L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

1ère guerre mondiale et ses conséquences, jusqu'à la Grande Crise.

L'Allemagne est-elle la principale responsable du déclenchement de la Grande Guerre ?

OUI
7
50%
NON
5
36%
Peut-être
1
7%
ne sait pas
1
7%
 
Nombre total de votes : 14

Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par Cuchlainn » Vendredi 11 Avril 2008 16:34:07

N'y a-t-il pas d'autres choses à dire sur ce conflit que le sujet éculé des responsabilités ?
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par BRH » Vendredi 11 Avril 2008 18:09:54

Si, bien sûr. Les autres rubriques en témoignent ! :mrgreen:

Mais il convient parfois de rappeler les classiques, surtout pour nos jeunes lecteurs... :)
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

Napoléon
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par A.Lionel » Vendredi 11 Avril 2008 22:25:46

Bonsoir, quel beau sujet, je dois etre honnete, j'aurais voté "la responsabilité de l'Allemagne" si je n'avais pas lu vos interventions, j'ai mis je "ne sais pas".
A vous lire il y a une chose qui me parait évident c'est que rien n'allait empécher la guerre, le cocktail explosif au "shaker" décrit par Martinez est une belle métaphore!

N'ayant pas étudié la période comme vous tous, mon avis ne compte peu ou pas, ceci dit, la France tot ou tard aurait voulu récupérer l'Alsace et la Lorraine et mettre en balance l'Empire colonial, je reste perplexe...

Le cas de l'Autriche-Hongrie, pour bien connaitre son parcours, la guerre n'était que son seul choix et mieux, une guerre surtout avec un allié comme l'Allemagne, il en allait de sa survie, son pire ennemi était le nationalisme ou plutot les nationalismes, en revendiquant la Serbie, elle coupait court à toute vélléité dans son propre empire et opposait son système politique à celui de son futur allié allemand en faisant bloc dans la guerre!
Enfin, cette guerre assurait à l'Autriche-Hongrie la paix avec une Allemagne prete à la phagocyter.

Bonne soirée.
"Les vraies conquêtes, celles qui ne donnent aucun regret, sont faites sur l'ignorance."
A.Lionel
 
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par Paul Ryckier » Vendredi 11 Avril 2008 23:00:00

RE: Messaage 11 avril 22h30.

Cher Duc,

d'abord mes excuses pour n'avoir pas répondu sur votre message :oops: "Why the West and not the East" et "Kerenski". Depuis trois jours j'ai beacoup de travail et aussi sur le BBC un grand "backlog". J'ai d'abord répondu à Cuchlainn parce que c'était la réponse la plus facile. Je voulais alors aborder votre réponse et celle de Poldertijger, mais alors venait la récherche pour Léopold II et entretemps aussi une discussion sur le BBC avec Poldertijger. Etc, etc :) . Mais je ne suis pas oublié votres réponses.

Pour la responsabilité de l'Allemagne comme dans mes yeux presque seule responsable je vote: Oui.
Et pour explique mes pensées:
viewtopic.php?f=11&t=419

Et heureux de vous rencontrer encore une fois sur le forum.

Cordialement,

Paul.
Paul Ryckier
 
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par BRH » Samedi 12 Avril 2008 09:00:16

Contra, on lira cette thèse curieuse, dont je n'avais pas entendue parler et qui souligne la responsabilité importante de la Russie. L'existence ou l'authenticité de certains télgrammes sont contestées:

TÉLÉGRAMES SERBES DE JUILLET 1914 Henri POZZI — LES COUPABLES (La vérité sur les responsabilités de la guerre et les dessous de la paix. Documents officiels secrets), Éditions Européennes, 1935, viii-405 p. Dédicace à la mémoire d'Henry de Jouvenel. Extraits choisis et présentés parAndré Martin.

Le traité de Versailles obligeait l'Allemagne à reconnaître son entière culpabilité dans le déclenchement de la guerre. Pourtant, à côté de l'histoire officielle et héroïque de la «guerre du droit», il y eut rapidement les efforts méritoires de tous ceux qui ne voulaient être ni victimes ni complices du bourrage de crâne. Citons, pour mémoire et pêle-mêle : Le Livre noir et L'Abominable Vénalité de la presse, publiés par la Librairie duTravail d'après les archives russes ouvertes par les Soviétiques. A la même librairie, L'Angleterre a voulu la guerre, d'après des chercheurs anglo-saxons, et M. Poincaré et la guerre de 1914, de Gustave Dupin. Chez d'autres éditeurs, Témoins et Témoignage, de J. Norton Cru ; L'Histoire démaquillée, d'A. Fabre-Luce ; Comment fut provoquée la guerre de 1914, de René Gerin ; Trois ans de diplomatie secrète, de J. Converset ; L'Offre de paix séparée de l'Autriche, du prince Sixte de Bourbon-Parme: Revue d'histoire révisionniste, n° 5, novembre 1991.

REVUE D'HISTOIRE RÉVISIONNISTE Bourbon ; La Mystification des peuples alliés, de Chéradame ;Cyniques et fantoches de la guerre, de René Le Gentil ; La Paix malpropre, d'Alcide Ebray. Sans oublier les travaux de la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, et bien d'autres ouvrages encore. Mais, en 1933, Hitler arrive au pouvoir. Toutes les vérités ne sont plus bonnes à dire. Henri Pozzi sera l'un des derniers téméraires, avec trois ouvrages : La Guerre Revient…, éd. Paul Berger, 1934 (le livre fut traduit en anglais, italien, allemand, bulgare, hongrois et russe) ; Black Hand over Europe, Londres, F. Mott, 1935 ; et surtout, Les Coupables, ouvrage publié en 1935, sur lequel nous nous attarderons ici.

