L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 28 Avr 2005 8:58 
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De notre soi-disant retard en 1870 (en réponse à Loïc)!
de Roy-Henry (24/03/2005 08:47:19)

Les réponses de BRH sont précédées par =>

A partir de la Guerre de Crimée, et plus encore avec la Civil War américaine, on rentre dans une nouvelle période de la guerre, caractérisée par un surcroît de létalité des armements (mitrailleuses, canons en acier à chargement par la culasse et à tir rapide, obus percutants). Depuis 1849 et le Dreyse à aiguille, le fusil se recharge bien plus rapidement et permet des tirs en position couchée, ce qui achève la dictature de la ligne qui prévaut depuis plusieurs siècles et autorise l'infanterie à se déployer en tirailleurs, atténuant du même coup les effets de ces armes mais diminuant grandement les capacités manoeuvrières des armées (à l'échelon tactique).
C'est une révolution majeure dans l'art de la guerre, tout de même...

=> En effet. Mais l'infanterie française semble avoir davantage intégré ces évolutions que l'infanterie allemande qui évolue encore en ordre serré (voir l'attaque de la garde royale de Prusse à Saint-Privat)!

Très clairement, je suis donc en désaccord : la guerre de 1870-1871 est une guerre qui ne comprend plus que des relents de la période précédente et qui comprend déjà les éléments nouveaux de la période qui suit.

=> Certainement, au plan tactique. Mais, au niveau stratégique, on en reste encore à des corps d'armée ou à des armées évoluant indépendamment les uns des autres, avec une ligne de communication à assurer. Et le temps du front continu n'est pas encore réalisé.

Le problème, c'est que justement, nous n'avions pas une guerre d'avance (pourquoi dites-vous ça ?). A part le Chassepot, d'ailleurs, je ne vois pas en quoi nous étions en avance. Je dirais plutôt que nous nous la considérions toujours comme un conflit type 1815, comme le prouve l'utilisation désastreuse bien que glorieuse de notre cavalerie et de notre infanterie en ligne, là où les Allemands appliquent déjà le principe de la cavalerie comme force opérationnelle de couverture et d'éclairage (qui sera encore le nôtre en 1940 !), tactiquement habilitée aux raids et à la désorganisation des arrières, qu'ils disposent d'une artillerie moderne qui gagne pour 50% le conflit, et d'une infanterie de qualité inférieure à la nôtre, mais opérationnellement utilisée de main de maître par Moltke (chemins de fer aidant - autre innovation majeure qui n'existe pas en 1815 et permet des mouvements stratégiques d'une toute autre dimension).

=> Non, tout ça ne tient pas la route. Vous oubliez nos canons à balle, bien mal utilisés certes. Quant à l'infériorité de notre artillerie, elle n'est pas si prononcée, ni aussi caractérisée qu'on a bien voulu le dire... Les victoires de Mars La Tour et de Gravelotte pour les Allemands, ne doivent pas grand chose à l'artillerie. Mais la manière dont les Allemands se ruent sur nos positions, ressemblent à s'y méprendre à nos propres assauts de 1914 ! Les leurs seront d'ailleurs brisés, jusqu'à ce que le mouvement tournant au nord de Saint-Privat réussisse (18 août 1870)!

Bref, la comparaison n'est à mon avis possible que sur des aspects de surface, dans le fond le type de guerre a profondément évolué. En forçant le trait, notre instrument militaire fait la guerre que nous avons perdu en 1815, quand les Allemands mettent en oeuvre des méthodes novatrices.

=> Votre observation est bonne: nous faisons la guerre comme en 1815, mais du côté anglais. Et la puissance de feu du chassepot est autrement percutante que celle du brown Bess ! Les Allemands ne mettent en oeuvre aucune méthode novatrice: leur cavalerie agit comme la nôtre sous le 1er empire. Pourquoi y avons-nous renoncé ? C'est un mystère.

