Le 24, s'est déroulée la bataille de Maloiaroslavetz :
Le 24 octobre, de très bonne heure, après une marche de nuit exténuante, le corps de Doctoroff parvient en vue de Malo-Iaroslavetz ; dès 5 heures du matin, avec 8 bataillons de chasseurs, il déloge les 2 bions français jetés dans la ville la veille au soir. Delzons se hâte de passer le pont, de gravir les hauteurs sous la mitraille russe et de pénétrer baïonnettes baissées dans la ville ; il parvient à en chasser l’ennemi. Doctoroff qui a maintenant sous la main 12 000 hommes, n’entend pas renoncer et se précipite dans la ville par toutes ses issues.
Delzons, avec moins de 5 000 hommes, plie sous le nombre. Il prend le temps de jeter une centaine de défenseurs dans l’église et rameute son monde l’épée à la main ; déjà, il a cédé la moitié de la ville aux Russes quand il prononce une contre-attaque : c’est alors qu’il tombe, frappé de plusieurs balles ; son frère se précipite pour le couvrir de son corps et l’arracher des mains de l’ennemi quand il s’écroule à son tour, atteint de plusieurs coups de feu. Ce qui reste de cette division reflue et va être précipiter dans la Lougéa quand le général Guilleminot (chef d’état-major de’Eugène) accourt au galop, suivi de la dion Broussier.
Cette nouvelle troupe renouvelle la charge de Delzons avec autant de vaillance et refoule à son tour les Russes en–dehors de la ville malgré un feu épouvantable. Les baïonnettes font place nette. La dion Pino qui s’est déployée en arrière va s’engager à son tour, emmenée par Eugène en personne, afin de balayer définitivement les Russes du plateau qui surplombe Malo-Iaroslavetz et assurer ainsi un débouché définitif à la Grande Armée. Il est un peu plus de midi, quand surgit le corps Rajewski qui court plus qu’il ne marche au bruit de la canonnade. Eugène n’en est pas ému quand il aperçoit de loin les masses profondes de toute l’armée russe ; Il suspend le mouvement de la dion Pino pour faire face à une éventuelle tentative d’enveloppement.
Cependant, les Russes ne paraissent pas y songer et, tous ensemble, compagnies décimées de Doctoroff et soldats pleins d’ardeur de Rajewski, se jettent avec fureur dans la ville. Les Français tiennent ferme quoique l’ennemi alignent plus de 24 000 hommes contre 10 000 à peine. La ville, bombardée, incendiée, est prise et reprise six fois !
Une dernière fois, les Russes repartent à l’assaut et refoulent tout sur leur passage. Alors, la dion Pino, survenant par la gauche de la ville, parvient à refouler les masses de l’infanterie russe… Le corps de Rajewski, rameuté, se précipite sur les Italiens à la baïonnette, pensant n’en faire qu’une bouchée. Mais les Italiens du général Pino entendent faire honneur à leur Nation : ils tiennent bon, jusqu’à ce que –noyés par le nombre- il soient sur le point de lâcher pied. Eugène lance alors les chasseurs de la Garde Italienne pour les soulager et Malo-Iaroslavetz est définitivement conquise. Ce résultat est dû en partie à la centaine de défenseurs jetés par Delzons dans l’église au début de la bataille : dès que les colonnes russes dépassent cet édifice, elles sont surprises à chaque fois d’être fusillées dans leur dos ; à la fin de la journée, il ne restera plus qu’une trentaine de ces braves.
Cependant, si le jour baisse, rien ne dit que la bataille soit terminée, car toute l’armée russe accourt et semble devoir écraser le Vice-Roi qui envoie courrier sur courrier pour alerter son beau-père. L’empereur survient enfin avec les dions Compans et Gérard du corps de Davout ; celles-ci se déploient de part et d’autre de la ville et rendent un succès des Russes problèmatique. Les cris de « Vive l’empereur » deviennent formidables. Les généraux russes décèlent sa présence au travers de leur lunette et renoncent alors à la lutte en se retirant d’une lieue en arrière. Que faisait donc Napoléon pour arriver si tard ?
