Guillaume II perd la 1ère guerre mondiale, dès le 4/8/14 !

1ère guerre mondiale et ses conséquences, jusqu'à la Grande Crise.

Guillaume II perd la 1ère guerre mondiale, dès le 4/8/14 !

Message par BRH » Samedi 30 Juin 2012 11:21:52

On s'imagine que la guerre entre l'Angleterre et l'Allemagne était automatique, en cas d'agression de cette dernière contre la France. En réalité, il n'en était rien. Si les accords de 1904 censés entériner l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre avaient mis fin aux contentieux franco-anglais, ils n'entraînaient pas pour autant une alliance militaire. Ainsi, la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France du 3 août 1914 n'eut aucune conséquence quant à la position de neutralité de l'Angleterre dans le conflit.

Le 2 août, à 19 heures, l'ambassadeur Von Below se présente chez le ministre des affaires étrangères belge, Davignon et lui remet une note l'informant de l'entrée prochaine des troupes allemandes en Belgique. Le gouvernement belge a 12 heures pour répondre à la demande de l'Allemagne exigeant le libre passage de ses troupes en territoire belge pour faire face au soi-disant projet d'attaque de la France par la vallée de la Meuse.

Le 3 août, à 2 h 30, la réponse belge est communiquée à Von Below : la Belgique repoussera, par tous les moyens, les attaques à son droit. Ce même jour, vers 19 heures, l'ambassadeur allemand Von Schoen, reçu par le président du conseil Viviani, lui remet la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France.

Après un discours de Sir Grey aux Communes, l'Angleterre adresse un ultimatum à l'Allemagne à 23 heures, heure anglaise, lui enjoignant de garantir la neutralité de la Belgique sous 24 heures.

Le 4 août, l'Allemagne déclare la guerre à la Belgique à 8 h 30. Et après 9 h, les forces allemandes pénètrent en Belgique à Gemmerich.


Télégramme de Sir Edward Grey à Sir E. Goschen, du 4 août 1914

"Nous apprenons que l'Allemagne a adressé au ministre des affaires étrangères belge une note lui déclarant que le Gouvernement allemand se trouvera obligé de mettre à exécution, au besoin par la force, les mesures qu'il juge indispensables.


"Nous apprenons également que la neutralité du territoire belge a été violée à Gemmerich.

"Dans ces conditions, et vu que l'Allemagne a refusé de nous fournir, au sujet de la Belgique, les mêmes assurances que celles données la semaine dernière par la France en réponse à notre demande faite simultanément à Berlin et à Paris, nous sommes obligés de réitérer ladite demande et d'exiger qu'il lui soit fait une réponse satisfaisante. qui devra nous être parvenue ici ce soir avant minuit.

"Dans le cas contraire, vous demanderez vos passeports et déclarerez que le Gouvernement de Sa Majesté Britannique se voit dans l'obligation de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour sauvegarder la neutralité de la Belgique et faire respecter un traité auquel l'Allemagne aussi bien que l'Angleterre a souscrit."
(Livre bleu, 191 1914, n° 159).

Dans l'après-midi, le chancelier Bethmann-Holweig reçoit l'ambassadeur Goschen : "C'est une chose impensable que de faire la guerre à une nation soeur. C'est attaquer un homme par derrière tandis qu'il se défend contre deux assaillants. L'Angleterre sera responsable des évènements tragiques qui vont suivre et tout cela pour un mot : neutralité. Pour un chiffon de papier!".

Mais l'ambassadeur britannique reste impassible. En accord avec le Kaiser, le chancelier aurait pu encore modifier la donne, renoncer à envahir la Belgique et donner un cours différent à la Grande Guerre. Le Kaiser en avait eu la vélléité le 1er août.

Ce jour-là, après l'ordre de mobilisation générale publié à 17 heures, le général Von Moltke avait été rappelé au palais pour y retrouver le Kaiser, le chancelier, le ministre de la guerre et plusieurs personnalités. Tous étaient dans un inconcevable énervement. Une dépêche de l'ambassadeur à Londres (le prince Lichnovsky) venait d'arriver, affirmant que Grey se serait engagé à garantir la neutralité française si l'Allemagne renonçait à tout acte d'hostilité envers la France. Guillaume II voit là un coup du destin, l'occasion d'éviter la guerre sur deux fronts. "Marchons carrément avec toute l'armée vers l'est", propose-t-il à Moltke.

Celui-ci blêmit et réplique que c'est impossible, que l'immense machinerie nécessaire à l'exécution du plan Schlieffen est déjà en marche. Mais le Kaiser insiste. "Si Votre Majesté persiste à conduire à l'Est toutes les forces allemandes, nous ne disposerons plus que de bandes désordonnées d'hommes armés sans ravitaillement, au lieu de troupes prêtes à combattre. D'ailleurs, la France est en pleine mobilisation et personne, même l'Angleterre, ne l'empêchera de se ruer sur l'Allemagne ! Guillaume II insiste encore : "Votre oncle m'aurait répondu autrement". Il finit par s'incliner, mais insiste pour que l'on télégraphie à George V : la mobilisation est trop avancée pour être décommandée, mais il s'engage à ne rien faire contre la France si elle se tient tranquille sous le contrôle de l'Angleterre.

Le Kaiser va encore plus loin : de sa propre autorité, il envoie à la 16ème division qui s'apprête à rentrer au Luxembourg l'ordre d'arrêter son mouvement. Le généralissime proteste, indique qu'il a absolument besoin de mettre la main sur le réseau ferré luxembourgeois dès les 1er jours. Guillaume II, enragé, ne veut rien savoir et maintient ses ordres. Moltke doit se retirer. Anéanti, il regagne son bureau, le colonel Tappen sur ses talons avec la dépêche du Kaiser à la 16ème division pour être contresignée. Il s'y refuse. Et sombre dans une inertie totale jusqu'à ce qu'il soit rappelé au palais à 23 heures.

