L'Énigme des Invalides

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Bicentenaire de la mort de Napoléon : la dépouille qui repose aux Invalides est-elle bien celle de l'empereur ?

Et si les Anglais avaient volé la dépouille de l’Empereur Napoléon et mis, à sa place, celle de son maitre d'hôtel, Jean-Baptiste Cipriani ? Ce serait évidemment l’une des plus grandes supercheries de l’Histoire. Mais cette théorie, qui réapparaît à l’occasion du 200e anniversaire de la mort de Napoléon, paraît très peu crédible pour les historiens. Explications.

Ils l’affirment :

" Napoléon a été volé par les Anglais, son corps a été remplacé par celui d’un autre ".

Voilà en substance ce qu’affirment les tenants de la théorie de la substitution. Selon eux, ce sont les Anglais qui, ont exhumé secrètement le corps de Napoléon, vers 1824 ou 1825, et lui ont substitué le corps de Jean-Baptiste Cipriani. Ce Corse (vers 1773 - 1818), maître d’hôtel de l’Empereur, mais aussi sans doute son espion, aurait été habillé d’un uniforme des chasseurs de la garde, de bottes, de décorations, etc., récupérés dans les voitures de Napoléon saisies à Waterloo. Hudson Lowe, l’ancien gouverneur de Sainte-Hélène (de 1816 à 1821), de passage dans l’île, en 1828, rapatriera en Angleterre le corps de Napoléon dans son cercueil ; il reposerait, depuis, sous une dalle de Westminster Abbey. Les partisans de cette théorie ne sont pas très prolixes sur le motif de ce « rapt » : oubliant parfois que Sainte-Hélène ce n’est pas l’île d’Elbe, premier exil de l’Empereur, certains avancent l’idée que les Anglais auraient voulu supprimer toute possibilité de culte.

Tout aussi sérieusement, les autres - qui sont parfois les mêmes - évoquent le désir toujours des Anglais de posséder la dépouille de leur plus prestigieux ennemi (depuis Jeanne d’Arc ?). À moins que cela ne soit une façon de supprimer toute possibilité d’investigation sur la mort suspecte de Napoléon. Car, entretemps, émerge une autre théorie : celle de l’empoisonnement de Napoléon à l’arsenic. Voilà comment un mystère éclaire l’autre qui en éclaire un troisième - celui du masque mortuaire - pour en faire l’une des plus grandes énigmes de l’Histoire, enfin résolue !

Comment est née cette thèse de la substitution ?

Napoléon ne pouvait pas y échapper. Souvent baigné de sueur, parfois grelottant, le teint verdâtre, épuisé par un hoquet persistant, l’estomac rongé par la maladie, si l’Empereur a supporté son agonie avec courage, sa fin pathétique, sur une île perdue dans l’océan Atlantique sud, ne peut satisfaire ses fidèles, mais aussi la plupart des Français. Il faut ici rappeler le contexte et rembobiner le fil du temps.

Retour en 1815. La France de cette époque a les oreilles rebattues de quinze années de propagande triomphante. Elle souffre d’une indigestion de batailles et de gloire et veut étancher sa soif de paix. Les libelles anglais brocardant à outrance Napoléon trouvent donc, d’abord, un écho favorable car la lecture est très prisée sous la Restauration. En sort une légende noire qualifiant l’Empereur d’ogre, d’usurpateur, de parvenu, qui sera reprise par les Royalistes. Cependant, au même titre que la propagande laudatrice des dernières années de l’Empire, le dénigrement systématique finit par lasser l’opinion qui, en revanche, va s’apitoyer sur la fin solitaire et tragique de l’exilé. Sur ce terreau, les rumeurs prennent immédiatement : « Napoléon est en Amérique. Il est à la tête d’une nouvelle armée. Il amène avec lui beaucoup de blé ».

En 1820, la nouvelle de son décès laisse incrédule. Aux yeux des humbles, il est impensable que l’Empereur puisse mourir, aussi continuent-ils à croire à toutes les théories qui le font survivre en un point quelconque du globe. Tout au long du XIXe siècle, des récits, des pièces de théâtre mettront en scène, avec plus ou moins de talent, l’évasion, la survie de Napoléon aux États-Unis,… en Australie, ou encore sa mort à Schönbrunn en escaladant le mur d’enceinte pour retrouver son fils, tant le mythe de l’immortel héros a marqué la littérature.

D’un siècle à l’autre, les théories changent. Ce n’est pas propre à Napoléon. Tous les personnages devenus légendaires, de Jeanne d’Arc à Kennedy, ont droit à des scénarios plus ou moins sérieux, plus ou moins loufoques. Le côté fantastique d’une histoire alternative est davantage séduisant que la réalité. C’est ainsi qu’au cours des dernières décennies, la mort de l’Empereur des Français a stimulé les imaginations autour de deux « énigmes » principales : Napoléon a été assassiné par empoisonnement à l’arsenic ; son corps a été substitué et ne peut donc être dans le tombeau des Invalides. Il fallait s’y attendre : cette dernière retrouve une nouvelle vigueur en cette année commémorative.

Qui est à l’origine de la thèse de la substitution ?

Comme souvent en la matière, la thèse de « la substitution » a longtemps été portée par des historiens amateurs, mais elle restait relativement confidentielle et, aux yeux des Français, il n’y avait rien de mystérieux dans la mort de Napoléon, à Longwood, le samedi 5 mai 1821, et dans le destin de sa dépouille, inhumée quatre jours plus tard, avant d’être ramenée en France en 1840. Jusqu’à ce qu’un photographe et journaliste du nom de Georges Rétif de la Bretonnerie publie, en 1969, en pleine célébration du bicentenaire de la naissance de Napoléon, un livre intitulé : « Anglais, rendez-nous Napoléon ! ».

