L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 21 Fév 2011 10:01 
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"Le 15 mars 1951, à Ascot en Angleterre, le baron Eugène de Veauce faisait l'acquisition d'un masque mortuaire de Napoléon lors de la vente publique organisée par sir Archibald Weigall. Il s'ensuivit une longue enquête, minutieuse, de la part du baron pour démontrer que ce masque-là était l'"archétype" qui avait servi comme modèle à la fabrication et commercialisation des masques de la souscription de 1833, et qui donc seul comprenait le masque facial original de Napoléon moulé le 7 mai 1821 par le docteur Francis Burton. Ce masque est dénommé comme le "masque Burghersh".

Qui étaient Burghersh et Weigall ?
Lord Burghersh s'appelait John Fane, le 11ème Earl de Westmorland. Il était au poste d'ambassadeur britannique au duché de Toscane, basé à Florence, dans les années 1814-1830. Il était marié avec une nièce de Wellington, Priscilla Pole-Wellesley. Lord Burghersh mourut en 1859 et son épouse en 1879. Celle-ci, lors de son séjour en Toscane, s'était liée d'amitié avec Marie-Louise, duchesse de Parme et épouse officielle de Napoléon jusqu'en 1821. Le titre de Earl de Westmorland est passé à Francis Fane, leur fils, qui mourut en 1891. Le fils de celui-ci, Anthony Fane, connut des difficultés financières et dut vendre la maison familiale, Apethorpe Hall, en 1904, et certainement une partie des biens hérités.
La fille ainée de Lord et Lady Burguersh, Rose, s'était mariée avec l'artiste Henry Weigall le 15 août (Saint Napoléon!) 1866, en grande pompe à l'abbaye de Westminster. Lady Rose Weigall mourut en 1921 et son époux en 1925, tous deux à un âge très avancé. Leur 5ème fils, Archibald, s'était marié en 1910 avec une riche héritière, divorcée, avec qui il eut un seul enfant, une fille nommée Priscilla comme son arrière-grand-mère, la nièce de Wellington. Sir Archibald mourut le 4 juin 1952, soit une année après la vente de ses collections, et son épouse l'avait précédé au tombeau en 1950. Leur fille unique s'était mariée en 1935 avec Edward Curzon (pas de lien direct avec Lord Curzon, le collectionneur napoléonien).

Quelle est la théorie du baron de Veauce ?
Le baron de Veauce exprima en détails sa théorie sur le masque Burghersh en 1957 dans son célèbre ouvrage L'affaire du masque de Napoléon. Tout d'abord il convient de situer cette théorie dans le contexte de son époque. En 1925, l'Allemand Kircheisen avait tenté de démontrer que le masque Antommarchi était issu d'un remodelage à partir de plusieurs morceaux: il croyait que le moulage négatif de la tête de Napoléon s'était brisé, par accident, et que l'on avait tenté de reconstruire le masque mortuaire, positif, tant bien que mal, mais en se trompant sur certaines proportions. C'est ce qui expliquait, selon lui, le refus des phrénologistes d'accepter pour véritable le masque Antommarchi à sa sortie en 1833.
La théorie de Kircheisen fut ensuite reprise à partir de 1951 par un autre Allemand, Stadmüller, et précisée de façon cruciale: il expliqua que seule la partie faciale du masque Antommarchi pouvait être authentique, parmi tous les morceaux qu'on avait agencés. Cette position fit quasiment autorité à l'époque. Elle offrait une lecture littérale du livre de 1825 d'Antommarchi, Les derniers moments de Napoléon, qui disait: "Je moulai la figure..." et non "Je moulai la tête..." De plus, le titre du prospectus d'Antommarchi lors de la souscription de 1833 ne disait rien d'autre, à savoir Souscription nationale pour le plâtre original du visage de l'Empereur Napoléon, donc visage et non tête. En quelque sorte, les phrénologistes avaient fait un mauvais procès à Antommarchi qui, bien qu'ayant menti sur de nombreux points, ne mentait pas sur celui-ci: seul le moule du visage était authentique. Les récriminations sur l'invraisemblance des bosses crâniennes du masque Antommarchi avaient donc été inutiles.
Le baron de Veauce a admis cette perspective unanimement acceptée d'un masque Antommarchi en plusieurs morceaux, et ajouta que le moule négatif n'avait pas été détruit par accident mais parce qu'il était nécessaire de le détruire: il expliqua que ce fut une phase nécessaire dans la réalisation du masque par la méthode du "creux perdu", car on doit briser le négatif (d'où son adjectif de "perdu") pour extraire un masque positif qui devient ensuite l'archétype, à savoir le modèle positif à partir duquel on opère toutes les autres copies. Pour Veauce, le masque Burguersh est cet archétype.

