L'Énigme des Invalides

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 Sujet du message : Napoléon III en Uchronie...
Message Publié : 09 Nov 2004 21:13 
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L'Impératrice avait gagné: la guerre serait déclarée à la Prusse et l'Empire serait sauvé ! Leboeuf le lui garantissait: "nous serons moins nombreux que les Prussiens, mais le chassepot et le canon à balles décimeront leurs colonnes d'attaque"! Toutefois, elle ne pouvait dissimuler son inquiétude: l'état de l'Empereur était tel qu'il semblait impossible qu'il puisse lui-même conduire son armée à la victoire...

C'est alors qu'elle se souvint de l'abbé Boutinet, ce curieux prêtre qui lui avait prédit une couronne d'impératrice à Cognac en 1847 ! Elle avait de nouveau entendu parler du bonhomme qui était aussi quelque peu thaumaturge. Ce dernier avait imploré son intervention en 1856 à la suite d'une plainte pour exercice illégale de la médecine. L'individu avait ce don d'être "passeur de feu": pourquoi ne pas le faire venir à Paris pour "examiner" l'Empereur ? Elle contacta Persigny et le supplia de ramener le mystérieux abbé illico. Persigny avait tout vu: en disgrâce, il n'en restait pas moins fidèle à l'Empire...

Le temps de gagner Angoulême en train et d'en revenir, il revint triomphant avec le bon père Boutinet, maigre à faire peur et totalement méconnaissable. Napoléon III accepta de le voir. Le curieux abbé -un peu druide sur les bords- comprit de quoi il retournait: "je n'ai jamais vraiment essayé de soigner la maladie de la pierre" dit-il, mais il promit d'essayer. L'impérial patient se soumit aux ordres du prêtre et s'allongea.

Boutinet -après avoir murmuré des paroles incompréhensibles- passa sa main droite au-dessus de la vessie congestionnée. L'empereur grimaça: "oh, mais ça explose à l'intérieur"! Le prêtre continua son travail de magnétiseur: il transpirait à grosses gouttes...

"Je ne peux rien de plus" dit-il, épuisé et contrît. Quand l'empereur voulut uriner, ce fut autre chose... Pourtant, cette pierre si douloureuse s'était transformée en sable et après en avoir senti le passage, Napoléon III fut complètement soulagé... le lendemain, il ne ressentait plus rien et se trouva d'humeur joyeuse.

Le 19 juillet, ce fut bien autre chose: à la stupeur générale, Napoléon III apparût à ses collaborateurs comme s'il avait dix ans de moins. Leboeuf fut obligé de subir l'assaut de ses questions. Finalement, Napoléon III partit pour Metz la mine réjouie et l'espoir au coeur. Rendu sur place, il vit combien l'organisation de notre armée était improvisée et fit en sorte d'y remédier sans tarder...

Les choses étaient allées un peu trop loin pour songer à remédier aux premières dispositions établies par son major-général. Le 2 août, la reconnaissance sur Sarrebrück fut menée comme cela avait été prévue. Quand les troupes virent caracoler Napoléon III sur son fier destrier, elles sûrent qu'elle avaient retrouvé leur chef et reprirent confiance...

Ceci n'empêcha pas la surprise de Wissembourg et la déroute de la division Douay. L'empereur décida de regrouper les huit corps d'armées en deux armées distinctes: la 1ere dont il se réservait le commandement et la seconde sous Mac-Mahon. Par ailleurs, il ne cessait de correspondre avec François-Joseph et Victor-Emmanuel.

Le 5 août, il se rendit personnellement au QG du général de Failly et lui intima l'ordre de faire immédiatement mouvement pour se joindre au rassemblement des forces sous Mac-Mahon à Froeschwiller et le contraignit à faire embarquer la moitié de ses divisions par chemin de fer jusqu'à la station de Lembach, tandis que l'autre moitié se mettait immédiatement en marche vers ce point de ralliement. Satisfait, il regagna le QG de Metz, en signalant au général Frossard d'avoir à le tenir au courant de sa situation. Soucieux de l'infériorité de Mac-Mahon, il donna immédiatement des ordres pour faire marcher la Garde vers Froeschwiller.

