L'Énigme des Invalides

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 Sujet du message : La fin du royaume d'Italie
Message Publié : 31 Mai 2021 12:38 
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Histoire d'Italie, de 1789 à 1814. Tome 5 par Botta, Carlo (1766-1837). Paris, 1824.



Les Autrichiens, conduits par le général Hiller, entourent, avec une armée puissante, le royaume d'Italie. Les Dalmates et les Croates se soulèvent contre les Français. Le prince Eugène se retire. Bataille de Bassano. Le prince sur l'Adige. Mécontentement de l'armée italienne contre lui. Nugent, à la tête d'un parti autrichien, met en rumeur le pays ritué vers les bouches du Pô. Joachim se déclare contre Napoléon et fait la guerre au royaume d'Italie. -Bataille du Mincio entre Eugène et Bellegarde. Bentink débarque à Livourne proclame l'indépendance de l'Italie; prend Gênes, et fait espérer aux Génois la conservation de leur ancien état. Nouvelles funestes pour Napoléon; les alliés entrent dans Paris; Napoléon à Fontainehleau avec les restes de son armée; il abdique, et accepte l'ile d'Flbe pour son dernier asile. Eugène capitule avec Bellcgarde et se relire en Bavière. Etat de l'opinion publique à Milan. V«ru général pour l'indépendance; différence d'opinion sur le choix du souverain les uns demandent Eugène, d'autres un prince autrichien pour roi. Discussions dans le sénat à ce sujet. Tumulte populaire; le sénat est dissous; les coll :ges sont convoqués ils nomment une régence, et envoient, à Paris, des députés pour demander à l'empereur François l'indépendance avec Un prince autrichien. Résultat de leur mission. Gênes cédée au roi de Sardaigne. Conclusion de l'ouvrage.

Les Autrichiens formaient un cercle immense qui embrassait tout le front de l'armée d'Italie; dispositions prudentes, fort avantageuses par elles mêmes, et conformes à la circonspection naturelle de ceux qui les prenaient. Les derniers événcmens d'Allemagne, l'adhésion de la Bavière à la coalition, les affranchissaient de toute crainte Y.

sur leur droite. Ils avaient encore une garantie dans l'opinion publique du Tyrol, tout prêt à se soulever contre les nouveaux maîtres, au point que l'Autriche elle-même était obligée, par égard pour la Bavière de modérer une ardeur qui aurait pu s'égarer. Toutefois l'inclination des habitans était un motif de sécurité pour les Autrichiens, et un sujet d'inquiétude pour le vice roi, qui se trouvait ainsi menacé sur sa gauche et sur ses derrières. La position des Allemands n'était pas moins avantageuse vers leur gauche. La Dalmatie et la Croatie n'attendaient que le moment de se soulever contre les Français et la coopération de ces populations guerrières devenait précieuse dans une lutte où les peuples étaient appelés en masse sur le champ de bataille. Le plan du général Hiller consistait à faire avancer rapidement ses deux ailes, pendant que le centre suivrait le mouvement avec plus de lenteur et de précaution. De cette manière, le vice-roi devait craindre sans cesse de se voir débordé par ses flancs, et il était probable que cette manœuvre donnerait, en définitive, gain de cause complet aux Autrichiens. De cette manière encore, ceux-ci évitaient une bataille générale, au moyen de laquelle, seulement, leurs adversaires pouvaient espérer sortir du pas dangereux où ils se trouvaient engagés. Pour y parvenir, il aurait fallu, dans le général français, plus de prudence

que d'audace; il aurait fallu harceler l'ennemi inquiéter sa marche, gêner ses mouvemens; il aurait fallu enfin vouloir conserver l'armée intacte, n'importe sur quel point, plutôt que de l'exposer aux chances hasardeuses d'un combat. De l'existence même de l'armée, et non de sa présence en tel ou tel endroit, dépendait, je ne dis pas le salut du royaume, mais la nature des conditions plus ou moins honorables qu'on aurait pu lui imposer. Mais le prince était jeune, fils de Napoléon, et infatué lui-même de la manie du jour, c'est-à-dire de s'illustrer par de sanglans combats. Il rejeta donc le conseil de la sagesse, et préféra tenter la fortune consumant sans utilité ses soldats dans une multitude d'engagemens partiels qui ne pouvaient rien décider, au lieu d'éviter d'en venir aux mains, et de se retirer avec son armée dans de fortes positions, jusqu'au moment où le sort de Napoléon eût été définitivement fixé en Allemagne et en France. Le sang français et italien, répandu dans le fond de la Croatie et de la Carniole, accuse l'ambilion d'Eugène, ou son imprévoyance, ou sa témérité. Vers la fin d'août, les Dalmates se soulevèrent; les Croates imitèrent leur exemple. Pressées par les populations ennemies qui infestaient partout la campagne, les faibles garnisons de Zara, de Raguse et de Cattaro, cédèrent sans résistance. Un parti de Croates, soutenu par quelques compagnies au-

trichiennes, assailli! Carlsha et s'en empara facilement. Abandonné par les Croates qu'il avait sous ses ordres, le général français Janin évacua Fiume devant des forces supérieures. En même temps qu'ils remportaient ces avantages vers l'Adriatique, les Autrichiens dirigeaient de gros detachemens sur le Tyrol par le vallon de la Drave supérieure. Fenncr était à leur tête. Arrivé à Brixen, il descendit la vallée de l'Adige, dans l'intention de gagner le pays de Vérone et de Brescia. On se battait aussi vers le centre. Krainburg fut pris et repris plusieurs fois après un grand carnage des deux côtés. Pino déploya dans ces actions beaucoup de talent et de valeur Bellotti, beaucoup de valeur et peu d'habileté. Le premier vainquit à Laybach, le second fut vaincu à Stein. Un engagement des pins meurtriers eut lieu à Villach, que les Autrichiens voulaient occuper afin de pouvoir se porter directement sur Tarvis, et descendre, par la Fella, dans le Frioul. Le vice-roi accourut avec beaucoup de résolution au secours des siens; les deux partis se disputèrent vaillamment la possession de la ville qu'ils emportèrent réciproquement plusieurs fois les Autrichiens l'évacuèrent enfin après y avoir mis le feu; cependant ils continuaient leur mouvement sur les deux ailes. Chassés de Trieste à diflërentcs reprises, ils en restèrent définitivement les maîtres; toute l'Istrie se trou-

vait dès lors en leur pouvoir. Des masses consi- dérahles descendaient des Alpes tyroliennes; Bellune était menacé le pays de Trente allait être envahi. Poursuivant leurs avantages, ils avaient passé la Save à Krambnrg et à Ramansdorf, paraissant vouloir se porter par Tolmino, dans le Haut-Fnoul. Villach se voyait de nouveau sur le point d eh attaqué avec fureur. Il n'était plus au pouvoir du vice-roi de conserver la ligne de la Save et de la Drave, à moins de s'exposer à perdre toutes ses voies de retraite. Supérieurs Jnom.bre les Autrichiens combattaient au milieu de populations amies; c'était précisément le contraire pour le vice-roi. Eugène s'arrêta quelques jours sur les rives de l'LsOllzo puis sur celles de la liave., résistant toujours avec valeur, et tonjours inutilement. L'Illyrie, jadis enlevée à l'Autriche par Napoléon, retournait à ses premiers maîtres par la force des armes autrichiennes. Du reste, les mœurs du pays n'avaient aucun rapport avec celles des Français, très peu avec celles des Icaliens. Napoléon y avait d'ailleurs maintenu les droits féodaux au profit de ses plus intimes favoris militaires ou magistrats. Ces anciens républicains s accommoderait alors à merveille de la féodalité, et percevaient rigoureusement les redevances et prestations sans faire grâce d'une obole. Il fallut encore abandonner les rives de la Piave. Déjà les Autnchiens, sous la conduite du ^uér 1

