L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 08 Déc 2005 10:45 
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Ce livre vient de m'être abandonné, à ma grande surprise, par une relation plutôt déçue par sa lecture, alors même qu'elle est plutôt anti-napoléonienne.

J'en fais la synthèse chapitre par chapitre (ils sont d'ailleurs numérotés, sans intitulés par l'auteur ; ainsi, ça va plus vite...). Pour le commenter ou le discuter, c'est ici :

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Chap I :

Le poids des mots, le choc du crime ! C'est "celui commis à partir de 1802 contre les Africains et les populations d'origine africaine déportés, mis en esclavage et massacrés dans les colonies françaises."

Le massacre desdites populations -selon-lui- revêt un caractère génocidaire. L'auteur prétend que Napoléon a programmé l'extermination des noirs !

Les faits -bien connus des historiens- auraient été passés sous silence ! On apprend incidemment que le Bonapartisme serait une maladie ou un poison, instillé par Thiers et s'épanouissant sous Napoléon III. Et la République ne serait pas parvenue à en guérir le pays...

L'opinion publique -sciemment trompée par des désinformateurs- tiendrait l'année 1802 pour éminemment pacifique, tandis qu'une guerre atroce, une folie génocidaire se déroulaient aux Antilles (Guadeloupe et Saint-Domingue).

L'auteur réclame la date du 4 février pour commémorer l'évènement de l'abolition (16 pluviôse, An II). Il ajoute que c'est parce que cette date était à ce point honnie par Napoléon que Leclerc débarquât à Saint-Domingue dans la nuit du 3 au 4 février 1802. Hâtons-nous de le dire, il s'agit d'un pur délire d'un pamphlétaire délétère...

Enfin, ce dernier en conclut que les Antillais sont encore les victimes de cette histoire honteuse, niée et refoulée jusqu'à aujourd'hui... Que la France leur préfère infiniment les élites des sociétés subsahariennes, plus prêtes à reconnaître qu'elles ont contribué à l'esclavage...

Pour finir, un acte d'accusation contre Napoléon totalement absurde bien que grandiloquant ! En effet, admet notre redresseur de torts, pourquoi s'en prendre au seul Napoléon qui n'aurait que rétabli l'état des choses sans rien inventer ? D'autres pourraient payer avec lui.

Hélas, c'est impossible, car la renaissance de la ferveur bonapartiste coïncide exactement avec l'engouement pour l'extrême-droite et l'envolée de ses scores électoraux! Pas moins...

"Quelle famille française bourgeoise dont l'opulence est antérieure à la première moitié du XIXe siècle peut se vanter de n'avoir pas quelque ancêtre négrier ou détenteur d'actions négrières, ce qui est la même chose ?". Les coupables sont désignés. Voici donc les complices du "petit négrier" !

Et on en vient au plus ridicule du livre : Sans Napoléon, pas de fascisme ! L'admiration des Hitler et autre Mussolini pour cet homme prouve leurs connivences ! En bref, sans le précédent de Napoléon, pas de lois de Nuremberg... Et les preuves de ces assertions ridicules figurent -selon son auteur- dans Mein Kampf où la haine de Hitler pour les nègres et une France en phase de "négroïsation" rapide, éclate à chaque page !

Chap II:

On entre dans le vif du sujet -si j'ose dire-! 1ère surprise, on apprend que Kléber et Desaix auraient critiqué le départ de Bonaparte d'Egypte... Vrai pour Kléber, ceci est totalement controuvé pour Desaix. Leur mort, le même jour, aurait été une bénédiction pour Bonaparte ! Comme si celui-ci avait pu commander un assassinat à distance. Pour Desaix, L'auteur avance qu'il aurait été tué d'une balle dans le dos (provenant des rangs français, probablement...) !

Evidemment, Bonaparte est coupable du coup d'état. L'auteur ne dit pas si on doit lui pardonner celui de "fructidor"... De toute façon, il aggrave son cas en supprimant toute représentation noire ou de couleur au sein du parlement : c'est la fin provisoire d'une France "négrifiée" également vomie par Napoléon et Hitler : toujours l'amalgame !

On apprend aussi que les Anglais auraient perdu 50 000 morts à Saint-Domingue en luttant contre Toussaint Louverture, grand héros de la négritude... Quelles sont les sources ? Malheureusement, nous ne le saurons pas !

Au passage, il rappelle l'existence du négrier Landolphe, honoré d'une rue à Auxonne, pour sa reconversion comme explorateur... Soit. Peut-être faudra-t-il débaptiser cette rue ?

L'auteur rappelle également le bilan français de l'esclavage. 1 200 000 noirs déportés aux Antilles. Et selon lui, six millions de mort, puisque -selon un bilan contestable- on admettrait 5 Africains morts pour un esclave débarqué.

Il s'essaye à assimiler l'esclavage à un génocide, citant Alexandre Dumas (l'écrivain) qui fait parler un colon anglo-saxon, dans un de ses romans. Sa démonstration se poursuit pour tenter d'expliquer que c'est l'esclavage qui a entraîné le racisme. Ce phénomène n'aurait pas existé auparavant ! Ce sont les négriers qui -pour se justifier- ont théorisé l'infériorité de l'Africain nègre. Si c'est vrai en partie, c'est quand même faire peu de frais pour le racisme qui -me semble-t-il- a toujours existé...

Mais l'auteur en profite pour attaquer les historiens français révisionnistes du XXIème siècle ! Parce qu'ils osent prétendre que les Africains eux-mêmes étaient des négriers...

A qui le tour ? Mais à Tulard, bien entendu. Cette fois, le dictionnaire du Consulat et de l'Empire est visé: "Quand Bonaparte arrive au pouvoir, il n'a guère d'opinion sur l'esclavage aux colonies. Il fut vite circonvenu par le parti créole autour de Joséphine".

Aura-t-on les preuves de l'inanité de cet article ? "Napoléon pense que seule la restauration de l'esclavage et de la traite pourrait rétablir le commerce" ! Ah bon, mais quelles sont les sources ? "Tout démontre que l'esclavage est capital dans la pensée économique et géopolitique de Napoléon" ! Fort bien, mais nous attendons toujours la démonstration...