=> Bref, nous employons une bonne tactique en rapport avec l'évolution des armements. A un point près, et c'est ce qui fait toute la différence: la tactique des bonnes positions n'induit pas de rester immobile. Il faut s'adapter à son adversaire, et son élan étant brisé, manoeuvrer à notre tour. Malheureusement, ni Bazaine, ni Mac Mahon ne s'en révèleront capables. Pas plus, qu'ils ne sauront s'inspirer de leurs devanciers du 1er empire. Cela dit, l'écroulement du second empire est trop rapide pour en tirer des leçons définitives. Et malheureusement, nos généraux d'avant 1914 se tromperont sur le diagnostic.

=> Napoléon III -lui- ne s'était pas trompé. Mais, malade, sans énergie, il se révèlera incapable de commander, ni de choisir le chef en mesure de remporter la victoire...


Il n'y a qu'en 1914 où nous n'avons pas de retard dans la doctrine (en fait si, nous n'avons rien retenu des combats de la guerre russo-japonaise, notamment ceux de Moukden, ni des guerres balkaniques, mais les Allemands non plus...). Et où nous parons les coups suffisamment pour faire jouer de notre côté notre facteur décisif : le temps.

=> Pas de retard dans la doctrine ? De quoi parlez-vous ? des concepts dépassés et criminels du colonel de Grandmaison ? "Attaquons, attaquons, comme la lune..."!


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Message Publié : 28 Avr 2005 9:01 
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Tout d'abord, il convient de mettre en valeur certains points qui font du conflit de 1870-1871 une guerre à part :

=> Je relève nos points d'accord.

1) ce conflit est postérieur à la révolution technologique dans les affaires militaires des années 1840-1860. Cette RMA se caractérise donc par l'augmentation dans des proportions très significatives de la létalité de l'armement (canons à tir rapide par chargement par la culasse, fusils de même facture type Dreyse et Chassepot, premières mitrailleuses, obus percutants), imposant de nouvelles techniques de combat à l'échelon tactique (typiquement, cela signifie la mort à terme de la ligne qui prévaut depuis au moins le XVIIème siècle). On peut y ajouter des évolutions techniques "militarisées" extrêmement importantes, comme le chemin de fer, qui permet de procéder à des rocades de troupes stratégiques dans des délais rapides, qui simplifie la mobilisation et qui ouvre de nouvelles perspectives ; le télégraphe, qui élargit les perspectives en matière de communication et de centralisation ; sans doute d'autres qui m'échappent.

=> Il vaudrait mieux dire la période 1850-1866.

2) à cette révolution technologique, il convient d'ajouter les mutations des outils militaires, à l'imitation de la France révolutionnaire et impériale pour certains points. Ainsi, l'armée allemande est-elle une armée de conscription très organisée (avec ses trois classes de combattants, un système de mobilisation rôdé). Paradoxalement, le pays où la conscription massive a été inventé, la France, n'a pas conservé un tel principe : notre armée, même si elle a recours à la marge à une conscription inégalitaire et très partielle, est une armée essentiellement professionnelle, ce qui accroît la qualité du combattant mais limite grandement nos effectifs. La loi Niel de 1867 (1868 ?) crée bien une Garde Nationale Mobile, mais en 1870, celle-ci n'a qu'un rôle anecdotique.

=> Il me semble qu'il y a plusieurs erreurs. La loi Jourdan est maintenue, mais amendée, en ce sens que l'importance du contingent est fixée chaque année. Comme la durée du service est de sept ans, les besoins sont donc moins grands. Naturellement, il aurait été soushaitable d'augmenter nos contingents annuels, dès 1867. Il est vrai aussi que de nombreux militaires se réengageaient et que l'on préférait cette solution plutôt que de prendre de jeunes conscrits "inexpérimentés".