La journée du 6 août devait-être décisive. Dans la matinée, Frossard fut attaqué autour de Forbach. Dès qu'il fut informé de la situation, l'Empereur se fit conduire au PC de Bazaine et décida de pousser son corps en avant pour aider Frossard. Il y avait une marche de 20 km à accomplir: une partie de ce corps s'embarqua par le chemin de fer et l'autre à pied, tandis que Napoléon III se portait à cheval sur Forbach.

Il y trouva Frossard fort inquiet de la situation, montrant l'éperon de Spicheren comme le noeud de la bataille, mais craignant pour sa gauche qui semblait fléchir en avant de Forbach. C'est presque sous les balles prussiennes que les 1er renforts de Bazaine débarquèrent. Se voyant soutenus, les fantassins de Frossard reprirent courage: aidés de leurs camarades, ils stoppèrent net l'effort des Prussiens et reprirent le terrain perdu. Il était 5 heures du soir; c'est alors que les Prussiens, après un violent bombardement de la position, se lancèrent en masses pour s'emparer de l'éperon de Spicheren.

Avec le gros des troupes de Bazaine, l'Empereur se porta au galop au sommet de cette position, clef du champ de bataille. Ses défenseurs, au cri de vive l'Empereur, se ressaisirent et firent front aux vagues de l'infanterie prussienne qui se jetaient à l'assaut de ce promontoire: ils parvinrent à y prendre pied pour être refoulés par les soldats de Bazaine, secourant leurs camarades. L'empereur se porta en 1ère ligne et l'infanterie Française, après avoir accablé de ses feux les lourdes masses germaniques, se précipita sur elles à la baïonnette. Partout, l'ordre donné par Napoléon III d'attaquer à fond fut porté par ses aides de camp.

Les dernières lueurs de la journée virent l'armée française culbuter l'infanterie prussienne imprudemment engagée et la pousser dans la Sarre sur les pentes descendantes qui menaient à l'Allemagne. Les Prussiens résistèrent d'abord avec courage, puis cédèrent d'un seul coup et lâchèrent pied, se précipitant vers les ponts improvisés qui les avaient vu passer dans la matinée. Plus de 20 000 prisonniers furent faits et une centaine de canons tombèrent entre nos mains.

On vint porter à l'empereur un télégramme de Mac-Mahon où celui-ci appelait au secours: "suis aux prises avec les gros de l'ennemi. Ai pu le contenir, mais ne réponds pas du lendemain!". Napoléon III décida de gagner aussitôt Froeschwiller en y conduisant lui-même toute la Garde...

Aux premières lueurs du jour, le 7 août, il chevauchait sur les hauteurs en compagnie de Mac-Mahon: les troupes épuisées par la chaude lutte de la veille se ranimèrent à sa vue: "l'Empereur, l'Empereur!". Napoléon III comprit aussitôt que -comme la veille- le prince héritier de Prusse allait tenter d'envelopper la droite de Mac-Mahon. Avisant les hauteurs de Woerth d'où l'artillerie prussienne faisait pleuvoir un déluge de fer sur les positions Françaises, il s'exclama: "c'est le point qu'il faut emporter".

Massant la cavalerie de Mac-Mahon et de la Garde, il décida de lancer celles-ci à l'assaut de cette formidable position: coup d'audace qui pouvait tourner au massacre. Ordre fut donné aux grenadiers de suivre au pas de charge, comme ils pourraient le mouvement de la cavalerie. celle-ci s'ébranla à la stupeur des Prussiens et se jeta sur leurs lignes d'infanterie qui s'écartèrent pour laisser passer le torrent furieux. C'est alors qu'elles furent assommées par la vieille Garde.

Pendant ce temps, la folle chevauchée des cuirassiers français se poursuivait. Criblés d'obus par les artilleurs prussiens, ils s'élevaient pourtant vers leur cible, et déboulèrent enfin sur cette artillerie si moderne et si puissante: les pièces prussiennes se tûrent enfin. Le front allemand était percé et toute sa droite était tournée. Au même instant, toute la ligne français s'ébranla.