La veille de la bataille (23 octobre), Napoléon s’est établi à Borowsk. Ségur indique qu’il y fut informé de l’occupation de Malo-Iaroslavetz par Delzons et de ce que la route de Kalouga était vide d’ennemis, ; alors, l’empereur aurait voulu assurer ce succès par sa présence, allant jusqu’à donner l’ordre à sa maison d’y marcher. Si c’est le cas, il n’en demeure pas moins que cet ordre a été rapporté : ses aides de camp ayant fait probablement valoir le danger d’être enlevé par un « hourra » de cosaques.
Ce qui est certain, c’est qu’il passe la soirée dans les environs de Borowsk, du côté où il suppose Koutousov, examinant le terrain comme s’il était destiné à devenir un champ de bataille. Le lendemain, quand Napoléon apprend que les Russes disputent à Delzons la possession de Malo-Iaroslavetz, il ne s’en émeut guère et sort de Borowsk tardivement sans se hâter. Alors, le bruit du combat très vif lui parvient ; aussitôt, il galope pour se placer sur une hauteur et il écoute, inquiet, tout en scrutant l’horizon :
« Les Russes m’ont-ils donc prévenu ? La manœuvre est-elle manquée ? N’ai-je point mis assez de rapidité dans notre marche, pour dépasser le flanc gauche de Koutousov ? »
Il tend l’oreille et s’informe de la marche du reste de l’armée :
« C’est donc une bataille ! » N’y tenant plus, il s’élance sur la route qui conduit à la ville chèrement disputée à cette heure, rattrape le corps de Davout et presse le maréchal d’entraîner ses deux dions de tête. Cet effort –trop tardif- a le mérite d’impressionner les Russes qui abandonnent le champ de bataille. Une bande de Cosaques (ceux de Twer) manque de prendre un de ses officiers de sa suite à peu de distance du cortège impérial…
Napoléon se retire dans une cabane de tisserand, située sur le bord du ruisseau de Gorodnia et passe les premières heures de la nuit à recevoir rapports et nouvelles. Du récit de la bataille qui lui est fait, il résulte que plus de 4000 hommes ont été mis hors de combat pour une perte de 6000 russes. Il en ressort également que Delzons ayant pris position sur le plateau au-delà de Malo-Iaroslavetz, il aurait été soutenu par Eugène en arrière, et ainsi qu’il aurait immanquablement empêché le mouvement des Russes, jusqu’à ce que l’empereur accouru sur ce point, trouve le moyen d’accabler Doctoroff et Rajewski, contraignant Koutousov à le laisser passer sous peine d’être détruit en détail !
A onze heures du soir, Bessières fait son apparition et Napoléon l’envoit immédiatement reconnaître la position de l’ennemi. A son retour, ce brillant cavalier assure que le front des Russes est inattaquable :
« Trois cents grenadiers suffiraient là pour arrêter une division ». On voit alors l’empereur croiser les bras et baisser la tête, signe de sa préoccupation, et bientôt, livrer à tous d’amères réflexions :
« Mon armée est victorieuse, et je suis vaincu ! La route est coupée, ma manœuvre déjouée ; Koutousov ! un vieillard ! un Scythe ! m’a prévenu… Et je ne peux accuser mon étoile ! Le soleil de France ne semble-t-il pas m’avoir suivi en Russie ? Hier, encore, la route de Malo-Iaroslavetz n’était-elle pas libre ? Ma fortune ne m’a pas manqué ; c’est donc moi qui ai manqué à ma fortune ! »
Ce monologue pathétique (rapporté par Ségur) explique bien des choses et notamment l’espèce de dépression dans laquelle va sombrer l’empereur : perdu dans cet abyme de pensées désolantes, il n’a pas la force de se ressaisir. S’il veut prendre quelque repos, une brûlante insomnie l’empêche de retrouver le calme présidant aux grandes décisions. Qu’importe ! Le lendemain matin, il décide de se rendre compte par lui-même, puisqu’après tout, les Russes se sont retirés.