Henri Pozzi, employé de différentes agences d'information, avait eu l'occasion de rencontrer les personnages les plus divers, et même de recevoir confidences et documents. Les Coupables est un livre de plus de 400 pages, que l'on a envie de citer abondamment, d'abord parce qu'il constitue une intéressante synthèse de la plupart des faits connus jusqu'alors et ensuite, et surtout, parce qu'il renferme des documents inédits de la plus haute importance historique. Signalons que ce livre ne figure pas au catalogue de l'Institut d'études politiques de Paris et qu'il n'est pas consultable à la Bibliothèque de do-cumentation internationale contemporaine de Nanterre où l'exemplaire est déclaré «brûlé» ; un exemplaire nous en a été aimablement prêté par M. Vincent Reynouard, révisionniste de Caen, bien connu des lecteurs de la R.H.R.(1)Résumons tout d'abord quelques-unes des thèses de l'auteur. H. Pozzi soutient que la Russie n'a offert son alliance à la France que dans les buts les plus égoïstes, comme le démontrera suffisamment la suite des événements. Il ne s'agissait pour ce pays que de faciliter les ambitions du panslavisme, secrètement lié aux activistes panserbes — et vice-versa — pour dépecer l'Autriche-Hongrie, qui avait succédé à la Turquie comme « l'homme malade de l'Europe » et ne le savait pas. L'assassinat à Sarajevo, le 28 juin 1914, de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche fut le résultat de cette complicité. Le livre d'Henri Pozzi fait l'objet d'un développement dans le livre de Léon Degrelle, Le Siècle de Hitler, I. Hitler né à Versailles. Le Traquenard de Sarajevo, Art et Histoire d'Europe [BP 6008-75362 Paris Cedex 08], 1986, p. 170.

Trois fois en(1)en cinq ans. Depuis 1909, les gouvernements français avaient dû s'opposer aux provocations bellicistes de Saint-Pétersbourg, dont l'intervention brusquée dès cet attentat du 28 juin risquait donc de laisser la Russie isolée. Récemment encore, lors de la guerre du Golfe, la presse a souvent rappelé que cette opération militaire n'avait été que l'application de l'un des plans d'intervention mis au point en temps de paix par l'état-major américain pour parer à toute éventualité dans la région. Il en était déjà de même au XIXe siècle et l'on sait, par exemple, que les victoires prussiennes de 1870 résultaient d'un plan mûrement établi par le maréchal von Moltke. Au début du XXe siècle, tous les états-majors européens travaillaient sur la nouvelle donne résultant de l'alliance franco-russe. Et tous parvenaient aux mêmes conclusions, aux mêmes évidences : l'Allemagne, ne pouvant se battre sur deux fronts, devait impérativement commencer par écraser la France pour regrouper ensuite toutes ses forces contre le géant russe(2).

H. Pozzi écrit : "Cette intervention allemande, sans laquelle il n'y aurait pas d'intervention française — et, par conséquent aussi, en vertude nos accords militaires et navals avec Londres, pas d'intervention anglaise — les dirigeants russes, en juillet 1914, n'ont eu qu'une préoccupation, qu'un but : la provoquer. Un seul moyen, mais infaillible, s'offrait à eux pour cela : pousser l'Allemagne à les attaquer en mobilisant et en le faisant dans des conditions telles que cette mobilisation constituât une menace intolérable pour l'Allemagne."

C'est exactement ce qu'ils ont fait (p. 22). En mobilisant les troupes sibériennes dès le 24 juillet 1914, la Russie faisait peser sur l'Allemagne un péril mortel, qui n'était rien moins que celui du fameux « rouleau compresseur russe ». Dans le même temps, Sazonov, ministre des Affaires étrangères du tzar, signifiait par télégramme aux alliés de la Russie que « le gouvernement russe s'opposait par avance à toute action modératrice [de leur part] qui pourrait être tentée à Saint-Pétersbourg ». Dès 1906, un officier anonyme du haut commandement allemand, se faisant appeler « le Vengeur », avait vendu aux services de renseignement français le plan d'offensive à travers les Ardennes, pour 60 000 francs or. Payés en pure perte, puisque l'état-major français préférait croire à une offensive en Franche-Comté.

On sait, par ailleurs, que certains auteurs ont accusé Raymond Poincaré de la plus cynique des collusions avec les activistes bellicistes du panslavisme. H. Pozzi rejette cette idée. Nous nous bornons ici à rendre compte du livre de M. Pozzi sans préjudice des autres thèses. D'ailleurs, dans le reste de son ouvrage, l'auteur ne cache pas les autres et graves responsabilités du président de la République française. Il convient de rappeler également les responsabilités d'autres hommes politiques et de certains journalistes français. Pour faire bref, nous extrayons quelques citations de la petite plaquette de propagande de P.L. Darnar contre AndréTardieu et sous-titrée, selon le mot de Jaurès, Une des tristesses de l'Histoire. Il s'agit du chapitre « Monsieur Tardieu acheté par les fonds secrets du tzar », rédigé d'après le Livre noir et L'Abominable Vénalité de la presse : L'ambassadeur russe Isvolsky, qui appartient au complot de la guerre, écrit le 10 mai 1912 :« Je joins deux articles du Temps. L'auteur de ces articles est le célèbreTardieu qui, pendant un certain temps, sous Pichon, s'est séparé du ministre français des Affaires étrangères, mais qui s'en est de nouveau rapproché maintenant et dont les articles reflètent les opinions de Poincaré. Dans l'incident Georges Louis [G. Louis, alors ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, résolument opposé au complot belliciste des activistes du panslavisme, et, à cause de cela, remplacé par Jules Cambon], il s'est empressé de mettre sa plume à ma disposition. »Et le 5 décembre 1912, à un moment où la guerre était menaçante […] :« Tâchant de maintenir les dispositions qui nous sont désirables parmi les membres du gouvernement [français] et le monde politique, je fais en même temps tout mon possible pour agir sur la presse. Sous ce rapport, grâce aux mesures habiles prises à temps, des résultats considérables ont été obtenus. Ainsi que vous le savez, je n'interviens pas directement dans la distribution des subsides, mais cette distribution, à laquelle prennent part des ministres français, est, à ce qu'il paraît, efficace et atteint son but. « De mon côté, je m'efforce tous les jours d'influencer personnellement les journaux les plus importants de Paris, comme le Temps, le Journal des Débats, l'Écho de Paris, etc.« Je dois surtout signaler l'attitude du Temps, qui se distinguait, il y a quatre ans, par ses tendances austrophiles et dans les colonnes duquel, en ce moment, M. Tardieu combat avec énergie la politique autrichienne…« Dieu merci ! Ce n'est plus l'idée que la France peut se voir imposer la guerre pour les intérêts étrangers que j'aurai à combattre ! »P.L. Darnar termine ce chapitre en écrivant : Quand, après cette mobilisation russe [du 24 juillet], l'Allemagne déclare “l'état de danger de guerre menaçante” [Zustand drohender Kriegsgefahr], M. Tardieu, comme l'a établi Félicien Challaye, commet un faux dont les répercussions furent immenses : il annonça “l'état de guerre” en Allemagne, supprimant le mot essentiel “danger”. Cette information est reproduite par trois fois dans le seul numéro du Temps du 31 juillet (daté du 1eraoût)…