Des médias, Paris-Match et France Dimanche en tête, s’emparent de « l’affaire ». Tandis que le monde napoléonien s’étrangle d’indignation et que les spécialistes s’époumonent à rétablir les faits, la question prend tant d’ampleur qu’elle arrive sur le bureau de Pierre Messmer, ministre des Armées, gestionnaire de l’Hôtel des Invalides, obligé de faire un démenti devant la presse… en présence de Georges Rétif.

Dans la foulée, le colonel Dugué Mac Carthy, conservateur au Musée de l’Armée, écrit un long article (Les cendres de l’Empereur sont-elles aux Invalides ? Revue des amis du Musée de l’Armée) dans lequel il analyse scrupuleusement chacun des arguments avancés par Georges Rétif, expliquant les contradictions relevées et, in fine, démontrant l’impossibilité de la substitution. En 1973, l’historien Jean Boisson publie Le Retour des Cendres, ouvrage dans lequel il réglait, définitivement croyait-on alors, le sort de cette théorie.

Il n’en était rien ! Dans les années 1990, un autre historien « non académique », juriste de profession, Bruno Roy-Henri, découvre « l’affaire ». Il est d’autant plus convaincu par le raisonnement de Georges Rétif que Ben Weider puis René Mary relancent les thèses « empoisonnistes ». La mort de Rétif en 1999, le convainc de reprendre le flambeau, tout en apportant des variantes à la théorie de ce dernier. C’est ainsi qu’en février 2000, il publie un article à sensation dans la revue Historia, suivi, en septembre de la même année, par l’édition de son ouvrage « L'énigme de l’exhumé de 1840 ».

Le style plus conforme à la tradition universitaire, moins empreint d’idolâtrie que son prédécesseur, un sens aigu de la communication lui permettent de recueillir un certain écho, si bien qu’un doute s’instille dans de nombreux esprits, avec comme corollaire qu’il faudra bien un jour ouvrir le tombeau du dôme pour en identifier le cadavre !

Quels sont les arguments des partisans de la thèse de la substitution ?

Pour les tenants de cette théorie, il s’agit « évidemment » de briser l’étrange « loi du silence » qui entoure encore ce secret, l’un des mieux gardés de l’Histoire de France. Rétif comme Roy-Henri basent leur argumentaire sur le procès-verbal dressé, le 7 mai 1821 au soir, par Marchand. Le valet de chambre, effectivement, n’y mentionne que trois cercueils emboîtés lors de l'inhumation. Plus que suspect alors qu’au moment de l’exhumation il y en aura quatre ! L’explication est simple selon eux : c’est qu’entretemps les Anglais ont ouvert la tombe de Napoléon pour voler son corps, l’ensevelir au sous-sol de l’abbaye de Westminster après l’avoir remplacé par celui de Cipriani, le maître d’hôtel, mort à Sainte-Hélène.

Preuve complémentaire, lors de l’ouverture de la bière, le corps est presque intact. Mais, « le plus gros » commente Bruno Roy-Henri, « c’est qu’on lit qu’il a fallu replier les jambes du mort pour le placer dans le cercueil lors de l’exhumation. Or celui-ci mesure 1,78 m, dix bon centimètres de plus que la taille de Napoléon. Même avec les talons de ses bottes, on comprend mal pourquoi la dépouille dépassait ».

D’autres contradictions dans les témoignages apportent de l’eau à leur moulin, notamment concernant les décorations qui ne concordent pas entre 1821 et 1840. Rétif et Roy-Henri évoquent encore les dents de l’exhumé « extrêmement blanches », alors que celles de Napoléon étaient réputées être « très vilaines », la disparition des bas de soie, l’absence d’éperon et enfin les deux vases contenant le coeur et l’estomac, qui, censés avoir été déposés aux coins du cercueil, se retrouvent entre les jambes...

Quelle est la réponse des historiens concernant le nombre de cercueils ?

Les historiens commencent par rappeler les faits avérés. Napoléon est mort, le samedi 5 mai 1821, à 17 h 49. Son corps est autopsié le lendemain, à 14 h, dans le salon d’attente (ou salle de billard), toujours à Longwood, par le médecin de l’Empereur, le Corse François Carlo Antommarchi (1780 - 1838), assisté de sept autres docteurs britanniques, en présence de témoins français et anglais. Sa dépouille, revêtue de l’uniforme de colonel des chasseurs de la Garde, est ensuite exposée dans la chapelle ardente dressée dans son cabinet de travail. Le coeur et l’estomac sont dans deux vases en argent. Le 7 mai, en fin d’après-midi, après que des moulages de la tête ont été effectués, on procède à la mise en bière dans trois cercueils : un en fer blanc, soudé, puis emboité dans un autre en bois, vissé, lui-même placé dans un troisième, cette fois-ci en plomb, soudé. Les vases d’argent sont placés dans la bière. Le 8 mai, au soir, un quatrième cercueil, en acajou, est livré dans lequel on met, le lendemain à l’aube, les trois précédents. L’inhumation a lieu, au val du Géranium, dans un caveau en dalles de pierre, situé à trois mètres de profondeur dans une fosse maçonnée, et fermé par une dalle monolithe, elle-même scellée par une première couche de ciment. Le lendemain, une seconde couche de ciment est mise en place et la fosse est comblée par deux mètres de cailloux et d’argile, puis couverte par trois dalles de pierre.

