Rousseau tente d'apporter une réponse à cette question existentielle dans son remarquable ouvrage intitulé "La guerre censurée".
Il évoque ainsi tour à tour des causes "positives" : le pouvoir des mots, l'impérieux regard des autres, la camaraderie, l'esprit de corps allant de paire avec une forte identification au groupe de combat, les sentiments religieux, la correspondance en tant que lien vital avec l'arrière ; mais aussi d'autres causes à connotation nettement plus négatives : la contrainte, l'exigence de résultats, le spectre de la justice militaire et de ses tribunaux d'exception, l'alcool comme bouclier contre la peur, le refuge dans la folie,...
L'auteur donne la parole à des combattants, anonymes ou célèbres, originaires des principaux pays en guerre.
Il s'intéresse à des êtres qui doivent concilier leur sens du devoir patriotique avec la peur de flancher, de souffrir, de mourir, mais aussi la peur de tuer.
En portant un regard original sur ce conflit majeur, il dégage ainsi progressivement une véritable communauté européenne de la souffrance.
Un livre à recommander pour la force émotionnelle qu'il dégage à propos de questions qui firent souvent l'objet de la plus implacable des censures.
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Message par BRH » Mercredi 21 Février 2007 09:10:58

D'abord et avant tout, il ne faut pas oublier que les deux tiers des effectifs sont composés de paysans qui -dans l'ensemble- sont des gens solides attachés à leur terroir.

C'est le "miracle" de l'instruction publique de Jules Ferry. Tous ont été à l'école au moins jusqu'à 11 ou 12 ans. Ils ont appris une histoire nationale et patriotique. La France est donc assimilée à un vaste terroir: en la défendant, on défend sa propre terre.

Or, et cela n'est pas douteux pour le Français de 14/18, la France est agressée par le militarisme allemand. Il faut donc repousser l'envahisseur, puis, tenir jusqu'à la victoire. Au fil des difficultés, ce sentiment se transforme: ce sera la "Der des der", pour que plus jamais l'Humanité ne souffre ainsi. Après la victoire, on "foutra" les Boches en république... Ainsi, rêve-t-on d'un monde meilleur après la guerre...
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Message par rapentat » Mercredi 21 Février 2007 17:04:18

Bonjour,

Je suis d'accord avec vous BRH, pour le sentiment patriotique, entretenu par la revanche de 1870, " on reprendra l'Alsace et la Lorraine ". Ce sentiment était très fort, car au moment de la mobilisation, il y eut moins de 1% de déserteurs, ce qui s'était jamais vu. Mais les premiers élans passés, après les hécatombes de 14 et 15, je pense qu'il faut autre chose pour tenir que l'amour de la Patrie, même si ce lien est très fort.
C'est pourquoi, je trouve très intéressant le point de vue de l'auteur du livre cité par le Baron Percy. D'ailleurs le mot " poilus ", aujourd'hui on dirai " celui qui en a ", c'est être un homme, ne pas perdre la face vis à vis des autres, du groupe, cette époque est très machiste.
En analysant un peu tous les points de vue de l'auteur, on a l'impression que ces soldats deviennent de vrais professionnels de la guerre. Puis il y a ce leitmotiv qui revient sans cesse " pourvu qu'ils tiennent à l'arrière "!!.
Merci à tous les deux pour votre opinion et je m'en vais chercher ce livre.

Cordialement.
rapentat
 
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Message par Baron Percy » Mercredi 21 Février 2007 23:22:34

Pour information, ce livre est publié par les éditions du Seuil dans la collection Points Histoire.
Il est disponible au Livre Chez Vous.
L'auteur est maître de conférences d'histoire contemporaine à l'université Paul-Valéry de Montpellier et membre de l'équipe de recherche ESID (Etats - Sociétés - Idéologies - Défense) du CNRS.

A signaler qu'il consacre un chapitre de son ouvrage à un sujet relativement tabou quand on évoque ce genre de conflit mondial : le sexe et la guerre, avec le point de vue des femmes, ces exclues de la guerre, mais aussi les maisons de tolérance et la prostitution organisée en tant que soutien moral aux soldats.
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Message par BRH » Mercredi 21 Février 2007 23:33:00

Dans le jargon militaire français, on appelait ça le "BMC"...