3) au niveau doctrinal, ces mutations tant technologiques que de structures n'ont pas toujours été bien intégrées, ni d'un côté, ni de l'autre, d'ailleurs. Ainsi, la létalité accrue des armements n'empêche effectivement pas les armées d'opérer tactiquement en masse, en rangs serrés, et ce jusqu'en 1914. Certes, en 1870, le maintien de tels principes peut se comprendre, puisque les exemples antérieurs ne sont guère légions et pas forcément significatifs (je parle de la Civil War, cette "guerre d'amateurs", ou bien de la bataille de Sadowa). Le plus extraordinaire, c'est qu'en 1914, donc, ce genre de manoeuvres serrées est toujours au centre de l'engagement tactique, alors même que les exemples de Moukden et de la guerre des Boers, entre autres, ont largement démontré la nouvelle puissance dévastatrice de l'armement. Mais je m'égare.
Néanmoins, on peut effectivement citer un léger avantage français dans le domaine du déploiement, puisqu'il procède plus par nuées de tirailleurs que par la ligne, la supériorité de son Chassepot et de son instruction aidant. Toutefois, notre infériorité numérique, la supériorité allemande en terme d'artillerie (tant numérique que qualitative, que je maintiens jusqu'à preuve du contraire) et en général nos erreurs opérationnelles nous mettent constamment dedans.

=> Ceci serait à développer. L'artillerie prussienne est supérieure, mais pas au point d'écraser sa rivale. Cette supériorité se fera sentir uniquement à Froeschwiller et à Sedan.

4) à ces mutations plus ou moins bien maîtrisées (plutôt mal que bien, d'ailleurs), il faut ajouter des problèmes doctrinaux français très handicapants. Je parlais donc de la cavalerie. La subsistance de subdivisions d'armes héritées du XVIIIème siècle comme les lanciers ou les cuirassiers (en tant que troupes lourdes de rupture), justement, souligne que nous n'avons pas intégré l'accroissement de puissance de feu consécutif à la RMA. De même, notre cavalerie, y compris légère (voir la brigade Galiffet à Floing le 1er septembre 1870), est prévu pour un déploiement tactique, sur la champ de bataille, et non opérationnel, en avant des forces principales, comme élément de couverture et d'éclairage (ce qu'elle est chez les Allemands). On peut aussi mentionner la structuration de nos forces, qui commencent la campagne réparties en corps d'armée (sept, si je ne m'abuse) là où les Allemands ont trois armées (bientôt une quatrième) divisées en onze ou douze corps. Face à leur supériorité opérationnelle, qui découle en partie de cette organisation plus adaptée du commandement qui décloisonne les secteurs de front et oblige à la coopération des chefs de corps sous le commandement du chef d'armée, nous les imiterons (deux armées, Lorraine et Alsace, devenue Châlons, étant mises sur pied fin août 1870), mais c'est une mesure hâtive et mal maîtrisée (Bazaine et Mac-Mahon joueront d'ailleurs un rôle plutôt négatif que positif !).

=> Sur la cavalerie, rappelons que les Prussiens conservent les Ulhans et les cuirassiers. La charge de la brigade Bredow à Rezonville est restée célèbre. Elle est similaire à celle de nos cuirassiers à Reischoffen ! Mais les pertes n'en sont pas moins aussi fortes !

=> Sur les effectifs, il ne faut pas oublier que le ralliement de la Bavière, du Wurtemberg, de la Hesse et de la Bade n'étaient pas prévues. Nous devions donc -avec 300 000 hommes- affronter les 450 000 hommes de la Confédération de l'Allemagne du Nord. Avec les états du Sud, cela faisait 600 000 hommes !

5) l'instrument étant inadapté en ces secteurs, il convient enfin de mettre en valeur les insuffisances même de notre stratégie : nous partons en guerre, soit, mais avec quels objectifs ? Aller à Berlin ? Envahir l'Allemagne rhénane ? En fait, personne n'en sait trop rien car il n'y a aucune planification qui a été effectuée là où celle des Allemands est plus poussée (encore qu'il ne faille rien exagérer : Moltke y va un peu à l'aveuglette aussi, et exploite magistralement des premiers succès partiels), comme le démontre leur mobilisation, relativement bien menée, et la nôtre, désastreuse.

=> En fait, il y avait bien un plan. Celui-ci visait à pénétrer en Allemagne, en franchissant le Rhin en-dessous de Mayence et à pousser jusqu'à Francfort. Ceci, afin de décider l'Autriche et l'Italie à intervenir à nos côtés. Mais notre mobilisation ayant été ratée, l'empereur comprit qu'il n'était plus possible de l'appliquer. Il manquait au moins 40 000 hommes au 1er août sur les 300 000 attendus.

