L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 20 Mars 2016 11:27 
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Le Retour des Cendres - Récit de Marchand (extraits).

Le manuscrit se présente sous la forme de grandes feuilles, assez épaisses, reliées deux par deux, avec une grande marge et des lignes tracées soigneusement. La partie concernant la vie de Marchand de 1840 à la fin du Second Empire est notée à partir de la liasse 541 (105 barré) au crayon et va jusqu'au chiffre 576 (119 barré). Les chiffres barrés se succèdent à plusieurs reprises en repartant de zéro. Il semble (à vérifier au musée de la Malmaison) que c'est une seconde partie, la première étant certainement celle concernant ce que l'on a nommé "Mémoires de Marchand", publiés d'abord par Bourguignon, puis par le commandant Henri Lachouque. Il est curieux que les deux parties aient été scindées, la 1ère partie restant dans les mains de la famille jusqu'en 1950, l'autre ayant été acquise ou reçue par Frédéric Masson. Bien que ce dernier ait avancé qu'il avait eu le manuscrit des mémoires entre ses mains, pour estimer qu'il ne contenait rien de captivant et présentait un intérêt limité, on peut en conclure qu'il ne l'a pas conservé longtemps par-devers lui, contrairement à la seconde partie.

Le récit débute par la nouvelle de l'expédition projetée pour ramener le corps de Napoléon de Sainte-Hélène, connue le 13 mai 1840, par l'inscription du discours du ministre de l'Intérieur Charles de Rémusat au Moniteur. Nous en avons extrait ce qui suit :

544 - (168 barré) - f.7 (audition par la commission scientifique pour examiner les mesures à prendre en vue de la conservation du corps) :

"Rassurés tout à fait sur la crainte qu'ils m'avaient témoigné, ils me demandèrent alors dans quel (sic) condition l'empereur avait été mis dans son cercueil. Je leur donnais quelques détails sur l'entreprise, le corps n'avait pas été embaumé, mais seulement lavé d'une eau préparée, que revêtu de l'uniforme des Chasseurs de la Garde Impériale il avait été exposé sur son lit de parade, que le temps était chaud que la garnison et un grand nombre de personnes étaient passées par la chapelle ardente, que ce n'était que le 8 au matin (1) qu'il avait été mis dans son cercueil et que dans cet état il y avait déjà un peu d'odeur (2).

Que le premier cercueil en fer blanc doublé de satin blanc avait été soudé avec soin, [que celui-ci conformé dans un cercueil d'acajou avait été déposé--------] (3) dans un cercueil de plomb dont les soudures furent soignées comme [les premiers] et que tous ensemble avaient été mis dans un cercueil d'acajou dont le couvercle était attaché avec des visses à tête d'argent."

f.8 Bauduin, ancien officier de cavalerie, ancien camarade de classe de Marchand, ordonnateur des Pompes Funèbres : "Il vint me trouver pour connaître la dimension que l'on pourrait donner à ce cercueil (4) afin que celui de Sainte-Hélène put y entrer si on le trouvait intact (5). Je me rendis avec lui à l'Administration où l'on me fit voir ce qui c'était fait de plus grand dans ce genre celui du Duc de Trévise (6). Il me parut surpassé dans sa proportion celui de l'Empereur toutes les enveloppes réunies [...]"

Relate ensuite les mesures du cercueil de fer blanc trop court pour y loger l'Empereur coiffé de son chapeau.

"Que partant de cette mesure et donnant quelques grandeurs de plus pour l'enveloppe de chêne, celle de plomb et enfin un cercueil d'acajou qui enveloppait le tout, il me restait démontré que le cercueil à Sainte-Hélène, n'atteignait pas une proportion plus grande que celui que l'on me présentait (7).

573 - f.64 Exhumation proprement dite : "La grille, les dalles tous ces objets avaient été mis de côté, dix pieds de terre étaient enlevés lorsque l'on rencontra la maçonnerie enduite d'une couche de ciment romain, l'on crut que c'était le sarcophage de pierre, je dis au capitaine Alexander près de qui je me trouvais ; détrompez-vous ce n'est que la maçonnerie qui recouvre la pierre principale du caveau, les difficultés allaient commencer. Pour que les travaux continuassent sans interruption les ouvriers se relayaient d'heure en heure, la solidité de la maçonnerie que l'on rencontrait était telle qu'elle refusait l'entame qu'on cherchait à faire soit par la pioche, soit par le ciseau, le capitaine dirigeant les travaux, craignait de les voir arrêté par cet obstacle, tout en ordonnant la continuation--------------- fit immédiatement pratiqué une tranchée dans le côté pour atteindre le cercueil, si par impossible on ne pouvait y arriver autrement, les deux opérations marchèrent ensemble mais la maçonnerie ayant cédé aux coups redoublés du ciseau, un joint s'ouvrit et permit l'introduction d'une pince entre les pierres liées entre elles par des ténons de fer, elles cédèrent lentement et pour parties puis furent toutes enlevées après plusieurs heures d'un travail très laborieux. A 9 h1/2 on était arrivé à la véritable dalle recouvrant le sarcophage, les travaux sur le côté furent abandonnés.