Fclard, se montraient en torces a d^uu, – promue retraite pouvait seule garantir le viceroi d'une ruine complète. Ici paraît dans tout son jour l'imprévoyance du prince. Pour ne s ère pas replié aussitôt qu'il aurait dû le faire, il fut obligé de livrer, sous Bassano, une sanglante bataille qui dura deux jours, le 5i octobre, et le x« novembre. Grenier fit preuve, dans cette action, d'une grande valeur. L'armée franco italienne resta maîtresse de la ville où elle passa la nuit. La perte des Autrichiens fut d'un millier de soldats celle des Français ne fut guère moins considérable, en raison de la résistance opiniâtre de l'ennemi. Cette victoire facilitait le mouvement rétrograde d'Eugène vers l'Adige. L'armée alla prendre position à Vérone et à Legnago, après avoir passé, partie à Padoue et partie à Vicence. Pendant cette retraite déjà funeste par ellemème, et qui laissait entrevoir des résultats plus fàcheux encore, puisque la moitié du royaume d'Italie se trouvait dès ce moment au pouvoir de l' Autriche les soldats français et italiens les premierssurtout, observèrent une discipline d.gue des plus grands éloges, et respectèrent également les propriétés et les personnes conduite d'autant plus louable, que la majeure partie de ces soldats quittaient le pays, sachant bien qu'ils n'y reviendraient pas. Les Autrichiens n'imitèrent point cet exemple à l'exception des principaux corps

d'armée dont les subsistances étaient assurées, ils se livrèrent au pillage dans les campagnes, soit par nécessité, soit par avarice. Malheureuse Italie toujours féconde et toujours ravagée, puisque tes charmes et ta fertilité n'appellent sur toi que des outrages, tes enfans n'ont plus qu'un vœu à former c'est que tu deviennes inculte et sauvage; peut-être jouiras-tu alors de ton innocence, sous la sauve-garde des déserts

Ce fut à Vérone que les soldats italiens commencèrent à manifester leur mécontentement contre le vice-roi, et il n'en pouvait accuser que lui seul. Soit qu'il pensât, dans la position critique où il se trouvait, qu'il devait se montrer le partisan de la France plus que le protecteur de l'Italie, soit qu'il prêtât une oreille trop facile aux conseils de certains favoris intimes qui cherchaient à s'élever au préjudice des Italiens, Eugène dès son retour en Prusse après les désastres de Russie, s'était t exprimé d'une manière peu convenable sur le compte des généraux italiens, et sa conduite envers s eux ne démentait point son langage. Sensibles à l'injure, inhabiles à la supporter, ces généraux ne dissimulaient point leur indignation, Pino moins que les autres, parce qu'il était le plus considérable, et qu'il s'attribuait la plus grande part à l'oflense. Le mécontentement des chefs s'était communiqué aux soldats. On murmurait dans le camp; la discipline même en souffrait.

Le malheur aigrissait encore ces esprits fiers et belliqueux. Ils imputaient au prince les derniers revers essuyés par leurs armes ils lui demandaient compte du sang inutilement répandu. Les conseillers du prince étaient devenus en horreur, et déjà, funeste présage! le nom d'étranger circulait dans toutes les bouches en parlant d'Eugène.

Le prince malgré tout, persistait à se rendre fameux par les armes, et à sacrifier des hommes pour acquérir de la gloire. Il courut en Tyrol, s'y battit bien mais sans fruit il chassa l'ennemi de Brescia; mais en vain il le rompit et le culbuta dans un furieux engagement à Caldiero; mais fut obligé de se replier lui-même après la victoire et l'ennemi, qui avait été repoussé au-delà de l'Alpon, reparut bientôt menaçant à Saint-Michel de Vérone. Le vice-roi ne se maintenait plus qu'avec peine sur l'Adige, malgré les avantages que lui présentait ce large fleuve, la forteresse de Legnago et les châteaux de Vérone. Concluons-en que, devant un ennemi si supérieur en forces, il y avait pour le vice-roi nécessité, non pas d'attaquer, mais de se défendre, non pas de sortir de ses positions, mais de s'y concentrer, non pas de faire une guerre vigoureuse, mais de temporiser avec les événemens.

Tout conspirait à la ruine de l'Italie; un nouvel orage se formait à l'embouchure du Pô. Il ne

s'agissait point ici de Venise ou d'Alphonse, mais de l'Autriche ou de la France; et, quoique nous touchions au ddnoûment de cette longue tragédie, j'aurai encore d'autres malheurs à raconter. Le général autrichien Nugent avait bravement combattu en Croatie et en Istrie contre les Italiens qui occupaient cette partie du royaume. Il ne lui restait plus rien à faire de ce côté depuis la retraite d'Eugène, et la reddition des forteresses de Laybach et de Trieste. De tous les états autrichiens, ou vénitiens si l'on veut, le vice-roi ne possédait plus que Venise même. Après avoir pris les ordres de Bellegarde, qui venait de remplacer Hiller dans le commandement en chef de l'armée d'Italie, Nugent, parti de Trieste, était venu débarquer à Goro, avec un gros corps de soldats, partie Anglais, partie Croates, ou déserteurs italiens. Persuadé que le succès de l'attaque dépendait ici de la vivacité de l'action, il se porta rapidement en avant, et s'empara de Ferrare, évacuée par les faibles dépôts qui s'y trouvaient. De là, il se répandit dans le pays, insurgeant partout les populations sur son passage. L'essentiel pour lui était de se réunir aux divisions autrichiennes, qui déjà se trouvaient à Padoue. Dans ce but, il avait passé le Pô avec une partie de sa troupe, et était venu prendre position à Crespino sur l'Adige. De son côté, pour favoriser les opérations de Nugent, Bellegarde avait dirigé sur Piovigo un corps de

trois mille hommes, sous la conduite du général Marslial.

Au premier avis du débarquement du général Nugent, et pour empêcher la jonction des deux corps ennemis, le vice-roi avait envoyé quelques troupes à Trecenta, sous les ordres du général Decouchy. En même temps Pino, alors gouverneur militaire de Bologne, rassemblait tout ce qu'il avait de soldats disponibles, et les dirigeait sur Ferrare. La ville fut reprise; mais les événemens qui suivirent rendirent ce succès inutile. Decouchy attaqua Marshal avec vigueur, lui tua beaucoup de monde, le chassa de Rovigo et le repoussa jusqu'au pont de Bovara-Padovana. Cependant les Autrichiens se grossissaient toujours, dans l'intention de se réunir à Nugent, qui était resté maître de Crespino. Le vice-roi fit soutenir Decouchy par de nouvelles troupes, aux ordres du général Marcognet. Les Autrichiens sortirent de Bovara-Padovana Decouchy et Marcognet marchèrent à leur rencontre et les attaquèrent. La mêlée fut opiniâtre; les Français triomphèrent à droite et furent repoussés sur la gauche. Les Autrichiens rentrèrent à Bovara-Padovana; mais, s'apercevant que les Français n'étaient point sur leurs gardes, ils les surprirent pendant la nuit, les rompirent, et les forcèrent de se retirer, d'abord à Lendinara et à Trecenta, puis à Castagnaro. Piovigo fut repris par les Autrichiens;

Marshal et Nugent opérèrent leur jonction. l\ugent se porta aussitôt à Ravenne, et de Ravenne à Forli. Les armes, les proclamations, les promesses, il mit tout en usage « Italiens, disait-il, vous « avez trop long-temps gémi sous un joug insupportable; un meilleur sort vous attend; prenez «les armes, délivrez votre patrie, méritez l'indé« pendance que nous vous apportons. » Puis il déclarait solennellement que la conscription serait abolie et les impôts diminués. En attendant, ses soldats ravageaient le pays de Ferrare et de Bologne l'indépendance promise ne s'annonçait pas sous d'heureux augures.