Si nous sommes en accord sur de tels points, cela fera une bonne base de départ pour la discussion ;-)

=> Eh bien, aux réserves signalées, oui, sans doute...

Maintenant, pour mes réponses de détail :

"En effet. Mais l'infanterie française semble avoir davantage intégré ces évolutions que l'infanterie allemande qui évolue encore en ordre serré (voir l'attaque de la garde royale de Prusse à Saint-Privat)!"

>>> Soit. C'est effectivement le cas. Comme je le disais ci-dessus, l'armée allemande n'a guère intégré plus que nous l'accroissement de la létalité de l'armement. Et jusqu'en 1914 elle ne le fera pas (pas plus que nous)...

=> C'est à dire que l'on recule d'une certaine manière entre 1870 et 1914 ! Pour les Français, en tout cas. On ne retient plus la puissance de feu dans nos raisonnements tactiques. Les Allemands seront plus pragmatiques. S'ils appliquent des assauts massifs en 1914, ils prennent quand même soin de les faire précéder d'un intense bombardement de nos positions !

"=> Certainement, au plan tactique. Mais, au niveau stratégique, on en reste encore à des corps d'armée ou à des armées évoluant indépendamment les uns des autres, avec une ligne de communication à assurer. Et le temps du front continu n'est pas encore réalisé."

>>> Très vrai, pour la similitude avec les conflits antérieurs. Je rappelle pour mémoire que c'était encore le cas en 1914, jusqu'à octobre au moins. Une différence néanmoins avec les Allemands : nous mettons notre armée en ordre de bataille par corps, comme sous Napoléon Ier. Les Allemands en armées. Ce qui souligne leur appréciation toute empirique (il faudra attendre l'Entre-Deux-Guerres pour qu'il soit théorisé) de l'échelon opérationnel, qui est absent chez nous.

=> Certes! Néanmoins, cette articulation par corps est plus le fruit des circonstances et du désordre qu'une doctrine. Il devait bien avoir une armée du Rhin, sous le commandement direct de Napoléon III (assisté par Leboeuf), et une armée d'Alsace commandée par Mac-Mahon.

"=> Non, tout ça ne tient pas la route. Vous oubliez nos canons à balle, bien mal utilisés certes. Quant à l'infériorité de notre artillerie, elle n'est pas si prononcée, ni aussi caractérisée qu'on a bien voulu le dire... Les victoires de Mars La Tour et de Gravelotte pour les Allemands, ne doivent pas grand chose à l'artillerie. Mais la manière dont les Allemands se ruent sur nos positions, ressemblent à s'y méprendre à nos propres assauts de 1914 ! Les leurs seront d'ailleurs brisés, jusqu'à ce que le mouvement tournant au nord de Saint-Privat réussisse (18 août 1870)!"

>>> Je suis désolé, mais l'infériorité de notre artillerie (que vous reconnaissez implicitement dans "nos canons à balle, bien mal utilisés, certes") est pour moi un fait éprouvé. Nous étions encore avec des modèles issus du Gribeauval là où eux ont des Krupp en acier à chargement rapide par la culasse. La portée en est supérieure, leur puissance aussi. Et ils ont des obus percutants, plus seulement fusants. Surtout, à chaque engagement, nous avions l'infériorité numérique.
Quant à la bataille sous Metz... A partir d'une n'apprend pas à les connaître toutes : celle de Sedan ne lui ressemble guère, par exemple...

=> Je ne veux pas entrer dans les détails. Ceci serait trop long. Mais le modèle "Napoléon", mis au point par Napoléon III, au tube rayé et qui fera merveille contre les Autrichiens en 1859, n'est pas encore dépassé en 1870, même si, effectivement, il est surclassé. D'ailleurs, il sera fabriqué sous licence durant la guerre de sécession par les deux camps... Vous avez cité Sedan. J'en conviens. Surtout que les Allemands ont plus du double de pièces que nous ! Mais les batailles sous Metz, justement, ont vu parfois nos artilleurs prendre l'ascendant sur leurs ennemis. Il ne faut donc pas exagérer cet avantage en faveur des Prussiens. Car les Bavarois, n'ont pas encore le canon Krupp de campagne !