Deux anneaux furent scellés sur la dalle, les bords qui touchaient les parois du mur en maçonnerie, furent dégagés, et une chèvre apportée pour procéder à son enlèvement, comme précédemment elle avait été descendue. Tout ayant pris fin, les travaux furent suspendus, chacun fut se revêtir de son uniforme (...).

Le cercueil placé à une profondeur de dix pieds français était absolument dans le même état où nous l'avions mis vingt ans auparavant, les sangles qui avaient servi à le descendre étaient étendues à terre comme si elles venaient d'y être déposées (8) aucun indice d'altération ne se laissait apercevoir au cercueil-------d'acajou, les visses à tête d'argent avaient conservé leur brillance. Les travaux en maçonnerie cimentée l'avaient préservé de l'humidité (...) Douze soldats du 93ème le prirent sur leurs épaules (...)."

574 - f.65 "Qu'allions-nous trouver sous cette faible enveloppe qui nous séparait de l'Empereur ? ou de ce qui pouvait rester de lui. L'âme comme on le pense bien était fortement oppressée. En ce moment les portières de la tente se soulevèrent et nous vîmes entrer le gouverneur, son fils, son aide de camp (9) avec eux était M. Troussard, officier d'ordonnance du Prince, envoyé par S.A.R pour connaître des causes du retard apporté à la cérémonie. La dernière opération restait à faire, elle se fit devant eux (10). La plaque de fer blanc coupée au ciseau avec beaucoup de précautions fut enlevée et nos regards se fixèrent sur un linceul blanc qui nous cachait entièrement l'Empereur. Sur le moment je ne me rendis pas compte de ce que ce pouvait être et mon esprit s'en inquiéta, mais nous reconnûmes aussitôt que c'était la doublure en satin ouatée qui s'était détachée du couvercle le recouvrant de la tête aux pieds. Le Dr Guillard car lui seul toucha et palpa l'Empereur, prit l'étoffe vers les pieds et la roulant religieusement avec soin jusqu'à la tête nous découvrit l'Empereur parfaitement conservé. Il semblait reposer paisiblement dans une gaze blanche à travers laquelle nous l'apercevions habillé de l'uniforme si connu des Chasseurs de la Garde Impériale. De quels sentiments d'admiration et de bonheur nos âmes oppressées ne furent-elles pas saisies en face de ce corps respecté par la mort même, qui depuis 20 ans,ne vivait plus que de l'air des tombeaux et dont les mains semblaient appartenir à un être existant , tant elles étaient parfaitement belles.

f.66 Pressés autour du cercueil nous écoutions les observations du Dr Guillard sur toutes les parties qu'il touchait. Un seul coup d'oeil m'avait suffit (sic) pour reconnaître et dire que rien n'avait été touché. On retrouvait cette belle tête de l'Empereur qu'avec tant de ménagement nous avions posé sur son oreiller, la figure était un peu parcheminé (sic) une des narines un peu altérée, mais ses paupières et ses sourcils parfaitement conservés. La barbe était prononcée, et la bouche légèrement contractée laissant voir trois des belles dents qui la garnissait. La main gauche était restée dans la position que lui avait donné le général Bertrand la baisant avant que l'on ferme le cercueil. Une bouffissure s'était emparée de toute la personne de l'Empereur, elle avait replacé dans sa figure les traits que nous avions connus et effacés ceux du Consul amenés par la maladie et la mort qui s'en était saisi. Les mains étaient remarquables par la pose gracieuse et le rosé de leur chair, celle de droite entre le corps et le cercueil était moins apparente que celle de gauche ; rien d'altéré dans les vêtements, dans le chapeau et les décorations (11), le grand cordon avait conservé------------sa couleur, les bottes ayant manqué dans les coutures au bout des pieds ceux-ci s'apercevaient un peu, les vases qui contenaient le coeur et l'estomac et les pièces d'argenterie et de monnaies que nous avions enfermés avec lui étaient encore là, éparses et brillantes. Seulement tout cela s'apercevait comme à travers une gaze, résultat d'une humidité concentrée qui ne peut s'échapper.

L'identité ne pouvait faire doute pour personne (12), le comte de Chabot ne voulut pas exposer plus longtemps le corps au contact de l'air, après un examen de 2 minutes [le satin ouaté sur lequel on jetta de la créosote fut (passage remanié)] étendu sur le corps de l'Empereur, puis avec les précautions la plus minutieuse on procéda immédiatement à la fermeture et à la soudure des divers cercueils, on assujettit l'ancien cercueil de plomb dans celui apporté de Paris avec des coins pour qu'il n'éprouva pas d'ébranlement dans les différents transbordages, le sarcophage fermé, on l'enveloppa de celui en chêne pour le préserver des avaries qu'il pourrait recevoir dans un aussi long voyage." Suite jusqu'à 576 du manuscrit (119 barré) f.67. (13).