Le voilà qui s’avance imprudemment vers la ville, entouré seulement de quelques officiers, négligeant l’avis de ceux qui croient avoir aperçu des cosaques. Ce sont eux en effet qui entourent bientôt le petit groupe : Napoléon, Berthier, Caulaincourt mettent l’épée à la main ; Rapp, au 1er rang, est bientôt couvert de sang, son cheval est tué d’un coup de lance… L’escadron de service arrive enfin au triple-galop, mais cela ne suffit pas car le nombre de cosaques s’accroît sans cesse. Alertés, les escadrons de la Garde surviennent à leur tour et dégagent le groupe impérial sur le point de succomber. Mais ce n’est pas encore suffisant, il faut l’arrivée des troupes d’Eugène pour décourager les cosaques qui semblent avoir reconnu Napoléon. Il paraît que c’était Platov et 6 000 de ses meilleures recrues…
L’empereur rit de cette mésaventure et semble retrouver cette fermeté d’esprit indispensable à toute réflexion stratégique : il dépasse Malo-Iaroslavetz pour observer dans sa lunette ses fameuses positions des Russes que Bessières lui a dépeint comme imprenables. Derrière lui, ses officiers murmurent, mais il reste impassible, fixant plus particulièrement deux ou trois points. Enfin, il tourne bride et, laissant Eugène dans cette citée ruinée, revient vers Borowsk suivi de son état-major.
C’est là, dans cette obscure masure de Gorodnia que Murat, Davout, Berthier et Bessières le rejoignent, bientôt suivis par Eugène, car il convient de prendre un parti dont va dépendre l’issue de la campagne et le sort de l’armée !
Faut-il s’obstiner et livrer une seconde bataille pour percer sur Kalouga, ou faut-il se rabattre par la droite afin de gagner la grande route de Smolensk ?
Les positions tenues par les Russes sont-elles aussi formidables que l’a dit Bessières ? Sur ce point, il semble que l’inspection faite par l’empereur l’ait rassuré, contrairement –du reste- à ce qu’il a soutenu à Sainte-Hélène !Evidemment, il faut encore livrer bataille et celle qu’on s’est épargné devant Taroutino, se représente à nouveau. Certes, mais les Russes n’ont guère de temps pour se retrancher dans ces nouvelles positions ; on peut dire que Koutousov n’a pas choisi son terrain. Est-ce que le souci des pertes aurait encore arrêté Napoléon dans sa volonté de livrer enfin une bataille décisive ? C’est ce qu’affirme Thiers qui a soutenu que cette certitude de perdre 20 000 hommes au moins dont plus de 10 000 blessés que l’on aurait été obligé de laisser à la charité des Russes, cette certitude donc aurait été un déchirement du cœur et –pire encore- un grave péril : « car c’était démoraliser le soldat et lui dire que toute blessure équivalait à la mort ».
Pourtant, la réflexion de Napoléon ne peut que l’encourager à persister dans cette pensée de livrer bataille, parce que percer sur Kalouga, c’est aller s’établir victorieusement dans une province fertile ; de plus, c’est rétablir l’ascendant des armes par une victoire. Enfin, c’est installer la Grande Armée dans un pays riche où on ne pourra plus douter de son dévouement, une fois qu’elle aura été abritée et nourrie.
S’il y a un danger de s’affaiblir numériquement, il est largement compensé par un renforcement moral et on ne peut douter qu’un grand capitaine comme Napoléon ne se soit fait ces réflexions. Reste que l’historien ne peut pas toujours rendre compte de l’exact déroulement des faits et que, entre Thiers, Madelin ou Ségur, les versions sont trop différentes pour s’arrêter à une opinion certaine, objective… Nous avons pris le parti de nous en remettre à Ségur qui fut un témoin direct des évènements qui se déroulèrent au cours de ce fameux conseil de guerre tenu le 25 octobre 1812 au soir.
Pour le résumer, on peut relater que le silence de Napoléon au dilemme posé « percer ou revenir sur ses pas » conduisit Murat à s’exprimer le premier en faveur de la bataille, soulignant que la prudence contraignait à se montrer téméraire, quand fuir était dangereux et s’arrêter impossible ; que lui, Murat, se chargerait d’ouvrir la route de Kalouga avec sa cavalerie et celle de la Garde, peu important l’attitude des Russes et leurs bois impénétrables !