Désorientés par cette attaque-suicide, les Prussiens lâchèrent pied et furent pris de panique quand ils comprirent que la plus grande partie de l'artillerie était au pouvoir des Français. Ce fut une panique mémorable dont on parle encore en Alsace...

30 000 prisonniers, 20 000 allemands tués ou blessés, plus de 200 canons capturés, tels furent les résultats de cette victoire encore plus éclatante que celle de Forbach ! De notre côté, ces 2 journées nous coûtaient 15 000 hommes hors de combat. L'Alsace était sauvée !


Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 13 Jan 2006 19:42, édité 1 fois.

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Message Publié : 09 Nov 2004 22:10 
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J'aime ca fantasme , Bruno ... :2: C'est de vous ? Une seule réserve : la liaison étroite avec Victor-Emmanuel et François-Joseph ! Hélas , François-Joseph , trop longtemps méprisé, humilié et vaincu , comme les Bonaparte se sont acharnés à le faire toujours avec la Maison d'Autriche pour leur propre perte , ne pouvait plus décemment entrer dans cette Trilatérale...En revanche , Victor-Emmanuel fut un beau lâcheur pour son frère de Loge...

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Message Publié : 09 Nov 2004 22:39 
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Merci, François ! :4:

Eh, oui: c'est de moi... Mais ce n'est pas un fantasme (enfin, pas complètement). L'abbé Boutinet a bien existé et il a effectivement prédit l'avenir à la future impératrice à Cognac en 1847.

Et cet abbé était de la famille de mon épouse ! Un abbé un peu surprenant, passeur de feu, aussi...

A quoi tient le sort des empires...

Plus sérieusement, l'alliance avec l'Autriche était bel et bien engagée. L'archiduc Albert était venu en discuter les plans avec Leboeuf en 1869.

On ne l'a jamais lu nulle part, mais on l'a dit et répété: l'Autriche s'était engagée à déclarer la guerre à la Prusse quinze jours après nos 1er succès !


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Message Publié : 09 Nov 2004 23:06 
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HHHHHuuummm!!!!!! Et vous avez une tradition orale dans la famille de la palpation de la vessie impériale , Bruno???? :pouce leve:

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Message Publié : 09 Nov 2004 23:17 
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Malheureusement, le bon abbé ne revit jamais Eugénie... Du moins à ce que j'en sais !

Mais j'ai brodé un peu... beaucoup ! Un "passeur de feu" ne fait pas passer les calculs. En tout cas, pas à ma connaissance... :3:


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Message Publié : 28 Déc 2004 17:48 
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C'était très bien fait. J'y ai cru !

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Message Publié : 28 Déc 2004 17:54 
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Faut dire, j'aurais tant aimé la victoire e la France impériale, ou mieux, que cette guerre n'ait jamais eu lieu ! Comme cela nous serions sans doute toujours dans le régime impérial.
Alors que maintenant, tout est à refaire ! Et n'ayons donc pas de complexes. Si le régime était impérial, il se trouverait bien des républicains pour vouloir en revenir à la République, magré le temps écoulé...

Léon

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 Sujet du message : La suite...
Message Publié : 03 Jan 2005 16:40 
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Laissant le 6ème corps de Canrobert pour défendre le passage de la Sarre et le 13ème récemment organisé sous les ordres du général Vinoy, l'Empereur pénétra dans le palatinat, bousculant les arrières gardes du prince Frédéric de Prusse. Négligeant Landau qui avait été mis en état de défense, il fit passer le Rhin, le 10 août, à toute l'armée sur le pont démontable prévu à cet effet, à hauteur de Gemersheim.

C'était prendre un gros risque et voir les Allemands nous couper de toutes communications avec le reste de la France. Toute l'armée rassemblée marcha ensuite de concert vers Francfort, tout en s'assurant du Rhin jusqu'à Mayence: ce détachement étant confié au maréchal Mac-Mahon.

