Belgique : le mythe de la résistance à Liège !

1ère guerre mondiale et ses conséquences, jusqu'à la Grande Crise.

Belgique : le mythe de la résistance à Liège !

Message par BRH » Samedi 09 Août 2014 08:33:53

http://pages14-18.mesdiscussions.net/pa ... 3613_1.htm

Très bon article d'Haudromont qui décoiffe, c'est le cas de la dire ! Des interrogations que je m'étais posées sans jamais avoir de réponses.





Alors que l’état de guerre existe entre la Belgique et l’Allemagne depuis plus de 24 heures, le ministre de Belgique en Allemagne, Beyens, est reçu à Berlin, le 4 août 1914 à 9 heures, par le ministre allemand des affaires étrangères von Jagow. Ce dernier déclare : « Si l’armée belge ne fait pas sauter les ponts, nous laisse occuper Liège et se retire sous Anvers, nous promettons non seulement de respecter l’indépendance belge ... » Monsieur von Jagow, suite au refus belge des propositions allemandes « a avoué que nous ne pouvions pas répondre à la demande allemande autrement que nous l’avons fait et qu’il comprenait notre réponse. »
Force est de constater, et c’est d’ailleurs assez troublant, que l’armée belge, sur pied de guerre depuis le 31 juillet, a abandonné les forts de Liège à leur sort en s’en éloignant de 50 km, qu’il y a eu peu ou pas de destructions de ponts et de tunnels entre Liège et l’Allemagne et encore moins entre Liège et la frontière française. L’armée belge s’est retirée sous Anvers. Elle ne s’est jamais mise, toute entière, en travers de la route de l’envahisseur.
Après quelques combats, le 5 août, dont 5 sur 6 s’étaient terminés par la victoire des troupes belges, la 3e division quitte la rive droite de la Meuse dès le 6 ( !), sur l’ordre (donné le 6 à 7h30) du général Leman, impressionné par l’arrivée de l’ennemi à quelques mètres de son quartier-général.

L’état-major français, et la plupart des spécialistes militaires européens, n’envisagent pas que l’armée allemande, violant la neutralité belge, se déploie sur la rive gauche de la Meuse. La question avait été largement évoquée dans la presse militaire européenne. Dans cette espérance, le haut-commandement belge concentre l’armée à 50 km à l’Ouest de la Meuse et abandonne les forts à eux-mêmes. Il espère rester spectateur du mouvement des armées allemandes descendant vers la France à travers les provinces de Liège, de Namur et de Luxembourg.


Mais au mois d’août 1914, qui peut imaginer l’issue de cette guerre que l’on envisage courte ?
La Belgique doit sauver l’honneur, vis-à-vis de la France et de l’Angleterre, et doser une résistance mesurée face à l’Allemagne. Ainsi, elle ménage l’avenir quel que soit le vainqueur…

On lit encore ici ou là, que les forts de Liège défendus par l’armée belge ont retardé de quatre à cinq jours, plus, prétendent certains, le plan d’invasion allemand en 1914 et donc permis le « miracle de la Marne ». Qu’en est-il réellement ?

La mobilisation générale commence le 2 août en France comme en Allemagne.
Une armée de temps de guerre n’est pas disponible à l’instant. Elle se forme en deux temps :

• la mobilisation : les réservistes rejoignent leurs casernes (par train) ; là, on doit les habiller, les équiper et former les régiments. Il faut réquisitionner chevaux et véhicules puis les répartir entre toutes les unités. De même pour les munitions, les fourgons, les canons, tout le matériel d’une armée moderne.
• la concentration : il faut diriger soldats, officiers et matériel, par chemin de fer (qui a ses limites dans le débit des voies) vers les zones de formation des divisions, corps d’armées et armées (dans le cas allemand, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est). Les états-majors de tous niveaux doivent se former.

Toutes ces opérations demandent un certain temps qui a été évalué par les états-majors ! Quand ces deux phases sont terminées, alors, seulement, les armées peuvent se mettre en marche.
Le maréchal Joffre écrit dans ses mémoires: "le 14 août était précisément la date à laquelle, d'après des calculs précis, le déploiement stratégique des Allemands sur leur base devait être terminé...si donc notre propre concentration était elle-même terminée à cette date, il n’y aurait pas à craindre à être devancés par l’ennemi ». Effectivement, les concentrations des armées françaises et allemandes se déroulent comme prévu.