Cette vive intervention du Roi de Naples n’aurait pas paru susciter l’approbation impériale, Bessières aurait alors répliqué vertement à Murat, soulignant que pour de pareils efforts, l’élan manquerait, n’insistant que trop sur le trouble de la troupe, convaincue que tout soldat vainqueur mais atteint resterait la proie des vaincus ; que la force reconnue de la position ennemie serait encore doublée par la fureur des recrues russes dont on avait remarquées qu’à peine armées et vêtues, elles étaient venues se faire tuer sans broncher, ni reculer. Cette péroraison de Bessières s’achevant sur le mot retraite, le silence persistant de l’empereur lui aurait donné plus de poids…
C’est alors que Davout, voulant interrompre un silence qui devenait gênant, aurait constaté avec trop de vivacité l’accord d’une majorité pour se retirer, demandant seulement que ce fut par Medouin et Smolensk. Murat l’aurait interrompu en s’étonnant que l’on puisse proposer une si grande imprudence, une telle route inconnue offrant à l’ennemi l’occasion d’attaquer l’armée sur son flanc gauche et qu’à tout prendre, si la retraite était ordonnée, mieux valait prendre la route qui ramenait à Mojaïsk par Borowsk et Vereja. Il paraît qu’à ces mots, Davout étincelant de fureur, aurait souligné que cette route de Medouin qu’il proposait était fertile et qu’elle se résumait à une retraite par le chemin le plus court, quand toute perte de temps devenait mortelle, qu’au surplus, on en interdirait ainsi l’usage à l’ennemi, ce qui –hélas- devait se révéler parfaitement juste !
Présentant Napoléon comme perplexe, agité et tourmenté par des les spectacles contraires que lui présentait sa forte imagination, Thiers assure qu’il s’en serait remis au général Lobau. Ce dernier aurait répondu qu’il fallait sortir immédiatement par le plus court chemin d’un pays où l’on avait séjourné trop longtemps. Cet avis, prononcé avec énergie, aurait achevé d’ébranler l’empereur qui –tout en inclinant vers l’opinion dominante- aurait remis sa décision au lendemain…
Quoiqu’il en soit, le 26 octobre, à cheval de très bonne heure, Napoléon décide de reconnaître une dernière fois la position des Russes, preuve qu’il songe encore à la bataille. Justement, ceux-ci paraissent vouloir se retirer pour adopter une meilleure position. Ses lieutenants, Berthier, Bessières et même Eugène, le pressent de leurs instances pour qu’il décide la retraite, Davout restant silencieux. Tous sont encore incertains sur le parti que va prendre l’empereur quand on apprend que Poniatowski, partant de Vereja d’où il a chassé quelques partisans, vient d’essuyer un échec sur la route de Medouin, en y rencontrant un fort parti composé de troupes légères et de cosaques !
La direction intermédiaire conseillée par Davout étant fermée, on apprend encore qu’une chaude échaffourée s’est produite en arrière à hauteur de Borowsk. Ainsi, tous ces indices laissent plutôt penser que les Russes –loin de se retirer- paraissent vouloir envelopper l’armée. Alors, Napoléon, vaincu par les sollicitations de ses lieutenants et ces dernières nouvelles, se décide à ordonner la retraite par Vereja et Mojaïsk !
Or, presque au même moment, malgré les vœux ardents de ses lieutenants et de toute son armée, Koutousov venait de donner l’ordre itératif de se replier sur la position de Gonzerowo, abusé par les derniers coups de canons tirés par Davout chargé de l’arrière-garde ! Le témoignage du major Wilson, anglais détaché auprès du généralissime russe, est indéniable ; il raconte comment il soupire d’aise à la pensée que Koutousov se prépare au combat ultime, bien que la position des Russes si forte qu’elle soit, est mauvaise, adossée à un ravin fangeux que seul un pont branlant permet de franchir. Dès qu’il apprend la retraite projetée, il se précipite, furieux, chez le vieux chef, mais ses efforts sont inutiles et non seulement Koutousov entend se retirer vers Gonzerowo, mais encore plus loin vers le sud, au-delà de Kalouga, derrière la rivière Okra, dont le passage est préparé, comme les officiers de l’état-major l’assurent la mort dans l’âme au bouillant britannique !
Ainsi, pour avoir été trop matinal dans sa dernière inspection, Napoléon n ‘a pu apercevoir que les prémices d’une retraite qu’il aurait pu transformer en déroute, s’il avait lancé sa cavlerie sur cette foule armée que Wilson dépeint comme se transformant à mesure en une cohue désordonnée ! Véritablement, le destin semble avoir hésité jusqu’au bout en ce triste lieu de Malo-Iaroslavetz.