Les anciens d'Algérie ont connu: peu ragoûtant ! Cependant, je ne suis pas certain que l'équivalent ait existé tout près du front en 14/18. Les officiers pouvaient bien-sûr gagner les établissements réputés des villes les plus proches du front. Chauffeurs et voitures les y convoyaient...
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Message par Baron Percy » Jeudi 22 Février 2007 01:16:40

Certes, il ne faut pas compter sur les documents militaires officiels pour nous renseigner sur cette question.
Ainsi par exemple, l'imposant fichier "matières" des archives du Service historique de l'armée de terre de Vincennes ne comporte-t-il aucune fiche "prostitution" ou "bordel militaire"; en soi, cette lacune constitue aussi une information quant aux mentalités; et pourtant, un certain nombre de soldats-témoins, au détour d'une phrase, de façon plus ou moins allusive, sans jamais s'impliquer personnellement la plupart du temps, évoquent la présence de femmes qui font commerce de leur corps avec les soldats. L'existence des bordels, des maisons de tolérance et autres lieux de prostitution féminine est ainsi avérée par de nombreux témoins.
Un officier anglais, Robert Graves, émet un certain nombre de considérations sur les bordels fréquentés par les troupes britanniques stationnées en France, notamment à Béthune : "La lampe rouge, celle du bordel militaire, se trouvait au coin de la rue principale. J'y ai vu une queue de cent cinquante hommes dehors, devant la porte, chacun attendant son petit tour avec l'une des trois femmes de la maison. Mon ordonnance, qui fit partie de la queue, m'a dit que la passe coûtait dix francs par personne. Chaque femme travaillait ainsi auprès d'un bataillon d'hommes chaque semaine tant qu'elle tenait le coup. L'adjoint au maréchal de la prévôté m'a dit que trois semaines était le temps maximum, qu'après cela, la femme se retirait avec ses gains, épuisée mais fière."
Graves signale encore l'existence d'autres bordels à Amiens, Abbeville, Le Havre, Rouen et d'une façon générale dans toutes les grandes villes situées à l'arrière des lignes britanniques. Ceux réservés aux officiers sont repérables à leur lampe bleue. La lampe rouge indique les établissements destinés aux hommes. Cette séparation ne choque pas l'officier qui voit là plutôt une nécessité pour préserver la discipline.
Il attribue le succès des bordels auprès des soldats combattants au fait que les jeunes hommes sont persuadés qu'ils vont bientôt mourir et qu'en aucun cas ils ne veulent mourir vierges.
Mais paradoxalement et iniquement, les bordels sauvent de la mort un grand nombre de soldats qui y contractent des maladies vénériennes leur valant plusieurs semaines d'incapacité pour le service en tranchées.
Un soldat présentant une lésion récente de syphilis était hospitalisé pendant vingt-cinq à trente jours; c'était presque la durée d'une permission !
Ces trois ou quatre semaines de repos étaient appréciables et cela valait bien d'attraper la vérole.
Celle-ci eut d'ailleurs sa valeur commerciale et cette anecdote en atteste :
à Bordeaux, pendant la guerre, le tarif normal d'une prostituée était en moyenne de cinq francs, mais une prostituée syphilitique pouvait procurer 30 jours d'hospitalisation et ses tarifs étaient majorés en conséquence.
La dénonciation, par un pasteur allemand, du fait que les soldats préféraient plutôt attraper une maladie dans la "maison du déshonneur" que de mourir au "champ d'honneur", confirme si besoin est qu'aucune nation combattante n'a de comportement radicalement singulier en la matière.
On retrouve ici la condition humaine, dans sa plus simple expression...
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Message par rapentat » Jeudi 22 Février 2007 14:38:50

Bonjour,

Baron Percy a écrit :à Bordeaux, pendant la guerre, le tarif normal d'une prostituée était en moyenne de cinq francs, mais une prostituée syphilitique pouvait procurer 30 jours d'hospitalisation et ses tarifs étaient majorés en conséquence


Anecdote assez savoureuse de la petite histoire de la Grande Guerre !!
Cela m'amène à cette réflexion : le commandement devait être au courant de cette pratique et a dû réagir en conséquence. Quand on connaît la sévérité avec laquelle les mutilations volontaires étaient punies, quelles étaient les punitions encourues pour une telle pratique ? S'il est possible de répondre, car je me doute bien, qu'il n'y pas eut trop de publicité faite sur ces affaires.