Le Kaiser vient de recevoir la réponse de George V : aucune mesure ou garantie n'a été proposée par l'Angleterre ! L'ambassadeur allemand a surinterprété les allusions à la situation. Dépité, Guillaume II renonce à sa grandiose volte-face. En un sens, il perd ainsi la guerre, la violation nécessaire au plan Schlieffen de la neutralité belge ne pouvant qu'entraîner la guerre avec l'Angleterre. L'empereur allemand aurait pu encore infléchir la marche de l'histoire au reçu de l'ultimatum anglais et remettre son projet sur la table : c'était stratégiquement tentant ; rester sur la défensive sur le front français, mettre la France en position d'agresseur et régler son compte à la Russie avec l'essentiel des forces allemandes et austro-hongroises. Il n'est pas douteux que la russie n'aurait pas pu résister face à de tels effectifs. Son sort aurait été scellé avant la fin de l'année...
Tant que les Français constitueront une nation, ils se souviendront de mon nom !

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Re: Guillaume II perd la 1ère guerre mondiale, dès le 4/8/14

Message par BRH » Dimanche 16 Septembre 2012 09:50:21

Un article de François Delpla qui va dans le même sens :

¬En divulguant dès 1923 ces débats qu’on retrouvera en 1940, Churchill montre sa francophilie en même temps qu’il en dessine les limites. L’Alsace-Lorraine est, avant 1914, une propriété allemande reconnue par tous les hommes politiques britanniques. On ne veut outre-Manche qu’impressionner l’Allemagne, pour réduire ses appétits. Et Churchill est peu convaincant lorsqu’il cherche à disculper son pays de l’accusation d’avoir piégé l’Allemagne à la veille de la guerre, en ne l’avertissant pas clairement qu’elle s’apprêtait à y participer. L’opinion, écrit-il, ne l’aurait pas compris et le cabinet se serait déchiré. En cette année 1923 qui voit l’irruption de Hitler dans la vie politique allemande, quelqu’un suggère à Londres que si l’Allemagne se tourne vers l’est l’Angleterre ne fera pas grand-chose pour la retenir :

Au début de la guerre, l’Allemagne avait le choix entre une stratégie prudente et une stratégie audacieuse. Elle pouvait soit, comme elle le fit, tomber sur la France avec le gros de ses forces et contenir pendant ce temps-là la Russie ; soit tomber sur la Russie avec de grandes forces et se tenir sur la défensive avec la France. Si elle avait pris le second parti, elle aurait dit à la France et à l’Europe :"C’est une querelle orientale. Nous sommes en train de sauver notre allié autrichien de la Russie. Nous n’avons pas de querelle avec la France, nous n’avons pas l’intention d’envahir son territoire. À moins que vous ne nous attaquiez vous-même, nous ne vous toucherons point. Quant à la Belgique, elle est sacrée pour nous." Le gouvernement allemand en aurait alors appelé à l’Angleterre pour aider à localiser la lutte, un effort de bonne volonté aurait sans doute été déployé dans ce but. Par conséquent, la France aurait eu à choisir entre abandonner son alliée ou envahir seule de sang-froid l’Allemagne. Ni la Belgique ni l’Angleterre ne seraient entrées en guerre. À l’hiver les armées russes auraient été taillées en pièces à l’est, et la France arrêtée par les retranchements et les fils de fer barbelés sur le sol allemand à l’ouest.

Si donc l’Allemagne avait commencé par attaquer vers l’est, la Grande-Bretagne ne serait pas intervenue, du moins en temps utile :

La France aurait donc paru être l’agresseur qui avait fait un traité avec la Russie pour récupérer ses provinces perdues, qui, en raison de ce traité, avait envahi l’Allemagne, et avait été arrêtée par les défenseurs du Vaterland. D’autre part, du moment que la Russie était battue, des forces considérables allemandes pouvaient être ramenées pour s’avancer vers la France. Et si, au second stade, les Allemands avaient pris le parti de violer la neutralité de la Belgique, la Grande-Bretagne, si jamais elle était intervenue, l’aurait fait divisée et trop tard. Toutes ces terribles considérations politiques ou stratégiques étaient présentes à l’esprit du Ministère britannique et M. Lloyd George, en particulier, ne voulut jamais croire, jusqu’à ce que l’invasion en masse de la Belgique fût un fait accompli, que les Allemands seraient assez fous pour les ignorer.

Ce livre comporte une préfiguration encore plus directe du problème posé par l’Allemagne hitlérienne. Avant de donner le coup décisif, le gouvernement allemand a sondé personnellement Winston Churchill. Le 24 juillet 1914, le diplomate Ballin, au cours d’un dîner, lui avait fait d’étranges suggestions :

"Supposez que nous ayons à entrer en guerre avec la Russie et la France ; supposez, d’autre part, que nous battions la France mais ne lui enlevions pas, en Europe, un pouce de son territoire, seulement quelques colonies pour nous indemniser. Cela changerait-il quelque chose à l’attitude de l’Angleterre ? Supposez que nous vous donnions une garantie au préalable." Je m’en tins à ma formule que l’Angleterre jugerait des événements à mesure qu’ils naîtraient, et que ce serait une erreur d’admettre qu’elle se tiendrait à l’écart quoi qu’il advînt.

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=517
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