L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 08 Sep 2009 17:12 
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Ce débat est initié par les propos de Bernard Coppens (voir l'entrée en matière sur les mensonges de Waterloo). Si chacun veut bien donner son sentiment ici, les débats y gagneront -me semble-t-il- en clarté. :salut:

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"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 08 Sep 2009 18:55 
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Bernard Coppens a écrit :
Je vous remercie pour votre lecture attentive et pour votre appréciation globalement positive de mon ouvrage.


Il me semble, en effet, que ceux qui rejetteraient globablement votre travail seraient étrangement partisans. Et certainement, ce travail n'était pas à la portée des admirateurs de Napoléon, aveuglés qu'ils étaient (moi le premier) par les écrits de Sainte-Hélène.

Citer :
Je ne puis répondre d’un seul jet à toutes vos remarques, cela ferait la matière d’un nouveau livre.


Sans doute, même si ce nouveau livre serait bien intéressant.

Citer :
Je ne m’étonne pas de ce que vous ne partagiez pas ma manière de voir sur plusieurs points, puisque vous affirmez, dans le fil sur Zenowicz, que vous avez choisi de défendre la mémoire de l’Empereur. Quant à moi, j’ai choisi de chercher la vérité : je ne cherche à défendre la mémoire de personne, mais à comprendre le déroulement des événements.


Mais, je vous en donne acte, bien volontiers.

Citer :
Vous me direz que pour vous, la recherche de la vérité et la défense de la mémoire de l’Empereur ne sont pas incompatibles, mais que ferez vous s’il devait vous apparaître, sur l’un ou l’autre point, qu’il y a incompatibilité ? Ma position me paraît donc plus facile que la votre.


Probablement, mais comme je l'ai écrit, entre la défense de la mémoire de l'Empereur, je choisirai toujours la vérité. En tout cas, j'essaierai. C'est d'ailleurs ce que j'ai tenté de faire dans le dossier du rétablissement de l'esclavage et de l'expédition de Saint-Domingue.

Citer :
Il est donc normal que vous voyez des agressions ou des dénonciations là où il n’y a que l’exposé des faits, ou plutôt tentative de rétablissement des faits.


Je ne dirais pas qu'il s'agit d'agressions de votre part, mais plutôt de dénonciations que j'estime mal fondées.

Citer :
Ainsi, vous écrivez :
« Bernard Coppens (BC), dénonce la volonté insensée de Napoléon qui aurait voulu "assurer à la France l'empire du monde". »
Je ne dénonce rien du tout ni personne, je raconte, en m’appuyant sur des documents historiques, que Napoléon a caressé le rêve de devenir le maître du monde (et je pense qu’on ne peut pas sortir indemne de ce genre d’expérience).
Cela ressort non seulement du témoignage des personnes qui l’ont approché et qui l’ont bien connu, mais également de ses écrits, et même de la logique des choses.


Je viens de le dire et je le redis. Si cette expression signifie maître de l'Europe continentale au moyen d'un nouvel empire d'Occident, je suis d'accord. Mais s'il s'agit de la monarchie universelle, là je le conteste...

Citer :
« Bien entendu, il n’en est rien » écrivez-vous. La locution « bien entendu » tend à faire croire que la cause est entendue, qu’il ne faut même pas en discuter, mais c’est un argument de bien peu de poids sur le plan de la méthode historique. D’ailleurs vous reconnaissez d’emblée : « Napoléon voulait faire de la France la première puissance du monde. » Mais sachant qui est le maître incontesté et sans partage de cette puissance, qui serait le véritable maître du monde s’il réussissait dans son dessein de faire de sa France la première puissance du monde ? »


Je ne dis pas qu'il ne faut pas en discuter, c'est d'ailleurs passionnant. Notons d'ailleurs, que ce que Napoléon n'a pu réaliser, l'Angleterre l'a quasiment accompli ! En s'emparant des Indes et en réalisant le plus grand empire colonial (et donc mondial), elle possédait la suprématie mondiale. C'est elle qui a permis la libération de l'amérique espagnole, c'est elle encore qui a distribué les territoires coloniaux. La France a eu sa part, mais dans une large mesure, c'était la part que l'Angleterre était disposée à lui délaisser... Il n'est pas jusqu'au Congo belge que l'Angleterre a choisi de permettre à Léopold II de constituer (un allié et un client, faut-il le rappeler).