Cordialement.
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Message par Baron Percy » Jeudi 22 Février 2007 23:05:04

A moins d'une dénonciation, on peut imaginer qu'il devait être assez difficile de faire la preuve que la maladie vénérienne avait été contractée de manière volontaire.
Mais comme le soldat était dès lors indisponible pour le service armé pour une période donnée, la seule punition envisageable devait donc être de le renvoyer au front dès sa guérison.

Quoiqu'il en soit, les hommes les plus jeunes ont aussi recours aux services sexuels offerts par les prostituées pour perdre une virginité qui traditionnellement est grassement plaisantée dans les mondes masculins; d'autres le font pour se rassurer précisément quant à leurs capacités sexuelles. De nombreux hommes craignent effectivement que la continence forcée et durable ne les rende impuissants.
Une notice relative à la prophylaxie des maladies vénériennes est distribuée aux soldats français en 1916; elle fait appel au sens des devoirs civique et patriotique des hommes et prône l'abstinence : "Il ne faut pas croire que la continence sexuelle soit nuisible. Elle conserve à l'organisme humain toutes ses forces. (...) En évitant les prostituées, tu te garderas sain pour la femme qui sera ton épouse et la mère de tes enfants. Tu seras également plus sûr de conserver ton courage et ta force pour la défense de la patrie."
Des notices italienne et américaine reprennent cette idée, à peu de choses près et dans des termes approchants.
Ainsi, alors même que les sociétés en guerre se militarisent et survalorisent la virilité, elles voudraient faire de leurs soldats des eunuques ! :roll:
Ce n'est pas le moindre des paradoxes de ce conflit.
Mais ni les notices de propagande, ni les fortes paroles de quelques docteurs, ni les remontrances outrées des aumôniers ne peuvent aller à l'encontre de cette contradction flagrante.
De nombreux témoignages démontrent qu'aussitôt qu'ils quittent les avant-postes, rien ni personne ne peut empêcher les soldats de rechercher sous une forme ou sous une autre une satisfaction de nature sexuelle. :wink:
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Message par BRH » Samedi 24 Février 2007 11:59:26

Pour aller dans votre sens:

"VIème Armée
D.E.S.
état-major
1er bureau
Au Q.G. le 12 février 1915
Le Général Delarue, Directeur des Étapes et Services de la 6ème Armée à Monsieur le Général de Division commandant en chef; Direction de l’Arrière.
En exécution des prescriptions de votre lettre N°8010Det??, du 11 février courant, j’ai l’honneur de vous rendre compte que j’ai infligé à la date du 8 février les punitions suivantes :
1°) à Monsieur le médecin aide-major de 2ème classe, Lefillâtre, chef du train sanitaire N°8, 30 jours d’arrêts de rigueur, pour le motif suivant : “Étant médecin-chef d’un train sanitaire, a non seulement toléré des irrégularités au détriment du personnel infirmier dans la tenue de l’ordinaire, mais a lui-même participé à des agissements répréhensibles.
A laissé introduire dans son train des femmes de mauvaise vie pendant le stationnement à Bordeaux et a passé la nuit, dans son compartiment avec l’une d’elles au vu et au su de tout le personnel.
A eu une attitude déplorable accompagnée de mensonges et de la signature d’une attestation fausse, au cours de l’enquête du régulateur sur les faits ci-dessus.”
2°) A Monsieur l’officier d’administration de 3ème classe du service de santé, Prétet, gestionnaire du train sanitaire N°8 État, 20 jours d’arrêt de rigueur, pour le motif suivant : “Étant officier comptable d’un train sanitaire a non seulement toléré des irrégularités dans la tenue de l’ordinaire du personnel infirmier mais a lui-même participé à ces agissements répréhensibles.
A introduit des femmes de mauvaise vie dans le train pendant le stationnement à Bordeaux et a passé la nuit, dans son compartiment avec l’une d’elles au vu et au su de tout le personnel.”`
D’autre part, j’ai l’honneur de vous rendre compte également que le Général de la 6ème armé a prescrit d’établir contre les officiers précités un ordre d’informer pour détournement à leur profit de vivres de l’ordinaire du détachement d’infirmiers de leur train sanitaire ( ordre du général commandant la 6ème armée N°12236C, du 9 février 1915).
Signé, direction des étapes et services, 6ème armée. "

