L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 10 Sep 2004 9:38 
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Les ordres donnés à Villeneuve -une fois réfugié à Cadix- étaient de rallier Naples avec les forces combinées franco-espagnoles. Il ne devait engager le combat que s'il estimait pouvoir bénéficier de la supériorité numérique.

Apprenant son rappel et son remplacement par l'amiral Rosily, Villeneuve perd la tête et décide de sortir, sachant que Nelson ne dispose plus que de 27 vaisseaux alors qu'il en a 33. Mais lui-même considère les vaisseaux anglais comme valant 2 espagnols.

Ceux-ci sont au nombre de 16 et ne peuvent donc "retenir" que 8 vaisseaux anglais. Donc, Villeneuve se retrouve avec 17 vaisseaux français contre 19 anglais. Et il est certain que les équipages anglais sont meilleurs que les Français!

Au lieu de laisser les vaisseaux espagnols en un seul bloc autour duquel il pourrait manoeuvrer, Villeneuve les mélange à ses propres vaisseaux. Après être sorti de cadix en direction du détroit de Gibraltar, Villeneuve constate que son arrière-garde va être rattrappée par Nelson; il commet l'erreur de faire demi-tour, occasionnant de nombreux désordres dans la file de ses vaisseaux.

Ainsi, Nelson n'a plus qu'à attaquer sur 2 colonnes pour tronçonner la ligne de file des franco-espagnols, afin d'écraser ses trois tronçons les uns après les autres.

En effet, c'est ce qui se passe; et l'avant-garde de Dumanoir, formée de 7 vaisseaux, ne revient pas pour porter secours au gros de la flotte (sauf un).

La suite est inévitable, car les canonniers anglais -mieux exercés- tirent mieux et plus vite surtout par gros temps (les vaisseaux roulant et tanguant constituent une mauvaise plate-forme de tir, sauf si les canonniers savent compenser les mouvements du navire)!

En conclusion, le désastre de Trafalgar doit très peu aux ordres de Napoléon. L'essentiel de la responsabilité du désastre revient à Villeneuve qui a outrepassé ses instructions, par vanité et par désespoir...


Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 07 Avr 2006 15:23, édité 1 fois.

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Message Publié : 13 Nov 2004 23:56 
Bruno Roy-Henry a écrit :
En conclusion, le désastre de Trafalgar doit très peu aux ordres de Napoléon. L'essentiel de la responsabilité du désastre revient à Villeneuve qui a outrepassé ses instructions, par vanité et par désespoir...


Bonsoir,

Napoléon est responsable de la défaite, en tant que chef d'Etat. Pour éviter que des subordonnés n'agissent à leur guise, Napoléon aurait du placer des hommes compétents en lieu et place de Villeneuve. . .

Voici un très bon lien : http://www.napoleon.org/fr/salle_lectur ... _oct04.asp

Amicalement


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Message Publié : 22 Oct 2005 10:15 
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Je reviens sur cette question, le lendemain du bicentenaire, marqué dans tout le Commonwealth par les cloches sonnant à toute volée !

La flotte combinée commandée par Villeneuve ne pouvait pas gagner cette bataille. Néanmoins les dispositions de l'Amiral français auraient pu être un peu plus judicieuses.

Il avait pressenti la manoeuvre de Nelson. Pourquoi n'avoir pas tenté de mieux y suppléer ?

Il aurait dû marcher sur deux lignes parallèles: la 1ère, composée de ses meilleurs marcheurs (13 à 14 vaisseaux français et 3 à 4 vaisseaux espagnols), ce qui faisait une 1ère ligne de 16 à 18 vaisseaux, destinés à foudroyer les têtes de colonne de Nelson et Collingwood.

La seconde ligne, celle des mauvais marcheurs, aurait comporté 15 à 17 vaisseaux essentiellement espagnols.

En cas de rupture de la 1ère ligne, celle-ci aurait manoeuvré pour éviter d'être immobilisée par les vaisseaux de Nelson et aurait pu se porter au secours des vaisseaux les plus menacés, tout en faisant subir le maximum d'avaries possibles aux Anglais, les rendant moins manoeuvrant !

Même ainsi, la victoire aurait été plus que douteuse, mais au moins, l'honneur de nos armes aurait été mieux soutenu. Et davantage de vaisseaux alliés auraient pu rentrer au port de Cadix...


Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 27 Oct 2005 21:42, édité 1 fois.

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Message Publié : 23 Oct 2005 21:22 
Il est à noter que Villeneuve se sentait indigne de ce commandement et des responsabilités écrasantes qu'il supposait.
Dans une lettre adressée à son épouse quelques jours avant le désastre, il implorait le Ciel de ne pas faire de lui l'instrument d'une défaite qui flétrirait à jamais son nom et son honneur.
Hélas pour lui, il ne fut pas entendu... :6:


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 Sujet du message : Rapport de Lucas
Message Publié : 03 Nov 2005 14:58 
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Rapport sur la bataille de Trafalgar (21 octobre 1805), par le capitaine Lucas, commandant le Redoutable
(Article de LUCAS Jean-Jacques-Etienne (1764-1819), capitaine de vaisseau )







Le Capitaine Jean-Jacques-Etienne Lucas (1764-1819) fit un rapport de sa participation au combat de Trafalgar, à la tête du Redoutable (un vaisseau de 74) au ministre de la Marine Decrès. Peu après la bataille, il fut emmené comme prisonnier en Angleterre et rentra en France en 1806 à la suite d'un échange de prisonniers. Son courage lors de cette bataille lui valut d'être reçu à Saint-Cloud le 4 mai 1806 par l'Empereur, qui lui accorda les insignes de Commandant de la Légion d'honneur. Il se distingua également lors des attaques anglaises conduites par l'amiral Cochrane, dans la rade de l'île d'Aix, en avril 1809. Lucas fut admis à la retraite en 1816.



"Le 21, au point du jour, on aperçut l'ennemi au vent, c'est-à-dire l'O.-S.-O., il venait peu et la mer était toujours houleuse, l'armée combinée était répandue à peu près O.-N.-O., les vaisseaux étaient très dispersés et ne formaient qu'une ligne apparente, l'ennemi était aussi sans ordre, mais manoeuvrait pour se rallier ; sa force fut alors bien reconnue et on distinguait vingt-sept vaisseaux dont sept à trois ponts, quatre frégates et une goélette.

Vers les sept heures du matin, l'Amiral [Villeneuve] signala de former la ligne de bataille dans l'ordre naturel, les amures à tribord ; j'abandonnai alors la position que j'avais occupée une aprtie de la nuit et je virai de bord pour aller prendre celle qui m'était assignée dans l'ordre de bataille, j'en étais fort éloigné ; cependant à huit heures je parvins à prendre mon poste, à neuf heures l'ennemi se forma en deux pelotons et se couvrit de voiles, même de ses bonnettes, et laissa arriver sur notre armée avec une petite brise de l'O.-S.-O. L'Amiral jugeant que l'ennemi voulait porter ses efforts sur notre arrière-garde fit virer l'armée lof pour lof à la fois. Dans ce novuel ordre, le Redoutable dut se trouver le troisième dans les eaux du Bucentaure, je m'empressai en conséquence de me mettre derrière ce vaisseau, laissant entre lui et moi l'espace nécessaire aux deux vaisseaux qui devaient me précéder ; l'un n'était pas très éloigné de son poste et l'autre ne manoeuvrait pas pour prendre le sien et se trouvait de beaucoup sous le vent de la ligne qui commençait à se former en avant de l'Amiral.
Vers les onze heures du matin, les deux pelotons de l'armée ennemie approchaient de notre armée, précédés l'un du vaisseau à trois ponts le Royal Souverain, monté par le vice-amiral Collingwood, l'autre par le Victory de la même force, monté par l'amiral Nelson, et le Téméraire, de cent dix canons, manoeuvrait pour attaquer notre corps de bataille.

A onze heures et demie, les vaisseaux de notre arrière-garde commencèrent à tirer sur le Royal Souverain. Ce vaisseau nous envoya de loin quelques coups de canon auxquels je ne voulus pas répondre, j'étais toujours dans les eaux de l'amiral français, mais il restait entre lui et moi une distance que ne fermaient pas les deux vaisseaux qui devaient me précéder : l'un était trop sous le vent pour prendre son poste et l'autre, que j'ai dit n'en être pas très éloigné, s'en était beaucoup écarté en arrivant pour tirer sur le Royal Souverain qui était à plus de demi-portée.