Rapportons maintenant une troisième invasion, qui n'est autre chose qu'une déception de plus; mais celle-ci vient d'un allié de Napoléon. Joachim se trouvait fort embarrassé; il prenait telle ou telle résolution, selon que les nouvelles d'Allemagne, de France et d'Italie étaient plus ou moins favorables à l'un ou à l'autre parti. Le désir de conserver la couronne de Naples, et la crainte que lui inspirait encore Napoléon, le maintenaient dans cet état d'hésitation qui lui était d'ailleurs naturelle et voilà pourquoi il avait traité tantôt avec l'Autriche, tantôt avec Bentink, tantôt avec Eugène, quelquefois avec tous ensemble, sans s'apercevoir que son secret n'en était plus un pour personne. Certain de l'Autriche et de l'Angleterre; mais toujours irrésolu lui-même, il s'acheminait

avec son armée vers l'Italie supérieure. Il occupait déjà Rome et les Marches, qu'il ne s'était pas encore déclaré. Loin de là, il se disait toujours l'ami du royaume d'Italie. Au moment de l'envahir à force ouverte il lui demanda des secours en argent, et il en obtint; il lui demanda des vivres, des armes et des habillemens, et le royaume en fournit. Les garnisons françaises de Rome et d'Ancône le laissèrent passer librement, et il ne parlait que de ses bonnes intentions pour la France et Napoléon. Que méditait-il alors? je ne le sais; mais assurément la dissimulation était profonde, et pins coupable que le but qu'il se proposait. Enfin, la retraite du vice-roi, l'invasion imminente de la France du côté du Rhin, l'arrivée prochaine de Bentink en Toscane, levèrent toutes les incertitudes de Murât, et lui firent prendre une résolution à laquelle le monde ne se serait jamais attendu, et qui troubla les idées de Napoléon plus que tout le reste. Joachim passa donc avec l'Autriche un traité par lequel l'empereur s'obligeait à entretenir en Italie, pendant la durée de cel te guerre, cinquante mille hommes au moins, et le roi vingt mille. Les deux souverains prenaient eue ire l'engagement de concerter leurs mesures, et d'augmenter au besoin le nombre de leurs trmijKs respectives. En outre, François garantissait à J.)ac!iim la possession des états actuellement occupés par ce dernier en Italie, et promettait

d'interposer sa médiation auprès des puissances alliées pour obtenir d'elles une décision semblable en faveur de Murât. Bellegarde annonça publiquement aux Italiens la réunion de Joachim aux confédérés, et la ruine complète des espérances de Napoléon. Traitant tout à coup en ennemi le pays où il était entré, où il avait été reçu comme ami, Joachim contraignit à se rendre le général Barbou, qui occupait pour la France la forteresse d'Ancône, et le général Miollis, qui commandait dans le château Saint-Ange. Tout l'état romain obéissait aux Napolitains. Il fallait les entendre, et Joachim avec eux, parler à tort et à travers, tantôt du pape, tantôt de l'indépendance de l'Italie; puis ils pillaient, ravageaient les campagnes de Ferrare et de Bologne, déjà pillées et ravagées par les soldats de Nugent, se livrant aussi, comme on peut le croire, a mille forfanteries et bravades. Le roi donna l'exemple Aussi long-temps que j'ai pu croire, disait-il à ses soldats, que l'empereur Napoléon ne combattait que pour la paix et le bonheur de la France, j'ai combattu moi-même pour sa cause. Ses véritables sentimens sont maintenant connus; il ne veut que la guerre. Je trahirais ma patrie, mes états, mon armée, si je ne me séparais de Napoléon si je ne me réunissais pas aux princes magnanimes qui veulent garantir la dignité des couronnes et l'indépendance des nations. Il n'y a plus que deux

JtaiHiières en Europe; sur l'une on lit ces mots Keligion, morale, justice, modération, lois, paix et bonheur; sur l'autre Persécutions, artifices, vioiences, tyrannie, guerre et deuil des familles. Choisissez

C'était Joachim Napoléon qui parlait ainsi. Le général napolitainCarascosa, en entrant à Modène, tint un langage plus emphatique encore, et promit l'indépendance au nom de Joachim, qui avait déjà pris l'engagement d'aider l'Autriche à soumettre le royaume d'Italie.

La supériorité des forces de Bellegarde, les progrès de Nugent sur la rive droite du Pô, la défection de Murât, la présence de ses troupes dans l'état de Modène, ne permettaient plus au vice-roi de garder la ligne de l'Adige. Il ordonna donc un mouvement général de retraite, et se mit en sûreté derrière le Mincio. Le 8 février, il sortit de ses positions, en belle ordonnance, dans le dessein de livrer bataille à Bellegarde. Le principal corps où brillait la garde royale italienne se porta de Mantoue sur Valeggio. La cavalerie traversa le fleuve à Goïto pour gagner Roverbella. Les troupes légères, sous les ordres du général Zucchi, se dirigèrent sur l'île de laScala, dans le but d'inquiéter les derrières de l'ennemi. Verdier et Palomîùni réunis devaient passer le Mincio à Mozanibano et attaquer l'ennemi à Valeggio. Tous ces corps avaient effectué leur passage, et se rendaient à leurs

destinations respectives lorsque le hasard vint déranger un plan, d'ailleurs habilement conçu. Au même instant où Eugène prenait des mesures pour surprendre Bellegarde sur la rive gauche, Bellegarde faisait ses dispositions pour attaquer Eugène sur la rive droite. Il en résulta, qu'au lieu de trouver toute l'armée ennemie à Roverbella, le viceroi n'y rencontra que l'arrière-garde; de sorte que l'avant-garde française en vint aux prises avec l'arrière-garde autrichienne. Peu à peu les différens corps de l'armée franco-italienne engagèrent successivement la bataille avec les divisions autrichiennes qui étaient restées sur la rive gauche. On se battit de part et d'autre avec fureur. Les Français et les Italiens paraissaient avoir l'avantage peu s'en fallut cependant qu'un échec éprouvé par leur cavalerie ne leur devint funeste; mais ils se rallièrent, firent un nouvel effort, et rétablirent le combat. En définitive, Bellegarde fut obligé de revenir sur la rive gauche du Mincio, mais intact et en bon ordre, ce qui força le vice-roi à ramener lui-même toute son armée sur la rive droite.

L'arrivée des Napolitains rendait la partie trop inégale; Eugène vit bien alors qu'il ne pouvait plus différer à porter des secours au-delà du Pô. Il avait déjà pensé à faire réparer les fortifications de Plaisance, où se trouvaient alors les généraux Gratien et Severoli avec quelques compagnies de

conscrits et de vétérans italiens. Mais le péril devenant chaque jour plus pressant, il avait détaché sur ce point de nouvelles troupes, sous les ordres de Grenier, dans l'habileté' duquel, en ce moment suprême reposait la conduite et le sort même de la guerre. L'avant-garde ennemie se composait des Istriotes et des Italiens de Nugent; l'arrièregarde, des Napolitains de Murât. Grenier paraît charge les troupes de Nugent, et les force de se replier lestement sur le Tare Les Napolitains accoururent à leur aide; Nugent voulut résister dans cette position; mais telle fut la hardiesse et la rapidité des mouvemens de Grenier, qu'après avoir passé le fleuve sur trois points dilTérens, il repoussa encore son adversaire jusqu'à l'Enza. Nugent s'cnferma dans Parme avec trois mille hommes, espérant bien contenir devant cette place l'impétuosité de Grenier. Le général français l'attaqua de tous les côtés à la fois, el y entra de vive force. La ville devint le théàire d'une bataille sanglante et prolongée^ les habitans étaient remplis d'épouvanté; mais enfin Y Autrichieu s'enfuit avec la moindre pariie des siens. Cependant le roi de Naples étant arrive avec de: nouvelles troupes, força le passage du Taro et sc dirigea sur Plaisance, dont il n'était plus qu'à deux milles, lorsqu'il fut arrêté lui-même, non par la résistance de ses adversaires, mais par des événemens plus sérieux ci plus décisifs.