Quelles sont les preuves du baron de Veauce?
Il a basé sa théorie sur trois types de démonstrations. Tout d'abord, il procèda à l'élimination des autres masques mortuaires connus, à savoir les masques Arnott, Gilley, Sankey-Boys, Noverraz, ainsi que le masque du musée du RUSI (pour celui-ci, voir article complémentaire en cliquant ici). Nous reviendrons sur ces autres masques, dans de prochains articles, mais disons généralement que le baron de Veauce s'est appuyé tant sur des considérations iconographiques que sur des enquêtes historiques sur ces masques. L'archétype, selon lui, devait être de type Antommarchi, mais la question restait de savoir lequel pouvait prétendre être l'original. A force d'éliminations, il ne restait plus que le masque Burguersh, et il s'efforça de renforcer sa démontration par une seconde approche en produisant un certain nombre de "preuves historiques". Enfin, comme troisième type de preuve, le baron de Veauce fournit des attestations tendant à montrer que le masque Burghersh est bien l'archétype original.

Cet article se focalise sur ces points historiques et les attestations, mais laisse l'argument éventuel de l'iconographie à d'autres personnes mieux qualifiées. Pour connaître les preuves apportées par le baron de Veauce, que nous pourrions plutôt appeler des présomptions, la suite :


LES PREUVES AVANCÉES PAR LE BARON DE VEAUCE




Preuve 1: La relation amicale entre Burghersh et Antommarchi
Selon Veauce, Lord Burghersh avait une relation d'amitié avec Antommarchi avant le départ de celui-ci pour Sainte-Hélène en début 1819. Qu'en est-il?
Lord Burghersh était un diplomate, de la haute aristocratie britannique. Il n'apprit l'existence d'Antommarchi que lorsque celui-ci s'adressa à lui pour obtenir des passeports pour l'Angleterre. Antommarchi lui avait communiqué la lettre du cardinal Fesch le nommant médecin de Napoléon, et y avait associé la lettre reçue du ministre britannique Bathurst confirmant cette mission. Antommarchi, ainsi que d'autres personnes dont deux prêtres, devait se rendre à Sainte-Hélène, en passant par Londres. Des difficultés lui avaient été faites par la police du duché de Toscane où il résidait, mais elles furent aplanies lorsque la mission fut confirmée aux autorités toscanes par l'ambassadeur Lord Burghersh. C'est à cette occasion que ce dernier, dans le simple exercice de ses fonctions, avait croisé le nom d'Antommarchi pour la première fois. Et, comme il devait se rendre auprès de Napoléon, le diplomate mena une enquête à son sujet et écrivit d'ailleurs un rapport peu engageant à son égard (voir L'autre Sainte-Hélène, page 196). On ne peut donc pas parler d'amitié entre les deux hommes, comme le baron de Veauce le prétend. Mais, ayant eu à correspondre avec Lord Burghersh pour des passeports, on peut admettre qu'Antommarchi ait jugé que ce ministre anglais à Florence lui avait été utile dans ses démarches. Est-ce une raison suffisante pour croire qu'il lui aurait remis, deux ans et demi plus tard, en toute confiance, le masque mortuaire original de Napoléon?

Preuve 2: Le masque mortuaire devait être envoyé au sculpteur Canova
Le baron de Veauce s'appuit sur le rapport qu'Andrew Darling avait rédigé en 1821 et qui fut publié dans le Times Literary Supplement en 1915. Darling rapporta l'information reçue de Mme Bertrand que la relique était destinée à être envoyée au célèbre sculpteur Canova pour en faire un buste mortuaire. Est-ce suffisant pour croire que le masque mortuaire fut effectivement envoyé à Canova?
Il est certain que Mme Bertrand avait émis ces propos à Darling car il les répéta au docteur Burton lorsque celui-ci revint à Longwood le 9 mai et se rendit compte que le masque facial avait disparu. Elle avait même dit, selon le même rapport, que le buste serait en marbre. Mais il n'était pas à Mme Bertrand de décider ce qui devait être fait de cette importante relique. Le grand-maréchal, lui, avait l'intention de la faire parvenir à Madame Mère à Rome. A ses yeux, seule la famille Bonaparte pouvait décider de la suite à donner. C'est ce qu'il exprima dans sa réponse à Burton en mai 1821, et ce qu'il répéta sous serment devant le juge Birnie, au tribunal de Bow Street à Londres en septembre 1821. Il n'y a pas de raison de penser que Bertrand avait un autre plan en tête. Si l'intention avait été de faire réaliser un buste, alors Burton aurait réclamé ce droit en priorité sur Canova, et aurait pu obtenir gain de cause comme auteur du moule original. D'ailleurs, Antommarchi l'affirma lui aussi lors d'un dîner à Paris en début septembre 1821: il expliqua aux convives que le masque mortuaire de Napoléon était en route pour Livourne afin d'être remis à Madame Mère (voir L'autre Sainte-Hélène, page 362).
Le baron de Veauce rejetta cependant ce témoignage capital, paru dans le Times, car, évidemment, il contredisait ouvertement sa théorie...! Malgré les autres détails précis, et authentiques, donnés par Antommarchi pendant ce dîner, et rapportés dans le même article, Veauce prétendit que ce dîner parisien n'avait pas pu avoir lieu, ou avait dû avoir lieu à Londres, et donc certains détails devaient être faux. Car, selon lui, Antommarchi se trouvait encore à Londres en début septembre, et ne pouvait donc pas être à Paris. Quelle preuve Veauce donne-t-il à cela? Dans son livre, Antommarchi mentionna une lettre de recommendation de la part de Bertrand à Marie-Louise. Or cette lettre, selon le livre d'Antommarchi, est datée de Londres, le 12 septembre 1821. Il y a donc désaccord (apparent) avec l'article du Times concernant un dîner parisien le 7 septembre. Quelle explication?
Une erreur de mois dans le livre d'Antommarchi n'est pas à écarter car, à la même section du livre, Antommarchi donne le texte du laissez-passer qu'il reçut des autorités italiennes pour se rendre de Milan à Rome: le document est daté du 14 avril 1821 (!) alors qu'il s'agissait évidemment du 14 octobre 1821. Erreur de transcription lors de la transcription du manuscrit, ou lors de la mise en page pour l'imprimeur: les erreurs existent toujours ! Il n'est donc pas impossible que la date de la lettre de Bertrand datait en fait du 12 août 1821, et non du 12 septembre. Voire, il pourrait s'agir du "1er" septembre et non du "12": erreur de la transcription qui donna le chiffre "2"? Un départ de Londres le tout début septembre est compatible avec un dîner à Paris le 7 septembre. D'ailleurs Antommarchi l'a affirmé dans son ouvrage: il quitta Londres dès qu'il reçut les papiers pour se mettre en route. Les domestiques de Longwood ayant déjà quitté Londres le 19 août, il n'y a pas de raison de croire que les autorités voulaient retenir Antommarchi à Londres tellement plus longtemps. Seuls Bertrand et Montholon durent rester quelques semaines à cause de leur statut "politique" (comme l'expliqua Marchand dans ses Mémoires). Bertrand, particulièrement, avait été condamné à mort par contumace par la justice de Louis XVIII, et il lui fallait donc attendre l'annulation de ce jugement.

