L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 07 Mars 2020 9:10 
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Inscription : 14 Déc 2002 15:30
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Texte disputé entre Cyril Drouet et Luc Potiez.

Citer :
Les familles ruinées par les Guerres de Vendée ne reçurent aucun secours…

Il ne faut pas s'étonner du fiasco de l’épopée de la duchesse de Berry en 1832 !
On reste pantois lorsqu’on apprécie la façon dont Louis XVIII, de retour sur le trône de France en 1815, montra sa « reconnaissance » aux Vendéens qui s’étaient tant battus pour la cause royaliste … Nous citerons ici des exemples assez étonnants…

De qui se moque-t-on ? (deux exemples pour commencer) :
- Des pensions annuelles de trente francs dans un seul canton qui comptait 6000 soldats, il n'y en eut que 46 à recevoir des récompenses…
- Louis Rochard, de Chanzeaux, qui, dans une lutte à mort avec le porte-drapeau d'un régiment républicain, avait réussi à s'emparer de l'étendard si longtemps disputé, et s'en était ensuite servi pour bander ses blessures, espérait, pour ce fait d'armes, obtenir au moins la croix de Saint-Louis. Il en fit la demande au ministère de la guerre et envoya, à l'appui de sa sollicitation, les lambeaux du drapeau portant les traces de son sang. On rejeta sa requête ; on ne lui rendit même pas l'étendard qui était sa propriété, prétextant qu' « on n'avait pu le retrouver » !!!

On crée une Commission
Accoutumés à voir dans la Royauté l'image pour ainsi dire de la divinité, nos populations ne pouvaient se faire à l'idée que l'héritier du trône de Saint-Louis pût déroger aux nobles et religieuses traditions de sa famille. Ils ne furent pas longtemps à s'apercevoir de son ingratitude et de l'injustice qu'il affecta à leur égard. Louis XVIII ne voyait dans les Vendéens et dans les Chouans que « des fanatiques qu'il méprisait au fond de son cœur, et sur le dévouement desquels cependant il savait qu'il pourrait toujours compter ».
Cependant le Gouvernement ne pouvait refuser de reconnaître les services que les Vendéens et les Chouans lui avaient rendus. Ils s'étaient dévoués pour lui et avaient contribué à la chute de l’Empire. Le Roi céda un instant au devoir de la reconnaissance. Il ordonna de les secourir « afin de ne point paraître ingrat aux yeux du public ». Les princes du sang, animés des vrais sentiments de leur race, désiraient les voir traités en amis, et les Royalistes de la cour cherchaient à les favoriser. Ils réussirent à faire nommer une Commission pour se rendre compte de tous leurs besoins et leur distribuer des récompenses. Cette Commission fut composée d'anciens officiers de l'armée de Condé. Le lieutenant général comte Pierre Riel de Beurnonville (1752-1821), ancien ministre de la Convention, en fut nommé le président, ce qui leur fit craindre que cet ancien révolutionnaire ne leur rende justice que dans une mesure fort restreinte.
Heureusement il n'en fut rien.
Ce général, quoique leur ancien ennemi, admirait le courage qu'ils avaient déployé en défendant leurs principes religieux et monarchiques. ''Puisque leurs vœux étaient accomplis, disait-il, ils méritent de recevoir du Roi des marques de son estime et de sa bienveillance''. En conséquence, il s'enquit avec une équitable loyauté des droits qu'avaient à des secours sérieux ces vrais serviteurs de la Monarchie. A cet effet, il se fit renseigner par le comte Félix de Romain (1766-1858), major général de l'armée de Charles Marie de Beaumont d'Autichamp (1770-1859) et par MM. Charles Sapinaud de la Rairie (1760-1829) et Auguste du Vergier de la Rochejaquelein (1784-1868), les principaux officiers de la basse Vendée, de telle sorte qu'il pût connaître les justes revendications du pays.
Si les subsides qu'il accorda ne furent pas plus abondants, s'ils furent presque illusoires pour le grand nombre des ayants droit, ce ne fut pas à lui qu'il faut en faire remonter le responsabilité, mais aux ministres qui, prétextant les lourdes charges du trésor, n'accordaient que d'une main avare à la Vendée et à la Bretagne, des fonds qu'ils savaient prodiguer aux officiers et aux blessés de la Révolution et de l'Empire.
Napoléon avait accordé douze mille francs de pension à Marguerite de Scépeaux (1767-1845) veuve de Charles de Bonchamps (1760-1793), le Gouvernement la réduisit de moitié. Il ne concédait que quatre cent francs Constance du Vergier de la Rochejaquelein (1770-1827) la veuve de Jacques de Guerry de Beauregard (1755-1815), tué à Aizenay, laissait dans l'indigence cinq enfants du généralissime Jacques Cathelineau (1759-1793), et oubliait la famille de Nicolas Stofflet (1753-1796) et bien d'autres qui s'étaient si courageusement battus pour le trône et l'autel.
Ce ne sont pas les Bourbons qui firent élever des monuments aux généraux vendéens, mais les nobles de la Vendée : la colonne de Torfou fut érigée par le marquis Philippe Jousseaume de la Bretesche (1783-1859) en 1828 ; l'obélisque de Stofflet par le comte Édouard Victurnien de Colbert, marquis de Maulévrier (1754-1839) en 1820 ; la statue de Bonchamps par ses compagnons d'armes en 1825 dans l’abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil et celle de Cathelineau en 1827 sur la place du Pin-en-Mauges par les soins et le zèle du Chevalier Armand Louis de Lostanges (1759-1836).