Citer :
D’ailleurs, Molé, témoin qualifié, rapporte de la façon suivante les paroles de Napoléon :
« C’est la lutte de Rome et de Carthage, et, dans l’état actuel de l’Europe, le monde entier doit subir la loi du vainqueur. »
La situation du monde au début du XIXe siècle n’est pas celle que nous connaissons aujourd'hui, et nous savons que le maître de la première puissance mondiale ne peut pas se dire le maître du monde. Mais il n’en était pas de même à l’époque.


Je suis d'accord, mais cette maîtrise mondiale passait par l'empire d'Occident, à mon avis, pas par la monarchie universelle. Napoléon en a peut-être rêvée, je ne n'affirmerai pas le contraire, notamment quand il a crû -un court instant- qu'il pouvait disposer de l'Espagne, mais les réalités du guêpier espagnol lui ont ouvert les yeux...

Citer :
Je dirai même que si quelqu'un a eu des excuses pour avoir pu rêver de devenir le maître du monde, c’est bien Napoléon. Sa trajectoire était si fabuleuse qu’il a bien dû envisager de devenir, de facto, le maître du monde. Il a tout fait pour vaincre l’Angleterre, et s’il y était parvenu comme il l’espérait (et il aurait été encore plus fou de le tenter s’il savait qu’il n’y parviendrait pas) il était réellement le maître du monde.


Napoléon nétait pas assez fou pour penser qu'il détruirait l'Angleterre, sauf à débarquer sur son territoire. Après Trafalgar, il savait bien que cet objectif était hors de portée...

Citer :
Pour moi, c’est une évidence que vous refusez d’envisager,


Je comprends votre réaction, mais ce que je viens de dire prouve que non. Il a pu l'entrevoir, mais quant à sérieusement l'envisager, je ne le pense pas et j'estime l'avoir démontré.

Citer :
et pour ce faire, vous ne reprenez qu’une partie des témoignages que je donne, mais vous réfutez encore d’une manière bien étrange la lettre de Napoléon à Clarke.
Bruno Roy-Henry a écrit :
Napoléon indique aux sénateurs qu'il a changé et qu'il n'a d'autres buts, désormais, que d'obtenir une paix sur la frontière en évitant l'invasion de la France. Mais pour BC, comment le croire puisqu'il aurait déclaré à Clarke :"si, à Leipzig, j'avais eu 30 000 coups de canon le 18 au soir, je serai aujourd'hui le maître du monde".
D'une part, Napoléon n'a pas parlé de 30 000 coups, mais bien de 100 000. Cette lettre a été adressée au général Songis qui commandait son artillerie (Général Thoumas, Autour du drapeau, Paris. 1889). En effet, le soir du 18 octobre, l'armée française n'avait plus que 15 000 coups de canon à tirer, soit deux heures de feu. Elle ne pouvait donc plus continuer la bataille le lendemain. Mais quatre heures de feu n'auraient guère changé la donne...


Cette lettre à Clarke est spécieuse, je la crois apocryphe. Voyons dans le détail :

Citer :
Voilà bien des arguties d’avocat (excusez-moi).
La question n’est pas dans le nombre de coups de canon (s’il avait écrit « il ne m’a manqué que cent coups de canons (ou 27) pour être le maître du monde », la phrase ne perdrait rien de son sens). Est-ce volontairement que vous détournez l’attention en mettant en cause l’autre partie de la phrase ?
Et encore, vous le faites bien maladroitement (excusez-moi encore une fois).


La phrase ne perdrait rien de son sens ? Mais si ! Et le nombre de coups de canon est primordial. Je le redis, cette expression "maître du monde" doit s'entendre comme maître de la négociation. D'ailleurs Napoléon avait renvoyé Merveldt au QG des Coalisés en proposant un armistice et l'ouverture d'un nouveau congrès. Vainqueur par défaut le soir du 18 octobre s'il avait disposé de 100 000 coups de canon, il entendait par là qu'il ne croyait pas que la Coalition ait pu en disposer d'autant... Les Prussiens n'avaient plus de munitions, c'est Bernadotte qui leur en distribuait obligeamment. Mais ses capacités logistiques ne devaient pas aller jusqu'à alimenter les Russes et les Autrichiens qui -eux-mêmes- ne devaient pas avoir leurs caissons pleins.