A elles seules, les révélations d' H. Pozzi sur les télégrammes serbes illustrent si précisément sa thèse et sont, en même temps, d'une telle minutie qu'il nous paraît exclu d'enfournir un résumé. Nous préférons donner longuement la parole à l'auteur lui-même en citant trois longs extraits de son ouvrage.

Premier extrait: "Car la mobilisation russe — le premier geste de guerre fait en Europe, il y a vingt ans — ne date pas du 30 juillet, comme on l'écrit et comme on l'enseigne encore officiellement chez nous. La mobilisation russe, celle qui a déterminé toutes les autres, date du 24… La mobilisation générale ordonnée par l'ukase impérial du 29, n'a été qu'un trompe-l'œil, un alibi cynique pour écarter les responsabilités. Il est incontestable, aussi, que nos dirigeants savaient que cette mobilisation, qui devait provoquer en Allemagne des répercussions fatales à la paix, avait été précisément décidée par le gouvernement russe, en vue de provoquer cette réaction allemande… Combien de vieilles haines revanchardes recuites, combien d'emballements échauffés contre l'impérialisme du kaiser furent enflammés par cette fausse nouvelle ! Cette fausse nouvelle du 31 juillet avait atteint son but quand le lendemain, à 9 h du matin, le président Poincaré signait l'ordre de mobilisation, devançant ainsi l'Allemagne de huit heures(*). S'ajoutant à la mobilisation russe, la mobilisation française avait rendu la guerre inévitable.(*) L'ordre, signé à 9 h, fut gardé secret jusqu'à 16 h. L'Allemagne réagit à 17 h par sa propre mobilisation. On imagine sans peine les agitations et les intrigues au cours des vingt-quatre heures qui ont séparé la parution du Temps dans l'après-midi du 31 juillet et la proclamation de l'ordre de mobilisation le 1er août à 16 h.

Les Allemands auraient donc raison, qui affirment depuis vingt ans — depuis le 26 juillet 1914 — qu'ils n'ont mobilisé que pour répondre à une mobilisation russe d'autant plus inexplicable, d'autant plus inquiétante qu'elle s'opérait dans le plus grand secret : Ils ont raison… Mais si cette mobilisation russe — dont l'immense majorité de notre pays n'a jamais entendu parler — comme elle n'a jamais entendu parler des événements les plus importants, les plus décisifs de la guerre et de l'après-guerre — frappe le tzarisme d'une responsabilité écrasante, sans excuses, elle ne nous atteint, elle ne nous compromet —nous — d'aucune manière… Elle laisse intacte, inattaquable, notre affirmation que nous n'avons pas voulu la guerre. Mieux que cela — elle la renforce… La mobilisation russe du 24 juillet, qui a provoqué la contre-mobilisation allemande, a été voulue, en effet, décidée et réalisée en dehors de nous, à notre insu — malgré nous… Elle a été un guet-apens autant contre notre pays que contre la paix (p. 57-58)".