Voici donc le premier démenti opposé au prétendu retard infligé par l’armée belge à l’armée allemande à Liège. En voici d’autres.
Le général von Kluck (Ière Armée) signale que ses débarquements se terminent le 14 comme il l’avait prévu. Il n’attend pas et se met en marche le 13. Le jour suivant il est sur la Meuse, nullement arrêté par les derniers forts belges, encore défendus mais qui ne sont plus en mesure d’utiliser leur artillerie car ils agonisent sous les bombardements. (La marche sur Paris 1914, Général von Kluck, Payot, 1931) La zone de passage de la Ière armée était, en partie, sous le feu de trois forts : Pontisse bombardé par le 420 depuis la veille, Barchon avait capitulé le 8 et le fort de Liers, incapable d’agir et qui capitulera le 14. La zone proche de la frontière hollandaise était hors de portée de l’artillerie de ces trois forts.

Pourquoi l'armée belge ne se positionne-t-elle pas sur la Meuse ?
C’est ce que demandait le général Joffre au roi Albert, dès le 7 août : « (L’armée belge) pourrait se porter sur la Meuse, en disputer les passages et gagner ainsi un temps précieux pour la coopération alliée. Si cette coopération pouvait se réaliser en temps utile, l’armée belge saisirait l’occasion favorable pour attaquer en flanc les colonnes ennemies défilant devant elle pour aller à la bataille contre les forces franco-britanniques. Dans le cas où la disproportion des forces ne permettrait pas de conserver cette attitude, l’armée belge aurait à battre en retraite sur Namur et à venir se lier au flanc gauche des armées franco-anglaises. »
Dans une lettre datée du 11 août adressée par le roi des Belges au président de la République française, le souverain se déclare entièrement d’accord avec la demande du généralissime de placer son armée à la gauche des forces alliées, à condition de n’être pas coupé d’Anvers ; c’est un refus diplomatique… Le roi n’a pas répondu à la demande de défendre le passage de la Meuse avec l’armée de campagne.

Si les 100.000 hommes de l’armée belge avaient défendu la rive gauche de la Meuse, à Liège, effectivement, un retard important aurait été causé à l’aile marchante de l’armée allemande obligée d’y livrer une importante bataille avant de pouvoir avancer vers la France. Ce passage du livre du général von Kluck vient étayer cette hypothèse: il écrit après la chute du fort de Pontisse : « Dès lors, il allait être singulièrement facile à la Ière armée (…) de déboucher du défilé d’Aix-la-Chapelle, Visé, Herstal. Les choses se seraient passées autrement si l’armée belge avait réussi, ou si sa tâche avait consisté à résister, avec toutes ses forces réunies, à la progression des Ière et IIe armées, et si s’appuyant sur Liège, Huy, Namur, elle avait fourni une vigoureuse défense pour empêcher l’enlèvement de la ligne des forts. Une perte de temps désastreuse aurait pu ainsi être occasionnée aux armées allemandes de l’aile droite. »
Le texte de cette citation est repris par le lieutenant-colonel (belge) Requette, qui dans la Revue Belge d’octobre 1931 conclut ainsi un article intitulé « Pouvions-nous défendre la Meuse en 1914 ? »: « Nous croyons fermement que, en août 1914, notre armée, malgré sa faiblesse, aurait dû prendre position sur la Meuse. La défense de ce fleuve permettait, avec des risques réduits, d’espérer des résultats considérables qui auraient encore grandi la gloire de la Belgique dans le monde, et rendu au pays et à la civilisation, le service le plus éminent. »
Le choc avec les Ière et IIe armées allemandes se serait produit vers le 13 mais les troupes françaises et anglaises auraient pu rapidement intervenir sur le champ de bataille car la Belgique avait un excellent et très dense réseau ferroviaire.
Le manque de combativité face à l’envahisseur s’explique, en premier lieu par le fait que le roi veut conserver, envers et contre tout, une armée intacte car il estime que sans elle, la Belgique n’existera plus au lendemain de la guerre.
En second lieu, que la Belgique va peut-être devoir traiter dans quelques semaines avec une Allemagne victorieuse.
En troisième lieu, est-ce le rôle de la Belgique neutre de se sacrifier pour un garant, alors qu’elle en attend les secours ? Cependant, elle doit aussi aider l’armée du garant à lui porter secours…

Voici les durées de résistance des forts de Liège.
Les Allemands n'avaient pas prévu assez d'artillerie et attaquent les forts les uns après les autres. La majorité des forts ont succombé sous le 210 mm.

http://images.mesdiscussions.net/pages1 ... eLiege.jpg[img]http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages
/9553/chutedesfortsdeLiege.jpg[/img]

« On tirera de ce tableau quelques conclusions importantes :

• Aucun fort n’est pris d’assaut, on laisse à l’artillerie la tâche de faire tomber les forts.

• L’attaque brusquée par bombardement, forme adoptée par les Allemands à partir du 8, est menée sans désemparer, avec rapidité, suite et méthode, par concentrations successives et massives sur un fort, puis sur un autre, ce qui produit le résultat en 8 jours, avec assez peu d’artillerie lourde. Cette artillerie n’est pas contrebattue, et peut donc se livrer avec tranquillité à sa besogne d’écrasement.