Déjà, il paraît que Bonaparte s'est mépris sur la fortune de Joséphine. C'est donc qu'il en attendait de grands revenus, une fois l'esclavage rétabli ! Le voilà qui réunit rapidement les principaux colons de Saint-Domingue. Il n'écoutera pas Truguet qui lui remet pas moins de quatre mémoires pour illustrer les dangers du rétablissement de l'esclavage. Au contraire, il fait confiance à Ganteaume qui sera chargé de répondre à son rival et recevra la Légion d'Honneur pour avoir transporté des dogues de Cuba à Saint-Domingue !

Rien que ça ! J'ignorais que Ganteaume avait été subordonné à Villaret-Joyeuse... Le commandement de l'escadre chargé de ravitailler Saint-Domingue aurait-il été astreint à ce genre de corvée ? Je reste dubitatif.

L'auteur met en avant des faits, mais non-sourcés ; il reste difficile de les vérifier ou de les infirmer... Pourtant, une déclaration des Consuls du 25 décembre 1799, adressée "aux braves noirs de Saint-Domingue" leur promet le maintien de la liberté et de l'égalité. Mais ce ne doit être que fourberie !

Car si Napoléon nomme Forfait au ministère de la marine et des colonies, il l'entoure de négriers avoués : le baron de Vaivre, Moreau de Saint-Méry, le général Baudry des Lozières, Malouet et Barbé-Marbois.

Certes, ces hommes ne sont pas jacobins, loin s'en faut. Mais l'auteur n'y voit pas là la raison principale de leur nomination : c'est qu'ils sont avant tout esclavagistes, rien de moins !

Chap III:

On y continue dans la répétition des slogans, sans plus de démonstration (que l'on attend toujours). Bonaparte était bien un raciste convaincu (j'emploie "Bonaparte" là où l'auteur écrit constamment "Napoléon"). Esclavagiste convaincu et raciste de même...

Mais comment, me direz-vous, prétendre de telles choses sans les prouver de la manière la plus formelle ? Nous y venons, toujours par les mêmes biais, assénés jusqu'à la nausée par des Guillemin, et autres Caratini...

C'est que Bonaparte était anti-sémite ! Nous avons droit aux citations connues, sorties de leur contexte et elles-mêmes contestables. Hubert de Noailles, Thibaudeau ne passent pas pour avoir été très bonapartistes. Ils sont témoins de ce que leur rapporte Molé pour l'un et Truguet pour l'autre. A supposer que les dires en question aient bien été tenus, on rappellera que Molé et Truguet, très proches de Napoléon à un instant de sa carrière, s'opposèrent ensuite à lui.

Molé surtout est peu crédible, surtout sur les Juifs, puisque c'est suite à son rapport très défavorable sur ceux-ci que Napoléon accepta certaines mesures discriminatoires sur lesquelles il revint ensuite ! Enfin, je pense que Ben Weider a tout dit sur ce sujet, sans qu'il soit besoin d'y revenir.

Mais c'est un pan entier de l'accusation qui s'écroule, car -comme l'auteur tient à le répéter, le racisme de Bonaparte ne va pas sans antisémitisme...

Alors c'est le fameux témoignage de Truguet, rapporté par Thibaudeau. Ce dernier que Napoléon appelait le "jacobin poudré"... C'est une source somme toute contestable, en tout cas à prendre avec des pincettes. Nous la citerons parce qu'elle nous paraît la pièce principale de l'accusation.

"Je suis pour les blancs, parce que je suis blanc ! Je n'en ai pas d'autre raison et celle-là est la bonne !"

Que voilà une déclaration d'un racisme confondant ! Bonaparte y affirme sa solidarité de race. N'en jetez-plus, l'affaire est jugée...

Mais, quel observateur impartial ne notera pas que cette déclaration peut se retourner ? "J'aurais été pour les noirs, parce que j'aurais été noir". Il se trouve que Bonaparte était blanc. Il n'y a là aucune affirmation de la supériorité d'une race sur l'autre. C'est tout simple: s'il avait été noir, il aurait été pour eux.

Je passe les commentaires qui sont des périphrases et sont censées nous convaincre. Toujours du même jus (celui de Thibaudeau) :

"Comment a-t-on pu accorder la liberté à des Africains, à des hommes qui n'avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce qu'était une colonie, ce que c'était la France ?"

Rappelons que c'est Thibaudeau qui rapporte là des propos qui auraient été tenus par Bonaparte à Truguet. A dire vrai, ils ne sont pas tellement étonnants. Comment Bonaparte aurait-il pu accréditer l'idée d'une quelconque civilisation chez les Africains, alors que cent ans après sa mort, les bons auteurs continuaient à en nier la possibilité même ?

"Il est tout simple que ceux qui ont voulu la liberté des noirs, veuillent l'esclavage des blancs" !

L'auteur ne comprend pas cette phrase ; il la trouve absurde. C'est tout juste s'il devine qu'elle vise les Conventionnels ! Eh oui, Bonaparte a renié la Terreur, le jacobinisme ! Au nom des grands principes, ils ont donné la liberté aux noirs, alors que dans le même temps, ils imposaient leur dictature aux Français. Voilà comment il convient de l'entendre; mais ceci dépasse la compréhension de notre écrivain, probablement...

"Mais encore, croyez-vous que si la majorité de la Convention avait su ce qu'elle faisait et connu les Colonies, elle eût donné la liberté aux noirs ? Non, sans doute ! Mais peu de personnes étaient en état d'en prévoir les résultats et un sentiment d'humanité est toujours puissant sur l'imagination. Mais, à présent, tenir encore à ces principes ! Il n'y a pas de bonne foi ! Il n'y a que de l'amour-propre et de l'hypocrisie !

"Si vous étiez venu en Egypte nous prêcher la liberté des noirs ou des arabes, nous vous eussions pendu au haut d'un mât !"

On remarquera que le rapporteur (Thibaudeau) met dans la bouche de Bonaparte des propos qui placent les noirs sur le même plan que les arabes. Or les arabes sont des blancs. Les noirs ne sont donc pas infériorisés par rapport à ces derniers. Enfin, il faudrait exactement déterminer à quel moment ces propos ont été tenus. En 1801 ou en 1802 ? Il est certain que Bonaparte dans le feu d'une discussion un peu âpre devait fulminer des formules à l'emporte-pièce...