"=> Votre observation est bonne: nous faisons la guerre comme en 1815, mais du côté anglais. Et la puissance de feu du chassepot est autrement percutante que celle du brown Bess ! Les Allemands ne mettent en oeuvre aucune méthode novatrice: leur cavalerie agit comme la nôtre sous le 1er empire. Pourquoi y avons-nous renoncé ? C'est un mystère."

>>> Je suis forcé d'exprimer un désaccord net. Nous faisons la guerre à l'ancienne, sauf peut-être à l'échelon tactique, ce qui explique la brillante conduite de nos troupes, alors qu'eux la font d'une manière très moderne aux niveaux opérationnel et stratégique (notamment avec une utilisation intensive du chemin de fer, des mouvements d'encerclement rapides et effectivement, une cavalerie utilisée rationnellement et non comme elle l'était pour la plupart du temps sous le Premier Empire - Eylau illustrant mon point).

=> Eh bien, il faut nuancer ! Notre infanterie est -en effet- plus adaptée à la nouvelle puissance de feu des armes se chargeant par la culasse. Le problème, c'est qu'on l'engage un peu aveuglément, sans souci de manoeuvrer... Pour les transports ferroviaires, nous aussi, nous maîtrisons la technique. Voir l'embarquement des fuyards de Mac-Mahon, transférés à Châlon.

Quand aux opérations d'encerclement... Elles se font au pas de l'infanterie !


"=> Bref, nous employons une bonne tactique en rapport avec l'évolution des armements. A un point près, et c'est ce qui fait toute la différence: la tactique des bonnes positions n'induit pas de rester immobile. Il faut s'adapter à son adversaire, et son élan étant brisé, manoeuvrer à notre tour. Malheureusement, ni Bazaine, ni Mac Mahon ne s'en révèleront capables. Pas plus, qu'ils ne sauront s'inspirer de leurs devanciers du 1er empire. Cela dit, l'écroulement du second empire est trop rapide pour en tirer des leçons définitives. Et malheureusement, nos généraux d'avant 1914 se tromperont sur le diagnostic."


>>> C'est quand même oublier toutes nos lacunes opérationnelles et stratégiques !
Manoeuvrer, soit, mais à un contre trois, même en ayant paré le premier assaut allemand, c'est une folie. De plus, nous avons prouvé, dans la manoeuvre, notre infériorité très nette : encerclements à Metz, puis à Sedan, l'Armée d'Alsace ne s'étant échappé que de justesse, et uniquement parce que les Allemands étaient concentrés sur Metz.
Manoeuvrer, vraiment ? Avait-on un seul chef capable de faire manoeuvrer nos forces intelligemment ou du moins rationnellement ?

=> A part la bataille de Froeschwiller, nous n'avons jamais été dans la proportion catastrophique de un contre trois, mais de un contre deux. Mac-Mahon, plus chanceux, était capable de manoeuvrer. Bazaine, n'en parlons pas ! Ce fut un choix calamiteux. Un homme se détachait du lot: Cousin-Montauban, duc de Palikao. Mais l'empereur ne put ou ne voulut pas le prendre comme généralissime: parce qu'il n'était pas maréchal ! Ensuite, l'impératrice-régente le choisit comme chef du gouvernement pour remplacer Ollivier... Il y avait Canrobert aussi mais qui -dit-on- aurait refusé la nomination que lui proposait l'empereur. Il n'aurait pas fait pire que Bazaine...


"=> Pas de retard dans la doctrine ? De quoi parlez-vous ? des concepts dépassés et criminels du colonel de Grandmaison ? "Attaquons, attaquons, comme la lune..."!"