L'amiral Pellew et Bentink parurent en vue de Livourne avec une flotte considérable, et six mille hommes de débarquement, partie Anglais, Italiens et Siciliens. Le gouverneur capitula; les Anglais prirent possession de la ville, le 8 mars. Partout le bruit des armes, partout des manifestes placardés, partout les bannières de l'indépendance italienne déployées dans les airs. Bentink et Wilson ne se donnaient pas un moment de repos. « Courage disait Bentink dans une proclamation «aux Italiens, courage nous sommes là pour « vous aider, pour vous affranchir du joug de fer (f de Buonaparte. Le Portugal, l'Espagne, la Si« cile, la Hollande, vous diront jusqu'où peut al<( 1er le désintéressement et la générosité de l'Ance gleterre. Grâce à leur propre valeur et à notre « assistance, les Epagnols sont libres et viennent de « terminer heureusement la plus noble entreprise. « Les Français sont expulsés de ce beau pays, où « règnent maintenant l'indépendance et la liberté. (f Sous la protection de l'Angleterre, la Sicile a «d'abord été garantie des disgrâces communes; « depuis, elle a été soustraite à l'esclavage par un « prince magnanime elle est la preuve aujourée d'hui de tout ce que l'indépendance peut donner « de gloire et de bonheur. La Hollande aussi va «jouir de la liberté; l'Italie seule voudra-t-elle « rester dans les fers? Les Italiens seuls rougiront« ils leurs épées du sang de leurs compatriotes

(t pour que leur patrie reste l'esclave d'un tyran? « C'est à vous surtout que je m'adresse, guerriers r de l'armée d'Italie, à vous qui tenez dans vos u mains le succès d'une entreprise généreuse. Nous K ne demandons pas que vous veniez à nous; reff vendiquez vous-mêmes vos droits; ressaisissez « votre liberté. Nous applaudirons de loin à vos (f triomphes. Si vous nous appeliez cependant, « vous nous verriez accourir. Vos armes une fois « réunies aux nôtres, rien ne s'opposera plus à ce k que l'Italie reprenne son antique splendeur; à ce « qu'elle obtienne toute la gloire que l'Espagne « s'est acquise. »

Telles étaient les douces espérances dont le général anglais berçait l'Italie; et l'enseigne aux deux mains unies de flotter dans les airs. Hardi et entreprenant, Bentink joignit bientôt les actions aux paroles. Il apprit à Livourne qu'il ne se trouvait dans Gênes qu'une garnison de deux mille hommes. L'occasion lui sembla favorable. La position de Gênes, sa grandeur, son port, la facilité qu'elle donne, à celui qui en est maître, de descendre dans les plaines du Piémont et de la Lombardie, ses immenses magasins remplis d'agrès et de munitions pour la marine tout cela parut à Bentink de la plus haute importance, et il résolut de faire le siège de la place. Son dessein était de diriger l'infanterie par les chemins difficiles du littoral, et de transpor-

ter par mer les bagages de toute espèce. Arrivé à Sestri de Levant, il apprit que de nouvelles troupes étaient entrées dans Gênes, et que la garnison se montait maintenant à six mille hommes. C'était trop peu pour défendre une aussi vaste enceinte de fortifications, mais assez pour rendre le succès de Bentink difficile. Le général Frésia, qui commandait dans la place, avait ainsi organisé la défense. Sa ligne s'étendait depuis les forts Richelieu et Técla, passant par le village de SaintMartin, jusqu'au bord de la mer, sur la droite, à travers les jardins et les maisons de campagne qui se trouvent de ce côté. Bentink avait trop peu de monde pour s'emparer de la place, au moyen d'un long blocus, et cependant il lui importait beaucoup de s'en rendre maître, pour ne pas laisser refroidir l'enthousiasme des populations voisines. Il fallait donc y entrer par un assaut vigoureux; et il y prépara ses soldats, qui d'ailleurs étaient remplis de zèle et de dévouement. Le colonel Ciravegna, brave et habile militaire, qui avait aussi arhoré une de ces enseignes dont nous avons parlé, fut chargé de conduire les Italiens à l'attaque d'une pointe de rocher qui regarde et domine le fort Técla. Un autre corps d'Italiens se dirigea contre le fort Richelieu, pendant que le colonel Travers, descendant du mont delle Fascie avec une troupe de Grecs et de Calabrois, allait attaquer une éminence au-dessus de ce dernier

fort. Ces opérations devaient avoir lieu sur les hauteurs à droite. Dans la partie basse et plus près de la mer, Bentink envoya l'infanterie anglaise, commandée par les généraux Montresor et Macfarlane, avec ordre de découvrir le pays et d'attaquer l'ennemi. Tout réussit comme il l'avait • espéré. Ciravegna, qui combattait à l'extrême droite aborda vivement ses adversaires les chassa de l'éminence qu'ils occupaient et prit trois pièces de montagne. A la vue de cet échec, ceux du fort Técla renoncèrent à le défendre et l'abandonnèrent aux vainqueurs. La hauteur qui domine le fort Richelieu fut également prise par les Grecs et les Calabrois; le fort lui-même allait être attaqué par les Italiens. La garnison ne jugea pas à propos d'attendre l'assaut, et capitula. La bataille se soutint plus long-temps sur la gauche des confédérés, ou la défense était plus facile, et la résistance plus opiniâtre. Cependant, les Anglais gagnaient du terrain les assiégés se voyant menacés d'être pris à dos, depuis la reddition des forts Técla et Richelieu, se retirèrent dans l'intérieur de la ville, et laissèrent les fortifications extérieures au pouvoir de l'ennemi. Bentink disposait son artillerie pour battre la place, lorsque Edouard Pellew parut devant Gènes avec toute son escadre, qu'il rangea en bataille le long du rivage de Nervi. Nouveau sujet de terreur pour les Génois. Aux petits canons de Bentink se joignaient

maintenant la grosse artillerie et les bombardes de Pellevv; l'assaut était imminent; tout présageait le succès des assiégeans il fallut capituler; Frésia rendit la place, le 18 avril.

En possession de Gênes, Bentink répandit les proclamations accoutumées, et fit espérer aussi l'indépendance aux Génois. Peut-être se persuadait-il que les' confédérés auraient plus d'égard pour cette indépendance, si, au lieu de parler de conquête et des droits qui en résultent il prenait, dès ce moment, quelques mesures à l'appui de ses promesses. Il organisa donc un gouvernement provisoire, voulut que ce gouvernement administrât le pays conformément à la constitution de 1797, et jusqu'au moment où l'on conviendrait des modifications que l'opinion publique, l'utilité générale et l'esprit de la constitution de 1576 pourraient réclamer; que le gouvernement formât deux colléges, comme aux temps anciens, et restât en fonction jusqu'au i er janvier i8i5, époque où les collèges et les conseils se réuniraient, aux termes de la constitution considérant, disait le préambule de l'ordonnance, que les forces britanniques ont enlevé Gênes aux Français, et qu'il importe de pourvoir sans délai au maintien de la tranquillité publique et à l'administration générale des affaires considérant que le désir unanime de la nation génoise parait être de retourner à ce gouvernement antique, à qui elle

dut tant de siècles de liberté, de bonheur el d'indépendance considérant enfin que toutes les pensées, tous les efforts des princes confédérés ne tendent qu'à rétablir chacun' dans ses anciens droits et priviléges voulons que le voeu manifesté par le peuple génois soit accompli, conformément aux principes proclamés par les puissances confédérées. En conséquence, nous appelons à la tête du gouvernement provisoire Jérôme Serra, président, François-Antoine Daguino, Hippolyte Durazzo, Charles Pico, Paul-Jérôme Pallavicini, Augustin Fieschi, Joseph Negrotto, Jean Quartara Dominique Demarini Luc Solari, André Deferrari, Augustin Pareto et Grimaldo Oldoini.