Cette comparaison finale est donc une singulière contradiction avec les propos qu'on lui attribue sur les noirs, qui n'avaient pas même l'idée de la civilisation. Pour un raciste invétéré, on le trouvera finalement plutôt modéré.

Suit des exemples personnels qui démontreraient le racisme ordinaire de Bonaparte. Evidemment, celui-ci n'était pas exempt d'un certain conformisme. Quand on se souvient des réactions engendrées par les mariages mixtes il y a encore une vingtaine d'années, on ne doit pas s'en étonner. L'auteur nous assure d'ailleurs que Joséphine a mis au monde une enfant noire à la suite d'une liaison adultérine avec un indigène de la Martinique ! Des preuves ? Aucune: que de vagues indices érigés en soupçons... C'est qu'il s'agissait de disculper la belle créole de toute influence sur son époux. Ainsi, c'est à tort que l'on aurait décapité sa statue à Fort-de-France, alors que celle du vrai coupable trône toujours aux Invalides...

Le fin mot, c'est la rivalité qui aurait opposé le gringalet corse à l'hercule guadeloupéen (le général Dumas). Qui veut trop prouver ne prouve rien. Dumas fut pressenti pour prendre le commandement de l'expédition de Saint-Domingue. A dire vrai, Dumas était surtout jacobin, ce qui était un motif suffisant pour l'éloigner de Bonaparte.

Pour l'auteur, Bonaparte ne mesure que 5 pieds 2 pouces et non 6 pouces (c'est donc un imposteur qui a été autopsié à Sainte-Hélène) !

Dernière trouvaille, Napoléon a engrossé Esther Vesey, une ravissante mulâtresse qui avait toute la blondeur de son père et ses yeux bleus. Son fils dont la paternité aurait été attribuée à Marchand est expulsé de Sainte-Hélène en septembre 1840. Il y avait donc bien quelque chose à cacher... Décidément, les Anglais furent très serviables !

Chap IV:

L'auteur va-t-il redevenir sérieux ? Oui, nous y voilà... On reparle enfin de Toussaint, dont Bonaparte se serait fort bien accommodé s'il avait accepté l'esclavage. Car ce serait là l'objet principal des projets du 1er Consul, son obsession... C'est pourquoi il est impératif de faire la paix avec l'Angleterre, cette autre grande nation négrière ! Grotesque et pitoyable. Imaginez Bonaparte ne songeant qu'au rétablissement de l'esclavage et de la traite. Mais c'est la marotte distillée par ce pamphlet !

On pourrait arrêter là tant c'est stupide. Mais non, il nous faudra boire le calice jusqu'à la lie...

Toussaint annexe la partie espagnole de Saint-Domingue sans en référer au 1er Consul, tout en ayant l'habileté de le faire au nom de la France ! Ceci n'a pas dû réjouir Bonaparte, en effet. Que nenni, nous explique l'auteur: ce qui l'aurait fâché, c'est que Toussaint y proclame l'abolition de l'esclavage...

Certes, Bonaparte négocie avec l'Angleterre et presse Talleyrand de conclure. Ce serait pour faire partir la grande expédition qu'il a voulue dans la période favorable, compte-tenu des dangers de la fièvre jaune. Bonaparte ferait pression et donne à choisir aux Anglais : la prospérité économique de la France ou sa prospérité militaire... Quel mercanti, ce Bonaparte ! Qu'il se soit servi de cet argument pour hâter les négociations, c'est possible. De là à supposer qu'il y ait tout subordonné, il y a un fossé que l'auteur franchit au galop ! Les Anglais auraient donc été bien sots. En faisant languir Bonaparte et en empêchant son escadre de prendre la mer, ils auraient obtenu Malte sans coup férir... Mais notre expert n'y a pas pensé : on voit le parti-pris et la tendance !

Donc, la grande expédition commandée par Leclerc va appareiller, ainsi que celle plus modeste commandée par Richepance. Nous apprenons que ces deux généraux distingués ont reçu l'ordre secret de rétablir l'esclavage. Des preuves ? Non, car c'est un ordre verbal... Et hop, le tour est joué !!!

Venons donc au texte de la loi du 30 floréal An X (20 mai 1802) rétablissant l'esclavage. En fait, c'est une erreur: la loi ne rétablit pas l'esclavage mais le maintient dans les colonies restituées à la France par le traité d'Amiens et là où il a continué à s'appliquer, dans les colonies au-delà du Cap de Bonne Espérance (Mascareignes).

Notre pamphlétaire se mue alors en juriste. Il critique cette présentation : ce maintien n'était pas légal ; de droit, l'abolition concernait tous les territoires français. Sans doute, mais dans les faits, ce sont deux-tiers des Colonies qui n'avaient pas vu l'abolition. Il note que le tiers des Tribuns ont voté contre ce projet, ainsi que le quart des députés. Ceci tend à prouver que le vote a été libre. Si crime il y a, ce n'est pas seulement celui de Napoléon, c'est celui de la République !

Mais ceci n'a guère d'importance, puisqu'il s'agit -avant tout- de mettre en exergue la responsabilité du seul Bonaparte, assujetti à son projet monstrueux et arrêté d'avance. Hélas, ce point n'est toujours pas démontré.

Chap V:

C'est l'affaire de la Guadeloupe qui est traitée ici. Sur cet épisode tragique sur lequel je ne reviens pas, l'auteur use des mêmes procédés. Bonaparte confie d'abord à l'amiral Lacrosse le soin de faire rentrer la colonie dans l'obéissance en désarmant les troupes de couleur. Et d'y préparer le rétablissement de l'esclavage. Pas plus de preuves que d'habitude. Aucun document antérieur à 1802 pour en attester. Qu'importe... Lacrosse pouvait échouer : il importait qu'il fournisse un alibi pour une réaction musclée. Là encore, Richepance sera "porteur" d'un ordre verbal. Encore une fois, en matière de machiavélisme, Bonaparte se serait surpassé. Evidemment, on oublie au passage de nous signaler que ce sont les troupes de Delgrès (le Toussaint guadeloupéen) qui ouvrent le feu en 1er sur l'armée française ! Il aurait donc été étonnant que la sédition ne soit pas réprimée avec la dernière énergie.