Preuve 3: Antommarchi voulait faire parvenir le masque à Lord Burghersh
Le baron de Veauce affirma que le masque devait être envoyé à Canova et qu'Antomarchi usa de son "amitié" avec Lord Burghersh pour le faire parvenir au célèbre sculpteur sans encombre. Ce point-là est donc une suite logique aux deux points précédents dans la théorie de Veauce. Mais là encore, il n'est guère recevable. Pourquoi?
Antommarchi l'écrivit dans son ouvrage et Bertrand le jura devant un juge à Londres: le masque mortuaire devait être remis à Madame Mère, à Rome (voir L'autre Sainte-Hélène pp. 361-362). Sans cette argument, il est peu probable que Bertrand eût pu se dégager de la procédure légale engagée par le docteur Burton à Londres. Antommarchi expédia ce masque avec ses effets personnels à Livourne, par voie maritime, et prit aussitôt la route du continent pour se rendre à Rome en passant par Paris et Milan. Avant d'arriver en Toscane, il était aussi passé chez Marie-Louise à Parme, sans réussir à obtenir un entretien privé pour lui rendre compte des derniers moments de son illustre époux.
Par ailleurs, le baron de Veauce ne s'est pas demandé pourquoi Antommarchi aurait envoyé le masque en Toscane et non directement à Rome par un autre navire anglais, compte tenu que c'était là que vivait Canova depuis... 1780. Si l'intention avait été de l'envoyer à ce sculpteur, c'était à l'ambassadeur britannique à Rome (Etats du Pape) qu'il aurait fallu s'adresser, et non à celui de Florence (Duché de Toscane): il s'agissait de deux états différents, l'Italie n'étant pas encore unifiée à cette époque. Et, si Antommarchi ne connaissait pas ce ministre anglais à Rome, rien n'aurait été plus aisé que d'utiliser les services diplomatiques du secrétariat d'état de Lord Bathurst à Londres pour faire transmettre cette relique à leur ministre à Rome, ou à Canova.
Mais, bien entendu, Bertrand n'aurait pas accepté de faire confiance aux autorités anglaises dans cette affaire, ni à Londres, ni en Italie. On ne peut accepter l'hypothèse qu'Antommarchi aurait outrepassé les ordres de Bertrand, de porter la relique à Madame Mère à Rome, en remettant plutôt celle-ci aux autorités anglaises de Florence !