Citer :
Alors que j’ai recours au document original (tel du moins qu’il nous est connu par la publication de la Correspondance de Napoléon faites sous les auspices de Napoléon III, vous me contestez avec une source secondaire des plus contestables et la plus marquée par le climat de napoléolâtrie dans lequel a baigné la génération pré-1914 : le général Thoumas ! Et vous négligez par ailleurs de donner la citation, ou même le numéro de la page, alors que dans mon livre il n’est (sauf erreur), rien que je n’avance sans donner les références précises. Il est possible que dans une lettre au général Songis Napoléon ait parlé de 100 000 coups de canon, cela n’enlève rien au fait que Napoléon a écrit au général Clarke, son ministre de la guerre, le 18 janvier 1814 :
« Si, à Leipzig, j'avais eu 30 000 coups de canon le 18 au soir, je serai aujourd'hui le maître du monde. »
Cette lettre se trouve dans le tome 27 de la Correspondance générale de Napoléon, sous le n° 21111, mais aussi sous le n°1580 de la « Correspondance militaire », tome neuvième (Correspondance militaire de Napoléon Ier, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre, Paris, Plon 1897.)
Alors, quand vous écrivez : "Napoléon n'a pas parlé de 30 000 coups, mais bien de 100 000", je dois vous faire remarquer que votre argumentation est pour le moins bizarre et que vos affirmations doivent être contrôlées.
[/quote]

Pour Thoumas, il s'agit de la page 296 et ce dernier ne parle que du général commandant son artillerie. A cette date, c'était le général Songis. Je vous ai répondu plus en artilleur (que j'ai été) qu'en avocat d'une cause désespérée. Je le répète, 30 000 coups de canon, c'était 4 heures de feu, puisque de l'aveu de Napoléon, la Grande Armée n'avait plus que 15 000 coups à tirer, soit 2 heures de feu. Doubler la quantité n'aurait rien changé. Mais 100 000 coups, c'était autre chose !

Je ne conteste pas votre citation et vos références. Je pense simplement qu'elles ne sont pas exactes. Peut-être simplement parce que cette phrase de Napoléon n'a pas été transcrite correctement. Et je pense (mais je peux me tromper) que l'original adressé à Clarke n'existe pas.

Citer :
Bruno Roy-Henry a écrit :
Cette formule "maître du monde" n'est pas à prendre au pied de la lettre. Elle signifie simplement que Napoléon aurait été en mesure de dicter ses conditions à la coalition formidable qui l'assaillait dans les plaines de Leipzig. BC me semble donc quelque peu partisan dans son analyse. D'ailleurs, il n'aime pas l'Empereur et ne s'en est jamais caché...


Cette formule de « maître du monde » est donc bien à prendre au pied de la lettre à mes yeux, sauf preuve du contraire.


Il me semble avoir démontré que non.

Citer :
Voici d’ailleurs encore un témoignage provenant de quelqu’un qui a approché Napoléon d’assez près pour qu’il puisse être pris au sérieux, le maréchal Gouvion Saint-Cyr :
« (...) les fautes proviennent ordinairement du défaut de lumières suffisantes ; mais celui dont je parle était si éclairé que, lorsqu’il en commettait, il le savait mieux que personne. Dédaignant l’art de la guerre et les préceptes qu’on croit les mieux justifiés, il ne les jugeait bons que pour aider la médiocrité, et tout au plus utiles à servir les projets d’une ambition vulgaire, ou celle plus élevée d’un souverain tel que Louis XIV ou Frédéric II. La sienne étant démesurée, sans bornes, il crut devoir mettre plus de confiance dans les inspirations de son génie et dans sa fortune que dans les secours d’un art qui a ses limites, et qui ne pouvait le mener à son but. Le fatalisme, dont son esprit était empreint, le confirma dans cette idée, et il n’en sortit plus. Il se persuadait qu’il était l’homme du destin, à qui il était réservé de dominer le monde pour le régénérer. » (Gouvion Saint-Cyr, Mémoires pour servir à l’histoire sous le Directoire, le Consulat, et l’Empire, Tome troisième, page 237.)