Deuxième extrait: "Il tombe sous le sens que si M. Raymond Poincaré et M. Viviani avaient été mis au courant, avant leur départ, des intentions russes ; si les décisions militaires prises le 24 [juillet 1914] l'avaient été d'accord avec eux, notre ambassadeur n'aurait pas été questionner Sazonov à leur sujet, et celui-ci, pour rassurer M. Maurice Paléologue [ambassadeur de France à Petrograd], n'aurait pas jugé nécessaire de mentir comme il l'a fait(4). Il n'y a donc aucun doute possible : M. Poincaré a dit vrai et la mobilisation russe du 24 a été ordonnée à son insu, à l'insu de notre gouvernement. Il existe une autre preuve de l'ignorance où se trouvaient nos représentants — à la fois du geste que méditaient les dirigeants russes et de leur volonté de nous le laisser ignorer jusqu'après ses conséquences réalisées…(4) M. Paléologue, La Russie des Tzars, t. I, p. 24-25. — Note d'Henri Pozzi.
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Page 7
Cette preuve — ni M. Raymond Poincaré ni M. Vivianine l'ont connue. Les bolchevistes n'en pouvaient trouver aucune trace, non plus, dans les archives impériales russes, où ils ont découvert, cependant, tant de documents accablants pour le tzarisme et ses complices. Elle est publiée ici, aujourd'hui [1935], pour la première fois… C'est le télégramme envoyé le 9/22 juillet 1914(5), sous le n° 194/8, par le ministre de Serbie à Saint-Pétersbourg, Spalaïkovitch, au président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, Pachitch(6). En voici le texte : "Présidence du Conseil, Béograd [Belgrade] (pour Pachitch) —Extrêmement Urgent — Secret — Sazonov demande intensifions maximum préparatifs militaires, mais éviter toute manifestation populaire avant achèvement préparatifs russes stop Négociations Sazonov avec Poincaré Viviani très difficiles stop tous deux opposés toute mesure ou engagement pouvant entraîner France dans guerre pour question où intérêts français non engagés stop attitude président République envers Szapary(7)produit immense sensation milieux officiels et diplomatiques stop Sazonov insiste sous aucun prétexte France doit connaître dispositions militaires en cours stop transport Europe troupes Sibérie terminé stop mobilisation grandes régions militaires sera ordonnée immédiatement après départ Poincaré Viviani stop Sazonov informé remise ultimatum autrichien aura lieu demain dix juillet. SPALAIKOVITCH."(5) Les dates sont celles du calendrier julien russe (orthodoxe) suivies des dates correspondantes du calendrier grégorien (notre calendrier).(6) Archives diplomatiques serbes, Présidence du Conseil, visas Pacù-Pachitch,case 19, dossier 11/B, folio 7 : « Pétersbourg », 2/15 juillet à 18/31 juillet 1914.— Note H.P. [Ce télégramme a été envoyé tandis que Poincaré était à Saint-Pétersbourg.](7) Ambassadeur d'Autriche-Hongrie. M. R. Poincaré, au cours de la réception diplomatique du 21 juillet, lui avait adressé des paroles extrêmement vives, des avertissements ressemblant à des menaces. La scène, qui s'était produite en présence de tout le corps diplomatique, avait fait scandale. — (R. Poincaré, L'Union Sacrée, p. 254 ; Comte de Carthagène, ambassadeur d'Espagne, Souvenirs d'un Diplomate, Madrid 1933 ; Pièces Diplomatiques Russes, t. I,n° 43 ; Livre Noir, t. II, p. 225. — Note H.P.
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Page 8
La connaissance de ce document, il y a vingt ans, par l'opinion et le Parlement de notre pays — par l'opinion et les dirigeants de l'un quelconque des pays qui allaient être jetés à l'extermination — aurait changé la face du monde… Son authenticité sera furieusement niée par ceux qu'il accable.Il existe un moyen facile, immédiat, de savoir si celui qui a déchiffré, à Belgrade, dans la nuit du 22 au 23 juillet 1914, dans son bureau de secrétaire-général du ministère des Affaires étrangères, le télégramme Spalaïkovitch, et qui m'a communiqué son texte, le 8 octobre 1917, à l'Agence des Balkans, à Paris, en me faisant promettre de ne m'en servir que cinq ans, au plus tôt, après sa mort, m'a confié une pièce falsifiée(8). Le gouvernement de Belgrade n'a qu'à ouvrir ses archives — au folio, à la case, au dossier indiqués — à une commission internationale et à lui soumettre le télégramme en chiffre du 9/22 juillet 1914, n° 194/8, avec le texte en clair qui l'accompagne et qui est tout entier écrit — avec trois annotations à l'encre rouge et le passage « Sazonov insiste sous aucun prétexte France… » souligné d'un double trait bleu… — de la main de son traducteur, Dragomir Stéfanovitch… L'épreuve sera concluante. [De même que ses révélations sur l'avant-guerre, la guerre et la paix : Souvenirs et Documents d'un Diplomate Serbe, dont le manuscrit a été déposé en Angleterre, ne pourront être publiées qu'en 1937. — Note H.P.(9) D.-S. Sazonov, Sechs schwere Jahre, Berlin, 1927. — Note H.P.]

On ignore ce qui s'est dit, ce qui a été convenu à Saint-Pétersbourg, entre Sazonov et les chefs nationalistes russes, dans la soirée du 23 juillet. Sur ce point, aucun document, aucune déclaration, aucun aveu des intéressés n'est venu, jusqu'ici, apporter la moindre lumière. Nous savons, en revanche, que le 24 juillet au matin, Sazonov s'est rendu chez Nicolas II, puis s'est longuement entretenu avec le grand-duc Nicolas Nicolaïevitch, oncle duTzar. Nous le savons par Sazonov lui-même(9). Dans l'après-midi du 24, un conseil des ministres est réuni d'urgence à Krasnoïé-Sélo, sous la présidence de(8)
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Page 9
Nicolas II. En quelques instants, sans discussion, il décide la mobilisation immédiate des circonscriptions militaires de Moscou, Kiew, Kazan et Odessa et des flottes de la Baltique et de la Mer Noire. De cette mobilisation, qui va porter sur les deux tiers des forces russes de première ligne et qui va rendre la guerre inévitable, notre gouvernement n'est pas avisé. Il ne le sera que quarante-huit heures plus tard, le surlendemain, 26 juillet, par un télégramme de notre ambassade. Dans l'intervalle — le 25 — il a été informé, par M. Maurice Paléologue, que le bruit avait couru d'une mobilisation, mais que, vérification faite auprès de Sazonov, ce bruit ne répond à aucune réalité. Si nous, les alliés de la Russie, nous sommes ainsi tenus dans l'ignorance absolue, totale, de l'acte décisif accompli par la Russie — par contre le gouvernement serbe, lui, est exactement et immédiatement renseigné. Quelques heures à peine, en effet, après la réunion de Krasnoïé-Sélo, Spalaïkovitch adressait à Pachitch un deuxième télégramme. Comme celui qu'on vient de lire, il est publié pour la première fois… En voici le texte : "Présidence du conseil, Béograd [Belgrade] (pour Pachitch) —Extrêmement urgent — Secret — Issue conseil ministres tenu aujourd'hui trois heures sous présidence Tzar Krasnoïé-Sélo Sazonov me charge vous avertir mobilisation générale ordonnée comme convenu dans régions militaires Odessa Kiew Kazan Moscou avec mobilisation flottes Baltique et Mer Noire stop ordre envoyé autres régions hâter préparatifs mobilisation générale stop Sazonov confirme divisions sibériennes concentrées en arrière Moscou Kazan stop tous élèves écoles militaires promus officiers tous officiers en congé rappelés stop Sazonov demande rédigions réponse ultimatum en termes très conciliants mais rejetions catégoriquement tous points surtout sixième(10)portant atteinte notre prestige stop Tzar désire mobilisions immédiatement mais si Autriche engage hostilités devons reculer sans résister pour garder forces militaires intactes et attendre développement événements stop Sazonov aura conférence avec Paléologue et Buchanan(11)pour arrêter bases action commune et moyens nous fournir armements stop Russie et France maintiennent thèse que conflit austro-serbe pas conflit local mais partie grande question européenne que seules toutes puissances peuvent résoudre stop cercles compétents ici témoignent grande irritation contre Autriche stop mot d'ordre est guerre stop entière nation russe enthousiaste pour guerre grandes ovations devant légation stop Tzar répondra personnellement télégramme prince régent(12).SPALAIKOVITCH(13)." Dans le sixième point, l'Autriche exigeait la recherche et le châtiment des complices serbes des assassins de Sarajevo et la participation à l'enquête de magistrats autrichiens. Il était bien impossible au gouvernement serbe de faire droit à cette demande, dont l'acceptation aurait signifié l'arrestation du colonel Dimitrievitch-Apis. C'est le colonel, en effet, ou tout au moins la CrnaRuka qu'il dirigeait, qui avait placé sur le trône le roi Pierre. — Note H.P.(11) Ambassadeur d'Angleterre. — Note H.P.(12) Dans ce télégramme, le prince-régent priait le Tzar de se hâter. — Note H.P.(13) Archives diplomatiques serbes Présidence du Conseil, visas Pacù/Pachitch, case 19, dossier 11/B, folio 7, « Pétersbourg », 2/15 juillet à 18/31 juillet1914. — Note H.P.(14) Texte reproduit par le journal officieux de M. Benes, L'Europe Centrale,n° 30, 28 juillet 1934, p. 480. — Note H.P.