L'état-major prussien, surpris de cette manoeuvre, ne s'y opposa pas ! Puisque les Français s'enfonçaient en Allemagne, les Allemands s'enfonceraient en France ! A dire vrai, ils ne devaient pas rencontrer beaucoup d'opposition...

Le général Trochu avait été appelé au commandement d'un 14 ème corps, chargé de la défense de l'Alsace. En définitive, il ne disposait que d'un embryon de forces qu'il avait disposé le long des lignes de Wissembourg.

Il tablait surtout sur les gardes mobiles d'Alsace qui ne pouvaient compter que sur une dotation de 10 000 chassepots. Mais, la mobilisation avait été telle, après la victoire de Froeschwiller, que les Alsaciens s'étaient présentés en masse pour s'enrôler. Le génie de Trochu fut d'équiper et d'habiller tous ces volontaires avec l'armement et une partie des effets allemands récupérés sur le champ de bataille de Froeschwiller...

Disposant seulement de 4 à 5000 fantassins réguliers, il parvint à mettre en ligne 40 000 mobiles. L'Empereur lui avait laissé 200 mitrailleuses et leurs servants, ainsi qu'une centaines de pièces de campagne. De son côté la population locale était accourue à la hâte pour travailler à faire renaître ces fameuses lignes de Wissembourg. La ville elle-même avait été fortifiée (ses vieilles murailles renforcées et protégées par des abattis) et sur sa gauche, Trochu avait fait occuper les bois par un corps de franc-tireurs de 5 000 hommes environ: les "chasseurs alsaciens", hommes d'âge mûr qui n'avaient qu'une qualité: celle d'être des bons chasseurs de... gibiers ! Néanmoins, l'enthousiasme devait suppléer à tout...

Le 15 août allait s'avérer une journée décisive. L'Empereur fit une entrée triomphale dans Francfort, l'ancienne capitale impériale de l'Allemagne ! Le prince Frédéric, de son côté, rassuré par les rapports de ses éclaireurs qui montraient la faiblesse des travaux défensifs sur Wissembourg, décida d'attaquer en masse afin de conquérir Strasbourg et toute l'Alsace. en outre, il avait pris la précaution de se protéger de tout retour offensif des Français, en contrôlant soigneusement le cours du Rhin sur sa rive gauche.

Molke donnait de son côté l'ordre de franchir la Sarre et de déborder par notre droite, entre Sarreguemines et Bitche.

En Alsace, le feu commença très tôt. Ayant accumulé ses batteries, le prince Frédéric fit commencer une feu d'enfer contre les positions de Trochu. Les travaux étaient loin d'être terminés, mais tels quels, ils présentaient une ligne ininterrompue de tranchées.

Pendant 4 heures, nos positions furent couvertes d'un déluge d'obus. Trochu, s'en étant douté, avait bien fait aménager des plates formes de tir pour nos canons et nos mitrailleuses, mais avait pris la précaution de faire reculer les pièces de 800 m environ, à l'abri des vues et des coups de l'ennemi.

Alors, ce fut l'assaut de l'infanterie allemande, brutal, massif !

Dès que les lourdes colonnes furent à portée de tir, nos fantassins -ceux qui savaient tirer et ceux qui ne savaient pas- firent feu, couvrant de morts les abords de notre position. Aussitôt, nos batteries reprenaient leur place et ouvraient un feu d'enfer à leur tour.

Ce ne fut pas suffisant pour arrêter l'ennemi. Malgré les obstacles, malgré la vaillance de leurs défenseurs, en plusieurs points, les Allemands parvinrent à s'emparer de nos tranchées de 1ère ligne. Mais quand ils voulurent en déboucher, ils furent cloués sur place par la violence de nos tirs.

Ailleurs, l'infanterie allemande avait reflué. Harcelés de flancs, attaqués de front par des soldats improvisés, mais fanatisés, les conquérants de nos premières lignes lâchèrent pied ou furent anéantis! Si Wissembourg était réduite en cendres, l'attaque lancée contre elle n'eût pas plus de résultats. Quant au mouvement tournant imaginé pour passer à l'ouest de Wissembourg, il se heurta à nos franc-tireurs, dont tous les coups portaient.