A dire vrai, notre histrion avance qu'un document établit la vérité : dans une lettre écrite à Decrès, ministre de la marine, Bonaparte avouerait avoir donné l'ordre à Richepance "d'établir l'esclavage à la Guadeloupe comme il l'était en Martinique, en ayant soin de garder le plus grand secret sur cette mesure."

Possible que cette lettre existe ; de quand est-elle datée ? Pourquoi ne pas en donner les références ? Peut-être parce qu'elle est du mois d'avril et qu'à cette date, suite à l'insurrection de Saint-Domingue et des massacres qui s'y sont produits contre les blancs, le 1er Consul a effectivement pris un parti définitif. Mais ce serait fâcheux de permettre à la défense d'utiliser cet argument : il vaut donc mieux rester dans le vague... Conformément au parfait manuel du petit désinformateur !

Chap VI:

On aborde enfin l'affaire la plus importante, celle de Saint-Domingue. Le 14 octobre 1801, le colonel Vincent apporte la nouvelle constitution de l'île arrêtée par Toussaint-Louverture qui en fait un état associé à la France, dont ledit Toussaint serait le gouverneur à vie. Croit-on que le 1er Consul pouvait accepter pareil projet sans sourciller ? Peut-être pouvait-il négocier. Certainement ; même, il le devait au vu des évènements tragiques qui vont survenir et comme il le reconnaîtra.

Mais il n'était évidemment pas possible de laisser Toussaint disposer de l'île tout entière et de ses richesses sans objecter. Et ce n'est pas parce qu'il était noir ! Car -comme l'auteur le reconnaît- Bonaparte était prêt à composer avec lui, pourvu qu'il soit raisonnable. N'importe quel autre gouvernement aurait agi de même, qu'il soit républicain ou royaliste...

Autre grande crise de rigolade caraïbiscotée : si la grande expédition commandée par Leclerc va partir, c'est que Bonaparte veut l'éloigner lui et son épouse Pauline, car elle couche avec son frère et peut-être Dermide Leclerc serait le bâtard de Bonaparte ! Décidément, toutes les ficelles d'un Guillemain sont mises à contribution !!! Honnêtement, quand j'ai lu cela, une envie irrépressible m'est venu de jeter ce torchon au feu... Mais, à la réflexion, de tels propos dépeignent leur auteur !

On apprend encore que Bonaparte a soigneusement mis au point le scénario de la reconquête de Saint-Domingue. Venant d'un tel homme, c'est le contraire qui aurait été surprenant ! Notre caricaturiste nous livre enfin le grand secret, le crime inavouable : Leclerc a reçu l'ordre de réaliser le dessein monstrueux de Bonaparte : exterminer les noirs de Saint-Domingue pour leur substituer des Africains récemment asservis, selon le principe des vases communicants ! Remplacer quelques centaines de milliers de noirs irrécupérables par 500 000 Africains vierges de toute idéologie et n'ayant pas l'idée de la Liberté ! Comme si les nouveaux venus n'auraient pas eu la nostalgie de leur vie antérieure ? Voilà encore une sottise de notre nouveau Saint-Just... Ne lui en demandez pas la preuve : il se contente de la fournir par une phrase lapidaire : "Leclerc [...] accepte ces ordres déments le 24 octobre 1801" !

La datation n'y fait rien. Il n'existe aucun document, aucun indice d'un tel projet génocidaire, si ce n'est dans l'imagination torturée du dénonciateur. Mais qu'importe ! Plus c'est gros, plus ça passe...

Vient ensuite le récit de l'expédition : tout est bon pour s'y gausser de Bonaparte. Ainsi les balises dans la rade du Cap ont été enlevées, ce qui complique les opérations navales : c'est que le "petit négrier" n'avait pas songé à ce détail. Et l'auteur oublie de le mentionner : ses amiraux non plus...

Aucune mention des massacres et des tortures perpétrés par les noirs sur les blancs, notamment les planteurs et leurs familles pris en otage (massacres avérés et revendiqués) ! Cela ferait désordre sans doute...

Leclerc serait déstabilisé parce que bientôt le tiers de son armée est à l'hôpital, un autre tiers tué ou blessé et qu'il ne lui reste plus que 10 000 hommes de troupes actives, Bonaparte ne l'ayant pas prévenu des dangers de la fièvre jaune (sic) ! Comme si Leclerc pouvait l'ignorer, alors que Bonaparte a pressé le départ de l'expédition pour éviter autant que possible ce danger...

C'est pourquoi il conclut la paix avec Toussaint et prononce une amnistie générale, les généraux noirs étant maintenus dans leurs grades et privilèges. Pour un génocideur subalterne, c'est plutôt raté... De notre point de vue, ceci prouve évidemment que Leclerc n'a jamais reçu les ordres monstrueux comme l'assure péremptoirement notre accusateur public !

Il prétend bien par des citations tronquées nous le démontrer encore. Jugez-en : "Réprimez le brigandage" écrit Bonaparte. Encore une "preuve" du présumé génocide planifié... Décidément, la farce devient de plus en plus comique !

Pendant ce temps, Leclerc s'enrichit. Certes, et ceci est incontestable. Mais il s'agit aussi de redémarrer le commerce et l'industrie. Sur ce plan, Leclerc avait reçu des assurances. Les prises de possession ne sont pas toujours légales. Ce sont les moeurs du temps...

On pourrait donc parvenir à une pacification définitive. Malheureusement, les esprits fermentent. Et dans le camp français, on ne doute pas que Toussaint en soit l'instigateur. Leclerc commet l'erreur de l'attirer dans un guet-apens et de l'arrêter pour le déporter vers la France. Ceci compromet la paix si chèrement acquise ; cela est indéniable. Surtout, les évènements de Guadeloupe venant à être connus (notamment par des rebelles pris en Guadeloupe et sottement mis sur un navire pour être vendus comme esclaves aux USA et qui viendra relâcher au Cap, certains prisonniers parvenant à s'évader) et la nouvelle de la légalisation de la traite aux colonies "esclavagistes" se répandant, la guérilla reprend. De ce point de vue, le 1er Consul n'a pas facilité la tâche de son subordonné. Il faut préciser que la nouvelle de la pacification n'était pas connue à Paris quand la loi du 20 floréal a été promulguée... Mais les massacres des blancs par les noirs, si...