Preuve 4: Dans l'inventaire des oeuvres de Canova en 1822 figure le masque mortuaire de Napoléon !
Ce point eut été un acquis important pour la théorie du baron de Veauce mais les apparences ne sont pas la réalité. Qu'en est-il?
Canova est mort lors d'un voyage en Vénétie le 13 octobre 1822. Dans les derniers mois de sa vie, l'artiste avait été très occupé à compléter des oeuvres religieuses magistrales, ainsi que les commandes reçues qu'il n'avait pas encore honorées. Dans l'inventaire de ses oeuvres publié en 1824 par Isabella Albrizzi figure en effet un buste de Napoléon. Mais ce buste est indiqué comme une commande réalisée pour le marquis d' "Aubercorne" en Angleterre. Il s'agit sans doute du marquis d'Abercorn, quoiqu'il mourut en 1818: la commande passée devait être en attente auprès de Canova pendant quelques années ! Quoi qu'il en soit, il ne s'agissait évidemment pas du masque mortuaire car une telle commande ne pouvait émaner que d'Antommarchi ou de la famille Bonaparte. Il est simplement probable que Canova recevait des commandes de reproduction de plusieurs de ses oeuvres passées. Or il avait déjà réalisé un buste de Napoléon, que l'on trouve reproduit encore aujourd'hui. Dans la même nomenclature Albrizzi figure aussi un buste de Mme "Laetizia": il s'agissait d'une commande du duc de Devonshire, sur la base d'un buste de Madame Mère qu'il avait déjà réalisé par le passé. De surcroît, dans les mémoires de Canova, publiés en 1825, est ajoutée en annexe la liste des oeuvres de Canova et l'année de leur première réalisation (non celle des reproductions qu'il aurait pu réaliser par la suite): or aucun masque mortuaire de Napoléon ne figure dans cette liste-là pour l'année 1822 !

LES PREUVES AVANCÉES PAR LE BARON DE VEAUCE (suite)


Après les preuves "historiques", le baron de Veauce s'attacha à analyser les points techniques relatifs à la fabrication du masque mortuaire. Nous recommendons la lecture d'ouvrages d'époque sur les méthodes de prise de plâtre pour mieux comprendre les détails soulevés par le baron de Veauce, et leur contradiction.


Preuve 5: Les raccords du masque Burghersh prouvent qu'il est l'oeuvre originale d'un artiste
Le masque Burghersh est fait de raccords visibles, et donc, selon le baron de Veauce, il ne peut s'agir que de l'archétype car seul ce masque comporte les traces du "travail" d'un artiste-sculpteur. Selon lui, ces raccords prouvent son antériorité par rapport à tous les autres masques, et confirment la théorie selon laquelle le masque mortuaire a bien été l'objet d'un assemblage par un artiste (supposé être Canova) de plusieurs morceaux, l'un facial et authentique (celui de Burton) et les autres fabriqués par Antommarchi (apocryphes, et donc non conformes aux attentes de le Phrénologie notamment).
Sans être expert en la matière, les raccords en question ressemblent plutôt à des félures accidentelles plutôt qu'à des lignes bien agencées en vue du plan qu'aurait eu un artiste. Celles-ci passent d'ailleurs par des endroits du visage tout à fait illogiques: par exemple, le nez se trouve félé par plusieurs lignes ! Elles ne correspondent pas même aux limites supposées du masque initial de Burton qui, selon les sources, s'étendait en un seul morceau (la partie dite faciale) depuis une partie du front, puis comprenait les sourcils, les yeux, le nez et la bouche, et finissait par au moins une partie du menton.
Le masque Burghersh ressemble plus à un objet ayant subi un accident, et dont un artiste aurait ensuite recollé les morceaux de plâtre, ou rebouché les fêlures ou fissures.

Preuve 6: Burton avait procédé par méthode de "creux perdu"
Le baron de Veauce se pencha aussi sur la façon de réaliser un masque en plâtre et avait conclu que Burton avait employé la méthode de "creux perdu". Pourquoi? La méthode suppose que l'on dispose d'un moulage négatif complet du sujet (ici, la tête de Napoléon) dans lequel on coule du plâtre afin d'obtenir un modèle positif (l'archétype) qu'il faut extraire en brisant le négatif en morceaux, comme une coque, d'où le nom de creux "perdu".
Mais on sait que Burton ne procéda pas ainsi... Le 7 mai au soir, il prit le moule facial puis les autres parties de la tête. Il ne les assembla pas, comme le supposa Veauce, en vue de former un grand moule creux négatif. Plutôt, il les laissa sécher de façon indépendante et, le lendemain, 8 mai, il voulut prendre un moule positif de chacun des moules négatifs séparément. Il pensait pouvoir réitérer cette opération pour créer plusieurs masques à partir des moules négatifs, seuls originaux, qu'il avait obtenus la veille sur la tête du défunt. Il s'attaqua d'abord au moule facial. Et cette opération se solda par un échec: le plâtre étant mauvais, il dut briser le moule négatif initial pour sauver le masque facial positif. Devant ce désastre, il s'agissait de ne plus prendre le risque de perdre les autres moules négatifs originaux. Il proposa donc à Antommarchi et à Mme Bertrand d'arrêter les tentatives jusqu'à son retour en Angleterre afin de bénéficier d'un plâtre de bonne qualité, ce qui fut accepté (voir ces détails dans la lettre de Burton à Mme Bertrand, du 22 mai 1821, dans L'autre Sainte-Hélène pp.357-358).
La méthode employée par Burton est plutôt du type moulage par "bon creux" car le grand principe de cette méthode est de préserver le moulage original au lieu de le détruire, et de tirer plusieurs moulages positifs à partir des mêmes moules négatifs. On voulait sans doute préserver au mieux l'empreinte de la tête de Napoléon, d'autant que, le plâtre étant de mauvaise qualité, toute copie supplémentaire pouvait perdre certains détails originaux de la physionomie impériale. De plus, on peut croire qu'il eut été sacrilège, en mai 1821, de détruire sciemment le seul moule réel de Napoléon, comme la méthode de "creux perdu" l'aurait nécessité. Conformément à l'approche suivie par Burton, la méthode dite "bon creux" nécessite la prise de moules de négatifs en plusieurs endroits du modèle, tout en prenant des repères précis pour délimiter le plâtre de chacun des moules négatifs. Il y aurait donc eu trois moules négatifs, au minimum, à savoir le premier facial, puis deux côtés symétriques du reste de la tête, l'un gauche et l'autre droit, incluant chacun l'oreille correspondante.