Rassemblant ses troupes, les épaulant par de nouveaux régiments, Le Prince Frédéric fit reprendre le bombardement de nos positions. Malgré les difficultés, nos pièces (mitrailleuses et canons) s'étaient retirées à l'abri. Le bombardement fut encore plus violent. Mais les coups en étaient moins précis, parce que le champ de bataille commençait à être obscurci par la fumée des combats.

Choisissant des points qui n'avaient pas été encore attaqués, l'infanterie allemande se rua encore une fois à l'assaut, ses chefs supposant à tort qu'il y aurait moins de défenseurs dans ces zones. Cette fois le bombardement ne cessa pas, les Allemands allongeant le tir à mesure que leur infanterie avançait. Mais alors, ce fut sous un déluge de fer que nos canons et nos mitrailleuses reprirent leurs positions. Ce ne fut pas sans pertes, mais à point pour accabler les 1ère lignes des fantassins allemands qui touchaient à nos tranchées et criaient déjà victoire !

C'est là que le canon à balles donna toute sa mesure et justifia la confiance que l'Empereur avait mis dans cette arme nouvelle. Les lignes allemandes furent littéralement arrosées par sa mitraille, tandis que nos canons rougissaient sous l'effet d'un tir à angle zéro...

Nos "bleus" (les mobiles) avaient serré les dents au départ, mais l'ardeur et la dextérité leur étaient venues dans l'exaltation du combat. Le fusil Dreyse se révéla excellent contre... les Allemands eux-mêmes.

Quand Frédéric vit ses hommes refluer une nouvelle fois, il devint rouge de colère ! Il ordonna alors un nouveau bombardement de nos positions et fit avancer ses pièces au plus près, à moins de 1 000 mètres de nos tranchées quand c'était possible, même si pour cela, les roues des attelages devaient passer sur les propres blessés des Allemands.

Cette fois, l'artillerie allemande tira très en arrière de nos positions cherchant ces mitrailleuses qui faisaient tant de mal. Mais là, personne n'avait bougé chez nous: le terrain était trop bouleversé. Chaque chef de pièce camoufla et protégea comme il pût son matériel et ses hommes.

En somme, constatait Frédéric, puisque l'ordre profond avait échoué, on choisirait l'ordre mince, de Wissembourg au Rhin et là où serait réalisée la percée, on précipiterait les réserves.

Ce fut un spectacle certainement extraordinaire de voir 150 000 hommes sur trois rangs avancer sur un front de 20 km de large. En face, moins de 40 000 hommes les attendaient, le souffle court. Les Allemands inventèrent ce jour-là ce qu'on appelât plus tard le tir de barrage. Ceci donna confiance quelque temps à cette infanterie allemande certaine de vaincre.

Là, où aucun combat ne s'était déroulé, la ligne allemande parvint jusqu'à nos tranchées. Elle s'empara de cette 1ere position et échoua encore devant la seconde.

Là où le sol était jonché de morts, affreusement mutilés par le propre bombardement des canons allemands, l'effet fut terrible. Ralentie dans sa marche par cette bouillie humaine, assommée par notre feu, les lignes allemandes lâchèrent, une affreuse panique s'emparant d'elles. Les canons légers poussés à bras se trouvèrent bientôt sous le feu de nos canons à balles. Les artilleurs allemands furent décimés sur leurs pièces.

Trochu, depuis le début de l'action, n'avait pas cessé de se porter sur les différents points de notre ligne, se montrant là où les assauts avaient été les plus chauds. Il avait pris soin de se faire accompagner d'observateurs Autrichiens et Italiens... Quand il vit le fléchissement dans la ligne allemande, il fit porter l'ordre partout de prendre l'offensive et de s'emparer des canons allemands désormais sans servants... valides !

Ceci se produisit quand Frédéric faisait intercepter les fuyards par sa cavalerie. Les officiers prussiens furent tellement sidérés, qu'ils perdirent tout contrôle sur leurs hommes. Les Hourrah Français accrurent encore la panique chez l'ennemi. Frédéric avait donné l'ordre à ses cavaliers de frapper sans pitié les lâches qui déshonoraient la Prusse du plat du sabre.