Cependant l'auteur n'admet pas que ce soit là un concours fortuit de circonstances malheureuses. Evidemment puisqu'il ne démord pas de cette idée : le génocide était programmé et rien ne pouvait faire fléchir le "petit négrier" !

Il est vrai que Bonaparte est poussé à l'intransigeance. Il recommande de se débarrasser de tous les "généraux dorés", alors qu'il faudrait précisément s'appuyer sur eux. N'étant pas sur place, il ne dispose pas de la situation réelle et tend à sous-estimer les récriminations de Leclerc. Puisque la traite a été rétablie, il ne faut plus hésiter à permettre aux négriers d'y transférer leurs cargaisons humaines. C'est encore une erreur, mais pour l'auteur c'est l'indice évident des intentions génocidaires de Bonaparte...

Bientôt Leclerc ne contrôle plus rien et va achever sa tragique carrière en succombant à la fièvre jaune. Rochambeau lui succède et demande d'emblée le rétablissement de l'esclavage. C'est donc qu'il n'était pas encore accordé, ce que l'auteur oublie de signaler. Dessalines, de son côté est parvenu à s'imposer comme chef des noirs. Désormais, il mène la lutte en arborant le tout nouveau drapeau bleu et rouge d'Haïti. La réconciliation n'est plus possible. C'est une lutte féroce qui s'engage.

Le 1er Consul va encore envoyer 20 000 hommes en renfort en 1803. Ils ne viendront pas à bout de la résistance acharnée des noirs et de la fièvre jaune qui va décimer leurs rangs. La victoire de Vertières, glorifiée par l'auteur met un terme à la lutte. Rochambeau capitule le 16 novembre 1803, coupé de la métropole depuis l'entrée en guerre de l'Angleterre qui ravitaille les noirs en armes et en munitions. Que ce soit dit à cette occasion : les historiens français n'ont pas passé sous silence cet épisode et cette défaite. Vu la balance des forces, elle était inévitable...

Chap VII:

Nous arrivons maintenant au morceau de bravoure de l'ouvrage : la dénonciation des crimes abominables des Français à Saint-Domingue, les actes d'une barbarie inouïe perpétrés à l'encontre du peuple Haïtien voire guadeloupéen...

Hâtons-nous de le dire, ces faits sont rarement contestables et méritent d'être dénoncés. Ils l'ont été et on n'a pas attendu l'auteur pour cela. Il n'est qu'à citer l'ouvrage d'Antoine Métral paru en 1827. Et il ne fut pas unique...

Certes, la férocité de la répression fut terrible. Même en Guadeloupe. Hélas, faut-il le rappeler ? Ce ne fut pas pire que les colonnes infernales de Turreau en Vendée. Un Richepance avait assisté à ces atrocités sur place sans y jouer un rôle précis. Mais ceci vous prépare à accomplir les mêmes forfaits. Crimes de guerre, sans aucun doute. Tout comme en Vendée... Il y eût même des blancs qui subirent l'exécution capitale parce qu'ils ne voulaient pas se désolidariser de leurs anciens compagnons d'armes. Cela suffirait pour écarter l'accusation de génocide.

Même chose à Saint-Domingue, surtout en Haïti, la partie occidentale de la grande île. Tortures, viols, exécutions sommaires. Cela est vrai, cela n'a jamais été caché. Malheureusement, la dénonciation de notre pamphlétaire gagnerait en crédibilité si elle n'était pas unilatérale. Que dire des familles des planteurs décimées après d'atroces tortures ? Les blanches violées et éventrées devant leurs maris, les enfants ébouillantés ou rôtis puis dévorés devant leurs parents par des noirs surexcités et imbibés d'alcool ? Christophe, Dessalines savaient ménager des plaisirs à leurs bandes. Et ces faits se commirent dès février 1802. Le récit de ces atrocités parvint en France. C'est peu dire qu'ils éloignèrent les honnêtes gens de la cause des noirs...

Et que répond-il ? Que les noirs étaient en état de légitime défense ! Voilà bien une manière objective d'écrire l'Histoire ! Légitime défense ? Vraiment ? En février 1802 ? La rébellion n'était pas légitime. Saint-Domingue était française. Les noirs n'avaient aucun droit à faire sécession : la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes n'avait été inscrite nulle part. Il faudra encore plusieurs décennies pour que ce principe soit admis. Et encore, avec quelles restrictions !

Je ne me lancerai pas dans la description affreuse des tourments imaginés par Rochambeau pour terroriser les noirs. Cela dépasse l'entendement. Oui, il y eut des noyades de masse, avec femmes et enfants, des hommes enfermés dans les cales des navires qu'on cherchait à asphyxier avec des mèches de souffre, ce qui fait dire à l'auteur que des milliers de noirs furent gazés (toujours la comparaison intéressée avec le sort des juifs) !

Des chiens furent achetés à Cuba pour dévorer les noirs. 600 par un Noailles, encore 200 plus tard par un brick espagnol. 800 au total ; mais l'auteur subodore que le nombre en fut encore plus nombreux, jusqu'à 1 500 et il se livre à une comptabilité macabre, calculant que ces dogues ont dévoré au moins 6 000 noirs. Encore ces chiens dévoraient-ils indistinctement blancs ou noirs, d'où le danger de leur usage, ce qui fut signalé par des officiers français.

Bonaparte aurait ordonné ces pratiques criminelles. Mais là encore, pas de preuves ! Il en a été informé, ceci ne fait aucun doute ; et il a couvert, encourageant par son silence son subordonné dément, comme si les fumets de cette violence sauvage et aveugle lui parvenait par-delà l'océan ! Il ne voyait plus que le but à atteindre : venir à bout de la résistance des noirs, comme Richepance était venu à bout de la rébellion en Guadeloupe. Peu importe les moyens. Et sans doute, le 1er Consul était-il ulcéré de cette résistance imprévue qui déjouait tous ses calculs.

Nous donnons raison à l'auteur sur ce point. Sans entrer dans les détails sur place, il poussait Rochambeau à continuer son oeuvre de mort, pourvu que la victoire fut acquise. C'était une question de prestige. En effet, la France ne pouvait être vaincue par des noirs révoltés, d'anciens esclaves... Elle le fut pourtant, notamment du fait de la guerre avec l'Angleterre.