D'après ce langage, les Génois ne devaient-ils pas espérer de conserver leur nom antique et l'indépendance de leur patrie? Et s'il se fût trouvé un homme qui eût déduit des paroles de Bentink cette conséquence que Gênes ferait bientôt partie des états du roi de Sardaigne; cet homme, assurément, eût été réputé fou plutôt que mauvais logicien. Mais Castelreagh /prétexta je ne sais quel droit de conquête et l'utilité de la coalition c'était là précisément la formule des sénatus-consultes de Napoléon. Il était bien de renverser Buonaparte il eût été mieux de ne pas V imiter.

L'Italie entière était enlevée à Napoléon; il ne

restait plus à soumettre que la partie située entre le Mincio, le Pô et les Alpes mais le sort de ces provinces devait être décidé sur les rives de la Seine et non sur celles du Pô. Déjà circulaient des bruits sinistres. On sut bientôt positivement que les confédérés, à la tête de toutes les forces de l'Europe, étaient entrés victorieusement à Paris; dédommagement accordé par le maître du ciel et de la terre pour les conquêtes de Turin, de Naples, de Vienne, de Berlin et de Moscou. On ajoutait que Napoléon errait avec les débris de son armée dans les plaines de Champagne. La renommée annonçait d'heure en heure de nouvelles merveilles. Jamais plus grands événemens n'avaient eu lieu depuis les victoires de Scipion sur Annibal, de Bélisaire sur Totila, de Charles Martel sur les Sarrasins, de Subieski sur les Turcs. On apprit enfin que les Bourbons étaient rappelés en France; que Napoléon, resserré dans Fontainebleau, renonçait à l'empire, avait dit adieu à sa vieille armée, et acceptait comme dernier asile l'humble rocher de l'île d'Elbe. Les contemporains ont vu ces choses le souvenir en est encore présent à leur pensée; il devient donc superflu de les leur raconter. En tracer un tableau digne de la postérité n'est pas au pouvoir de l'éloquence et je connais trop l'insuffisance de ma plume et les bornes étroites de mon esprit, pour entreprendre une tâche si fort au-

dessus de mes moyens. Je dirai seulement que le succès des armes surpassa les espérances qu'on oublia, dans la prospérité, une partie des promesses que la crainte avait lait faire, et que les nécessités du moment ne furent point généralement appréciées. Quoi qu'il en soit, l'Europe fut délivrée du joug d'un seul homme et du despotisme militaire. Que le lecteur jette un coup d'œil en arrière; qu'il repasse dans sa mémoire les événemens rapportés dans cet ouvrage il éprouvera un mélange confus d'admiration, de terreur, de compassion, de douleur et de satisfaction tout ensemble. Il y verra le massacre des hommes, le dérèglement des opinions, le bouleversement de la société les abus de la force, les outrages à la justice la persécution de l'innocence les caresses prodiguées à la malveillance, les châtimens réservés à la probité, la licence usurpant le nom de la liberté, la barbarie celui de l'humanité, la politique celui de la religion au milieu de tout cela de grandes vertus civiques, mais rares; de beaux exemples, mais décriés une haute valeur militaire, mais au profit de la tyrannie; l'Europe, enfin, devenue méprisable à ses propres yeux. L'expérience sera-t-elle «ne leçon pour l'Europe? On pourrait en douter, en la voyant persister, jusqu'à un certain point, dans les habitudes de Napoléon. L'ambition est chez les gouvernans; elle tourmente les gouver-

nés, et il est douteux qu'on puisse allier la liberté avec le pouvoir. De nos malheurs toutefois, et des souvenirs de l'histoire retirons cette leçon utile, que tout sujet qui, ainsi que l'a fait Buonaparte, se rend maître de sa patrie pour l'asservir périt par le fer ou est écrasé par la force.

Aussitôt qu'on eut appris en Italie l'entrée des confédérés à Paris, et l'abdication de Buonaparte, Eugène pensa qu'il devait assurer le sort des Français sous son commandement. Les Bourbons se trouvant réintégrés dans leurs droits en France, il ne convenait pas non plus qu'une armée française combattit contre eux. D'un autre côté, en se montrant favorable aux Bourbons et aux alliés, le vice-roi songeait à ménager ses propres intérêts. Il sortit donc de Mantoue et vint s'aboucher avec Bellegarde. Les deux généraux étaient accompagnés d'un petit nombre d'officiers. Il fut convenu que les hostilités seraient suspendues pendant huit jours; que les troupes françaises faisant partie de l'armée d'Italie, repasseraient sur-le-champ les Alpes pour retourner en France; que les forteresses d'Osopo, de Palma-Nova de Legnago, et la ville de Venise, seraient remises aux confédérés que les troupes italiennes conserveraient leurs positions actuelles que des députés du royaume pourraient se rendre auprès des puissances alliées que dans le cas où les négociations ne seraient point heureuses les hostilités ne recommenceraient

que quinze jours après la déclaration officielle des puissances. Cette convention fut passée à Scbiarino-Rizzino, le 16 avril. On peut dire que c'était le dernier coup porté au royaume d'Italie; et le départ des Français établissait entre les Italiens et les Allemands une telle disproportion de forces, que l'article qui accordait un délai de quinze jours pour la reprise des hostilités était une dérision bien plus qu'une garantie.

Le moment de se séparer était venu pour ces vieux compagnons d'armes. En disant adieu aux soldats italiens, les soldats français leur pressaient la main avec émotion, les embrassaient en pleurant, leur souhaitaient un meilleur sort, les assuraient que le plus malheureux instant de leur vie était celui où il fallait les quitter. Venez en France avec nous, disaient-ils, venez partager nos modestes asiles nous nous rappellerons les premiers temps de notre amitié, les batailles ou nous nous sommes trouvés ensemble, la gloire que nous avons acquise sous les mêmes drapeaux. L'Italie ne sera pas là; mais tout vous semblera l'Italie. Vous trouverez en nous la même affection, la même cordialité nous acquitterons, selon nos faibles moyens, la dette de la France envers vous. C'était ainsi que les soldats français cherchaient à consoler leurs compagnons d'Italie. Allez, soyez conte us, leur répondaient ces derniers; allez, soyez heureux. Notre mutuelle amitié le souvenir de hos

exploits communs nous uniront toujours, malgré les Alpes qui vont mettre entre nous leur barrière. Nous perdons une patrie mais vous conservez la vôtre; mais vous penserez à nous, et cette idée nous soutiendra dans nos peines. L'amitié s'accroît toujours en raison du malheur, c'està-dire que la nôtre pour vous est immense. Nous verrons ce qu'il nous reste à faire, en ce moment suprême, pour notre honneur personnel, et la gloire du drapeau d'Italie; mais croyez, mais soyez bien certains que nous ne démentirons point dans les revers ce courage que vous nous avez vu dans les combats. Privés de patrie, nous espérons du moins prouver au monde que nous méritions d'en avoir une. Hélas que nous importaient à nous Eugène et Napoléon ? Nous avons adopté leur gloire, chéri leurs bienfaits, épousé leur malheur'; mais l'Italie seule était l'objet constant de nos efforts et de nos sacrifices. Puissent les larmes que nous répandons sur cette mère chérie devenir pour nous, dans la postérité, un titre à la recommandation de tous les esprits généreux! 1