Preuve 7: Antommarchi avait réalisé le masque Burghersh à Longwood
Le baron de Veauce a supposé que, une fois le moule positif facial effectué par Burton le 7 et 8 mai 1821, Antommarchi avait tout le loisir de reprendre le travail, entre le 9 et 27 mai, pour créer un masque mortuaire complet. Selon son hypothèse, il a dû récupérer du gypse comme l'avait fait Burton, et a ensuite réalisé plusieurs masques mortuaires en ayant créé un en premier, à savoir l'archétype Burghersh. Le baron de Veauce fait ainsi un lien avec d'autres masques mortuaires réputés "héléniens" tout en s'appropriant le seul et unique archétype. Nous reviendrons, dans d'autres articles, sur ces masques héléniens dont les deux du pasteur Boys et celui du gouverneur Hudson Lowe. Puis, selon Veauce, ce fut cet archétype qui fut remis à Burghersh afin de le transmettre à Canova.
Cette hypothèse ne résiste cependant pas aux preuves historiques ni aux témoignages d'époque. Antommarchi n'aurait pas pu agir seul sans que personne ne soit au courant de ses travaux. Comment aurait-il pu se procurer du gypse sans l'aide des autorités? Il est vrai, comme le souligne Veauce, qu'il existait du gypse pas très loin de Longwood, à Prosperous Bay, mais ce fait n'était sans doute pas connu à l'époque car on avait indiqué un autre lieu, dans un îlot voisin de Sainte-Hélène, bien plus difficile d'accès. Burton avait dû demander le concours de la Marine et était allé récupérer des minéraux la nuit à la lueur des torches (ce fait est d'ailleurs vraisemblable car le 6 mai 1821 tombait après le début d'une nouvelle lunaison, donc presque la nuit noire).
Ensuite, pourquoi Antommarchi et le couple Bertrand auraient-ils laissé faire Antommarchi avec du plâtre artisanal fabriqué sur place, risquant ainsi la perte définitive du moule facial de Napoléon, répétant le premier désastre de Burton, alors qu'il aurait été plus sage d'attendre le retour en Europe? Et, si l'on avait l'intention de produire plusieurs masques entre le 9 et 27 mai, pourquoi ne pas en fournir une des copies à Burton et faire taire ainsi ses revendications? Voire, pourquoi ne pas avoir sollicité son aide pour ce travail, de façon à ce qu'il apportât aussi la partie crânienne manquante? Enfin, pourquoi en offrir au pasteur Boys, qui n'avait presqu'aucun rapport social avec les gens de Longwood, et même deux copies pour lui seul comme le supposa Veauce ?!?
D'après Veauce, tout ceci se serait déroulé sans que Burton n'en ait jamais eu connaissance !?! Sainte-Hélène est une "petite isle" où il est bien difficile de cacher quoi que ce soit dès lors que plusieurs personnes sont impliquées dans une quelconque affaire.
Il y a un autre argument à l'encontre de cette "preuve" du baron de Veauce. Jacques Jousset, conservateur au Musée de l'Armée à cette époque, avait expliqué que le masque Burghersh est fait d'un plâtre dur et fin, et donc ne peut correspondre à un plâtre fabriqué artisanalement à Longwood (cf. son article "Les masques de l'Empereur", paru en 1953 dans le Bulletin de la Société des Amis du Musée de l'Armée, No.56). Pour Jousset, le masque Burghersh est plutôt un de ceux faits en août 1821 à Londres par Antommarchi, lors de l'opération de duplication souhaitée par Bertrand. Bien entendu, pour la théorie du baron de Veauce, l'existence de masques héléniens est capitale car elle lui permet d'affirmer que son masque a lui aussi été fait à Sainte-Hélène, comme tous les autres réputés "héléniens", mais les aurait tous précédés, et est donc bien l'archétype ! Malheureusement, cette théorie n'est guère solide.