>>> Comme je le disais, le vrai problème, c'est que nous avons appliqué ce concept à l'échelon tactique, en donnant donc à l'assaut en masse une valeur dogmatique. C'était une grossière erreur compte tenu de la puissance défensive de l'armement. Mais en matière opérationnelle, il y avait sans doute à creuser : vaincre par la manoeuvre, c'est ce qui a été fait depuis Ulm 1805 jusqu'à la France 1940 en passant par 1870...

=> Sans doute. Mais Grandmaison était très affirmatif, même au niveau tactique. Si vous avez des éléments sur ce point, je suis curieux de lire votre défense de ce théoricien...


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 Sujet du message : Suite, 2
Message Publié : 28 Avr 2005 9:07 
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1) concernant la RMA, savoir si c'est 1840-1860 ou plus précisément 1850-1866, cela n'a pas grand intérêt. Je parlais en termes globaux, donc sur trois décennies. Si vous voulez être précis, le Dreyse à aiguille prussien apparaît, il me semble en 1849... Ce serait donc 1849-1866 ;-)

=> En effet. Mais autant être précis. D'ailleurs, le 1er conflit "moderne" est certainement la guerre franco-autrichienne de 1859, justement par l'apparition des obus rayés sur le champ de bataille (notre artillerie porte plus loin tout en étant plus précise que l'autrichienne). Et la seconde, encore plus évidente, la guerre de sécession, sans aucun doute.

2) la conscription en France : je ne vois pas où sont mes erreurs. La conscription est inégalitaire car elle n'est pas demandée à tous, pour des bonnes et des moins bonnes raisons. Elle est très partielle pour la même raison. De fait, cela ne nous fournit aucune réserve formée quand les Allemands ont leur Landwehr et leur Landsturm.

=> Je n'ai pas dit que vous vous trompiez, j'ai complété vos infos. Cela dit, on retrouvera dans les gardes mobiles, d'anciens engagés libérés de leurs obligations militaires. Mais rien de déterminant, je vous l'accorde.

3) l'artillerie : je veux bien tomber d'accord sur ce que vous dites. Il n'empêche que la supériorité est, clairement, allemande. Et n'oubliez pas la puissance de l'artillerie utilisée dans les sièges (notamment Strasbourg).

=> Sur ce point, nous sommes donc d'accord. Pour l'artillerie de siège, le fameux canon Krupp du plus fort calibre porte effectivement à 8 000 m, ce qui est un record à cette époque. Mais il n'intervient pas sur les champs de bataille: trop lourd et trop long à manoeuvrer...

4) sur la cavalerie allemande : les Uhlans sont certes maintenus, mais, lanciers, ils sont utilisés essentiellement pour la reconnaissance en profondeur. Pour les cuirassiers de Bredow, un point pour vous. N'empêche que pour une utilisation de la sorte, combien de l'autre ? Et nous ?

=> Essentiellement les cuirassiers de Reischoffen et la charge de la brigade Margueritte sur le plateau de Floing. On ne peut pas comptabiliser le grand engagement de cavalerie de Mars La Tour le 16 août qui oppose Français et Allemands et qui se traduit par un match nul...

5) sur la question Confédération de l'Allemagne du Nord/Etats du Sud catholiques : nous avions fait une planification contre la première uniquement ? La belle affaire ! Tout le monde savait qu'une agression française (càd une déclaration de guerre contre la Confédération) entraînerait automatiquement le ralliement "défensif" des Etats du Sud ! Il fallait être stupide pour ne pas prendre en compte les clauses défensives. Bismarck s'est joué de nous magistralement... Mais à partir du moment où on déclare la guerre le 19 juillet 1870, tous nos plans doivent prendre en compte la présence des forces du sud allemand.

=> Cet engagement n'était pas aussi automatique que cela. Napoléon III espérait dissocier les états du sud de la Prusse, au moyen de pressions autrichiennes. Les manoeuvres diplomatiques de juillet 70 sont restées cachées, car personne ne souhaitait s'en vanter, après la chute de l'empire.