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L'authenticité de ce document, qui porte le numérovd'ordre 196/8, et la date du 11/24 juillet, ne souffre — malheureusement… — aucune discussion. Son inspirateur et son signataire ont l'un et l'autre commis, d'ailleurs, l'imprudence de le confirmer, de l'authentifier eux-mêmes. Dans un article publié en juillet 1934 dans la Revue d'Histoire Diplomatique, de Paris, sous le titre : Une Journée du Ministre de Serbie à Pétrograd : 24 juillet 1934, Spalaïkovitch, par exemple, reproduit un certain nombre des « recommandations » que Sazonov, ce jour-là, l'avait chargé de transmettre à Belgrade. TOUTES se retrouvent dans le télégramme chiffré qu'on vient de lire, et dont Spalaïkovitch était bien sûr que nul ne pourrait jamais donner le texte — y compris celle de « reculer sans résister… »(14). J'ai dit plus haut, aussi, que le gouvernement français, depuis le 9 juillet, possédait la clef du chiffre secret de la légation serbe à Paris. Il a pu déchiffrer ainsi, le 25 juillet,
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la ré-expédition du télégramme Spalaïkovitch, n° 196/8,faite par Belgrade à son ministre en France. Qu'il l'ait fait, M. Poincaré lui-même nous en a donné, involontairement, la preuve. « Le 24 juillet, a-t-il écrit en effet, Sazonov donnait à la Serbie le conseil de replier ses troupes… » Or, ce conseil — par lui-même inexplicable, puisque, le 24, personne ne savait, sauf Sazonov, que la Serbie rejetterait l'ultimatum autrichien et qu'il y aurait laguerre… — M. Poincaré n'a pu le connaître [que] parce qu'il a connu le déchiffrement du télégramme Spalaïkovitch… Le télégramme Spalaïkovitch avait été communiqué en outre, le jour même, par le gouvernement serbe — où Pacù faisait l'intérim de Pachitch, alors en tournée électorale —au ministre serbe à Londres, Gruitch. Une copie en avait été prise, tandis qu'il le traduisait, par le deuxième secrétaire de la légation, Pétrovitch. Le gouvernement yougoslave, informé en septembre 1934, que le diplomate détenait ce document terrible, a essayé, par tous les moyens, de le lui enlever. Il n'a pu y parvenir…(15)Traqué, harcelé par la police secrète yougoslave et les agents de la Main Blanche, Pétrovitch s'est suicidé à Londres, le 24 novembre 1934, après avoir confié ses papiers, parmi lesquels de nombreuses pièces officielles, à des amis anglais sûrs. Certains ont été publiés en juin dernier à Londres (Black Hand overEurope, F. Mott and Co.). — Note H.P.(16) (p. 60-66).