Preuve 8: Le masque Burghersh est l'archétype car il est d'un poids exceptionnel
Selon le baron de Veauce, le masque Burghersh pèse 4 kg 830 grammes, bien plus que les autres masques connus, ce qui montrerait qu'il s'agit bien de l'archétype, donc du modèle utilisé par un sculpteur (Canova), ces modèles étant généralement plus épais en plâtre et donc plus lourds que leurs copies.
Certes mais le poids n'est pas une preuve suffisante. Une autre explication de ce poids est que le masque Burghersh avait subi un accident et donc une rénovation. Ce faisant, l'artiste qui l'aurait rénové aurait certainement ajouté une plus grande couche de plâtre pour le renforcer et mieux faire tenir les morceaux entre eux.

LES PREUVES AVANCÉES PAR LE BARON DE VEAUCE (suite et fin)


Les dernières preuves avancées par le baron de Veauce concernent les documents qui suivent.

Preuve 9: Le masque avait été déposé auprès de Lord Burghersh jusqu'à la souscription de 1833
En 1971, à l'occasion du 150è anniversaire de la mort de l'Empereur, le baron de Veauce publia un second ouvrage, Les masques mortuaires de Napoléon - Le point de la question, dans lequel il compléta son étude de 1957. Il revint notamment sur le point de l'amitié supposée entre Antommarchi et Lord Burghersh en notant un extrait du texte de la souscription de 1833 qui disait: "le masque [original] était placé entre les mains d'un ami en terre étrangère" (voir son ouvrage p.39). Et le baron de conclure automatiquement qu'il s'agissait de Lord Burghersh, expliquant que ce texte était une "très importante indication" ! Comme source du texte, il donnait le livre de Frédéric Masson, Autour de Sainte-Hélène (1909), page 161 (il s'agit en fait de la page 153). Veauce concluait sur ce point en écrivant que "le ministre anglais... était de surcroît l'ami d'Antommarchi depuis 1818", et que Canova exécuta un buste de Napoléon en 1822.
Dans cet article, nous avons déjà démontré que Canova n'avait pas réalisé de masque ou buste mortuaire de Napoléon en 1822: une telle oeuvre ne figure pas dans la liste de ses travaux. Et, si Canova avait vraiment réalisé le buste mortuaire, comment aurait-il été possible à Antommarchi d'en réclamer la paternité en 1833? Les oeuvres du grand maître qu'était Canova étaient répertoriés et enregistrées de façon précise !
Concernant sa source, Masson s'était, lui, appuyé sur la traduction du texte anglais de la conférence du docteur Graves, cousin du Dr Burton, en 1835 qui, lui, citait le texte de la souscription de 1833, traduite du français en anglais. Le propos de Graves n'était évidemment pas, lors de sa conférence, de donner des sources précises mais simplement de démontrer que l'auteur véritable du masque de Napoléon était son cousin, Burton, et non Antommarchi.
Aussi les citations successives des uns et d'autres, et leur traduction dans un sens comme dans l'autre, ont fini par dévier le texte original de cette souscription, texte en français, qui disait plutôt: "Il déposa ce masque entre des mains amies, après l'avoir apporté en Europe, lorsqu'il partit pour l'étranger,..."
En final, il semble que la vérité ait été la suivante: le masque mortuaire avait été laissé auprès de Madame Mère, exactement comme avaient été les instructions de Bertrand depuis mai 1821, confirmées par Antommarchi lors de son dîner parisien de septembre 1821. Le cardinal Fesch avait dû en avoir la garde, comme en témoigna son biographe, l'abbé Lyonnet, en écrivant qu'il avait la précieuse relique en dépôt et la conservait religieusement dans sa caisse (voir L'autre Sainte-Hélène, p.367). Lorsqu'Antommarchi mentionna dans le texte de la souscription qu'il partit pour l'étranger, c'était pour exprimer qu'il avait quitté son pays (l'Italie, la Toscane) pour se rendre à l'étranger, c'est-à-dire la France mais surtout la Pologne, lors de l'insurrection nationale contre l'occupation russe, avant de revenir ensuite à Paris.

Preuve 10: Le masque Burghersh est l'original remis à Canova car un document l'authentifie
Le baron de Veauce, en achetant le masque mortuaire, a reçu deux documents qui servirent à authentifier sa provenance. Ceci devrait être la preuve ultime mais que vaut-elle si les documents en question ont été rédigés près de 100 ans après les faits de 1821? Le baron obtint deux documents: l'un manuscrit daté de novembre 1907, et l'autre dactylographié non daté mais datant au moins de 1915. Le texte manuscrit contient quelques ratures, démontrant quelques hésitations ou corrections, et la date a elle-même subi une correction en passant de décembre à novembre 1907. Le texte dactylographié, lui, reprend exactement le texte manuscrit, sans les corrections, et ajoute des détails qui tendent à renforcer l'authenticité du masque:
- titre: "le moule original" etc
- apposition du nom de Priscilla Burghersh, c'est-à-dire Lady Burghersh, épouse du diplomate de Florence (elle mourut en 1879); ce nom est simplement dactylographié; le document ne comporte en fait aucune signature manuscrite
- le texte indique que "les détails historiques complets concernant la façon dont ce masque a été fait sont contenus dans la revue Times Literary Supplement du 30 septembre 1915"

Le baron de Veauce a aussi mené une enquête auprès de la famille Weigall au sujet de cette attestation. Après la vente de 1951, il s'est adressé à Rachel Weigall, soeur d'Archibald qui, lui, était mort entretemps, en 1952. La dame avait informé le baron de Veauce que le texte manuscrit était la reproduction intégrale d'un texte original qui avait été collé au socle du masque mortuaire: ce papier, selon elle, était devenu "presque illisible car trop vétuste", pour être conservé...! On constate donc que le document original, s'il a vraiment existé, a pu induire des erreurs de lecture du fait de sa quasi-illisibilité.