Tous les témoins confirment les quatre cercueils dans leurs mémoires. Pas d’ambiguïté non plus dans les rapports officiels du gouverneur Lowe. Alors comment expliquer l’erreur du valet de chambre Marchand ? Elle ne s’explique pas… puisque, tout simplement elle n’existe pas. Il n’a bien vu que trois cercueils ! Et pour cause, le quatrième n’a pas été encore livré au moment où il rédige son PV, le 7 mai. Le tapissier « agent de pompes funèbres », Andrew Darling explique le retard par la difficulté de trouver de l’acajou sur l’île de Sainte-Hélène (une table de salle-à-manger sera finalement trouvée et découpée).

Précision utile : le 15 octobre 1840, lorsqu’on exhume le corps de Napoléon pour le ramener en France, tous les témoignages concordent à nouveau : une fois les couches de ciment brisées (avec beaucoup de difficulté) et la dalle monolithique levée, quatre cercueils ont bien été ouverts les uns après les autres et c’est bien dans le dernier que reposait l’Empereur sinon intact, du moins dans un excellent état de conservation et parfaitement identifiable. Marchand d’ailleurs écrira bien « quatre cercueils » dans ses Mémoires. Après deux à trois minutes de rapides observations, les cercueils en fer blanc et en bois sont refermés, celui en plomb est ressoudé et l’ensemble placé dans un second cercueil en plomb, lui aussi soudé. Puis l’ensemble est introduit dans un sarcophage d’ébène, dont le couvercle comporte un complexe système de fermeture, verrouillé par une serrure fermant à clé.

Ramené aux Invalides, le sarcophage d’ébène y est exposé vingt ans avant d’être placé dans celui de porphyre où il se trouve depuis. Aucun document, aucun témoignage digne de foi n’indique qu’il ait été ouvert depuis le 15 octobre 1840 !

Comment Rétif et Roy-Henri expliquent que tous les témoins sont d’accord entre eux ?

Les deux auteurs ne manquent pas d’imagination. Après avoir monté en épingle les moindres contradictions dans les témoignages, voyant des faits troublants là où tout peut s’expliquer facilement, « réfutant les documents qui le contrariaient et surinterprétant ceux qui pouvait le servir » (Thierry Lentz in « Napoléon, Dictionnaire historique, p 648), ils affirment : tous ont menti et sont complices ! La raison ?

En 1840, Bertrand, Marchand, Gourgaud, etc., ont bien vu que l’exhumé n’était pas Napoléon, mais de Cipriani. Ils se sont alors trouvés piégés car ils avaient eux-mêmes monté une supercherie en substituant au masque mortuaire de Napoléon, pris par le docteur Burton le 7 mai et trop laid pour être présenté à la famille, celui du maître d’hôtel. Ce masque, un peu remodelé, avait été vendu par souscription à des dizaines d’exemplaires depuis 1833.

Le masque mortuaire serait donc un faux selon eux ?

La question du cadavre se double d’une polémique sur le masque mortuaire, confectionné le lendemain du décès. Il est vrai qu’il en existe tellement de versions que les historiens hésitent à se prononcer. Un musée londonien possède un moule crédible : le visage est bouffi, Napoléon étant obèse à l’approche de la mort. Des proches de l'empereur ont fait circuler d’autres moules, plusieurs fois retravaillés, donnant une image plus digne de leur idole. L'un des bustes ainsi obtenus ressemble étrangement à... Cipriani. Pour les partisans de Rétif, l’évidence saute aux yeux : il y a double substitution pour renforcer la crédibilité de la supercherie. Cet agent du gouverneur britannique de Sainte-Hélène, serait aussi mort à l’arsenic mais par suicide lorsque son double jeu aurait été découvert !

Revenons au masque mortuaire. Napoléon déclaré mort, le 5 mai 1821 à 17 h 49, sur le conseil de l’épouse du général Bertrand, il est décidé de prendre l’empreinte du visage avant l’autopsie. Mais un problème surgit : pour cela il faut du plâtre. Les tentatives d’Antommarchi, médecin de l’Empereur, d’en faire à partir de statuettes échouant, le docteur anglais Burton se souvient qu’il existe un gisement de gypse, minerai à partir duquel on peut en fabriquer, dans l’îlot proche de George-Island. Le gouverneur Hudson Lowe l’autorise à aller en prélever. Autre problème : ce laps de temps a des conséquences sur le physique de l’Empereur. Alors que le jour du décès le visage avait gardé, selon les témoins, un caractère juvénile, dès le lendemain les traits se sont affaissés. Antommarchi va alors essayer de décourager son confrère, mais Mme Bertrand insiste et Burton s’exécute bien volontiers le 7 mai à 16 h. Après qu’un domestique a préparé le visage, il en effectue un moulage en creux puis un second de la partie arrière du crâne. Le plâtre, étant de mauvaise qualité, il est décidé que le buste complet serait réalisé en Europe L’opération effectuée, il va se reposer. Quand il revient, le lendemain, la première empreinte a disparu. Mme Bertrand s’en est emparée avant de la remettre à Antommarchi qui, dépité mais voulant accréditer sa participation à l’Histoire, avait fini par aider son confrère anglais ! À Burton qui proteste, la comtesse répond que le moulage appartient à la France. Pendant ce temps-là, avec l’aide d’un jeune artiste anglais de passage, nommé Rubidge, le médecin de l’Empereur modèle sur place une demi-douzaine de masques mortuaires dont deux exemplaires seront rapportés en Europe, l’un destiné au sculpteur Canova, l’autre à Madame Mère. Ces ceux-là que l’on peut, semble-t-il observer au Musée de l’Armée et à La Malmaison. Les autres exemplaires reviendront plus tard sur le vieux Continent, dont un dans les valises de Hudson Lowe, en 1828. Ce modèle qui ressemble davantage à une œuvre d’art retravaillée qu’à une représentation réaliste, sera reproduit en grand nombre et vendu par souscription en 1838, à l’initiative d’Antommarchi.