Les Français partirent, prenant leur route par le mont Cenis et le col de Tende. Leurs emblèmes disparurent bientôt dans toute l'Italie. Ce qu'il était impossible d'y effacer c'étaient les souvenirs de vingt années c'était à la fois le bien que la France y avait opéré, et le mal dont quelques Français l'avaient rendue la victime; c'était la

tusion des mœurs les alliances contractées, le mélange des intérêts, la faveur accordée aux sciences, l'amélioration de l'ordre judiciaire, la sûreté rendue aux grands chemins, de vastes routes percées au travers de rochers réputés inaccessibles, de magnifiques palais nouvellement hâtis, des temples somptueux enfin terminés l'activité imprimée à tous les esprits l'état florissant du commerce les immenses progrès de l'agriculture, la valeur déployée dans un si grand nombre de batailles c'était encore, il faut bien le dire, l'éveil donné à toutes les ambitions la présomption et l'arrogance du langage, l'inquiétude populaire, l'énormité des impôts, le raffinement de la perception, la corruption de l'idiome et l'amour de la guerre. Les Français avaient quitté l'Italie; mais on apercevait en tous lieux leurs vestiges. Entre la bataille de Montenotte et la convention de Schiarino-Rizzino, il ne s'écoula que vingt années; mais il faut les compter pour des siècles, et le souvenir n'en périra qu'avec le monde.

Son traité conclu avec l'Autriche, le vice-roi ne songeait plus qu'à se retirer à la cour du roi de Bavière, dont il avait épousé la fille, quand on reçut la nouvelle, vraie ou supposée que l'empereur Alexandre était disposé à reconnaître Eugène, roi d'Italie, si le peuple en formait la demande. L'espoir d'Eugène se réveilla on se mit sur-le-champ à travailler les esprits, en commencant par l'ar-

niée qui se trouvait alors concentrée à Mantoue. Les opinions se partagèrent pour ou contre; mais c'était à Milan surtout, la capitale du royaume, que la question devait s'agiter et se résoudre. Trois partis existaient à cette époque dans le royaume l'un voulait le retour de la domination autrichienne, avec peu ou point de changemens dans l'ancien système; l'autre penchait pour l'indépendance avec le prince Eugène en qualité de roi; le troisième enfin voulait l'indépendance avec un roi d'un autre sang, fïït-il de la maison d'Autriche. Ce dernier parti était le plus nombreux. Le vice-roi, en cela fort peu sage, avait chargé le comte Mejean de se rendre à Milan, et d'intéresser en sa faveur les membres les plus influens du gouvernement. Le directeur des postes Darnay, personnage peu agréable au peuple, se donnait aussi beaucoup de mouvement à cet égard. Ce qui devait encore contribuer à faire échouer l'entreprise, c'était l'appui que lui prêtaient, à l'instigation de Mejean, ou par inclination personnelle, ceux que l'on désignait sous le nom de Transpadani ou Esierui tous de Bologne, de Ravenne mais principalement de Modène et de Reggio; tous mal vus des Milanais, qui avaient cru remarquer chez ces individus beaucoup trop de prétentions dans la direction des affaires publiques enfin, Melzi lui-même s'était déclaré pour le vice-roi, et fit la proposition en plein sénat.

De grands débats s'élevèrent, surtout relativement à Eugène. Paradisi, Oriani, et d'autres Estensi personnages d'une réputation depuis long-temps établie, d'un profond savoir et de grande autorité, plaidèrent la cause du prince avec chaleur. Dans les changemens politiques, disaient-ils, il faut demander le moins, si l'on veut obtenir quelque chose. La domination d'Eugène est établie dans le royaume, reconnue des puissances de l'Europe; il ne s'agit plus maintenant que de rendre cette domination indépendante de la France; c'est là l'objet de la délibération qui nous occupe, et cette délibération ne peut présenter. aucune difficulté importante. Napoléon déchu, l'indépendance naît d'elle-même, et il y aurait au moins de la. simplicité à croire qu'Eugènesera influencé par les Bourbons, comme il l'était par Napoléon surtout si le Piémont bientôt rendu, selon les apparences, aux princes de Savoie, pose une barrière entre la France et le royaume d'Italie. L'indépendance sous Eugène n'est donc pas seulement une certitude; elle est encore une nécessité. Ces réflexions naissent de la nature des choses, et les nouvelles de Paris les justifient. Demanderez-vous un autre prince ? Qui vous répond qu'on vous l'accordera ? Dans une affaire d'un si haut intérêt, les alliés placeront plutôt leur confiance dans un homme qu'ils connaissent, que dans tel autre qui ne leur sera pas

connu. A la sortie de bouleversemens effroyables quand l'ordre est à peine rétabli en Europe, espérez-vous qu'un prince qui n'aura point donné de garanties de son caractère, soit placé au gouvernement de ce royaume encore divisé d'opinions, et auquel sa position géographique ajoute tant d'importance ? On parle d'appeler un prince autrichien Que nos adversaires y fassent bien attention que ceux-là surtout qui parlent d'indépendance et de liberté, réfléchissent au sort qu'ils se préparent. Quoi c'est d'un prince autrichien qu'ils attendent l'indépendance d'un prince autrichien, parent de l'ancien souverain de ce pays, imbu des maximes du pouvoir absolu, nécessairement sous la tutelle de Vienne, et fantôme de monarque à Milan Soldats autrichiens pour sa garde, soldats autrichiens sur nos frontières, soldats autrichiens qui nous menacent en ce moment, et partout des soldats autrichiens. Ils connaissent nos contrées, c'est pour cela qu'ils les convoitent. A défaut de raisons, ils ne manqueront pas de prétextes un déluge d'Allemands sera toujours prêt à fondre sur nous, dès que nous n'aurons pas obéi ponctuellement et avec soumission aux ordres de Vienne. Toujours craintifs, nous ne serons jamais indépendans. A qui les partisans de l'Autriche s'adresseront-ils au besoin à qui demanderont-ils des secours? à l'avare Angleterre, peut-être, qui trafique de tout ? aux princes abso-

lus d'Europe, qui redoutent une constitution plus qu'une armée ? '? la France affaiblie, qui ne veut faire la guerre qu'avec Napoléon, et qui ne peut plus la faire avec lui? Autour du prince autrichien vont se grouper tous les amis de l'ancien régime, tous les fauteurs du pouvoir absolu, les mécontens de toutes les espèces eh bien les intérêts nouveaux, la liberté naissante, les résultats de vingt années, pourront ils subsister au milieu d'élémens si contraires ? Nous le demandons à tous les hommes éclairés. Qui sera l'ennemi naturel et, pour ainsi dire, nécessaire de l'indépendance et de la liberté du royaume ? L'Autriche assurément. Qui peut protéger l'indépendance et la liberté contre l'ambition étrangère ? Sans doute des soldats et des armes? Maintenant, qui osera prétendre qu'un prince autrichien prendra les armes contre l'Autriche Un prince de cette maison ne peut apporter au milieu de nous que la dépendance, l'esclavage, la discorde et le trouble notre souverain serait à Vienne, et non pas à Milan. Avec Eugène, toutes les voies s'aplanissent; avec un prince étranger, qui ne serait pas autrichien, beaucoup de difficultés s'élèvent avec un prince de la maison d'Autriche, beaucoup de difficultés disparaissent mais la servitude est inévitable. Rapportons-nous-en donc aux vertus d'Eugène à son amour pour le royaume, à la connaissance que nous avons de son caractère, aux heureux présages

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qui nous viennent de Paris. Il y aurait folie à ne pas saisir l'unique lumière que nous présente la fortune, au milieu de l'obscurité profonde qui nous environne. S'il en est qui veuillent s'aventurer sans fil dans un labyrinthe, sans boussole sur là mer, sans flambeau dans les ténèbres, que ceux-là s'y exposent; les F-stensi n'y consentiront pas, persuadés qu'ils sont qu'on ne méprise jamais en vain la fortune.