Je ne veux pas récuser Gouvion, mais il me paraît qu'il était un peu intéressé par la démonstration. En effet, Gouvion a été en-dessous de lui-même au cours de la campagne de Saxe de 1813. Ceci a d'ailleurs été évoqué ici.

viewtopic.php?f=30&t=4109

Ce n'est donc pas un témoin véritablement objectif.

Citer :
Quant à aimer Napoléon ou pas, quel pauvre argument... Je n’aime pas plus Napoléon que Louis XIV, Pasteur, Albert Ier de Belgique, Alexandre le Grand, Frédéric II, Vercingétorix ou Jules César… Je n’aime pas le culte insensé que certains professent pour une image de légende en se persuadant et en tâchant de persuader les autres qu’elle correspond à la vérité historique alors qu’elle n’est qu’une fabrication de propagande. Mais c’est autre chose (mon intérêt pour la période remonte d'ailleurs à l'époque où je partageais avec ardeur ces sentiments, ce qui me permet d'en comprendre les mécanismes). D’ailleurs, je sais si bien que l’étiquette de ne pas aimer Napoléon constitue aux yeux de l’histoire académique un certificat d’incapacité que, même si j’étais dans le cas, je le cacherais avec soin. Mais je crains que pour vous, le fait de ne pas défendre comme vous la mémoire de l’Empereur et de voir chez lui des défauts et des fautes prouve que je ne l’aime pas, fait qui mérite d’être signalé afin de me dénoncer à la vindicte des napoléonolâtres, ainsi que la réaction hilarante d’une des intervenantes de ce forum, qui démarre au quart de tour sur votre analyse sans même avoir lu mon livre, le prouve surabondamment. :rire2:


Je ne soutiens pas qu'il s'agit d'un argument, mais je porte cela à la connaissance du public. Il est vrai qu'aimer ou non un personnage historique n'est pas un élément suffisant pour valider ou non un travail historique. Mais peut-être l'objectivité n'est-elle pas meilleure chez ceux qui ne sont pas "napoléonâtre" que chez ceux qui l'admirent un peu quand même... Je n'ai d'ailleurs pas contesté votre objectivité au fond concernant votre travail sur les mensonges de Waterloo. Simplement, je n'adhère pas à votre présentation ni à toutes les conclusions que vous en tirez.

Citer :
Bruno Roy-Henry a écrit :
Autre erreur, l'auteur indique que les coalisés encerclaient Paris le 30 mars 1814. Ce n'est pas exact : ils donnaient l'assaut à l'Est et au Nord de Paris qui communiquait librement avec la province par la rive gauche de la Seine. La royauté rétablie à la suite des fourgons de l'étranger semble avoir sa sympathie. Mais ce régime est instauré au mépris du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ce qui était intolérable quand Napoléon cherchait à l'imposer ne l'est plus quand il s'agit de s'en débarrasser ? Curieux illogisme...
Mais cela ne suffit pas. L'auteur déplore encore que l'on ait laissé à Napoléon la souveraineté de l'ïle d'Elbe. Il aurait mieux valu s'assurer de sa personne. Hé, mais les coalisés n'avaient qu'à essayer le 6 avril 1814, quand l'armée et sa garde étaient encore entre ses mains ! Le Czar n'a pas voulu tenter le diable et il a été sage de respecter la dignité et le malheur de Napoléon...

Je ne suis pas un spécialiste de la campagne de 1814, et j’ai fait un raccourci que je n’ai pas vérifié par manque de temps (l’ouvrage est paru avec quelques mois de retard sur la date initialement annoncée). Voilà une erreur que je corrigerai dans une prochaine édition. Mais cette erreur, de détail quand il est question de la campagne de 1815 (car elle n’a aucune incidence sur la suite de l’histoire), serait importante si l’ouvrage traitait de 1814. On y viendra. Il y aurait là également matière à révision de bon nombre de clichés.