Troisième extrait: "A huit heures du soir, cependant, le 24 juillet, inquiet des bruits étranges qui lui parviennent, notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg se rend au ministère des Affaires étrangères, où il a déjà été le matin, mais où on ne lui a rien dit(16).Il pose à Sazonov une question catégorique : « Puis-je certifier à mon gouvernement que vous n'avez ordonné encore aucune mesure militaire ? »
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« Aucune, je vous l'affirme ! », répond tranquillement Sazonov(17). Quelques heures plus tard, Spalaïkovitch, par un troisième télégramme, n° 197/8, prévenait Pachitch de l'incident et lui renouvelait, de la part de Sazonov, une impérieuse consigne de silence. Ce document est ainsi libellé : "Présidence du conseil Béograd [Belgrade] (pour Pachitch). Extrêmement urgent — Secret — Paléologue demanda ce soir Sazonov si bruit mobilisation circonscriptions militaires Odessa Kazan Kiew [Moscou] et deux flottes conforme vérité stop exprima vif mécontentement si mesure susceptible provoquer graves complications ordonnée insu France stop Sazonov opposa démenti formel stop vous confirme nécessité éviter moindre indiscrétion stop Sazonov informera Paléologue aussitôt départ Scandinavie Poincaré Viviani stop avertissez Vesnitch Gruitch. SPALAIKOVITCH(18). Ainsi mis en garde, le gouvernement serbe fit immédiatement le nécessaire. Dans la matinée du 25, le télégramme suivant, enregistré à Belgrade sous le n°432/VP/14, et à la légation de Paris sous le n° 291/3, BP/31, était adressé par Pacù au ministre de Serbie à Paris, Vesnitch : Béograd [Belgrade], 12/25 juillet — Légation Serbie, Paris(pour Vesnitch) — Extrêmement Urgent — Secret — Refusez jusqu'à instructions nouvelles tous renseignements sur mesures prises ici ou Pétersbourg stop affirmez situation sérieuse mais nullement désespérée malgré violence ultimatum insistez sur notre profond désir conciliation et confiance en résultat intervention grandes Puissances amies stop absolument nécessaire opinion Parlement français ignorent tous préparatifs militaires ici et Pétersbourg stop conformément désir Tzar pressons mobilisation avons commencé transfert Nisch archives trésor services officiels(17) stop évacuation arsenal Kragoujevatz terminée stop informez Tardieu Berthelot stop accord Sazonov réponse ultimatum conciliante forme négative fond stop guerre certaine stop urgent faciliter voyage Londres où seront sécurité Madame Pachitch et famille. PACU(19). R. Poincaré, L'Union Sacrée, p. 296 ; M. Paléologue, La Russie des Tzars,tome I, p. 24-25. — Note H.P.(18) Archives diplomatiques serbes, Présidence du Conseil, visas Pacù-Pachitch, case 19, dossier 11/B, folio 7, « Pétersbourg », 2/15 juillet à 18/31juillet 1914. — Note H.P.
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Nous savons, par les Mémoires de l'ancien secrétaire de la Légation serbe à Londres, Pétrovitch, publiés en juin dernier, qu'un télégramme identique — jusque dans ses recommandations finales — avait été adressé, le même jour, par Pacù à Gruitch(20). En France, c'est le troisième secrétaire de la Légation serbe, Bochko Christitch(21), qui escorta la famille Pachitch jusqu'à Calais. En Angleterre, c'est Pétrovitch qui l'accueillit à Douvres. Le télégramme 432 V/P 14, reçu par Vesnitch un peu avant midi, le 25, fut communiqué par lui dans l'après-midi à André Tardieu et à l'administrateur de l'Agence des Balkans, Edgar Roëls. Lorsque Vesnitch, venant du quai d'Orsay, pénétra dans le bureau de Roëls, à l'Agence (alors installée 48, rueTaitbout), on eût dit un somnambule… Son émotion était si grande qu'il étouffait.— « C'est la guerre ! » me disait quelques instants plus tard Bochko Christitch, « et la victoire sûre pour nos deux pays… Roëls et Tardieu l'ont dit au ministre ». Archives diplomatiques serbes, Présidence du Conseil, visas Pacù-Pachitch, case 17, dossier 8/PV, folio 9, « Paris », 2/15 juillet à 18/31 juillet1914. — Note H.P.(20) Black Hand over Europe, Mott and Co., Londres, 1935, p. 265. — Note H.P.(21) Mon ancien collaborateur à l'Agence des Balkans, actuellement ministre yougoslave à Athènes. — Note H.P.
Pourquoi ce soin mis par la Russie à nous dissimuler les mesures militaires qu'elle venait d'ordonner ? Tout simplement parce que la manœuvre ourdie par le parti de la guerre russe, en plein accord avec les organisations panserbes, ne pouvait réussir qu'à une seule condition : il fallait que notre gouvernement — et aussi
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celui de Londres — ne connût la mobilisation décidée à Krasnoïé-Sélo qu'après l'Allemagne… Ne pouvant plus rien arrêter, rien empêcher, force serait alors à notre gouvernement de s'incliner devant le fait accompli, d'en accepter toutes les conséquences. Sazonov, en effet, entendait éviter à tout prix — pour la Russie et pour son associée serbe — que se renouvelât l'échec qu'elles avaient subi en février 1909, au moment de l'affaire bosniaque, lorsque nous avions coupé court, d'accord avec l'Angleterre, à leurs initiatives belliqueuses. (22) La note du Foreign Office au gouvernement russe est du 27 février 1909, celle du Quai d'Orsay du 25. — Note H.P.

Quand notre gouvernement, le 26 juillet, a été enfin prévenu, d'abord par le télégramme de notre ambassade, puis par un télégramme de notre attaché militaire, il était effectivement trop tard. Depuis quarante-huit heures, la mobilisation des quatre principales circonscriptions militaires russes — c'est-à-dire, en y comprenant les troupes sibériennes, des deux tiers de l'armée impériale de première ligne — battait son plein. Berlin en était déjà informé et prenait fiévreusement ses mesures.Toutes les tentatives de conciliation, toutes les négociations diplomatiques n'étaient plus qu'hypocrisies ou vains bavardages. La guerre générale voulue par les nationalistes russes et panserbes (en particulier par la Crna Ruka (Main Noire), qui, après avoir fait assassiner le roi Alexandre Obrenovitch, suspect de sympathies autrichiennes, après avoir placé sur le trône Pierre Karageorgevitch, venait d'organiser et de réaliser l'attentat de Sarajevo. — Note H.P.) était désormais inévitable… Nous étions tombés dans le guet-apens — et le monde avec nous (p. 66-71).** *