Le peloton conduit par l'amiral Nelson approchait de notre corps de bataille, les vaisseaux à trois ponts qui le précédaient manoeuvraient ostensiblement pour enveloper le vaisseau amiral français ; l'un d'eux cherchait à lui passer en poupe. Aussitôt que j'eus reconnu cette intention, certain d'ailleurs que mes deux matelots ne pouvaient plus venir prendre leur poste, je fis mettre mon beaupré [mât à l'avant du navire, pointé et presque horizontal] sur la poupe du Bucentaure, très décidé à sacrifier mon vaisseau pour la défense de l'Amiral. [...] A onze heures et demie,
l'armée ennemie arbora son pavillon. Celui du Redoutable le fut de manière imposante, les fifres et tambours battaient au drapeau, les mousquetaires présentaient les armes.

Le peloton ennemi qui se dirigeait sur notre corps de bataille se trouva à notre portée : le vaisseau le Bucentaure et son matelot d'avant commencèrent le feu. Je fis monter sur le gaillard [sorte de pont sur le pont principal d'un navire mais ne faisant pas toute sa longueur] une grande partie des chefs de pièce, je leur fis remarquer combien nos vaisseaux tiraient mal, tous leurs coups portaient trop bas. Je les engageai à tirer à démâter et surtout à bien pointer. A onze heures trois quarts le Redoutable commença à tirer par un coup de canon de la 1ère batterie qui
coupa la vergue du petit hunier du vaisseau le Victory qui gouvernait sur le mât de misaine du Redoutable, alors des cris de joie retentirent dans toutes les batteries. Notre feu fut bien nourri ; en moins de dix minutes, le même vaisseau fut démâté de son mât d'artimon, de son petit mât de hune et de son grand mât de perroquet, je serrai toujours de si près le Bucentaure qu'on me cria plusieurs fois que j'allai l'aborder ; effectivement le beaupré du Redoutable toucha légèrement le couronnement de sa poupe, mais j'assurai qu'il n'y avait rien à craindre.

Les avaries du Victory ne changeaient rien à l'audacieuse manoeuvre de l'amiral Nelson ; il persistait toujours à vouloir couper la ligne en avant du Redoutable, en menaçant de nous aborder si nous nous y opposions. La grande proximité de ce vaisseau, suivi par le Téméraire, loin d'intimider notre équipage ne fit qu'augmenter son courage et pour prouver à l'amiral anglais que nous ne redoutions pas son abordage, je fis hisser les grappins à toutes vergues.

Le vaisseau Victory, n'ayant pu parvenir à passer en poupe de l'amiral français, nous aborda de long en long, nous débordant de l'arrière de manière que notre dunette se trouvait par le travers et à la hauteur de son gaillard d'arrière. Dans cette position, les grappins furent jetés à son bord, ceux de derrrière furent coupés, mais ceux d'avant résistèrent, nos bordées furent déchargées à bout portant. Il en résulta un carnage horrible.

Nous continuâmes à nous canonner pendant quelque temps ; nous parvenions avec les écouvillons à corde à charger quelques pièces, plusieurs furent tirées à longueur de brague, ne pouvant les prolonger aux sabords qui étaient masqués par les flancs du Victory et au moyen des armes à feu, par ses sabords, nous empêchions l'ennemi de charger ses canons, il avait fini de tirer sur nous.

Quel jour de gloire pour le Redoutable s'il n'eût eu à combattre que le Victory ! Enfin les batterie de ce vaisseau, ne pouvant plus nous résiter, avaient cessé leur feu, je m'aperçus qu'il se disposait à venir à l'abordage, les ennemis se portaient en foule sur nos gaillards, je fis sonner les trompettes, signal convenu par nos divisions d'abordage. Elles montèrent avec un tel ordre, les officiers en tête de leur compagnie, qu'il semblait que ce n'était qu'un exercice. En moins d'une minute, nos gaillards furent couverts de gens armés qui se dispersèrent sur la dunette, sur les bastingages et dans les haubans.

Il s'engagea alors un combat vif de mousqueterie dans lequel l'amiral Nelson combattait à la tête de son équipage. Notre feu devint si rapide, et fut tellement supérieur au sien, qu'en moins de quinze minutes nous fîmes taire celui du Victory, plus de deux cents grenades furent jetées à son bord. Les gaillards furent jonchés de morts et de blessés et l'amiral Nelson fut tué par notre feu de mousqueterie.