Rassurez-vous, je ne suis pas non plus un spécialiste de la campagne de 1814. J'ai relevé cette erreur, vous l'admettez, il n'y a donc pas lieu de s'étendre, sauf à entrer dans un autre débat sur les clichés de 1814...

Citer :
Où allez-vous chercher que le régime de la Restauration a droit à ma sympathie ? A vous lire, on dirait qu’on traite de questions d’actualité ! J’essaie d’expliquer le contexte. Je crois que le retour du roi a été favorablement accueilli par la majorité de la population en France, fatiguée des guerres incessantes. Cela ressort des documents d’époque. Néanmoins, une grosse partie de la population voyait ce retour avec inquiétude : l’armée, les acquéreurs des biens nationaux, tous ceux qui ont perdu quelque chose dans leur position ou dans leurs intérêts dans une France ramenée à peu près à ses limites de départ (tous les fonctionnaires qui refluaient de la quarantaine de départements du Grand Empire perdus en Belgique, Hollande, Allemagne, Italie, ça fait du monde). Les maladresses commises par les ultras de la Restauration ont avivé ce sentiment d’inquiétude. Mais dans leur majorité, les cadres de l’armée ont jugé de façon défavorable le retour de l’Île d’Elbe et ont marché avec répugnance en 1815, avec des pieds de plomb. Et les dysfonctionnements de l’armée en 1815, les mensonges qui ont couvert ces dysfonctionnements par la suite, trouvent leur origine dans cet état d’esprit déchiré. Mais dire des choses aussi simples, aux yeux des tenants de la légende, est diablement suspect…


Bien. Cette mise au point me semble acceptable. Vu ainsi, je partage votre opinion.

Citer :
« Mais ce régime est instauré au mépris du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ce qui était intolérable quand Napoléon cherchait à l'imposer ne l'est plus quand il s'agit de s'en débarrasser ? Curieux illogisme... »
Encore une fois, je cherche à expliquer le déroulement des événements, et non pas à me ranger sous les bannières d’un patriotisme étroit qui n’est plus de saison (d’ailleurs rien ne m’oblige à un patriotisme franchouillard : ni mon lieu de naissance, ni ma carte nationale d’identité, ni l’époque à laquelle nous vivons).
Dire que Napoléon, dont on connaît la politique d’annexions successives, respectait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes serait un contre sens historique. Que les puissances européennes, au terme d’une guerre d’invasion entreprise par Napoléon lui-même installent en France un régime qui leur paraît assurer une garantie contre la politique annexionniste de la France est un fait historique qui s’inscrit dans la logique des choses et qui y trouve donc sa justification. Quand les Alliés ont imposé à l’Allemagne une capitulation sans condition en 1945, ils n’invoquaient pas non plus le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, que cela nous plaise ou non. C’est un fait historique, et les décisions politiques imposées au terme de guerres générales ne relèvent ni des jeux d’enfants, ni des bons sentiments. Ce n’est donc pas un illogisme de considérer, sur le plan historique, que quand un peuple ne respecte pas le droit des autres à disposer d’eux-mêmes, il est logique, il est de la force des choses, que les autres ne respectent pas le droit de ce peuple à disposer des autres peuples.


Certainement. Cependant, il ne faut pas dire que le Droit et la Vérité étaient du côté des coalisés. Ils ont pris -je pense- assez de liberté avec ces deux notions pour qu'on puisse le souligner.

Citer :
Partant de ce raisonnement que je trouve assez logique, il était tout à fait prévisible que les puissances européennes n’allaient pas accepter le retour de l’île d’Elbe, et ma sympathie ou votre antipathie envers l’un ou l’autre n’a rien à voir dans cette question . C’est une question de réalisme politique, et j’ai montré dans mon livre que, même de l’avis des défenseurs passionnés de la mémoire de l'Empereur, comme Masson et Houssaye, Napoléon avait perdu ce sens de la réalité.