Mais, peut-on en conclure que s'accomplit là-bas un véritable génocide ? Non, car il n'y eut pas d'intention préméditée d'exterminer tous les noirs. L'auteur le répète et le souligne à satiété. Mais ne fournit aucun commencement de preuves... Confondant le plus souvent esclavage et atrocités !

Il croit la détenir dans ce passage rédigé par Leclerc peu avant de mourir:

"Il faut détruire tous les nègres de la montagne, hommes et femmes, ne garder que les enfants au-dessous de douze ans, détruire la moitié de ceux de la plaine et ne plus laisser dans la colonie un seul homme de couleur ayant porté l'épaulette."

Leclerc l'a écrit et Rochambeau a tenté de l'accomplir !

Pour le vengeur "des hommes libres", voici la preuve du génocide !

Mais, il omet de dire que les noirs dans les montagnes sont ceux qui se sont révoltés et qui aident les acolytes de Christophe et de Dessalines. Ceux-là se sont promis de débarrasser Haïti de tous les blancs : ne serait-ce pas génocidaire ?

Détruire la moitié de ceux de la plaine, c'est à dire ceux susceptibles d'être les soutiens secrets des rebelles et anéantir si possible tous les noirs qui ont été officiers pour tenter de priver l'insurrection de chefs capables. Voilà des moyens terribles et condamnables. Mais ce sont-là des crimes de guerre. Est-ce qu'Hitler voulait seulement laisser subsister un quart des juifs ? La comparaison n'est donc pas admissible.

En admettant que Rochambeau soit parvenu à ses fins ( horrible perspective), c'est d'un crime de guerre dont il s'agit, pas d'un génocide ! Certes, la situation s'étant dégradée après l'entrée en guerre de l'Angleterre, la majorité des noirs gagne la cause des sécessionnistes ! Dès-lors, on massacre à qui-mieux-mieux des deux côtés !

Chap VIII:

Sans doute incertain du résultat de son accusation, notre procureur réserve celle de "déportation" pour la fin, sûr de son coup. Du moins, à ce qu'il croit. Naturellement, pour lui, les "déportations" ordonnée par Bonaparte et qui ne sont fondées que sur la couleur de la peau, sont des déportations au sens défini par le tribunal de Nuremberg. Autrement dit, encore un crime contre l'Humanité...

Et voici la pièce accusatrice (les ordres secrets remis à Leclerc): "Tous les noirs qui se sont bien comportés, mais que leur grade ne permet plus de laisser dans l'île, seront envoyés à Brest. Tous les noirs ou hommes de couleur qui se sont mal comportés, de quelque grade qu'ils soient, seront envoyés dans la Méditerranée et déposés dans un port de l'île corse".

Au passage, signalons que l'auteur ne se rend même pas compte que cette pièce fait justice des intentions génocidaires de Bonaparte. Ce dernier prévoit de transférer en métropole tous les officiers noirs, en vue de leur donner une nouvelle affectation. C'est ce qu'il oublie de dire, bien entendu. N'étaient-ils pas citoyens français ? De par leur grade, n'étaient-ils pas tenus par les prescriptions et les obligations du statut des militaires ? Oui, évidemment !

Du coup, l'accusation de déportation tombe d'elle-même ! Et celle de génocide s'écroule lamentablement sur le museau de notre auteur en mal de dénonciations fortes !

Reste le cas des hommes de couleur s'étant mal comportés. Il est prévu qu'ils soient transférés en Méditerranée, en Corse plus précisément. Quel que soit leur grade. Evidemment, c'est là où l'accusation semble la plus pertinente.

A priori, ces hommes ont fait ou feront l'objet d'une sanction. Là encore, il s'agit de soldats astreints à la discipline militaire. On les transfère en métropole dans une région adaptée à leurs origines. Habitués au climat tropical, ils ne pourraient que dépérir dans les frimas du nord ou de l'est de la France. Le climat méditerranéen est supposé mieux leur convenir.

Dès-lors, parler de déportés politiques me semble excessif. A tout prendre, ces hommes me paraissent devoir subir un sort bien meilleur que les bagnards envoyés à Cayenne à partir de la seconde moitié du XIXème siècle. Reste à apprécier les conditions de cette détention.

Malheureusement, à mesure que la guerre civile va se transformer en guerre raciale, le sort des déportés va s'aggraver : ainsi, en août 1802, les Antillais sont transportés dans les navires à fond de cale et la mortalité devient très forte. Plus de deux mille déportés auraient été débarqués en France, civils ou militaires. On comprend que les camps se radicalisant, les transferts cessent. Désormais, les rebelles sont exécutés, comme nous l'avons vu. Voire sur un simple soupçon... Je n'y reviens pas.

Ce sont surtout les Guadeloupéens qui vont encore faire les frais de ces opérations. Fin 1802, environ 600 arrivent à Brest où on leur affecte une caserne. A demi-nus, plusieurs vont mourir rapidement (quoiqu'on attende des sources sur ce point...).

Sur cette affaire, on pourrait qualifier les faits de crime de guerre. Mais, rappelons-le, à cette époque il y a vraiment une crainte et donc une hargne à l'encontre des noirs. Néanmoins, la majorité rejoindra un bataillon de pionniers stationnés à Mantoue. Il n'y a donc pas d'exécution massive !

Reste les déportés "politiques" en Corse et à l'île d'Elbe. Les conditions de détention sont très dures. Mais, pas plus que les bagnes de Rochefort ou de Toulon. A cette date, le statut de prisonnier politique n'existe pas...

En 1814, notre défenseur de la cause noire constate qu'ils sont quasiment tous morts, sauf ceux qui sont parvenus à s'évader. Nous aurions aimé des chiffres plus précis, mais -là encore- il faut croire l'auteur sur parole !

Chap IX:

C'est l'heure du bilan.

250 000 Français mis en esclavage ! Mais l'auteur précise : parmi eux 150 000 Martiniquais, Réunionnais et Mauriciens qui n'avaient pas cessé d'être esclaves...

Resterait donc 100 000 Guadeloupéens et Guyanais. Effectivement, il faudra attendre 1848 pour que la situation évolue.