Cité par Alain Malinowski, histoforums.
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Message par Baron Percy » Dimanche 25 Février 2007 01:25:48

Ces exemples de répression n'occultent cependant pas une autre vérité de cette guerre.
De nombreux indices convergents permettent en effet d'affirmer que certains Etats organisaient eux-mêmes le ravitaillement sexuel de leurs soldats. C'est notamment le cas de l'Etat italien.
D'alleurs, les médecins italiens s'en félicitent lorsqu'ils établissent le bilan sanitaire de la guerre; au Congrès international de médecine et de pharmacie militaires qui se tient à Rome en 1923, les docteurs Grixoni, De Berardinis et Ilvento déclarent : "(...) aussi bien dans la zone des armées que dans celles de l'arrière, la lutte sans merci menée contre les maladies vénériennes, de même que l'institution des bordels militaires, où les femmes sont soumises à la vigilance rigoureuse et permanente des médecins-majors spécialisés et où les soldats trouvent un cabinet prophylactique pour la désinfection nécessaire, ont permis de diminuer le nombre des malades et d'atténuer la gravité des infections."
Selon le Dr Angelini, l'établissement de "bordels militaires dans les principales zones de repos" fut "une sage prise en compte du danger représenté par une masse d'hommes susceptibles de se perdre par insatisfaction de l'instinct sexuel".
A travers les péripéties de la lutte menée par tous les services de santé militaires des Etats belligérants, on peut découvrir un autre combat où s'entrechoquent non seulement l'instinct sexuel des hommes et des femmes en guerre, mais aussi la morale sociale, ainsi que la politique de santé publique. Toutes les autorités se penchent alors sur la sexualité de leurs sujets, mais celle-ci n'est jamais considérée pour elle-même ; partout et toujours, elle est approchée pour le danger qu'elle est censée représenter pour la société en termes de maladies vénériennes; les armées s'inquiètent surtout du nombre de soldats risquant d'être mis hors de combat par ces infections...
Quelques données statistiques sont nécessaires pour appréhender l'ampleur du phénomène et l'on en arrive à évoquer des chiffres considérables.
Ainsi, pour l'armée française dont les éléments statistiques sont recueillis seulement depuis l'année 1916, on arriverait à un chiffre de 4 à 5000 contaminations par mois, soit de 50 à 60.000 par an, ce qui pour trois années de guerre ferait 150.000 à 200.000 contaminations !
L'armée allemande n'est guère mieux lotie : jusqu'à fin février 1915, les statistiques établissent que, dans le seul cas du territoire de la Belgique, 30.000 cas de maladies vénériennes s'étaient déclarés parmi les troupes.
Comment s'en étonner quand on sait par ailleurs que dans certaines zones, seules quelques femmes tentent de satisfaire sexuellement des milliers d'hommes.
A titre indicatif, en 1915, le Dr De Napoli rapporte qu'à Zuara une prostituée aurait eu 100 coïts dans la même journée; au début de la guerre, le chiffre de 190 coïts dans une seule journée aurait même été atteint par une autre... :roll:
"De tels chiffres, ajoute le praticien, peuvent être admis quand on sait où et comment ces malheureuses femmes reçoivent les soldats qui, en longue file, attendent leur tour, devant les taudis que, par une économie de temps, elles ont choisis avec une porte de sortie opposée à la porte d'entrée. Tous les mâles, venus des tranchées, après tant d'abstinence sexuelle, accomplissent le coït en moins de cinq minutes, car l'éjaculation se produit souvent au simple contact de la femme et pour beaucoup même... ante portas". :?
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Message par Baron Percy » Vendredi 02 Mars 2007 23:02:21