Bien sûr, mais les motivations des coalisés étaient assez nettes : il s'agissait surtout de ne pas tolérer le retour "du bras armé de la Révolution" ! Peu leur importait au fond que Napoléon veuille ou non la guerre : ils étaient décidés à la lui faire, de manière à s'en débarrasser définitivement. Encore que cette belle unanimité n'était qu'apparente et que le rapport des forces découlant de batailles victorieuses aurait certainement changé la donne... Même en Angleterre, la voix des libéraux s'élevait pour fustiger les desseins de la coalition visant à replacer Louis XVIII sur son trône, ce dont manifestement une majorité des Français ne voulait pas...


Citer :
"L'auteur déplore encore que l'on ait laissé à Napoléon la souveraineté de l'ïle d'Elbe".
Même remarque : je ne déplore rien du tout. Je dis qu’il est incompréhensible, sur le plan politique, que les Alliés aient laissé Napoléon si proche des côtes de France. On connaît la raison : le mariage avec la fille de l’empereur d’Autriche. Mais les politiques lucides savaient que le danger était trop grand, et ils parlaient de le déporter plus loin. Les événements leur ont donné raison. On ne fait pas de la politique avec de bons sentiments, et Napoléon lui-même ne s’embarrassait pas de bons sentiments dans sa conduite politique, sauf s’ils pouvaient servir sa politique et sa propagande, ce qui ne fut pas le cas avec Toussant-Louverture par exemple.


Je ne pense pas que le poids de Marie-Louise ait beaucoup pesé dans l'attribution de l'île d'Elbe à Napoléon. Il fallait empêcher ce diable d'homme de tenter la providence jusqu'au bout. Alexandre voyait bien que le nom de Napoléon représentait encore quelque chose. Sous couvert d'esprit chevaleresque, on lui jetait un os à ronger pour calmer ses ardeurs... La Prusse n'approuva pas et le fit savoir. L'Angleterre accepta du bout des lèvres, parce que sur ce point, Alexandre et Metternich étaient d'accord.

Ce n'est donc pas une erreur, parce que les coalisés ne pouvaient pas faire autrement. Napoléon aurait souhaité la Toscane, mais c'était un bien trop gros morceau...

Citer :
Bruno Roy-Henry a écrit :
Mais cela ne suffit pas. L'auteur déplore encore que l'on ait laissé à Napoléon la souveraineté de l'ïle d'Elbe. Il aurait mieux valu s'assurer de sa personne. Hé, mais les coalisés n'avaient qu'à essayer le 6 avril 1814, quand l'armée et sa garde étaient encore entre ses mains ! Le Czar n'a pas voulu tenter le diable et il a été sage de respecter la dignité et le malheur de Napoléon...
L'ennui de ce dernier à l'ïle d'Elbe, les fautes des Bourbon vont amener le vol de l'aigle, le retour miraculeux des Cent jours. L'auteur reproche à Napoléon cette violation du traité de Fontainebleau, soulignant de ce fait que les coalisés ne pouvaient évidemment pas faire confiance à un tel homme quand il proclamait vouloir la paix !
L'ennui, c'est qu'il oublie que le traité a été formellement violé par Louis XVIII qui refusait de verser les deux millions de pension garanti à Napoléon. L'annuité prévue pour 1814 n'avait pas été versée et on sait aujourd'hui que le roi n'avait aucunement l'intention de s'en acquîter. Ce qui ne pouvait manquer -à brève échéance- de contraindre l'Empereur à licencier sa petite armée de 1 100 hommes. De plus, son épouse, faite duchesse de Parme, n'était pas venu le rejoindre dans sa nouvelle résidence. Et, plus que son épouse, c'était son fils qui lui manquait. En outre, Napoléon semble avoir demandé des passeports pour Parme, afin de revoir son fils et son épouse. Les Autrichiens paraissent l'en avoir dissuadé. Mais c'était une nouvelle infraction au traité de Fontainebleau. La principauté d'Elbe n'était pas une prison : quand on évoque l'évasion de Napoléon, c'est une formule totalement fausse. L'Empereur Napoléon demeurait un prince souverain, libre de se déplacer partout en Europe...
Une fois dans sa capitale, l'Empereur déclarait formellement qu'il reconnaissait le traité de Paris du 30 mai 1814. Mais, pour BC, comment les coalisés auraient-ils pu croire qu'il avait changé en moins d'un an ? Ils étaient donc fondés à étouffer dans l'oeuf cette tentative insensée qui ne pouvait que recommencer le cycle des conquêtes...
Je crois qu'on est en présence d'une auto-suggestion. Tout prouve que Napoléon ne voulait pas la guerre. La jouissance paisible de son nouveau trône était son seul objectif, avec certainement le retour de son épouse et de son fils. Mais comment croire un homme qui a aspiré à la monarchie universelle ? L'analyse des faits à travers ce prisme déformant fausse toute la réflexion de l'auteur, ce qui est très dommage.