Mais les soldats prussiens qui n'avaient pas mérité ce sort, ne l'entendirent pas ainsi: ceux qui n'avaient pas lâché leurs fusils se défendirent et tirèrent sur leurs propres camarades. Quand les officiers de l'état-major de Frédéric aperçurent cette pagaille, ils ordonnèrent la retraite générale, sans écouter les jurons du général en chef !

Il n'était que 16 heures mais notre triomphe était total: 30 000 allemands avaient expiré au pied des positions de Wissembourg, le même nombre gémissait à portée de nos armes, tandis que l'armée de Frédéric se retirait en désordre vers Landau...

Tandis que cet affrontement terrible se déroulait, Canrobert avait été assailli par des forces triples des siennes. Ayant pris des dispositions assez proches de Trochu, installé sur des positions assez fortes par elles-mêmes et tenues par des troupes plus aguerries, Canrobert fut assez heureux pour remporter un succès tactique assez équivalent au cours de ce que l'on appelle aujourd'hui la bataille de la Sarre.

La nuit tombait que -partout entre Sarrelouis et Sarrebrück- il avait rejeté les Allemands dans la Sarre. Il fut informé cependant que sa droite était tournée, les Allemands ayant dirigé de ce côté-là plus de 150 000 hommes qui n'avaient eu aucune peine à repousser le faible rideau défensif tendu devant eux.

Mais, le 16 août, les télégrammes s'accumulaient sur le bureau du roi d'Italie et de l'empereur d'Autriche:

"Wissembourg: 40 000 Français triomphent de 180 000 Allemands - Pertes énormes chez les Allemands: plus de 60 000 hommes ! - Redoutable efficacité du canon à balles. - Canrobert, victorieux sur la Sarre, etc."

Victor-Emmanuel II fut le premier à réagir. A midi, malgré ses ministres qui temporisaient, il décréta la mobilisation générale de l'Italie.

On ne sait si c'est cette nouvelle ou le récit des combats de la veille qui impressionnèrent François-Joseph, mais à 16 heures, Vienne décrétait à son tour la mobilisation générale !

Canrobert se repliait vivement sous Metz pour essayer de tenir la Moselle et Trochu était inquiet de ce qui pouvait se passer à sa gauche, en se demandant s'il devait détacher 20 000 hommes pour défendre le col de Saverne. Le 17 août ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices pour les Français.

Il est vrai que notre avant-garde avait quitté Francfort pour prendre le chemin de Berlin. Toujours est-il qu'un émissaire prussien se présenta aux portes de Francfort pour rencontrer l'Empereur de la part de Bismarck.

Le déroulement, l'identité de cet émissaire, demeura mystérieux. Néanmoins, le lendemain, 18 août, c'est le chancelier Bismarck en personne qui s'avança à la rencontre de Napoléon III.

Un armistice fut aussitôt signé entre les deux parties:

Les armées allemandes devaient quitter le territoire Français et évacuer le bassin de la Sarre, ainsi que le Palatinat, qui seraient immédiatement occupés par nos troupes. En outre, elles devaient se retirer derrière le Rhin et le Main.

La décision allemande était dictée par la crainte de voir l'Italie et l'Autriche entrer en ligne sous peu. Certes, d'ici-là, Moltke se faisait fort d'investir Metz et Strasbourg et de couper le gros de l'armée française de toute communication avec la France. Mais il n'y avait qu'un détachement Saxon et prussien de 100 000 hommes pour couvrir Berlin face à l'Autriche.

Le 19 août, François-Joseph apprit la nouvelle de l'armistice avec dégoût. Néanmoins, il continua ses préparatifs. Ainsi que les Italiens. Les pressions de Bismarck n'y firent rien.

Finalement, Guillaume 1er fut bien obligé de rencontrer l'Empereur des Français. Et le 1er septembre 1870, la paix de Francfort était signée.

Rappelons-en les conditions principales:

- Remise par la Prusse du bassin de la Sarre à la France.
- Cession du Palatinat à la France par la Bavière.
- Démilitarisation perpétuelle de la Rhénanie.