Cependant, il existe, au moins deux autres masques. L’un en cire déposé à Londres paraît bien plus crédible : le visage est bouffi, Napoléon étant obèse à l’approche de la mort. Certains y ont vu le véritable masque de Burton, d’autres imaginent qu’il a été moulé dans la nuit du 5 au 6 mai, après la toilette mortuaire, par le docteur Arnott. Hypothèse gratuite car celui-ci n’a jamais revendiqué un tel acte et on voit mal les compagnons français de Napoléon laisser un Anglais veiller seul le corps de leur idole. Conséquence : on ne connaît pas la provenance de ce masque.

Enfin, à Lausanne se trouve un masque réalisé également en cire, légèrement différent de celui d’Antommarchi, avec poils de barbe et de sourcils, qui provient de l’héritage du valet Noverraz. C’est à partir de cette pièce que l’imagination de Rétif s’enflamme : pour lui aucun doute, c’est le masque de Cipriani… Peu importe que rien n’indique qu’une empreinte du visage de l’ancien maître d’hôtel a été prise et qu’il n’y a aucune relation particulière entre les deux hommes au service de l’Empereur. Le modèle de Burton étant trop laid pour être présenté à la famille, celui de Cipriani a servi à fabriquer le masque dit Antommarchi. Vous suivez ? Quoi qu’il en soit, cela justifie selon Rétif et compagnie, la stupeur des compagnons en découvrant le visage ayant servi de support à leur propre supercherie et leur précipitation à refermer les cercueils.

Depuis lors une sorte de conspiration du silence veille. Tous solidaires, Français et Anglais ont avalisé la supercherie. Pour les premiers, il s’agissait alors rien moins que d’éviter une nouvelle guerre avec le Royaume-Uni ! Les seconds ne voulaient pas être soupçonnés, au mieux d’avoir négligé leur prestigieux prisonnier, au pire d’avoir fait en sorte qu’il ne refasse pas « le coup » de l’île d'Elbe. Depuis, « le secret se passe du bouche à oreille et ceux qui le détiennent ne sont pas près de dire la vérité, qu’il s’agisse du gouvernement britannique, de nos monarques et présidents. Toutes ces forces - dont l’auteur de cette notice -, sont soupçonnés par M. Roy-Henri de faire partie – défendraient une histoire officielle sur fond de préservation de l’Entente cordiale avec la perfide Albion », s’amuse encore le président de la Fondation Napoléon.

Sans oublier, pour pimenter le tout, une histoire de gros sous. « Si on finissait par reconnaître (car il ne s’agit plus de prouver) que Napoléon n’est pas aux Invalides, la fréquentation (1 million de visiteurs par an) s’effondrerait aussitôt, plongeant le musée de l’Armée, l’armée et – pourquoi pas au point où nous en sommes ?- la nation tout entière dans une crise de laquelle on ne serait pas près de se relever ».

« Avant d’être enlevé, Napoléon a été empoisonné à l’arsenic ! »

Corolaire de la thèse de Rétif, Sten Forshufvud, un stomatologiste suédois et Ben Weider, un homme d’affaires canadiens, tous deux passionnés par Napoléon, affirmeront même détenir la preuve de son empoisonnement à l’arsenic grâce à l’analyse de cheveux de l’empereur. René Maury, un professeur en sciences économiques dira la même chose. Le coupable cette fois-ci : sans doute le général de Montholon qui aurait accompagné Napoléon à Sainte-Hélène sur ordre du comte d’Artois avec mission de le supprimer.

Mais il existe tellement de reliques capillaires (et pas toujours compatibles entre elles) qu'on pourrait en faire une perruque. Surtout, Napoléon ne présentait aucun des symptômes les plus caractéristiques d’une intoxication arsenicale et l’on sait que ce poison minéral est présent massivement à Sainte-Hélène, les terres volcaniques en produisant naturellement. Sans compter que l’entretien et la conservation des cheveux coupés étaient souvent assurés par des produits à base d’arsenic. Quant au coupable désigné, non seulement on a du mal à lui trouver un mobile sérieux, mais, on constate, qu’après l’exil, loin d’être remercié, il n’est pas autorisé à rentrer en France. Plus tard, il se mettra au service de… Louis-Napoléon Bonaparte.
Anecdote amusante, si l’on peut dire, Ben Weider et René Maury, aux prises avec les médecins et historiens, n’apprécieront pas vraiment de voir la thèse de Bruno Roy-Henri, s’intercaler dans la promotion de leurs propres œuvres !

Précisons encore que l’autopsie a été pratiquée à la demande de l’Empereur lui-même qui craignait que le mal qui le rongeait ne fut héréditaire. Pour les Anglais, cette autopsie avait un autre enjeu : prouver que ce ne sont pas les conditions de l’exil qui ont tué le prisonnier dont ils avaient la garde. Le rapport d’autopsie du docteur Antommarchi décrit un ulcère qui a lentement perforé la paroi de l’estomac.

Selon Rétif et Roy-Henri, ce serait donc le gouverneur qui aurait « volé » le corps de Napoléon.

Comment s’y est-il pris ?