Toujours la même rengaine : la défense du gentil Napoléon contre les méchants Alliés. Je ne reproche rien à Napoléon.


Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une rengaine : c'est juste le rappel de faits incontestables.

Citer :
J’ai écrit :
« Il était donc évident pour que laisser un homme comme Napoléon à proximité des côtes de France et d’Italie était une grande imprudence. Napoléon le comprenait aussi bien que ses adversaires, et il était fondé à craindre une déportation sous des cieux plus lointains. Certains parlaient même d’une petite île au large de l’Afrique : Sainte-Hélène…
Conscient des maladresses des émigrés rentrés et d’un regain de sa popularité en France, il décide de quitter l’île d’Elbe à la tête de sa petite armée, onze cents hommes, répartis en un bataillon d’infanterie de la garde de six compagnies, une compagnie de marins, un escadron de chevau-légers polonais, un bataillon de « flanqueurs de l’île d’Elbe ».
Le 1er mars 1815, Napoléon et sa petite troupe débarquaient au Golfe Juan, près de Fréjus.
Prenant la route des Alpes pour éviter la Provence qu’il sait lui être hostile, il est à Digne le 4 mars, à Gap le 5 sans avoir rencontré de résistance.
»
Je raconte les faits, mais quand on utilise pas des termes comme «vol de l’aigle, retour miraculeux », on est vite perçu par les « défenseurs de la mémoire », comme hostile. Je ne crois pas aux miracles et je laisse les images de propagande comme « le vol de l’aigle » aux histoires hagiographiques.


Cette imprudence -comme vous l'écrivez- était surtout de l'habileté. La preuve, c'est que les coalisés envisageaient bel et bien une déportation de Napoléon, aux Açores ou ailleurs... Sauf peut-être Alexandre qui voulait sur ce point un manquement manifeste de Napoléon aux traités. Et d'ailleurs, qui pouvait croire que Napoléon tenterait la folle équipée des Cent jours ? Le fait est qu'ils craignaient plutôt un débarquement de Napoléon en Italie avec la complicité de Murat (lui-même dans le collimateur)...

Citer :
Napoléon voulait sincèrement la paix ? Fort bien, libre à vous de le croire. Le fait est que les puissances alliées, elles, n’avaient aucune raison de le croire, et c’est leur conviction, et non la vôtre ni la mienne, qui les a décidées à prendre la résolution de faire la guerre à celui qu’ils dénonçaient comme un incorrigible perturbateur du repos de l’Europe. Je crois que le prisme déformant et l’auto-suggestion seraient davantage de votre côté, puisque vous m’attribuez les sentiments dont je me borne à expliquer qu’ils devaient naturellement, dans le contexte de l’époque, être ceux des puissances européennes confrontées à un élément d’instabilité.


Je ne le crois pas, c'est une certitude. Son intérêt n'était pas de provoquer une nouvelle guerre dont le succès était problèmatique. Napoléon le savait mieux que tout autre et cela l'a sans doute handicapé dans la conduite des opérations en Belgique : il savait parfaitement qu'une bataille perdue entraînerait sa chute. Ce n'est pas très facile de se battre dos au mur... Mais encore une fois, son procès était instruit d'avance. Seule son épée pouvait trancher l'écheveau de ses adversaires...