Pour sa part, l'Italie recevait tout le Latium, à l'exception de la ville de Rome, reconnue possession du Pape.

Enfin, Les états du sud de l'Allemagne formaient avec l'Autriche une Confédération du Main, ce qui sonnait le glas des espérances Prussiennes de former un empire allemand. Le roi de Prusse dût se contenter du titre de président perpétuel de la fédération des Etats-Unis nord germaniques...

A la suite de ce triomphe, L'Empereur n'eut aucune peine à récupérer le Luxembourg avec le plein accord du roi des Pays-Bas, ce qui fut approuvé par plus de 60% de la population. L'Angleterre tempêta et menaça même de nous déclarer la guerre ! Mais l'Empereur fit remettre une note comminatoire au 1er ministre de Sa Gracieuse Majesté pour lui rappeler que les vents contraires ne seraient d'aucun secours pour empêcher la traversée de la Manche à une armée Française victorieuse.

Malgré les tempêtes de protestation au Parlement et dans la presse britannique, le gouvernement de la reine s'inclina.

A peine était-ce acquis, que l'Empereur, par une proclamation commune, avec le roi des Pays-Bas, annonça la fin de la Belgique: celle-ci était partagée entre les deux puissances: les zones néerlandophones étant annexées par La Haye et la Wallonie redevenant française. Un plébiscite fut d'ailleurs un triomphe, puisque plus de 80% des Wallons votèrent oui au rattachement...

L'ex-roi de Belgique, Léopold II, se vit proposer la pleine et entière souveraineté d'un Grand-duché de Brabant avec Bruxelles comme capitale. Il repoussa dédaigneusement cette offre. A la suite de quoi, la France annexa purement et simplement ledit territoire.

On sait que l'ex-roi de Belgique mourut plus tard en Afrique en essayant de s'y tailler une principauté.

Pour en finir avec le honteux traité de Paris de 1815, l'Empereur communiqua une note à la Confédération Helvétique pour lui signifier que ledit traité était caduc et que la France reprenait ses frontières de 1814, sur ce point.

Berne protesta et s'agita beaucoup, pour faire appel de cette décision. Mais l'Empereur fit remarquer qu'en 1815, aucun avis n'avait été demandé aux populations concernées et qu'au surplus, la position de la France n'était que la lointaine -mais prévisible sanction- de la politique helvétique qui avait supporté la violation de sa neutralité en 1814 et s'était rangée purement et simplement du côté des coalisés en 1815.

Et c'est ainsi que Napoléon IV put accéder au trône paisiblement après la disparition de son glorieux père en 1879...

En 1936, au moment où ces lignes sont écrites, l'Empereur préside toujours aux destinées de l'Empire Français. Bien qu'octogénaire, il demeure toujours le président hors-pair du Conseil européen des Souverains, cette haute instance de notre continent qui a toujours réglé les litiges territoriaux en Europe à la satisfaction de tous. Il est d'ailleurs revenu en pleine forme d'une tournée dans nos colonies d'Egypte et de Syrie, après une réception grandiose des autorités du royaume d'Arménie, notre plus récent protectorat...


:VE2:


Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 04 Jan 2005 18:42, édité 2 fois.

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Message Publié : 03 Jan 2005 19:45 
J'aime particulièrement le passage du rattachement de Bruxelles à la France. :2:

J'approuve des deux mains. :rire2:

Heureusement que cela s'est passé bien avant la fédéralisation, parce que maintenant, la province du Brabant n'existe plus. :neutral:

Bruxelles est la seule ville de Belgique à n'appartenir à aucune province.

Mais on paie toujours un gouverneur pour cette province qui n'existe pas. :16:

C'est ça la Belgique. :diablotin:


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Message Publié : 03 Jan 2005 20:00 
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Ah bon ? Mais, qu'y-a-t-il à la place du Brabant ? N'a-t-il pas été dvisé en deux ? Brabant-Nord (néerlandophone) et Brabant-Sud (francophone, bien sûr)! :4:


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