Selon eux, le gouverneur Lowe est repassé sur l’île en 1828. Ils en concluent donc « logiquement » que c’est lui qui a procédé à la substitution. L’ex-gouverneur aurait donc exhumé Napoléon mais aussi Cipriani, habillé ce dernier avec un uniforme de l’empereur (dix ans après, on imagine que cela n’a pas dû être facile) avant de remettre (mal) les décorations, son chapeau (tout aussi mal) et les boîtes d’argent (encore mal) contenant son cœur et son estomac.
Une fois tout cela terminé, le gouverneur aurait réinhumé « le faux Napoléon » dans la tombe de Sainte-Hélène, alors que le « vrai » aurait été chargé dans les lourds cercueils sur un bateau à destination de l’Angleterre. Toutes ces opérations ont eu lieu, évidemment, sans que personne ne s’en aperçoive, à commencer par les Français mais aussi les employés du port d’habitude si prompts à inventorier la moindre marchandise.
Si aucun document dans les archives de Westminster ne garde le souvenir d’une inhumation c’est évidemment normal puisque le dossier est secret !

Selon les historiens, comment les autres arguments relevés par Rétif s’expliquent-ils ?

Les faits consignés à l’époque n’ont évidemment pas la rigueur d’un PV tel qu’on le conçoit aujourd'hui, et des distorsions sont inévitables, selon les souvenirs de chacun. « Faites un test tout simple », conseille Émilie Robbe, Conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département du XIXe siècle au Musée de l'Armée-Hôtel national des Invalides. « Demandez, par exemple à dix personnes sortant de l'église Saint-Louis-des-Invalides ce qu’ils ont vu, aucun ne décrira exactement la même chose ».

Les arguments

Bas, bottes, éperons, décorations, les historiens démontent un à un les arguments avancés. Contentons-nous des deux plus « importants ».

L’état du corps
Les témoignages l’affirment. Dès le 7 mai 1821, dans l’après-midi, les chairs du visage s’affaissent, au point que la prise de l’empreinte du visage par le docteur Burton, s’avèrera délicate. Le corps commence, en outre, à dégager une odeur incommodante. Autant de phénomènes qui expliquent que l’on procède, sans plus attendre, à l’ensevelissement.

En 1840, on s’attend donc à trouver un corps fortement décomposé. D’ailleurs, l’une des raisons de l’ouverture des cercueils est la nécessité de vérifier, avant de le transporter sur le navire, s’il n’est pas une potentielle source d’infection. La surprise est donc grande de trouver le cadavre, non pas intact comme on le voit trop souvent écrit, mais relativement bien conservé et fort reconnaissable. Les médecins légistes appelés à trancher cette question, évoquent le phénomène d’adipocire, fréquent chez les personnes en surpoids : en l’absence d’air, la graisse se mue en espèce de savon (saponification) et freine la putréfaction. Et si l’exhumé a une légère barbe, alors que l’inhumé était fraîchement rasé, c’est que la rétraction de la peau d’un cadavre peut entraîner l’exfoliation de la racine des poils.

Les jambes fléchies
Le corps est retrouvé exactement dans la position dans laquelle il avait été placé, à l’exception des jambes légèrement fléchies. Cela s’expliquerait par un glissement du corps après qu’il a perd sa rigidité cadavérique.

Pourquoi ne pas rouvrir le tombeau de Napoléon ?

Rouvrir le porphyre de Napoléon est une opération lourde. Pour l’instant, la thèse des substitutionnistes n’est pas suffisamment crédible pour que le ministère de la Défense accède à leur demande. « Rien ne justifie la demande d’une nouvelle identification qui ne serait qu’une profanation inspirée par des sentiments malsains », s’insurge Jacques Macé (1) avant d’expliquer : « par un phénomène psychique troublant, Georges Rétif de la Bretonne s’est persuadé de la véracité du canular qu’il avait monté. Son disciple Bruno Roy Henri a aujourd’hui un raisonnement plus subtil. Il reconnaît quand il le faut les erreurs les plus flagrantes de Rétif, puis reprend ensuite les mêmes affirmations par un autre biais, afin de distiller néanmoins le soupçon et de maintenir le doute (…) ».

En effet, que ce soit Georges Rétif ou Bruno Roy-Henry, l’un comme l’autre ne veut voir les faits dans leur logique. Ils fabriquent une histoire certes très plaisante, qui ferait un bon roman. Un peu comme celle de Jeanne d’Arc et de son évasion du château de Rouen par des souterrains secrets (encore une théorie de substitution et d’Anglais : une autre a été mise à sa place sur le bûcher) : si l’on ne veut pas nous laisser fouiller c’est qu’il y a quelque chose à cacher ! Le problème est que les auteurs de telles thèses affichent la prétention de faire œuvre d’historien, oubliant qu’il n’y a pas d’histoire dans un minimum de recul et de méthode historique.

En l’occurrence, Thierry Lentz le rappelle : « Lorsqu’on les examine en historien, documents à l’appui et sens critique en éveil, les thèses de l’empoisonnement et de la substitution ne reposent que sur l’imagination de leurs créateurs, après détournement du moindre élément scientifique. Elles ne peuvent qu’être réfutées sans appel ».

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Message Publié : 04 Avr 2021 18:19 
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L'auteur en question paraît être Jérôme Estrada. Il est utile de préciser que l'auteur de ce "pensum" ne m'a pas contacté. J'ignore ce qu'il en est, concernant Thierry Lentz et Jacques Macé, mais les citations dont ils sont les auteurs, paraissent anciennes et extraites d'anciens articles de presse.

Si cet article est le bienvenu, on regrettera un certain parti-pris et un manque de clarté concernant l'affaire du masque mortuaire. Cela est assez naturel, car le texte qui a servi de référence semble être celui écrit par Jacques Macé depuis bientôt vingt ans.