Notes :

1- Marchand écrit que le cercueil ne fut enfermé que le 8 au matin. C'est probable pour le cercueil en plomb. Pour celui en acajou, les récits divergent.
2- Mais si l'on suit à la lettre l'évocation d'une odeur ce même matin, ce serait donc le 8 que l'Empereur aurait été soustrait à la vue des vivants !
3- [...] Signifie ici que ce passage a été gratté et réécrit. On ne distingue que "déposé dans un cercueil de plomb", mais avec un intervalle.
4- le sarcophage en ébène fabriqué à Paris en 1840. Marchand ne donne aucune dimension.
5- Le cercueil extérieur en acajou fabriqué en 1821.
6- le maréchal Mortier, tué lors de l'attentat de Fieschi.
7- D'après l'estimation de Marchand, le modèle présenté avait bien une dimension plus grande que le cercueil extérieur en acajou. Mais sa description des cercueils de Sainte-Hélène mentionne étonnamment une enveloppe de chêne à la suite de celle en fer blanc !
8- Marchand ne mentionne nullement des sangles en 1821, mais seulement des cordes sans noter qu'elles soient restées dans le tombeau.
9- Comme par hasard, le gouverneur apparaît au moment crucial ! C'est évidemment tout, sauf un hasard !
10- Marchand est le seul à mentionner l'apparition du Commandant Troussard en compagnie du gouverneur, preuve -si besoin en était- de la parfaite entente entre les autorités orléanistes et "victoriennes"...
11- Les descriptions des autres témoins (Guillard, Gourgaud, Saint-Denis, sont plus nuancées et plus précises.
12- Pourtant, Gourgaud (notamment) fait état de murmures et du souhait de certains d'effectuer des vérifications supplémentaires.
13- L'ensemble de ce récit ressort plutôt du plagiat, avec des emprunts à Chabot, Guillard et Las Cases, plutôt que d'une relation sincère et spontanée...

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Message Publié : 20 Mars 2016 17:37 
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Voilà un condensé très précis et très complet qui a le grand mérite de mettre en exergue les différentes zones d'ombre.
C'est une excellente base de travail et un bon outil de vulgarisation à la fois.

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Message Publié : 08 Jan 2017 10:48 
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Le temps semble venu de rendre public ces récits.

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Message Publié : 08 Jan 2017 17:19 
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oui....

selon Marchand :

"Que le premier cercueil en fer blanc doublé de satin blanc avait été soudé avec soin, [que celui-ci conformé dans un cercueil d'acajou avait été déposé--------] (3) dans un cercueil de plomb dont les soudures furent soignées comme [les premiers] et que tous ensemble avaient été mis dans un cercueil d'acajou dont le couvercle était attaché avec des visses à tête d'argent."

==> donc, si l'on compte l'enveloppe en acajou dans laquelle le 1er cercueil en fer blanc s'est en quelque sorte emboité, cela fait bien 4 cercueils

cela ferait tomber en quelque sorte la thèse de Rétif et par voie de conséquence de BRH (sauf erreur de ma part) consistant à dire qu'il y avait 3 cercueils en 1821 et que l'on en retrouve 4 en 1840

"Un seul coup d'œil m'avait suffit (sic) pour reconnaître et dire que rien n'avait été touché. On retrouvait cette belle tête de l'Empereur qu'avec tant de ménagement nous avions posé sur son oreiller..."

==> Marchand reconnait bien l'Empereur , donc soit il est parfaitement de bonne foi, soit il ment


:VE:


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Message Publié : 08 Jan 2017 18:27 
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Oui, Barthélémy, mais en juin 1840 encore, Marchand disait "trois cercueils" !

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Message Publié : 08 Jan 2017 18:53 
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BRH :

"Oui, Barthélémy, mais en juin 1840 encore, Marchand disait "trois cercueils" !"

effectivement, c'est pourtant vrai...

Mais Bruno, vous savez bien mieux que moi qu'en 1850 et au-delà, on lui reprochait de ne plus avoir toute sa tête !!

:VE:


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Message Publié : 08 Jan 2017 19:08 
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En 1850 ? Je ne sais pas... Après 1860, il est clair que Marchand est sensible aux honneurs.

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Message Publié : 08 Jan 2017 22:19 
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"En 1850 ? Je ne sais pas... Après 1860, il est clair que Marchand est sensible aux honneurs"

qui ne le serait pas.... comme disait Napoléon "les français, donnez leur des hochets"

il était au soir de sa vie, et puis il ressort des inédits que vous produisez Bruno que Napoléon III avait de la considération pour lui, de l'empathie

Maintenant, ce qui importe de savoir, c'est dans quelle mesure ces inédits sont exploitables, dans le sens de la substitution ??

:VE2:


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Message Publié : 09 Jan 2017 0:34 
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Il est facile de faire taire certains :ah!?:

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Né dans une île pour aller mourir dans une île, aux limites de trois continents ; jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes

Châteaubriand


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Message Publié : 09 Jan 2017 11:08 
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Maria Kel a écrit :
Il est facile de faire taire certains :ah!?:


Par contre, c'est la croix et la bannière pour en faire taire d'autres ! :bah: :16:

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