Le parti contraire combattit fortement ce langage. Entre beaucoup d'autres Milanais de réputation, de fortune et de haute naissance, on y remarquait les sénateurs Guicciardi et Castiglioni ce dernier surtout, qui procédait avec beaucoup de chaleur dans ces affaires, se plaignait amèrement des Estensi.

Nous ne comprenons pas, disaient-ils, qu'on puisse espérer l'indépendance et la liberté sous Eugène. L'Autriche exercerait sur lui plus 'd'influence que sur tout autre prince, ffit-ce un prince autrichien. Sans parenté, sans rapports avec aucune puissance considérable d'Europe le besoin de sa conservation personnelle l'obligerait à chercher des appuis partout où il en trouverait, et l'Autriche seule pourrait lui en offrir, parce qu'elle deviendrait, en raison du voisinage et de la prépondérance des forces, l'unique objet de son espérance et de ses craintes. Nos adversaires supposent-ils dans Eugène assez d'élévation d'esprit V

pour en agir autrement? Nous répondrons d'abord que les princes, quand il s'agit de soumettre les peuples, sont assez indifférens sur le choix des moyens, et qu'ils s'arrêtent ordinairement aux plus efficaces, quels qu'ils soient, sans croire pour cela déroger à leur dignité. Mais où sont les preuves de la grandeur d'âme d'Eugène? Serait-ce la remise, par lui faite à Bellegarde, de la moitié du royaume? ses conférences avec ce général autrichien, conférences dont on a deviné le secret, malgré le mystère qui les environne? serait-ce la spoliation du château royal de Milan? seraient-ce les récompenses promises pour l'exécution de cet odieux et fatal complot? ses liaisons avec Mejean et Darnay, envoyés ici pour suborner les esprits; Mejean et Darnay, prôneurs opiniâtres de la tyrannie, diffamateurs acharnés des hommes les plus recommandables, les plus nobles et les plus généreux du royaume? Verrez-vous les preuves de la grandeur d'âme d'Eugène dans le mépris qu'il fait des soldats italiens, accourus à sa voix sous les drapeaux, et dont il n'était que le capitaine salarié; lui, jeune imberbe, qui ne porte d'autre nom que celui qu'il tient d'un homme détesté ? La verrez-vous dans la faveur qu'il accorde aux espions dont il nous entoure? dans l'exil des meilleurs citoyens? dans l'arrogance de son langage et de ses écrits? Disposé par caractère à embrasser le parti le moins honorable, il le

prendrait encore par nécessité. Il n'est donc pas douteux que le royaume, sous Eugène, dépendrait de l'Autriche plus que sous un prince autrichien, et ce serait surtout alors que les ordres par-" tiraient de Vienne et non de Milan. Ses humbles déférences envers Bellegarde, la remise de nos forteresses, le départ de députés pour le camp de l'empereur François et pour Paris tout l'annonce; jusqu'à la proposition qui est faite en ce moment au sénat. On parle d'un prince autrichien; la nécessité seule devrait nous le faire accepter sans doute; mais enfin la Toscane a vécu long-temps heureuse et indépendante sous un prince de cette maison. Ils accordent difficilement une constitution libérale? Qui le conteste? Mais ils l'observent fidèlement, du moins, quand ils l'ont accordée. Certes, il n'en est pas ainsi des élèves de Napoléon Prompts à jurer, prompts à trahir, ils ne gardent leurs promesses qu'autant que leur intérêt l'exige. Remarquez bien que c'est un Prina, un Paradisi qu'on se propose de déléguer au nom du royaume; Prina, cet ami si tendre de la liberté; Paradisi, qui affronterait tous les périls plutôt qu'un regard de l'Autriche, et qui a d'excellentes raisons pour le faire. Voilà les messagers de notre indépendance voilà les défenseurs de notre liberté Du reste, continuaient les antagonistes d'Eugène, dans les circonstances extraordinaires, comme celles où nous nous trouvons, ce sont les

peuples et non pas les factions qu'il faut consulter. Qui osera déclarer ici que les Italiens veulent Eugène pour leur monarque ? Seraient-ce les soldats, qui le haïssent? les citoyens, qui ne sauraient l'aimer ? Demander Eugène serait réputé l'œuvre d'un parti, jamais le vœu de la nation et les alliés n'ignorent pas tellement l'esprit publicdu royaume, qu'ils ne sachent ce que tout le monde peut savoir. La noblesse milanaise, sans exception, est opposée à Eugène, et prétend à l'indépendance. Ces sentimens sont ceux du peuple lui-même qui s'agite autour de ce palais, et pousse des cris menaçans au seul bruit de la confirmation d'Eugène, et par la crainte de voir se prolonger, sinon la domination de la France, au moins le régime introduit par les Français. Les confédérés font une guerre magnanime; leurs motifs sont aussi nobles que leurs désirs, et les circonstances présentes sont $ans exemple dans l'histoire. Faites entendre aux rois alliés, non le vœu d'une faction, mais l'expression de la volonté générale; proposez-leur une résolution grande et digne de vous, au lieu de leur demander un avorton de prince, docile élève d'un tyran; demandez-leur une liberté généreuse, au lieu du régime de l'espionnage et des cachots, votre voix sera entendue. Voilà ce que veulent les Italiens, ce que veulent les puissances confédérées, ce que veut le ciel lui-même qui n'a pas soulevé l'univers pour que Napoléon Buonaparte

continue de régner en Italie sous le nom d'Eugène Beauharnais. Non, s'écriaient les orateurs, nous ne voulons point d'Eugène, nous ne voulons ni de Prina, ni de Mejean, ni de Darnay. Ce que nous voulons c'est un prince allié à quelque grande puissance d'Europe, et qui se maintienne autrement que par des concessions et des flatteries un prince qui promette la liberté, dans l'intention de la maintenir, et non avec le projet de l'étouffer; un prince qui sache apprécier la noblesse de ce royaume, la générosité de ceux qui l'habitent, la hauteur des destinées qui l'attendent, lui et les sujets qu'il devra gouverner. Assez et trop long-temps nous avons obéi à la France assez et trop long-temps nous avons subi les caprices des subalternes de Napoléon. Le monde entier est dans l'attente; une ère nouvelle se prépare embrassons un autre avenir; tant de souffrances ont légitimé nos droits au bonheur. A la suite de la délibération, le sénat rendit un décret portant que trois députés seraient envoyés auprès des puissances pour les supplier de faire cesser les hostilités, et d'accorder au royaume d'Italie l'indépendance qui lui avaii^été promise, garantie même par les traités. Le sénat devait en même temps, par l'organe de sa députation, protester de son admiration pour les vertus du viceroi, et de sa reconnaissance pour la sagesse de son gouvernement.