La conviction des coalisés était évidente, au moins pour l'Angleterre et la Prusse. Elle se basait sur une haine inextinguible de Napoléon. Pour l'Autriche et la Russie, la conviction reposait surtout sur le fait que Napoléon ne pourrait pas résister à la masse des 800 000 hommes que l'on se proposait de lui asséner sur la tête... Que le cours de cette masse vienne à être contenu ou divisé, Metternich et Alexandre n'auraient certainement pas été aussi absolus qu'on l'a dit. Il y a les nobles motivations et la "real politik"...

Citer :
Voilà un début de réponse. Je vous inviterais à reprendre mon ouvrage, et vous constaterez, j'espère, que je n'ai fait que tenter d'introduire un peu de logique et de bon sens dans une histoire qui en est étrangement dépourvue.
Mais peut-être est-ce précisément ce qui dérange ?


Vous ne pouviez surtout pas faire l'économie de cette présentation. Pour l'essentiel, je l'ai trouvée utile. Mais il m'était permis, je pense, de signaler des points de désaccord. En tout cas, je vous remercie d'aborder la discussion dans un esprit de dialogue. Et c'est bien là l'essentiel. :salut:

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Message Publié : 09 Sep 2009 9:50 
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Je ne vois pas pourquoi ceux qui apprécient et "reconnaissent" le génie de Napoléon, avec d'éventuelles failles, seraient incapables de comprendre le libre écrit par B. Coppens ! :grands yeux:
Et, je le répète, admirer ne veut pas dire forcément se laisser aveugler.
J'espère en outre, Cher Bruno, que, par sympathie pour l'auteur de cet ouvrage, vous ne sombrerez pas dans un état d'esprit quelque peu équivoque ...

Par ailleurs, s'attacher à défendre la mémoire de Napoléon ne signifie pas non plus lui donner raison en tout et pour tout. Il n'approuverait d'ailleurs pas cette attitude simpliste et dénuée de réflexion !
Là encore, me semble-t-il, un amalgame tend à s'immiscer : il est pourtant inacceptable et incohérent.
Et comme je le souligne dans un autre post, le choix s'avère dépourvu de bon sens.

Concernant l'ouvrage, je trouve assez prétentieux de proclamer "vouloir rétablir les faits".
On peut "présenter" des évènements tels qu'ils s'inscrivent dans la compréhension que nous en avons, mais le droit n'est pas permis de vouloir l'imposer.

Enfin, lorsque B. Coppens fait le grief de citer des auteurs "sympathisants" pour évoquer positivement l'Empereur, lui se donne à coeur joie dans la citation de "proches" de l'Empereur, dont le dévouement laisse bien à désirer !...
Il ne suffit pas, en effet, d'avoir approché Napoléon de près, pour produire des témoignages ayant valeur de paroles d'évangile !
Il faudrait avoir la mémoire courte pour ne pas évoquer les traitres, pourtant très "proches" de l'Empereur !!!
Cela s'apparente un peu à du "Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais" !

Dans toute remarque, il convient d'êre logique et cohérent, faute de quoi toute argumentation s'effondre comme un château de cartes.

Quant au retour de l'Empereur, quittant l'île d'Elbe, la perception de l'exploit ou de l'entreprise de grande envergure, teintée d'une hardiesse calculée, ne pourra jamais se comprendre des esprits manquant d'humilité pour reconnaître, cette fois encore, un coup de génie asséné par Celui qu'on appelle à fort juste titre "le Grand Homme".
Alors, oui "le vol de l'Aigle" reste la formule qui symbolise le mieux cet évènement unique en son genre, tant il y a eu d'hardiesse, de rapidité et d'efficcacité dans son déroulement.

L'Histoire est ainsi faite, émaillée d'Hommes à l'esprit fulgurant, dépassant souvent l'entendement ; je pense qu'il faut savoir les reconnaître, et surtout, savoir se reconnaître infiniment plus petits.




:salut:


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Message Publié : 19 Oct 2009 15:23 
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Inscription : 09 Nov 2005 13:28
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BRH fait justice de cette "couillonnade" ! Napoléon, empereur du monde !!! Il y aun livre là-dessus. Mais restons sérieux : il se voyait comme le successeur de Charlemagne. Et c'est bien ce qu'il fut. dommage qu'il n'ait^pas réussi... :VE2:


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