Dans tous les cas, ces documents ne sont évidemment pas des preuves car rédigés bien après les faits, et le seul original aurait été perdu. Leur but semble plutôt avoir été de valoriser le masque mortuaire, peut-être en vue d'une vente publique. Si le masque avait appartenu à la branche Fane-Burghersh, il aurait pu être mis en vente dès 1904, alors que l'héritier, Anthony Fane, cherchait à résoudre ses problèmes financiers et dut même vendre la maison ancestrale cette année-là ! Mais il est plus probable que le masque ait appartenu à Lady Rose Weigall, fille ainée de Lady Burghersh, et qu'il resta ensuite dans la famille Weigall, jusqu'à son achat par le baron de Veauce en 1951.

CONCLUSION



Quelles hypothèses sur ce masque Burghersh ?
La contradiction apportée aux différentes "preuves" historiques avancées par le baron de Veauce porte à croire que le masque Burghersh n'est rien d'autre qu'un masque dérivé des masques de la souscription Antommarchi de 1833. Lord Burghersh a pu en acquérir une copie, comme beaucoup d'autres personnes en avaient fait de même à l'époque. Ce masque aurait ainsi abouti entre les mains de la famille Weigall par héritage de Lady Rose, fille ainée de Lady Burghersh. Ensuite, après 1915, on avait découvert le témoignage d'Andrew Darling au sujet de Canova, et fait un rapprochement avec Lord Burghersh, en poste à Florence en 1821, comme le baron de Veauce avait suivi le même raisonnement.
Le texte de l'attestation manuscrite a-t-il servi de brouillon pour le texte dactylographié? Ensuite, pour cette version dactylographiée, on aurait décidé de supprimer la date inutile de 1907 au profit de l'indication du nom de "Priscilla Burghersh", et on aurait renforcé le tout en indiquant le témoignage de Darling, paru en 1915, dans lequel avait été mentionné le nom de Canova. Cela n'est pas impossible et peut découler d'une démarche typique d'un commissaire-priseur faisant son travail pour valoriser au mieux une pièce à mettre à la vente publique.
Car il est fort possible que le masque mortuaire devait être mis en vente après le décès de Lady Rose Weigall en 1921, par ses héritiers. L'époux de Lady Rose, Henry Weigall, était encore vivant, mais nonagénaire, et il s'agissait ici de vendre des effets personnels de la défunte que ses enfants ne voulaient pas conserver. Mais cette vente n'a finalement pas eu lieu... Car, un de ses enfants était sir Archibald Weigall, très aisé financièrement. Il avait été nommé au poste de gouverneur pour l'Australie du Sud et y arriva en juin 1920. Il ne put assister sa mère dans ses derniers moments, ni être présent à ses funérailles. Comme il était d'usage après un décès, une vente aurait été discutée et programmée par les héritiers, hormis sir Archibald, absent. Mais celui-ci, apprenant le décès de sa mère quelques semaines plus tard, et la vente souhaitée par sa famille, décida de rentrer promptement en Angleterre. Il quitta son poste en décembre 1921 prétextant des affaires "familiales et financières", dont probablement la question de l'héritage. Etant le plus aisé parmi les enfants Weigall, il préféra sans doute acheter bon nombre de biens à valeur personnelle ou sentimentale de sa mère, née Fane-Burghersh, plutôt que de les voir disparaître dans des mains étrangères. Il put ainsi dédommager les héritiers, i.e. ses frères et soeur, de la valeur de ces pièces, dont le masque qui avait été revalorisé depuis la découverte du témoignage de Darling.