Aussitôt que la délibération du sénat fut connue, le parti contraire au vice-roi organisa un soulèvement. On vit entrer dans ce dessein les principaux généraux de l'armée, les maisons les plus considérables de Milan Albert Litta le premier, qui avait constamment repoussé les caresses de Napoléon, et refusé de servir sous son règne; préférant une retraite obscure, mais honorable, à des fonctions brillantes mais honteuses. Les négocians les plus riches, les savans et les hommes de lettres les plus courageux, se réunirent aussi auxmécontens. Le mot d'indépendance était dans toutes les bouches l'amour de la liberté enflammait tous les coeurs. Jamais peuple dans ses mouvemens politiques, à aucune époque, au milieu des circonstances les plus importantes, ne déploya plus d'ardeur, plus d'unanimité que les Italiens en ce moment. Leur but était d'obtenir la convocation des colléges électoraux. Un jour, c'était le 20 avril, que le sénat se trouvait réuni au lieu ordinaire de ses séances, une foule immense se porta, en poussant de grands cris, sous les murs du palais. Le ciel était couvert d'épais nuages, la pluie commençait à tomber, tout prenait un aspect sinistre. Le rassemblement se composait de toutes les classes; peuple, nobles, artisans, pauvres et riches. On remarquait, entre tous, Frédéric Gonfalonieri les deux frères Cicogna Jacques Ciani, Frédéric Fagnani Bénigne Bossi,

les comtes Sylva Serbelloni Durini et Castiglioni. Les dames elles-mêmes, et les plus distinguées, telles que madame de Capitani, la marquise Opizzomi, et beaucoup d'autres, prenaient part au mouvement, et criaient Patrie! indépendance! point d'Eugène! point de Français! Tout ce monde était animé de l'amour du bien l'idée du mal n'était même venue à personne. Mais il arriva ce qui arrive ordinairement en pareil cas; c'est que le rassemblement se grossit bientôt de certains hommes malveillans, soit de Milan, soit de la campagne et qui avaient à cœur toute autre chose que l'indépendance. On ne rencontrait que placards ainsi conçus l'Espagne et ï Allemagne ont secoué le joug des Français; Italiens! imitez cet exemple! La voix de Gonfalonien dominait toutes les autres « Nous voulons les colléges électoraux, s'écriait-il, nous ne voulons point d'Eugène.» Les sénateurs, partisans du prince, prirent la fuite; l'assemblée se sépara. Le peuple furieux se précipita dans le lieu des séances, ayant à sa tête le comte Gonfalonieri tout fut brisé, mis en pièces. Quelques hommes perdus, mêlés dans la foule, firent entendre ce cri Melzi! Melzi! et déjà la populace se mettait en chemin pour commettre une action criminelle, lorsqu'un des amis de Melzi se mit à crier de son côté: Prina! Prina! Celui-ci était plus détesté que l'autre on court le saisir à son domicile; il est frappé à

coups de bâton, massacré, et son cadavre long-temps exposé aux outrages des meurtriers. On chercha Mejean et Darnay ils avaient disparu. Après le meurtre, les frénétiques voulaient se livrer au pillage; déjà les maisons étaient désignées, les portes rompues, les appartemens envahis; le riche Milan touchait à sa ruine, lorsque les propriétaires et les négocians appelèrent la garde nationale qui comprima les assassins et préserva la cité. Le vice-roi apprit à Mantoue l'insurrection de Milan; il en conçut de l'humeur, et livra la forteresse aux Autrichiens; action condamnable, que la postérité reprochera éternellement à Eugène. Les hommes justes et vraiment généreux ne consultent point le dépit; Mantoue d'ailleurs n'appartenait point à Eugène, c'était la propriété des Italiens. Misérable dénouement du règne des Napoléonides Buonaparte stipulait tout pour lui, rien pour les siens à Fontainebleau; Eugène Beauharnais avant son départ, non seulement ne stipula rien pour les siens, mais leur fit tout le mal qu'il fut en son pouvoir de leur faire. Il partit de Mantoue pour la Bavière, emportant avec lui les trésors amassés cn Italie. Peu s'en fallut que le souvenir de Hoffer ne le fit tuer à son passage par le Tyrol nouveau coup de la Providence qui poursuivait partout la famille de Napoléon. Les colléges électoraux se réunirent, et nommèrent une régence. Celle-ci décréta que les puis*

sances alliées seraient priées de confirmer l'indépendance politique du royaume, et de lui donner une constitution libérale, sous un prince autrichien, mais indépendant. Fè de Brescia, Gonfalonieri, Ciani Litta Ballabio Somaglia de Milan, Sommi de Crema et Beccaria de Pavie, obtinrent audience de l'empereur François à Paris. Leur requête présentée le monarque répondit Que lui-même il était Italien; que la Lombardie avait été conquise par ses armes, et qu'il transmettrait ses ordres à Milan. Les Autrichiens entrèrent dans cette ville le 28 avril Bellegarde en prit possession, au nom de l'Autriche, le 23 mai; le royaume d'Italie n'existe plus.

Gênes était toujours au pouvoir de l'Angleterre. Les Génois espéraient voir se relever leur antique république; ils s'en reposaient à cet égard sur les promesses des alliés et les démonstrations de Bentink le congrès de Vienne déclare que Gênes appartenait désormais au roi de Sardaigne.

A cette nouvelle, le gouvernement provisoire adressa au peuple la proclamation suivante « Informés que le congrès de Vienne a disposé de notre patrie en faveur de sa majesté le roi de Sardaigne; résolus, d'une part, à ne point porter atteinte à ses droits imprescriptibles; de l'autre, à ne point user d'une résistance inutile et funeste; nous déposons une autorité que nous tenions de la confiance de la nation, et du consentement des principales cours de l'Europe. Tout ce qu'un gouvernement, qui n'a pour lui que la justice et la raison, peut tenter pour le maintien des droits et la réhabilitation de ses peuples, nous l'avons entrepris sans réserve, sans hésitation; notre conscience nous le dit, et les puissances les plus éloignées en rendraient au besoin témoignage. Il ne nous reste plus aujourd'hui qu'à recommander aux autorités municipales, administratives et judiciaires, de continuer à a bien remplir leur devoir; au gouvernement qui va nous succéder, de prendre soin de l'armée dont nous avions commencé l'organisation, et des employés qui nous ont secondés avec loyauté et à tous les peuples du Génovésat, d'observer le calme, première garantie de leur bonheur. En retournant de la vie publique à la vie privée, nous conservons un sentiment profond de reconnaissance pour l'illustre général qui connut les limites de la victoire, et une confiance entière dans la bonté divine, qui n'abandonnera jamais les Génois. »

Telles furent les dernières protestations, les dernières plaintes et les derniers accens de l'innocente Gênes. Le jour suivant, Jean Dalrymple, commandant militaire pour le roi George en prit le gouvernement, qu'il remit peu de temps après aux délégués du roi Victor Emmanuel.

C'est ainsi que l'Italie, après vingt ans de tribulations et de massacres, plus funestes pour elle que dix tremblemens de terre et mille éruptions volcaniques, se vit replacée à peu près dans son état primitif. Victor Emmanuel rentra en Piémont, François en Lombardie, Ferdinand en Toscane, Pie vji à Rome. Parme passa, de la domination des Bourbons, à celle des Autrichiens. Joachim conserva le royaume de Naples, qu'il devait bientôt perdre. Suppression générale des républiques italiennes; des écrivains subtils ont même trouvé que la légitimité ne pouvait pas exister au pluriel. L'humble Saint-Marin lui seul fut maintenu. L'exiguité de son territoire, la pauvreté de ses habitans le mirent à l'abri de toutes les ambitions, et son salut ne fut peut-être qu'un reste d'imitation du système de Buonaparte. Venise fut donnée à l'empereur François; Gênes au roi Victor. Le gouvernement de François, ceux de Victor, de Ferdinand et de Pie vu s'annoncèrent par la douceur; peut-être seulement ne se firentils pas une idée juste des changemens extrêmes qui s'étaient opérés dans l'esprit et le cœur des hommes, depuis tant d'années, et après de si grands événemens. On a dit qu'il s'agissait ici d'une maladie morale des esprits; raison de plus pour la combattre par des remèdes appropriés. La postérité jugera si les écarts qui eurent lieu par la suite doivent être attribués aux malades, ou à ceux qui se trouvaient chargés du soin de les guérir.

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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