Des décisions odieuses …
Et ce qui est vraiment abject, c’est ce que Louis XVIII accordait de son propre gré :
- six mille francs de rente avec le titre de baron au farouche Louis Marie Turreau de Garambouville (1756-1816), qui avait couvert la Vendée de sang et de ruines avec ses « colonnes infernales »,
- des pensions fort importantes à Charlotte de Robespierre (1760-1834), sœur de Maximilien de Robespierre (1758-1794),
- à de nombreux régicides, à d'anciens clubistes ou à des favorites, des pensions confortables ...
- A Marie Pierre Adrien Francastel (1761-1831) la direction d'une bergerie de l'Etat aux environs de Tours,
- le brevet de général de division à Louis Grignon (1748-1825), autre bourreau de la Vendée, et une pension de retraite. « J'ai vu, dit l’écrivain Eugène Loudun (1818-1898), « un vainqueur du 14 juillet, que j'ai rencontré dans le Poitou, qui portait sur sa poitrine, comme une sanglante ironie, la croix de la Bastille, à côté de la Croix de Saint-Louis. »

De faibles pensions …
De son côté, la Commission ne pouvant disposer pour les Vendéens que de fonds fort restreints, les divisa en portion infime, afin de satisfaire le plus grand nombre de nécessiteux. « la plupart des solliciteurs, reçurent cent francs, cinquante francs, et même trente francs. ». Quelques vieillards, des veuves, des orphelins et des blessés obtinrent aussi de faibles pensions. Les autres valétudinaires n'eurent que des secours temporaires. Les paysans qui avaient perdu maison, mobilier, vêtements, jusqu'à leur dernier écu, n'obtinrent aucune indemnité, et pourtant les misères étaient profondes en Vendée. D'après le relevé des administrations locales, on y comptait en 1816, trente mille veuves, quarante mille blessés et orphelins. Dans la seule paroisse d'Yzernay, d'une population de 1300 âmes, il s'y trouvait cent dix neuf veuves réduites à la mendicité. La plupart des soldats qui avaient porté tout le poids de la guerre de 1793 à 1799, ne reçurent pas une obole. ''En vérité, s'écria avec un accent indigné l’avocat Auguste Johanet (1806-1860), il ne fut pas donné un sou par maison brûlée, et après d'énormes amas de ruines, chaque héros n'eut pas de quoi manger un morceau de pain''.

Napoléon beaucoup plus généreux …
Quand Napoléon parcouru la basse Vendée, (il s'y est déplacé, lui!) il ne fut pas aussi parcimonieux avec les soldats de Charette. Emu au récit de leurs brillants faits d'armes, « il prodigua l'or, releva leurs chaumières, reconstruisit leurs églises et donna du pain aux nécessiteux. »
Louis XVIII ne sut jamais s'inspirer de sentiments aussi généreux et aussi politiques.
Indigné de tant de dénis de justice, Auguste de la Rochejaquelein s'emporte. Il se rend à Paris, pénètre dans les bureaux du ministre de la Guerre et réclame prompte satisfaction pour ses vieux frères d'armes. On repousse toutes ses revendications. Dans sa colère, le général Vendéen ne se possède plus : il brise en sortant les vitres du cabinet du ministre....
Autre exemple : quand Louis XVIII se décida à placer dans ses galeries les portraits des généraux vendéens, ceux de Cathelineau et de Stofflet en furent exclus « parce qu'ils n'étaient pas gentilshommes. » !!!
La Révolution et l'émigration n'avaient rien appris à ce pauvre Louis XVIII.
Pour conclure, le résultat de tant d'affronts entraîna une désaffection et beaucoup de murmures envers ce Roi. Quelques vieux soldats même regrettèrent d'avoir versé leur sang pour un Roi si indigne de leur dévouement.
A son lit de mort, un des plus braves disait à ses enfants : « Je vous recommande de ne jamais reprendre les armes. »



Sources: « Histoire de la Guerre de la Vendée » et l' « Anjou Historique ».
Siraudeau éditeur Angers.
D’après Xavier Paquereau pour « Chemins Secrets ».

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 07 Mars 2020 9:26 
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Inscription : 17 Août 2016 23:01
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Je découvre cet épisode peu glorieux (il n'est pas le seul) de la première Restauration.... On connait mieux notamment les distributions éhontées (ce qui contribua à la rapide impopularité de Louis XVIII et au retour de Napoléon lors des Cent-Jours) de Légions d'Honneur à d'anciens nobles émigrés, revenus en France dans les basques du roi podagre, lesquels émigrés de la première heure n'avaient sans doute pas combattus en Vendée (ni même dans l'armée de Condé)


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