Au moins 100 000 Haïtiens et Guadeloupéens auraient été tués par les troupes françaises (l'auteur parle de troupes napoléoniennes ! En 1802, ceci n'a aucun sens).

A ceci s'ajoute 60 000 militaires d'origine "européenne" et environ 10 000 civils blancs.

Il y aurait encore à ajouter les 200 000 Africains déportés aux Antilles et aux Mascareignes de 1802 à 1848 pour y être vendus comme esclave. Et comme il est prouvé (soi-disant) qu'il faut 5 morts africains pour livrer un esclave vivant, la mémoire du 1er Consul serait encore ternie par la mort d'un million d'africains. Simple, mais il fallait y penser...

Pour tous, Bonaparte serait le seul responsable. Le vote des assemblées de Paris ne compte pas. L'influence, les manoeuvres du lobby créole non plus.

Il faut rappeler que pour l'auteur, Bonaparte "s'il était contre les "nègres" n'était pas davantage "pour les blancs". Méprisant l'humanité, il n'était que pour lui seul, c'est-à-dire pour personne" !

On comprend qu'à pareil aphorisme, il n'y a rien à répondre. Sinon que le comble de la mauvaise foi a été dépassé depuis longtemps...

Il ne vient pas à l'esprit de cet écrivain que l'on qualifie d'historien qu'en cas de Restauration dès 1800, les choses se seraient déroulées de la même façon... Sauf que la France royale -alliée de l'Angleterre- aurait persévéré dans la traite pour alimenter les Antilles (avec Saint-Domingue) et la Louisiane. Passons...

Mais enfin, tout cela n'est pas suffisant : "en tant que premier dictateur raciste de l'Histoire, Napoléon a sa part de responsabilité, non seulement pour tous les crimes coloniaux ultérieurement commis par la France, mais aussi pour tous ceux du nazisme qui s'est, à l'évidence, inspiré de l'Empereur comme d'un modèle".

Inutile de commenter ce stupide et affligeant raccourci, où la désinformation le dispute à la bêtise : hommage du vice à la vertu, l'auteur écrit "empereur" avec un "E" majuscule !

Dans quelques années, on aura oublié cet ouvrage insipide, alors que l'on commémorera encore, pendant des siècles, les heures glorieuses du règne de Napoléon 1er, empereur des Français !



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Message Publié : 11 Mai 2006 11:16 
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Inscription : 14 Déc 2002 15:30
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Nous avons tous été scandalisés par les délires du pseudo-historien Ribbe, qui présentait l'Empereur comme un précurseur d'Hitler, ceci étant la principale explication de la non-célébration du bicentenaire d'Austerlitz.

Plus chanceux que moi dans la quête d'un éditeur, un historien réputé, Pierre Branda (flanqué de l'inévitable Thierry Lentz) sort enfin un ouvrage sur le sujet.

C'est une légitime réplique aux propos outranciers contenus dans le torchon ribbesque, soi-disant écrit par un "philosophe"...

L'aperçu de la quatrième de couverture donnera déjà une idée de ce travail que je vais m'empresser d'étudier.

"Napoléon, l'esclavage et les colonies" (Fayard):

<< Oui, Napoléon Bonaparte a rétabli l'esclavage, après de longues hésitations. Oui, les généraux envoyés par lui aux Antilles ont férocement réprimé les révoltes des Noirs et des mulâtres. Mais c'est à ne pas replacer ces faits dans leur contexte que l'on perd le fil de l'histoire. C'est en oublier que le projet de Napoléon était d'abord géopolitique, que son ambition était « mondiale ». C'est ignorer que le rétablissement de l'esclavage intervient dans un monde où l'abolitionnisme balbutiait, son coût économique étant jugé insupportable par un secteur qui employait alors un Français sur dix.
Privilégier l'hypothèse « raciste », lire l'histoire à l'envers, d'aujourd'hui à hier et – pourquoi pas ? – à avant-hier, ne peut que contribuer à une utilisation déréglée d'une mémoire pourtant si utile lorsqu'elle ne se confond pas avec le militantisme partial.
Empoignant à bras-le-corps une affaire qui, c'est vrai, en a embarrassé plus d'un avant eux, Pierre Branda et Thierry Lentz ont repris le dossier de l'esclavage et des colonies pièce par pièce, à l'aide d'une documentation complète, parfois inédite. Comme toujours en histoire, ils en tirent un bilan qui n'a que faire des bons sentiments (sinon ils ne seraient pas historiens !).>>



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Message Publié : 12 Mai 2006 8:37 
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Inscription : 14 Fév 2006 8:44
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Considérer Napoléon Bonaparte comme un homme idéologiquement raciste, c’est évidemment abusif mais cet homme créateur d’un nouveau genre de potentat a raté sa chance en cédant aux influences de ses amis esclavagistes, belle famille en tête…

Lorsqu’il évoque Toussaint Louverture, le libérateur de Saint-Domingue ( Haïti n’a pas encore son nom définitif ), Napoléon Bonaparte ( à Ste Hélène ) a des regrets car il reconnaît avoir cédé à une influence qui l’obligea ensuite à couper les ponts avec une ancienne colonie ( étrangement, ce n’est pas ans rappeler, l’indépendance de l’Algérie, d'ailleurs... Serait ce une habitude française ? )

Avait il un grief particulier contre les noirs, les arabes, les juifs ? il avait certainement les idées de son époque et l’impression qu’il avait en lui un grand rôle à jouer sur terre, bien que l’idée de guerre raciale ne devait donc pas exister : mais Napoléon Bonaparte n’était pas infaillible et de nombreux adversaires en ont profité pour utiliser cette faiblesse comme preuve de sa monstruosité.

C’est par cette faille que Monsieur Ribbes s’est engouffré et il n’a pas forcément entièrement tort : sans la soif de pouvoir de Bonaparte, combien de vies sauvées ? des centaines et des centaines de milliers, forcément ! Et de toute religion et de toute couleur, d’ailleurs car dans le carnage, il n’y avait pas de différence…

Alors même si Napoléon Bonaparte s’est conduit dans la droite lignée des « bouchers » de guerre "classiques", le fait d’en faire un Hitler avant l’heure est certainement excessif : mais cela ne retire en rien les responsabilités qui engagèrent la France et l’Europe dans les siècles à venir…

James Saint-Angel


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Message Publié : 27 Juil 2006 10:15 
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Inscription : 14 Déc 2002 15:30
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On me signale ce message d'un internaute amateur:

Citer :
Je viens de finir de lire : NAPOLEON L'ESCLAVAGE ET LES COLONIES ( Fayard )
Ils ont écrit ce livre pour déculpabiliser N de l'esclavage !