Tel quel, l'article en question mérite un droit de réponse. Mais nous ne nous faisons guère d'illusions. Ce droit sera certainement refusé... Il faudra donc plaider, probablement.

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Message Publié : 05 Avr 2021 8:58 
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A priori, cet article a été publié dans le Magazine Tourisme et Patrimoine, supplément numérique de l'Est Républicain
(il semble donc vain d'escompter pouvoir s'en procurer une version papier)
Certains arguments avancés par les "légalistes" proviennent à l'évidence de communiqués anciens de Lentz et Macé
Le parti-pris en faveur de la présence effective de la dépouille mortelle de Napoléon aux Invalides est clair, mais comment pourrait-il en être autrement, en cette année de Bicentenaire ? (personne ne va remettre en doute la version officielle, à fortiori depuis que l'on sait que Macron entend participer à la commémoration)
Solliciter un droit de réponse ne serait en effet pas inutile...
(pour ma part, j'ai profité de la lecture de cet article - au demeurant plutôt bien construit et documenté, signé Jérôme ESTRADA, pour me commander le Hors-série Napoléon publié par L’Est Républicain, le Républicain Lorrain et Vosges Matin)
Enfin, on peut noter qu'un peu curieusement l'auteur de l'article évoque "Jean-Baptiste Cipriani" : on peut là aussi supposer qu'il a emprunté ce nom dans un article de presse précédent, car le patronyme exact de Cipriani est Franceschi... on ne sait pas trop bien d'où sort, ni par qui, ce prénom Jean-Baptiste, Franceschi se prénommait Cipriani, tout simplement (ceci dit, il est fréquent de trouver dans les registres paroissiaux Corses, notamment sur Guagno, le prénom Giovanni Baptista... une francisation en Jean-Baptiste n'est donc pas totalement incongrue, et on pourrait présumer que c'était le prénom du père de Cipriani Franceschi, cela expliquerait pourquoi on retrouve parfois "Jean-Baptiste" sous la plume de certains auteurs)


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Message Publié : 05 Avr 2021 9:41 
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En attendant ma réponse qui ne sera guère différente, mais simplement actualisée, voici celle qui avait été adressée au Souvenir Napoléonien (que ce dernier refusera de publier) :

viewtopic.php?f=13&t=386

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"Qui est à l’origine de la thèse de la substitution ?
Comme souvent en la matière, la thèse de « la substitution » a longtemps été portée par des historiens amateurs, mais elle restait relativement confidentielle et, aux yeux des Français, il n’y avait rien de mystérieux dans la mort de Napoléon, à Longwood, le samedi 5 mai 1821, et dans le destin de sa dépouille, inhumée quatre jours plus tard, avant d’être ramenée en France en 1840. Jusqu’à ce qu’un photographe et journaliste du nom de Georges Rétif de la Bretonnerie publie, en 1969, en pleine célébration du bicentenaire de la naissance de Napoléon, un livre intitulé : « Anglais, rendez-nous Napoléon ! »

A quels "historiens amateurs" l'auteur de cet article fait-il allusion ?
à part Albéric CAHUET et son Manteau de porphyre... je ne vois pas bien :grands yeux:
(mais là encore, il s'agit sans doute d'un emprunt à des articles de presse précédents)


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Message Publié : 05 Avr 2021 14:24 
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On peut citer Charles Nauroy qui nous a mis sur la piste de l'article du Gaulois... et des 12 porteurs ! Laumann, également.

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"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 05 Avr 2021 21:03 
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Bruno Roy-Henry a écrit :
On peut citer Charles Nauroy qui nous a mis sur la piste de l'article du Gaulois... et des 12 porteurs ! Laumann, également.

Ah oui effectivement, Merci ! (je n'avais pas pensé à eux sur le moment) :4:


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 Sujet du message : Droit de réponse
Message Publié : 13 Avr 2021 12:15 
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Dans l'édition numérique du 4 avril 2021, l'Est-Républicain évoque la question : "Est-ce bien la dépouille de Napoléon qui repose aux Invalides ?" . Le signataire de l'article paraît être Jérôme Estrada. Il est utile de préciser que l'auteur de ce "pensum" ne m'a pas contacté. J'ignore ce qu'il en est, concernant Thierry Lentz et Jacques Macé, mais les citations dont ils sont les auteurs, ne sont pas récentes et paraissent extraites d'anciens articles de presse.

Si cet article est le bienvenu, on regrettera un certain parti-pris et un manque de clarté concernant l'affaire du masque mortuaire. Cela est assez naturel, car le texte qui a servi de référence semble être celui écrit par Jacques Macé depuis bientôt vingt ans.


«Dans la foulée, le colonel Dugué Mac Carthy, conservateur au Musée de l’Armée, écrit un long article (Les cendres de l’Empereur sont-elles aux Invalides ? Revue des amis du Musée de l’Armée) dans lequel il analyse scrupuleusement chacun des arguments avancés par Georges Rétif, expliquant les contradictions relevées et, in fine, démontrant l’impossibilité de la substitution. En 1973, l’historien Jean Boisson publie Le Retour des Cendres, ouvrage dans lequel il réglait, définitivement croyait-on alors, le sort de cette théorie.»

Le colonel Mac Carthy a échoué à démontrer l'impossibilité d'une substitution : d'abord, parce qu'il a reconnu que le caveau n'était pas dans le même état, au moment de l'inhumation et de l'exhumation. La présence de deux poutres en bois pour isoler le cercueil du sol, avancée par Marchand et Antomarchi, a été ainsi admise en 1821. En 1840, les deux poutres ont disparu et le témoignage connu en 2003 de Saint-Denis l'a confirmé. Ensuite, le conservateur des Invalides a admis que la caricature mise en avant par Rétif représentait bel et bien Cipriani de profil, malgré une dénomination fautive l'attribuant à Gourgaud. Ces éléments sont toujours omis ou minorés par les légalistes !