Encore aujourd'hui l'importance des documents qu' Henri Pozzi citait pour la première fois en 1935 ne peut que frapper ; or, il faut savoir que, selon toute apparence, l'histoire officielle n'a tenu aucun compte de ces révélations, faites il y a plus d'un demi-siècle,
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et cela sans doute parce qu'il importe à trop d'historiens d'accabler l'Allemagne, même bien en-deçà de la période 1933-1945. Nous n'en voulons pour preuve, par exemple,que l'extrait suivant du dictionnaire des noms propres Le Petit Robert 2, à la rubrique « Guerre mondiale (Première) » : Enfin, l'attentat de Sarajevo (28 juin 1914) décida l'Autriche à en finir avec le foyer de slavisme que constituait la Serbie : après un temps de concertation avec l'Allemagne, elle remit à la Serbie, le 23 juillet, un ultimatum contenant une clause inacceptable [!] [il s'agissait de la participation de l'Autriche à l'enquête menée à Belgrade — NDLR.] ; sur son refus, prévu, elle lui déclara la guerre (28 juillet). Ce qui aurait pu n'être qu'une nouvelle guerre balkanique devint en quelques jours, par le jeu des alliances et des intérêts, une guerre européenne. La mobilisation en Russie (à partir du 29 juillet), entraîna celle de l'Allemagne (1er août) qui lui déclara la guerre (1er août au soir). (Le Petit Robert 2, 1981, p. 792). Autrement dit, on voudrait nous faire croire que l'Autriche commença par déclarer la guerre le 28 juillet 1914 et que la Russie se mobilisa à partir du 29 juillet… Le reste de l'ouvrage d'Henri Pozzi n'est pas moins iconoclaste. Qu'on en juge : selon l'auteur, dates et chiffres à l'appui, ce n'est pas l'Allemagne qui a commencé la course aux armements, mais, quand elle y est entrée à son tour, contrainte et forcée, elle a su le faire plus efficacement que les autres, pour se mettre rapidement au niveau général, tout en cherchant à éviter la catastrophe ; « L'Allemagne veut à tout prix éviter une conflagration européenne », écrivait Jules Cambon, ambassadeur de France à Berlin en 1914. D'autres révélations et d'autres analyses d'Henri Pozzi mériteraient également d'être rappelées. Bien qu'elles portent sur la première guerre mondiale, elles peuvent aussi nous aider à comprendre à la fois les origines de la seconde guerre mondiale et, aujourd'hui, les problèmes et les conflits de la Yougoslavie et de tout l'Est européen.
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par duc de Raguse » Samedi 12 Avril 2008 23:50:53

C'est marrant, mais les télégrammes que j'ai des services diplomatiques français de cette époque vont dans le même sens... :mrgreen:
Etrange, non ? :wink:
Je vous les livre dans quelques jours (là, je suis un peu occupé... :? )
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par BRH » Dimanche 13 Avril 2008 10:46:04

Les révélations d'Henri Pozzi sont -en effet- extrêmement importantes. Il me semble que le romancier Cécil Saint-Laurent s'en est inspiré pour rédiger son roman-fleuve sur la Grande Guerre, en quatre tomes. Mais je n'en avais pas eu connaissance en tant que tel, ce qui prouve que l'on n'a jamais fouillé une question d'histoire à fond, comme on le croit trop souvent.

Résumons l'apport de ces trois télégrammes:

le 1er en date du 22 juillet 1914, nous apprend que la Russie a déjà fait transiter ses troupes sibériennes vers l'Europe et qu'elle se prépare à mobiliser ses principales régions militaires, de manière à tenir sous les drapeaux les 2/3 de ses effectifs prévus en cas de mobilisation générale.

le 2ème, en date du 24 juillet 1914, confirme ces mesures, en indiquant que le Czar a signé les ukazes liés à cette mobilisation partielle qui doivent impérativement demeurer ignorées des Français. En outre, s'il est demandé aux Serbes de ne pas précipiter les évènements, il leur est conseillé de répondre favorablement aux demandes contenues dans l'ultimatum autrichien, sauf en ce qui touche au prestige, notamment le 6ème point qui porte sur des moyens d'enquête confiés à des policiers et des magistrats autrichiens.

le 3ème, toujours en date du 24 juillet, fait état du vif mécontentement de notre ambassadeur à St-Pétersbourg, Maurice Paléologue auprès de Sazonov, au cas où cette mobilisation régionale serait exacte, ce que ce dernier nie formellement !

Ce qui est -par contre- bien établi et jamais contesté, c'est la mobilisation régionale (ou partielle) des Russes à compter du 25 juillet 1914. Mais cette mesure doit être analysée malgré tout en fonction de la remise de l'ultimatum autrichien à Belgrade le 23 juillet 1914 à 22 heures (heure de Belgrade).

Le Comte Berchtold (ministre autrichien des affaires étrangères), avait en effet prescrit au chargé d'affaires autrichien à Belgrade, de ne remettre l'ultimatum au gouvernement serbe que tard dans la soirée, pour éviter que Poincaré puisse se concerter avec les Russes, et attendre donc qu'il soit en mer pour agir...

Cependant, pour être complet, il faut citer deux télégrammes émamant de notre ambassade à Saint-Petersbourg adressés au Quai d'Orsay:

Tél. 118 « Pétersbourg, 31 juillet, 10 h. 45 (matin). La mobilisation générale de l'armée russe est ordonnée. »

Tél. 115 « Vienne, 31 juillet, 6 heures soir. La mobilisation générale atteignant tous les hommes de 19 à 42 ans est décrétée par le gouvernement austro-hongrois. »
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par A.Lionel » Jeudi 17 Avril 2008 01:21:59

Bonjour, eh bien on est perdu avec ces documents, donc la Russie première responsable suivie de l'Autriche-Hongrie et on enclenche le jeu des alliances?
"Les vraies conquêtes, celles qui ne donnent aucun regret, sont faites sur l'ignorance."
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par BRH » Jeudi 17 Avril 2008 09:17:34

Pas tout à fait, car il ne faudrait tout de même pas oublier que l'Autriche a mobilisé huit corps d'armée (sur 14), le 28 juillet 1914. Ce qui faisait beaucoup pour écraser la seule Serbie...
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par martinez » Jeudi 17 Avril 2008 18:32:21

les alliances et traités entre les nations étaient parfaitement connus l'autriche n'ignorait pas que la serbie avait la protection de la russie alors la mobilisation était aussi un élément non négligeable de gesticulation comme on le dit actuellement et d'intimidation d'ailleurs selon vos dires 8 CA sur 14 est à peine supérieur a la moitié du potentiel Vous etes focalisé sur la forme or il est evident que kle problème de fonds est prépondérant chaque pays est confronté à une situation de confrontation inéluctable par un enchainement stupide ramener le débat à qui a commencé le premier ne permet pas compréhension claire des raisons qui ont amené les européens à se lancer dans l'avant dernière guerre civile européenne aussi inutile que stupide. je ferais un parallèle avec l'attitude d'Israël ( j'en arrive) pendant la guerre des 6 jours bien évidemment ils ont frappé les premiers avaient ils d'autre choix non! cette décision leur a été imposé par l'attitude des pays arabes limitrophes et pour eux il n'y avait pas d'autre alternative la guerre de Kippou l'a démontré s'en tenir qu'à la forme conduit à procéder à des raccourcis préjudiciables à l'histoire c'est une vision manichéenne
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par Cuchlainn » Jeudi 17 Avril 2008 21:23:29