Et bien c'est raté, car l'argent est bien le centre du sujet, et le rétablissement fut une excellente chose sur le plan économique . Si on se réfère a leur texte, on comprend immédiatement que Napoléon avait une source de revenues considérable a sa disposition, pour preuve, N Ne comprend pas pourquoi louis XVIII ne reprend pas saint Domingue, et par le même coup détruire sur une campagne de 3 ans les 120.000 hommes fanatiques du régime impérial .

lire page309 du livre : lettre de Bonaparte a decres, ministre de la Marine et des Colonies, et tout est dit .


Je dois dire que c'est affligeant. Mais c'est le propre d'internet de permettre à des ignorants de s'exprimer sur les sujets les plus ardus !

L'objet du livre n'est pas d'exonérer Bonaparte d'avoir rétabli l'esclavage: ce serait tâche impossible, mais bien de le laver des accusations mensongères et criminelles relativement à des intentions génocidaires ou à son supposé racisme !

L'auteur du message fait grand cas d'une lettre de Bonaparte à Decrès qui prouverait son dessein secret de rétablir l'esclavage... :16:

Mais cette lettre est datée du 7 août 1802 ! A cette date, la loi du 30 floréal (20 mai 1802) avait été publiée et surtout, complétée par les arrêtés du 15 juillet qui étendait l'esclavage à toutes les colonies, sauf exceptions personnelles ! Il n'y avait donc plus rien de secret, sauf que Leclerc ne tenait pas à précipiter l'application de cette mesure, étant donné son caractère explosif...

Compte-tenu de la révolte des noirs à Saint-Domingue et à la Guadeloupe, antérieures toutes les deux à la décision de rétablir l'esclavage, Bonaparte estimait qu'il n'avait plus rien à ménager et ne pensait plus -effectivement- qu'aux immenses profits attendus d'une telle mesure.

En quoi il se trompait lourdement, mais c'est une autre histoire...


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Message Publié : 28 Juil 2006 17:53 
S'il y a une morale à tirer de cette histoire où esclaves noirs et négriers sont évoqués à qui mieux mieux pour servir telle ou telle thèse, c'est qu'on est toujours noirci par plus noir que soi ! :diablotin:


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Message Publié : 28 Nov 2006 14:09 
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Inscription : 09 Nov 2005 13:28
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Je vous félicite, M. Roy-Henri, c'est un brillant travail que vous avez réalisé là. dommage qu'il ne soit pas plus connu. dommage que vous ne soyez pas davantage reçu par les radios et les télévisions...

en tout cas, on voit bien que vous êtes un napoléonien sincère, contrairement à ce que beaucoup prétendent...
Et je peux vous dire que j'ai acheté votre livre dernièrement comme vous me l'aviez conseillé. voilà pourquoi j'écris enfin ici... en attendant de retrouver un emploi.


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Message Publié : 07 Août 2008 9:48 
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Inscription : 14 Déc 2002 15:30
Message(s) : 14832
Certains aiment à évoquer les "marronniers" de l'été. En voici un qui revient régulièrement.

La loi du 30 floréal an X est pour eux la pire violation que Napoléon ait pu faire des idées de la Révolution !

Les insensés ! Ils ne veulent admettre, ni reconnaître que c'est là le crime de la République !!! Si Bonaparte y fut associé, il n'en demeure pas moins qu'une large majorité de notables se dégageât au Tribunat, au Corps Législatif et au Sénat pour l'adopter...

C'est une véritable imposture qu'en d'en faire retomber l'infâmie sur le seul Napoléon ! :11:

Le 1er Consul n'acheta aucun suffrage et n'eut pas besoin de tancer ou de menacer lesdits notables. Les pressions vinrent bien plutôt de ces derniers pour rétablir l'esclavage qu'ils croyaient indispensables pour ramener la prospérité dans les Antilles...

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 07 Août 2008 20:32 
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Inscription : 13 Nov 2007 12:45
Message(s) : 1857
C'est une véritable imposture qu'en d'en faire retomber l'infâmie sur le seul Napoléon !

Le 1er Consul n'acheta aucun suffrage et n'eut pas besoin de tancer ou de menacer lesdits notables. Les pressions vinrent bien plutôt de ces derniers pour rétablir l'esclavage qu'ils croyaient indispensables pour ramener la prospérité dans les Antilles... (Bruno) ...




Cher Bruno,

Le problème, récurrent chez les anti-Napoléoniens, c'est qu'ils se gardent bien de faire preuve d'hônneteté pour reconnaître ce qui est désormais acquis sur ce registre, à savoir qu'en arrivant au pouvoir, Bonaparte n'avait pas de projet définitivement arrêté quant au rétablissement ou non de l'esclavage.

Et pour mieux comprendre ce dossier, je pense qu'il faut ne point s'arrêter sur la seule question de l'esclavage, parce que ce qui guida sa politique à ce moment là embrassait des horizons bien plus larges :
il y avait en effet ce grand projet colonial qu'Il entendait mettre en oeuvre rapidement, entouré qu'Il était alors d'un groupe de personnages de premier plan.

Il était question en effet d'un projet d'implantation d'établissements français au coeur de l'empire ottoman, en Syrie et aussi au Liban après le retour d'Egypte, mais aussi de l'expansion en Afrique noire aux fins d'y implanter des colonies agricoles, ou encore de l'examen des projets abandonnés de colonisation en Inde ; enfin, et ce n'était pas la moindre des préoccupations de Bonaparte, la constitution d'un vaste empire français autour du golfe du Mexique, après avoir récupéré la Louisiane ...

Tout ceci pour dire qu'Il avait des vues bien plus larges que la simple question du rétablissement ou pas de l'esclavage, et dont assurément, comme le rappelle très justement Bruno, les tenants les plus acharnés, nostalgiques de l'ordre ancien, revenus au pouvoir, ne se privèrent pas de pressions sur la personne du Premier Consul, pour faire aboutir leur projet...




:salut:


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