En 1916, la lutte contre les maladies vénériennes devient une priorité et une circulaire venant du GQG est distribuée à tous les régiments présents sur le front.
En voici des extraits significatifs :

"En raison de l'extension considérable des maladies vénériennes dans les Armées, en particulier de la syphilis, soit par apport de l'intérieur (60 % des cas), soit contractée sur place (40 % des cas), il y a lieu d'appliquer les mesures prophylactiques suivantes :
1.Troupes. Conférences mensuelles de bataillon sur le danger des maladies vénériennes et sur les moyens divers de protection contre ces maladies; causeries et entretiens sur le même sujet. Mettre en garde les hommes mariés contaminés sur les dangers qu'ils présentent pour leurs femmes et leurs enfants et ceux qui peuvent en résulter pour l'avenir.
Visite de santé bimensuelle pour tous les hommes et surveillance des vénériens à la sortie des formations sanitaires.
Visite des permissionnaires au départ et suspension des permissions jusqu'à guérison des accidents contagieux; nouvelle visite de tous les permissionnaires à leur rentrée.
Visite de tous les hommes de renfort et traitement immédiat en cas de syphilis reconnue.
Etablissement régulier d'un bulletin de déclaration de maladie vénérienne, transmis à la police locale.
2. Population civile. Surveillance de la prostitution publique et répression de la prostitution clandestine. Visite obligatoire hebdomadaire de toute femme qui se prostitue, mariée ou non.
Il y aurait à favoriser discrètement l'extension des maisons publiques dont le personnel serait examiné au moins tous les deux jours par un médecin militaire.
Chaque armée rendra compte, pour le 25 février 1916, de l'exécution des prescriptions ci-dessus et fournira au Général en Chef (Direction de l'Arrière)- Direction Génrale du Service de Santé, pour le 1er de chaque mois, un rapport sur le fonctionnement et les résultats de la lutte anti-vénérienne."

Cette circulaire explicite est suivie d'un certain nombre d'autres qui toutes confirment l'engagement de l'Etat et de l'armée dans la lutte menée contre les mlaladies vénériennes, une lutte qui passe par l'extension du nombre de maisons publiques totalement contrôlées par les autorités militaires.
Ainsi :

"les commandants d'armes, sur la proposition des chefs de corps, consigneront à la troupe les maisons publiques, les débits de boissons, les cafés utilisant des femmes pour le service et autres établissements reconnus comme des foyers de contamination et dans lesquels des militaires auront été infectés.
Dans tous les cas où ils seront appelés à participer à l'examen des prostituées, les médecins des dépôts des corps s'attacheront à réaliser la visite quotidienne des femmes des maisons de tolérance et la visite bi-hebdomadaire des autres prostituées inscrites."

Ces différentes circulaires instituent ou plutôt étendent un système prostitutionnel mi-public, mi-privé.
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Message par BRH » Lundi 05 Mars 2007 15:58:39

Bigre ! Je ne savais pas que la prostitution avait pu atteindre de tels sommets en Allemagne et en Belgique... :cry:
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Message par Baron Percy » Lundi 05 Mars 2007 23:36:47

Cela m'a également fort surpris. :shock:
Surtout que Bruxelles ait été considérée comme le centre de cette prostitution organisée pour les troupes d'occupation.
C'est un élément dont je n'avais personnellement jamais entendu parler jusqu'ici.
C'est pourquoi j'ai tenu à publier ces extraits de l'ouvrage de Frédéric Rousseau qui fourmille d'ailleurs d'anecdotes intéressantes et le plus souvent inconnues ou inédites toutes remarquablement référencées.
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