Et répéter à l'envi (et sans ponctuation) que c'est le jeu mécanique des alliances et qu'il n'y a rien d'autre à chercher, est-ce une vision complète de l'Histoire ?
Les historiens ont un peu dépassé ce schéma maintenant. En 1908, une crise initiale autrement plus grave n'avait pas débouché sur un conflit.
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par martinez » Jeudi 17 Avril 2008 21:41:55

ne répondre que par des questions et des affirmations sans démonstrations ne constituent pas une démarche historique ( des pariles verbales aurait dit mon maître P DAC) et si vous en etes réduit à eplucher la ponctuation! ( je n'ai aucun talent de secrétaire et en suis fort aise)
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par A.Lionel » Vendredi 18 Avril 2008 00:29:26

Bonsoir, certains ici nomment et avec raison l'annexion de la Bosmie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie mais le conflit de 1914 germait avant 1908 quand on examine comment s'est dénoué le conflit russo-turc en 1878 par un traité (San Stéphano) et le Congrès de Berlin de la meme année.

La Russie avait vaincu les Turcs un an avant elle imposa aux Ottomans, l'indépendance de la Serbie qu'ils revendiquaient - tout en ayant concédé l'autonomie en 1830 - ainsi que des territoires turcs. La Bulgarie devint elle aussi indépendante.

On a déjà deux oppositions logiques, c'est un rapport vainqueur-vaincu mais ce traité "indisposait" l'Autriche-Hongrie en ce sens, comme je le mentionnais plus haut, qu'il favorisait d'abord les nationalismes, ici le nationalisme slave ou pan-slave pour etre plus juste. Une Serbie et une Bulgarie slaves cernant l'Autriche-Hongrie, autant dire que c'était une véritable provocation!
L'Angleterre y était opposé également, elle voyait une rupture de l'équilibre européen où la Russie devenait un poids "trop" lourd.

Par conséquent le Congrès de Berlin modifia le traité en morcellant les Balkans en autant d'Etats qu'il y avait de nationalités, ces petits états, indépendants, s'opposaient et se neutralisaient de part leurs spécificités mais aussi de part les alliances qu'ils nouèrent avec les grandes puissances europénnes d'alors.

Nous avions donc des oppositions microcosmiques à l'image des tensions qui existaient entre grandes puissances, on se servit des Balkans comme d'un réceptacle de tous les maux européens en pensant que celui-ci serait suffisant pour tout juguler.
Or tout explosa en 1914 comme chacun sait.

Enfin et c'est peut-etre l'élément le plus important, l'annexion de la Bosmie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie excita la composante serbe de cet état qui ne révait que de "Grande Serbie" mais était-ce suffisant pour que les Austro-Hongrois fussent responsables "du premier coup de feu"?

Etait-ce la Russie qui vit son influence diminuée par l'attitude de l'Autriche-Hongrie qui rééquilibrait politiquement l'Europe du fait de l'expansion russe au détriment des Ottomans? N'a t-elle pas pris parti trop vite en répondant aux sirènes slaves des Serbes des Balkans?

En tout cas on a déjà quatre acteurs dont un est celui qui tire la détente et qu'on oublie peut-etre trop vite : L'Empire Ottoman, l'Autriche Hongrie, la Russie et la gachette serbe.

Bien à vous.
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Re: L'Allemagne est-elle la seule responsable ?

Message par eliedurel » Jeudi 26 Novembre 2009 15:28:36

L'Allemagne ou plutôt le kaiser Guillaume II est entièrement responsable de la guerre 14/18 qu'aucun autre pays souhaitait. Guillaume II ne supportait pas une république à la frontière de son empire (Il voulait être l'empereur de l'Atlantique et il a poussé le tsar a être celui du Pacifique, d'où la guerre russo-japonaise). Guillaume II n'a pas caché qu'il voulait faire la guerre à la France. Pour y parvenir, il n'a pas hésité à mettre le feu à l'Europe en poussant l'Autriche à déclarer la guerre à la Serbie, on connaît l'enchainement.
Pour obtenir une paix séparée de son cousin par alliance le tsar Nicolas II, Guillaume II n'a pas hésité non plus à mettre le feu à la Maison Romanov, là aussi on connaît la suite.
Il est curieux que l'histoire ne retienne pas plus nettement la responsabilité de Guillaume II dans la Grande guerre, la Révolution russe et indirectement dans la Seconde Guerre mondiale.

A lire d'Elie DUREL "L'histoire d'un conscrit de 1913" aux éditions Ouest-France - 2008
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Re: L'Allemagne est la seule responsable de la guerre

Message par SIRACOURT » Samedi 12 Décembre 2009 16:19:40

Rappelons quand même que les alliés demandèrent à la Hollande, ou s'était refugié l'empereur Guillaume II aprés son abdication , de l'extrader pour le juger comme criminel de guerre. La Hollande refusa de le faire et rien ne bougea plus, car les politiciens sont des lâches!...
Auteur de LOUIS XVII OU LE SECRET DU ROI, Louise Courteau, Éditrice, Québec, Canada, 2007 et de L'AFFAIRE ROMANOV OU LE MYSTÈRE DE LA MAISON IPATIEV,Louise Courteau Éditrice,Québec,Canada, 2008.

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