• L’artillerie des forts n’a plus ses observateurs terrestres à l’extérieur ; elle n’a pas d’observateurs aériens. Elle ne peut donc tirer qu'en aveugle ; les forts reçoivent les coups sans pouvoir les rendre à bon escient.

• Aux yeux de tous, il est évident que les forts ne seront pas secourus. Ils tomberont donc « un peu plus tôt, un peu plus tard », pensée prompte à accélérer les redditions, même lorsque les moyens de défense rapprochés ne sont pas tous détruits.

• L’examen détaillé des ouvrages permet d’affirmer que les gros obus n’ont pas eu sur les cuirassements l’effet terrible qu’on leur a attribué. »
(Une légende : la faillite de la fortification permanente pendant la Grande Guerre, Revue Militaire Suisse, n° 69, 1923)

Dès le 7 août, le bourgmestre de Liège, (Kleyer) « fait demander la reddition des forts.» (Carnets des officiers d'ordonnance du roi Albert I (1914-1918) Archives de l’Etat (Belgique), disponibles en ligne)
Le 14 août, des officiers du IIe bataillon du 11e de ligne qui a combattu à Liège donnent « leurs impressions sur la valeur de nos soldats : peu de résistance au feu, pas d’obéissance, (…) débandade des soldats des dernières classes. (…) Influence néfaste de la population civile sur la marche des colonnes dans Liège. L’artillerie de campagne n’a pas donné sauf la IIe brigade vers Evegnée. Les troupes ont été soumises à des marches et des contre-marches dans Liège. L’Etat-Major de la position n’était pas organisé : manque d’ordres précis.» (Carnets des officiers d'ordonnance du roi Albert I (1914-1918) Archives de l’Etat (Belgique), disponibles en ligne)

Je tiens une étude complète à la disposition des amateurs (Liège, Namur, Anvers)
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Belgique : le mythe de la résistance à Liège !

Message par BRH » Mardi 12 Août 2014 20:36:21

Il me semble que l'exposé d'Haudromont est très précis et peu suspect de subjectivité. On voit très bien sur les cartes l'armée belge, regroupée en avant de Bruxelles, mais bien en retrait par rapport à la Meuse.


Le souhait du roi de demeurer inflexible sur la "neutralité" était évidemment une sottise. Il est sans-doute regrettable que Joffre n'ait pas délégué un adjoint auprès du roi pour mieux coordonner deux armées a priori alliées (mais le GQG français avait certainement des informations sur l'attitude politique du roi)...


Car justement, il apparaît que le roi ne voulait pas d'une alliance, attitude qui perdurera durant tout le conflit et qui aura sans-doute une influence jusqu'en 1940 !


http://www.carto1418.fr/anim-concentration-mini.php
bernard plumier a écrit :
Le repli se passe d'ailleurs en deux temps avec des combats retardateurs bien conçus (bataille de Haelen). Les atermoiements de l'état-major Français à envoyer des troupes de manière conséquente et rapide sur la Meuse ("Lanrezac a-t-il sauvé la France ?"...) et à comprendre que c'était là que le coup d'estoc devait être porté dans le flanc ennemi ne laissaient pas d'autre choix à la petite et relativement neuve armée de campagne Belge qui se serait faite décimer sur la Meuse face aux innombrables régiments Allemands.



La bataille de Haelen (bataille des casques d'argent) n'est qu'une rencontre de cavalerie. Les cavaliers et cyclistes belges dirigent leurs feux sur la cavalerie allemande qui les charge à l'ancienne. Il lui en cuira. Du 3 au 8 août, l'armée belge pouvait se concentrer tout entière sur la Meuse, de la frontière avec les Pays-Bas, jusqu'à Namur. Si cette option avait été retenue, il n'est pas douteux que Joffre aurait fait en sorte de sécuriser le flanc des Belges, en installant Lanrezac derrière la Meuse, de Namur à Givet.

Cette option n'a pas été retenue par le roi des Belges. Il y avait à cela une raison politique très forte, comme l'a soulignée Haudromont : la neutralité devait être appliquée jusqu'au bout, ce qui impliquait de considérer la France et l'Angleterre en tant que garants, au mieux comme des co-belligérants et non comme des alliés. Il est largement temps de le dire et de balayer les mythes...

Bref, une nouvelle histoire belge que je n'avais pas imaginée... :P

Mais -en somme- venant d'un Saxe-Cobourg, il n'y avait rien là que de très normal (comme certains socialistes beles le dénonçaient, d'ailleurs !).


Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Belgique : le mythe de la résistance à Liège !

Message par BRH » Mercredi 13 Août 2014 10:05:46

Le point de vue officiel belge est résumé ici :

http://horizon14-18.eu/wa_files/belgique-inva14.pdf
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