«Pour les tenants de cette théorie, il s’agit « évidemment » de briser l’étrange « loi du silence » qui entoure encore ce secret, l’un des mieux gardés de l’Histoire de France. Rétif comme Roy-Henri basent leur argumentaire sur le procès-verbal dressé, le 7 mai 1821 au soir, par Marchand. Le valet de chambre, effectivement, n’y mentionne que trois cercueils emboîtés lors de l'inhumation. Plus que suspect alors qu’au moment de l’exhumation il y en aura quatre ! L’explication est simple selon eux : c’est qu’entretemps les Anglais ont ouvert la tombe de Napoléon pour voler son corps, l’ensevelir au sous-sol de l’abbaye de Westminster après l’avoir remplacé par celui de Cipriani, le maître d’hôtel, mort à Sainte-Hélène.»

Faisons un sort à cette histoire de cercueils. Le PV du 7 mai est rédigé par Marchand, mais il est signé par le général Bertrand et Montholon. Ces deux derniers déclareront la même chose dans leurs écrits. Ni moi, ni Rétif n'avons basé nos raisonnements sur cet indice. C'en est un parmi d'autres. C'est la maligne intention des légalistes d'y revenir sans cesse pour démontrer que nous n'aurions pas suivi la méthode historique. Rappelons que Marchand, en juin 1840, devant la commission scientifique chargée d'examiner les mesures sanitaires pour l'exhumation de Napoléon, évoque toujours trois cercueils ! Cette constance dans l'erreur est tout de même surprenante. L'explication d'un cercueil supplémentaire parvenu seulement le 8 mai n'explique pas l'inversion dans l'ordre des cercueils. En 1840, on trouve d'abord un cercueil en acajou, ensuite un autre en plomb, encore un en acajou, avant d'arriver au cercueil en fer blanc.
En 1821, un cercueil en acajou, l'autre en plomb et enfin le fer blanc...

Rétif, en ce qui le concerne, a conçu ses premiers soupçons sur la comparaison des masques mortuaires, savoir celui signé Antomarchi (le masque officiel de Napoléon, mais faux) et celui exposé au Royal United Museum Service Institute à Londres, de 1939 à 1972. Ce musée londonien possèdait un moulage crédible : le visage est bouffi, Napoléon étant obèse à l’approche de la mort. Plus connu aujourd'hui sous le nom de Rusi Mask. Ce dernier a été authentifié par le Pr Lucotte qui a trouvé des poils pris dans le plâtre de ce masque et dont l'ADN est bien celui de Napoléon.


«D’autres contradictions dans les témoignages apportent de l’eau à leur moulin, notamment concernant les décorations qui ne concordent pas entre 1821 et 1840. Rétif et Roy-Henri évoquent encore les dents de l’exhumé « extrêmement blanches », alors que celles de Napoléon étaient réputées être « très vilaines », la disparition des bas de soie, l’absence d’éperon et enfin les deux vases contenant le coeur et l’estomac, qui, censés avoir été déposés aux coins du cercueil, se retrouvent entre les jambes... »

Les contradictions entre les témoignages de 1821 et ceux de 1840 sont au nombre d'une trentaine, ce qui est beaucoup. Laissons de côté les dents qui auraient été bien conservées chez Napoléon, leur aspect noirâtre provenant de son habitude à sucer du réglisse. La disparition des bas de soie, l'absence des éperons, et surtout les bottes ouvertes à leur extrémité en 1840, laissant dépasser les orteils de chaque côté, sont tout de même des indices très forts d'une manipulation !


«Tous les témoins confirment les quatre cercueils dans leurs mémoires. Pas d’ambiguïté non plus dans les rapports officiels du gouverneur Lowe. Alors comment expliquer l’erreur du valet de chambre Marchand ? Elle ne s’explique pas… puisque, tout simplement elle n’existe pas. Il n’a bien vu que trois cercueils ! Et pour cause, le quatrième n’a pas été encore livré au moment où il rédige son PV, le 7 mai. Le tapissier « agent de pompes funèbres », Andrew Darling explique le retard par la difficulté de trouver de l’acajou sur l’île de Sainte-Hélène (une table de salle-à-manger sera finalement trouvée et découpée).»

Hudson Lowe évoque trois cercueils : un cercueil simple, doublé de fer blanc, un autre en plomb et un d'acajou.

«Ramené aux Invalides, le sarcophage d’ébène y est exposé vingt ans avant d’être placé dans celui de porphyre où il se trouve depuis. Aucun document, aucun témoignage digne de foi n’indique qu’il ait été ouvert depuis le 15 octobre 1840 ! »

Erroné, puisque le journal le Gaulois évoque un cercueil vide en septembre 1887, dans une suite d'articles, pendant une semaine. Il fait allusion aux douze porteurs, chiffre insuffisant pour porter le sarcophage d'ébène, lourd de près de 1 200 kg (translation du sarcophage le 2/4/1861) ! Soit 100 kg par porteur... Pas impossible pour des athlètes, mais invraisemblable dans le contexte d'une cérémonie officielle. Sauf si le sarcophage a été réduit à son propre poids, sans les cercueils de Sainte-Hélène, soit 750 kg !