Une autre hypothèse, toute autre, est que ce masque n'avait pas été acheté par Lord Burghersh mais par Henry Weigall, le mari de Lady Rose. Il était un artiste célébré à son époque et avait notamment réalisé des portraits de gens célèbres d'après... d'autres modèles. Aussi, il avait bien pu faire l'acquisition d'un masque mortuaire de Napoléon pour son atelier en vue d'un projet particulier, qui ne vit jamais le jour. Un artiste l'avait déjà précédé dans cette démarche, Luigi Calamatta, qui se rendit célèbre en 1834 en créant un portrait à partir du masque mortuaire de la souscription Antommarchi. Weigall avait-il eu l'intention de créer un portrait posthume de Napoléon et de le proposer à Napoléon III, en exil en Angleterre depuis la chute du Second Empire? La mort de ce monarque aurait pu alors contrecarrer les plans du portraitiste. Cette hypothèse expliquerait aussi la nature "pièce de studio d'artiste" du masque Burghersh, chère au baron de Veauce, et son aspect morcelé avec son poids plus élevé en plâtre, comme s'il avait été remodelé par l'artiste dans son atelier. Si cette hypothèse était avérée, la dénomination du masque en question aurait dû être "masque Weigall" plutôt que "masque Burghersh"... Dans cette hypothèse, on aurait trompé le monde sur l'origine exacte de ce masque, en suivant les conseils d'un conseiller-évaluateur pas très honnête... La vente du contenu de la maison d'Henry Weigall, mort le 4 janvier 1825, a été organisée en début avril 1925 par la société Maple dont l'épouse de sir Archibald Arnold avait hérité, comme enfant unique de ses parents, Maple, qui avaient fait fortune dans le commerce des meubles ! Cette vente mentionne notamment des meubles qui ont appartenu au duc de Wellington, selon les déclarations. Mais il est vraisemblable que lesdits meubles ne lui ont pas appartenu. Ici comme ailleurs, les commissaires-priseurs ont dû entretenir le doute, par de simples déclarations (dactylographiées), en vue d'assurer de belles enchères. D'ailleurs, si les meubles avaient vraiment appartenu au Duc de Fer, il est fort à parier que sir Archibald Weigall aurait préféré garder de telles pièces d'exception, car ce n'était pas une question d'argent pour lui de les acquérir au lieu de les voir disparaître au gré des ventes.

Dans un cas comme dans l'autre, il semble que l'origine du masque Burghersh soit... anglaise, sans doute une copie du masque de la souscription de 1833 pour satisfaire le marché britannique de l'époque. Pourquoi? Car, selon le baron de Veauce, qui a possédé le masque Burghersh et l'avait "minutieusement" comparé au masque Sankey (identique, lui, aux masques Boys), les deux masques sont en parfaite ressemblance. En comparaison, le masque Bertrand, légué par sa fille Mme Thayer au prince Victor Bonaparte, qui l'a ensuite légué au Musée de l'Armée, et qui était réputé comme avoir été exécuté à Londres en août 1821, est d'un autre type, semblable au masque mortuaire qui provient de la famille Antommarchi et légué au Musée de la Malmaison. Il nous semble alors logique de penser que le masque Malmaison et le masque Bertrand sont issus d'un même travail, celui de la duplication faite par Antommarchi à Londres en août 1821. Nous reviendrons sur ce point dans un article futur. C'est ce masque Antommarchi-Malmaison qui aurait ensuite servi de modèle pour créer un moule en plâtre afin de réaliser les plâtres et bronzes de la souscription 1833. Quant aux masques Burghersh, Boys, Sankey, ils seraient, eux, d'origine anglaise, d'est-à-dire copiés et fabriqués par un faussaire anglais à partir d'un masque de 1833.

Ces explications ne sont que des hypothèses. Quoi qu'il en soit, le propos de cet article n'était pas de découvrir l'origine exacte du masque Burghersh (le saura-t-on jamais?) mais simplement de démontrer qu'il ne peut pas être l'archétype, c'est-à-dire le masque comprenant ou initialement dérivé de la seule partie authentique, à savoir le moule facial positif réalisé par Burton le 8 mai 1821.


Qu'est-il advenu du masque Burghersh ?
Après l'achat réalisé en 1951, le baron de Veauce mit le masque en dépôt au Musée de l'Armée en novembre 1953, pour participer notamment à une exposition napoléonienne en 1954, et à une autre, au Grand Palais, en 1969 pour commémorer le bicentenaire de la naissance de Napoléon. Depuis, il resta en dépôt auprès du musée. Durant toute cette période, le baron persévéra dans son étude sur les masques mortuaires, et publia de nombreux articles à cette époque ainsi que son ouvrage capital en 1957 qui fut suivit par un ouvrage complémentaire publié en 1971. Ce travail eut aussi un grand écho à l'étranger et a été considéré comme faisant référence sur le sujet.

Le Musée de l'Armée fut cependant réticent à acquérir ce masque Burghersh... Nous avons mentionné ici que son conservateur de l'époque, Jacques Jousset, doutait de certains points de la démonstration du baron de Veauce, notamment son origine "hélénienne", ce qui enlevait bien entendu au masque son caractère d'archétype original.

Néanmoins, en 1989, la Fondation Napoléon subventionna l'achat du masque auprès du baron de Veauce et fit officiellement don de cette relique au Musée de l'Armée. Ainsi, il faut espérer que le baron de Veauce a pu récupérer son investissement initial de 1951, grâce à cet achat. Mais il faut aussi remarquer qu'il aura dû attendre 36 années, depuis sa mise en dépôt, pour en bénéficier ! Peut-être est-ce là une leçon de prudence dont les collectionneurs chevronnés de reliques napoléoniennes pourraient bénéficier?

Albert Benhamou
Février 2011

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"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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