Hélas, c’est Napoléon, c’est sa malheureuse armée, La France elle-même qui vont être frappés par la fatalité et de quelle façon ! Comme l’a écrit Louis Madelin : « de ce moment où Napoléon s’est donné l’apparence de craindre, pour la première fois la bataille, cet esprit, jadis si ferme, a perdu cette maîtrise des opérations et des évènements qu’il ne devait plus guère retrouver ! »
L’erreur est humaine et Napoléon, comme tout autre, n’en était pas exempt. Certains historiens ont minimisé l’épisode de Malo-Iaroslavetz, considérant que la Grande Armée n’en aurait pas moins été atteinte par le froid et la disette en gagnant le sud par Kalouga. Cette opinion paraît spécieuse, car si la Grande Armée naturellement aurait bien tout autant souffert du froid, elle se serait, du moins, convenablement ravitaillée et aurait ainsi échappé à la famine, cause essentielle de sa ruine, comme on le verra. Sans compter que Koutousov, hors de cause, n’aurait pu la harceler comme il le fit…
Le 25, les deux armées sont restées en présence :
« Le 25, l’Empereur se trouva à Malojaroslavets avec toute l’armée, rangée en bataille sur le même terrain d’où le vice-roi avait, la veille, si glorieusement repoussé les russes. Quel tableau déchirant y frappait nos yeux ! Les coteaux et les ravins du champ de bataille étaient jonchés de cadavres et de mourants ; la ville entièrement dévorée par le feu ; le passage des rues obstrué de morts et de moribonds ; au milieu des ruines on voyait errer une foule de blessés couverts de sang, cherchant en vain du secours, on en voyait d’autres couchés ou se traînant ensanglantés dans la boue et poussant d’effroyables gémissements ; il y avait partout, sous les décombres des maisons réduites ne cendres, des cadavres torréfiés, tristes restes des blessés qui n’avaient pu fuir les flammes. »
(Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) » .
C'est le 26 octobre que commence réellement la trop fameuse et malheureuse retraite de Russie.
LETTRE du MARECHAL BERTHIER au MARECHAL NEY [sur la BATAILLE de MALOJAROSLAVETS et l'ordre de l'Empereur]
Au bivouac près Malojaroslavets, 26 octobre 1812, 10 h. 1/2 du matin.
Monsieur le maréchal, l'ennemi a évacué son camp retranché. Il a détaché un corps de deux divisions pour occuper Borovsk. Mais ce corps a été prévenu par le vice-roi. L'ennemi, alors, s'est porté sur Malojaroslavets. Le vice-roi est arrivé le 24 au soir aux maisons de ce côté-ci de la rivière, tandis que l’ennemi arrivait et s'emparait des couvents et des hauteurs de l'autre côté. Ce qui a donné lieu à un combat très vif pendant la journée du 25. L'armée ennemie est arrivée et a engagé plusieurs divisions. Le vice-roi seul s'est engagé, soutenu du prince d'Eckmühl. L'ennemi a perdu 7 à 8.000 hommes dans la journée du 25. Le prince d'Eckmühl a débouché et les armées se sont tenues en présence. Ce matin, on s'attendait à une affaire; mais l'ennemi s'est mis en retraite et déjà il est à quelques lieues de la ville. L'intention de l’Empereur est de regagner Viazma par Vereia et Mojaïsk, afin de profiter de ce qui reste de beaux jours, de gagner deux ou trois marches sur la cavalerie légère de l'ennemi qui est très nombreuse, et de prendre enfin des quartiers d'hiver après une campagne si active. Sa Majesté ordonne en conséquence, monsieur le duc, que vous dirigiez sans délai sur Vereia, et de là sur Mojaïsk, sous l'escorte d'une de vos divisions, tous les bagages qui sont à Borovsk, le trésor, le quartier- général de l'intendance, les équipages militaires, les parcs de l'artillerie de l'armée. Vous ferez l'arrière-garde de ce convoi avec vos autres divisions et vous laisserez des troupes à Borovsk jusqu'à ce qu'elles soient relevées par la division Morand. De Vereia vous vous dirigerez sur Mojaïsk de manière à arriver avec le convoi demain. Vous trouverez à Vereia le prince Poniatowski et le duc de Trévise. Le prince Poniatowski recevra des ordres pour son mouvement; mais il aura déjà fait filer ses bagages sur Mojaïsk. L'Empereur sera ce soir entre Vereia et Borovsk. Le vice-roi sera vraisemblablement à Borovsk. Le prince d'Eckmühl marchera en retraite cette nuit pour être dans la journée de demain à Borovsk.
Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.38-39).
_________________ "Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."
Napoléon.
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