«Pendant ce temps-là, avec l’aide d’un jeune artiste anglais de passage, nommé Rubidge, le médecin de l’Empereur modèle sur place une demi-douzaine de masques mortuaires dont deux exemplaires seront rapportés en Europe, l’un destiné au sculpteur Canova, l’autre à Madame Mère. Ces ceux-là que l’on peut, semble-t-il observer au Musée de l’Armée et à La Malmaison. Les autres exemplaires reviendront plus tard sur le vieux Continent, »

La version officielle concernant la traçabilité du masque Antomarchi ne tient pas la route. Personne n'a pu prouver qu' Antomarchi aurait réalisé six essais avec l'aide du peintre Rubidge à Sainte-Hélène. Ce sont là des affirmations sans preuve qui violent la sacro-sainte méthode historique !

Rien n’indiquerait qu’une empreinte du visage de l’ancien maître d’hôtel a été prise. Sauf que la caricature d'Ibbetson (on y voit Napoléon et quatre personnages de sa suite) représentant Cipriani existe bel et bien et qu'elle se superpose assez bien avec le profil du masque Antomarchi. La circonstance que cette caricature a été erronément légendée comme étant celle de Gourgaud ne renverse pas l'argument : Gourgaud avait des favoris et n'avait pas les cheveux raides, ni le nez caractéristique de la caricature et du masque Antomarchi, comme le personnage croqué par Ibbetson.


«Pour les premiers, il s’agissait alors rien moins que d’éviter une nouvelle guerre avec le Royaume-Uni ! Les seconds ne voulaient pas être soupçonnés, au mieux d’avoir négligé leur prestigieux prisonnier, au pire d’avoir fait en sorte qu’il ne refasse pas « le coup » de l’île d'Elbe.»

Le danger d'une guerre avec l'Angleterre pour le contrôle de l'Egypte, était patent. Thiers était prêt à la déclarer. Comme Louis-Philippe a refusé de le suivre, celui-ci a dû démissionner. On ne comprend guère l'ironie des légalistes à ce sujet, sinon qu'ils sont prêts à tout pour discréditer la thèse de la substitution.

«Anecdote amusante, si l’on peut dire, Ben Weider et René Maury, aux prises avec les médecins et historiens, n’apprécieront pas vraiment de voir la thèse de Bruno Roy-Henri, s’intercaler dans la promotion de leurs propres œuvres ! »

Ceci est faux, René Maury a longuement correspondu avec moi et m'accordait son estime. Quant à Ben Weider, après des débuts difficiles, il m'a finalement nommé membre d'honneur de la Société Napoléonienne Internationale, quelques jours avant son décès. Mais, les légalistes n'en sont pas à un mensonge près !

«Les faits consignés à l’époque n’ont évidemment pas la rigueur d’un PV tel qu’on le conçoit aujourd'hui, et des distorsions sont inévitables, selon les souvenirs de chacun. « Faites un test tout simple », conseille Émilie Robbe, Conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département du XIXe siècle au Musée de l'Armée-Hôtel national des Invalides. « Demandez, par exemple à dix personnes sortant de l'église Saint-Louis-des-Invalides ce qu’ils ont vu, aucun ne décrira exactement la même chose ». »

Sans-doute, mais les compagnons de Napoléon n'étaient pas exactement du tout-venant ! Et si on s'en tient aux propos de Mme Robbe, enquêter sur les faits historiques devient impossible, puisqu'il ne faudrait plus tenir compte des témoignages contradictoires, sans les rapporter à la doxa historique, définie par les mandarins de l'Université...

«Les arguments :
Bas, bottes, éperons, décorations, les historiens démontent un à un les arguments avancés. ».

Aucun historien n'a démonté un à un les arguments avancés. Seul, Jacques Macé s'y est risqué, d'une manière expéditive et limitée, en tronquant les citations. Nous l'avons constaté pour l'affaire des cercueils. A ce propos, notons d'ailleurs que Marchand comme le capitaine Marryat, dessinent le cercueil de 1821, comme beaucoup plus court que la plateforme du corbillard sur lequel il repose, au moins 10 cm de battement à chaque extrémité. Malheureusement, il ne s'en faut que de 9 cm pour que celui de 1840 puisse y loger : cette plateforme mesure 1,98 m et le cercueil 1,91. Il ne devait donc, en 1821, y avoir que 4,5 cm à chaque extrémité, mais ce n'est pas ainsi que deux témoins oculaires l'ont dépeint...

Enfin, le plus important : répétons-le, en 1821, Marchand décrit le cercueil posé sur deux poutres en bois au fond du caveau, Version corroborée par Antomarchi et Saint-Denis. En 1840, il repose à plat sur une dalle de pierre, avec les cordages qui ont servi à le descendre, coincés sous lui.


«En effet, que ce soit Georges Rétif ou Bruno Roy-Henry, l’un comme l’autre ne veut voir les faits dans leur logique. Ils fabriquent une histoire certes très plaisante, qui ferait un bon roman. Un peu comme celle de Jeanne d’Arc et de son évasion du château de Rouen par des souterrains secrets (encore une théorie de substitution et d’Anglais : une autre a été mise à sa place sur le bûcher) : si l’on ne veut pas nous laisser fouiller c’est qu’il y a quelque chose à cacher ! Le problème est que les auteurs de telles thèses affichent la prétention de faire œuvre d’historien, oubliant qu’il n’y a pas d’histoire dans un minimum de recul et de méthode historique.»

Cette conclusion péremptoire semble tirée d'un discours de la méthode pour handicapé, mais "raisonne" comme un tambour. Il n'y a rien de fabriqué : quasiment tous nos éléments reposent sur des témoignages ou des documents. M. Lentz ne va jamais au fond des choses et se contente de calomnier les auteurs qu'il entend couler à fond. Si ce n'est pas de la diffamation, cela y ressemble beaucoup...

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