Aussitôt les gaillards du Victory furent évacués et ce vaisseau cessa de tirer. Mais il était difficile de passer à son bord à cause du mouvement des vaisseaux et de l'élévation de la troisième batterie ; j'ordonnai de couper les sustentes de la grande vergue et de l'amener pour servir de pont. L'aspirant Yon et quatre matelots, par le moyen de l'ancre du Victory, parvinrent à son bord et nous prévinrent qu'il n'y avait plus personne dans les batteries. A l'instant où nos braves allaient se précipiter pour les suivre, le vaisseau le Téméraire, qui s'était aperçu que le Victory ne combattait plus et allait infailliblement être pris, vint à toute voile nous aborder à tribord, nous cribler à bout portant du feu de toute son artillerie.

Il serait impossible d'exprimer le carnage que produisit la bordée meutrière de ce vaisseau, plus de deux cents de nos braves furent tués ou blessés, je le fus aussi au même instant, mais pas assez pour m'empêcher de rester à mon poste. Ne pouvant plus alors rien entreprendre du côté du Victory, j'ordonnai au reste de l'équipage de se porter promptement dans les batteries et de décharger sur le Téméraire les canons que son abordage n'avait pas démontés.

Cependant nous étions tellement affectés et il nous restait si peu de canons que le Téméraire nous ripostait avec beaucoup d'avantage. Peu de temps après un autre vaisseau dont j'ignore le nom vint se mettre en poupe du Redoutable et nous canonna à portée de pistolet.

En moins d'une demi-heure, notre vaisseau fut tellement criblé qu'il ne présentait plus qu'un monceau de débris. Dans cet état le Téméraire nous héla de nous rendre et de ne pas prolonger une résistance inutile. J'ordonnai à quelques soldats qui se trouvaient près de moi de répondre à cette sommation par des coups de fusil. A peu près dans le même instant la mâture du Redoutable tombe sur le vaisseau anglais, les deux mâts de hune du Téméraire tombent à notre bord, toute notre poupe fut défoncée, les ponts étaient tout percés par les coups de canons du Téméraire et du
Victory, toute l'artillerie était brisée ou défoncée par les boulets ou l'abordage de ces vaisseaux.

Un canon de 18 de la deuxième batterie et une caronnade 32 du gaillard d'avant ayant crevé nous tuèrent et blessèrent beaucoup de monde ; les deux côtés du vaisseau, les mantelets de sabords [...] étaient hachés, quatre de nos pompes étaient brisées ainsi que toutes nos échelles, ce qui rendait la communication très difficile entre les batteries et les gaillards. Tous nos ponts étaient couverts de morts ensevelis sous les débris et les éclats des différentes parties du vaisseau ; une grande partie des blessés fut tuée même dans le faux-pont. De 643 hommes d'équipage, nous en avions 522 hors de combat dont 300 tués et 222 blessés, parmi lesquels presque tout l'état-major. Dès 121 qui restaient, un grand nombre étaient employés dans la cale à eau et au passage des poudres, de sorte que les batteries et les gaillards étaient absolument déserts, et que nous ne pouvions opposer aucune résistance ; quiconque n'a pas vu dans cet état le vaisseau le Redoutable ne pourra jamais se former une idée de sa position. Je ne connais rien à bord qui n'ait été coupé par les boulets.

[...] Le vaisseau le Victory ne combattait plus, il s'occupait seulement à se dégager du Redoutable, mais nous étions criblés par les feux croisés du Téméraire avec lequel nous étions toujours abordés et du vaisseau qui nous canonnait en poupe, ne pouvant nullement riposter et ne voyant aucun de nos vaisseaux qui étaient tous très éloignés sous le vent venir à notre secours, je n'attendais plus pour me rendre que les voies d'eau fussent assez grandes pour qu'il ne tardât pas à couler à fond ; à l'instant où on m'en donna l'assurance, j'ordonnai d'amener le pavillon, il vint de
lui-même par la chute du mât d'artimon.

Nous fûmes alors abandonnés par le vaisseau qui nous canonnait en poupe, mais le téméraire continuait toujours à tirer sur nous et ne cessa que par la nécessité où il se trouva de travailler à éteindre le feu qui prit à son bord. Il était alors deux heures et demie de l'après-midi.