6) pour le plan français, j'en avais entendu parler, mais lorsque je parlais de planification, j'entendais également la mobilisation et la concentration de nos forces, qui sont désastreuses. Nous mobilisons moins bien et moins vite, face à un ennemi qui nous est supérieur en nombre et auquel, encore une fois notre drame, on laisse l'initiative de l'endroit où il veut combattre.
Bref, au niveau stratégique, un foirage complet. D'ailleurs, la chute de l'Empire en moins d'un mois (6 août-4 septembre 1870) souligne bien à quel point nous avons été dominés dans cette sphère là.

=> Mais je ne dis pas le contraire. Seulement, nous sortons de la tactique et même de la stratégie. Il semble que l'on ait confondu mobilisation et concentration. Le Boeuf a voulu mener les deux opérations de pair, ce qui a donné un bazar sans nom ! Etonnant, de la part d'un polytechnicien !


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 Sujet du message : Première guerre moderne
Message Publié : 28 Avr 2005 9:10 
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Loïc Bonal:

Il y en a une antérieure à la campagne d'Italie de 1859 et donc à la Guerre de Sécession : la Guerre de Crimée de 1854-1856 ;-)

Utilisation du télégraphe, du navire à vapeur, logistique moderne (les armées ne se nourrissent plus sur le terrain), armements d'un palier technologique supérieur, etc.

Soyons précis, donc...

BRH:

J'y avais bien pensé, mais les engagements sont trop proches de la période napoléonienne. Les Anglais -en particulier- se battent comme au temps de Wellington.

Les armements n'ont pas fait tellement de progrès. Tous les belligérants emploient encore des fusils se chargeant par la "bouche". La cadence et la précision du tir sont à peine meilleures que sous les guerres napoléoniennes.

Les Russes manoeuvrent en masse et en ordre serré. Notre infanterie innove, en ce qu'elle se jette au pas de course sur l'ennemi à la baïonnette. C'est le fruit de la guerre d'embuscade en Algérie.

C'est pourquoi j'hésite à classer la guerre de Crimée comme une des 1ère guerres modernes. Et puis, elle tourne vite en une guerre de siège.


Réplique de Loïc:

Je pense qu'il ne faut pas considérer l'intégralité des aspects pour définir la modernité d'une guerre, et que seules quelques ruptures technologiques, organisationnelles, doctrinales, suffisent à lui faire franchir le mur de l'Histoire, si j'ose dire.

Ainsi, en Crimée, c'est la première fois qu'un corps expéditionnaire de cette taille est entièrement convoyé si loin des métropoles en étant autosuffisant au niveau logistique (c'est-à-dire en ne vivant pas sur l'habitant), c'est la première fois que sont utilisés pour un usage militaire intensif les navires à vapeur, la première fois aussi pour le télégraphe. De même, c'est la première guerre qui voit des sépultures militaires particulières (ainsi, le fameur cimetière anglais, qui sera l'un des points forts de la résistance soviétique de Sevastopol en juin-juillet 1942). Je ne connais pas assez ce conflit pour ajouter d'autres éléments particuliers, mais je ne doute pas qu'il y en ait, notamment au niveau de l'armement (comme je l'ai dit, le fusil à cartouche en carton apparaît en 1849, ce qui laisse la possibilité aux armées française ou anglaise d'en avoir en 1855, à vérifier).

D'ailleurs, je comptais m'acheter quelque chose sur cette guerre. Quelqu'un saurait-il me conseiller un bon ouvrage de synthèse ?

Réponse BRH:

Certes ! Je ne nie pas les nouveautés concernant les transports ou les moyens de communication. Napoléon III prétendra même donner des ordres à Canrobert par le télégraphe...

Exact pour la cartouche en carton. Et les nouveaux fusils sont à percussion. La cadence de tir est plus élevée: 3 coups/mn pour un tireur entraîné (au lieu de 3 coups en 2 mn avec le vieux 1777).

C'est aussi le 1er conflit immortalisé par des photographies !

Il y a l'ouvrage de R. Guillemin sur la guerre de Crimée, paru en 1981. Et les pages qui lui sont consacrées par le général Thoumas dans son ouvrage "Autour du Drapeau" (1890).

Autre travail récent:

GOUTTMAN, Alain, La Guerre de Crimée (1853-1856). La première guerre moderne, Perrin, 2003.


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