Peu de temps après le Victory et le Redoutable, qui, avec le Téméraire, étaient liés par leur mâture tombée à bord les uns des autres, privés tous trois de l'usage de leur gouvernail formaient un groupe qui dérivait au gré du vent et fut jeté sur le vaisseau le Fougueux qui, ayant combattu contre plusieurs vaisseaux ennemis, était abandonné [...] il se trouva abordé par le Téméraire, il était hors d'état d'opposer une grande résistance.
[...]
Vers les trois heures quelques vaisseaux de notre arrière-garde qui étaient tribord amures pour s'éloigner du champ de bataille, sans paraître dégréés, tirèrent de fort loin sur notre groupe quelques coups de canon. Plusieurs boulets tombèrent à bord du Redoutable, et un des officiers du Téméraire eut près de moi une cuisse emportée et ne tarda pas à mourir.

Vers les trois heures et demie le Victory se sépara du Redoutable, mais tellement délabré qu'il était hors d'état de combattre. Ce ne fut qu'à sept heures du soir qu'on parvint à séparer du Redoutable le Téméraire qui resta encore abordé avec le Fougueux, alors le vaisseau Swifture vint nous prendre à la remorque, on fit jouer toute la nuit les deux pompes sans pouvoir parvenir à étancher l'eau quoique la mer fut très belle. Le peu de Français en état d'agir se joignit aux Anglais pour pomper, aveugler quelques voies d'eau, placarder les sabords, épontiller la poupe qui menaçait à chaque instant de s'écrouler, afin jamais nuit ne fut plus laborieuse. [...]

Le lendemain, le commandant du Swifture m'envoya prendre à bord par un canot, ainsi que le lieutenant de vaisseau Dupotel, mon second, et l'enseigne Duret ; nous fûmes conduits à bord de ce vaisseau.

A midi, le Redoutable démâta de son mât de misaine, le seul qui lui restait ; à cinq heures du soir, l'eau continuait à gagner les pompes Le capitaine de prise anglais demanda des secours : toutes les embarcations du Swifture furent mises à la mer pour sauver le monde ; il ventait beaucoup, la mer était grosse, ce qui rendait très difficile l'embarquement des blessés. Ces malheureux voyant que le vaisseau allait s'engloutir s'étaient traînés sur le gaillard d'arrière ; on parvint à en sauver quelques-uns mais à sept heures du soir la poupe du vaisseau s'écroula et le
Redoutable coula à fond avec la meilleure partie de ces infortunés que leur courage avait rendu dignes d'un meilleur sort.

Le lendemain au point du jour, le commandant du Swifture ayant aperçu des hommes sur des dromes les envoya chercher, ils étaient au nombre de cinquante, presque tous blessés.

Cent soixante-neuf hommes formant le reste du malheureux équipage du Redoutable se trouvèrent alors réunis à bord du vaisseau anglais ; sur ce nombre soixante-dix étaient fortement blessés et soixante-sept légèrement. Tous les blessés furent envoyés à Cadix sur un parlementaire, de sorte que trente-deux hommes seulement ont été conduits en Angleterre comme prisonniers de guerre.

Les résultats de ce combat sont la perte du Redoutable, dont l'ennemi n'a pas pu profiter, et des trois quarts de son équipage. Mais le Redoutable a occupé seul pendant tout le combat, les vaisseaux à trois ponts le Victory et le Téméraire et il a par cet effet paralysé la surveillance de l'amiral Nelson qui, engagé lui-même dans ce combat, ne put que se livrer à l'excès de son courage.

Nelson, le héros de la marine anglaise, a péri sous les coups des braves du Redoutable, plus de trois cents hommes, dont plusieurs officiers de marque, furent mis hors de combat à bord des deux vaisseaux ennemis ; le Victory fut démâté, dans l'action, de son petit mât de hune, de son mât d'artimon et de son grand mât de perroquet ; toutes ses vergues furent brisées ainsi que la barre et la roue du gouvernail, le Téméraire perdit ses deux basses-vergues, ses deux mâts de hune ; son gouvernail et son étambot furent hachés. Enfin ces deux vaisseaux ont été renvoyés en Angleterre pour y changer leur mâture et y recevoir de fortes réparations."


Les quelques définitions entre crochets sont extraites du "Glossaire de termes de la voile et de la marine".


Auteur : LUCAS Jean-Jacques-Etienne (1764-1819), capitaine de vaisseau





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