L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 05 Déc 2005 20:03 
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GEOPOLITIQUE LA VICTOIRE AMBIGUË DE NAPOLEON

Le 30/11/2005 à 16 h 09 par Patrick Girard



Vainqueur à Austerlitz, l’empereur se refuse à écouter les conseils de Talleyrand et remodèle l’Europe à son gré. Une erreur qu’il paiera cher.




Le 2 décembre au soir, François II et Alexandre 1er sont réduits à l’état de fugitifs. Il n’y a point de solidarité entre les vaincus. Chacun est parti de son côté et se garde bien de reprendre contact avec son allié de la veille. Le tsar a perdu sa berline – il la retrouvera trois jours plus tard – et ne doit son salut qu’à une médiocre ruse. Sur le point d’être rejointe par Friant et Bourcier, qui menacent de couper le pont sur la March, son armée, du moins ce qu’il en reste, est en mauvaise posture. Le 3 décembre, elle échappe à l’encerclement car Davout reçoit un officier russe porteur d’un mot griffonné par le souverain, l’informant « que les deux empereurs d’Allemagne et de France sont en conférence, qu’il y a un armistice dans cette partie et qu’il est par conséquent inutile de sacrifier tant de braves gens ». Davout se laisse abuser et attend les ordres de Berthier tandis que les débris des colonnes russes s’empressent de franchir le pont qui les met à l’abri de leurs poursuivants.

Or les pourparlers entre Autrichiens et Français n’ont pas encore commencé. Le 3 décembre au soir, Jean de Lichtenstein, qui s’est superbement battu, se présente au château de Kaunitz pour demander un armistice en vue de la négociation d’une paix séparée entre la France et l’Autriche. Mais ce n’est que le 4 décembre au matin qu’a lieu, au moulin de Spaleny, la rencontre entre François II et Napoléon. Le monarque autrichien est accompagné des deux Lichtenstein, Jean et Maurice, du prince Schwarzenberg ainsi que des généraux Stutterheim, Bubna et Kienmeyer. Les unités de la Garde ont été rassemblées pour offrir au visiteur l’accueil dû à son rang. Les « grognards » présentent les armes, tambours et trompettes font entendre leur fracas. Tout est fait pour impressionner le vaincu qui n’a pas besoin d’être persuadé.

Entre lui et Alexandre, la rupture est complète et brutale. Les Autrichiens ont été humiliés autant par leur défaite face aux Français que par l’attitude hautaine et méprisante des Russes qui les accusent d’être les principaux pour ne pas dire les seuls responsables de cette déconfiture piteuse. Jadis adulé et porté aux nues par l’Etat-major du tsar, Weyrother est devenu un bouc émissaire. C’est son fameux plan qui a tout compromis. Les reproches ont fusé, distillés dans ce français de Cour que manient si bien les aristocrates de Saint-Petersbourg. Il a manqué à Austerlitz les hommes de Mack, « le capitulard d’Ulm » et les Autrichiens présents n’auraient guère brillé par leur bravoure. Le reproche fut si vif que, dans sa Relation de la bataille, la première à être publiée, Stutterheim prend grand soin de préciser : « Les troupes autrichiennes se sont donc bien battues là où leurs chefs voulaient qu’elles combattissent, et ce serait porter un jugement bien faux et bien téméraire, que de vouloir imputer à elles les malheurs de la guerre de 1805. Ici, comme toujours, cette armée s’est distinguée par son courage, son dévouement, sa constance à supporter des privations inouïes et son aveugle obéissance ». Le ton est monté à tel point que le bouillant Dolgorouki s’est battu en duel avec le général autrichien Nostitz.

Vaincu, François II est pitoyable, au sens fort du terme, c’est-à-dire digne de pitié. Il peut, à juste titre, prétendre avoir été abusé par Pitt et Alexandre. Et c’est sur ce registre qu’il joue en déclarant à « son frère » : « Les Anglais sont des marchands de chair humaine ». Voilà des paroles qui résonnent agréablement aux oreilles de celui qui n’a eu de cesse de pourfendre « la cavalerie de Saint-Georges » et qui supporte de moins en moins la haineuse campagne de dénigrement dont il est l’objet dans les gazettes londoniennes. Il peut s’offrir le luxe de la commisération, Talleyrand se chargeant du reste, c’est-à-dire de la fixation des conditions par lesquelles le Habsbourg devra passer pour demeurer « empereur héréditaire d’Autriche » et, pour quelques mois encore, en théorie du moins, « empereur du saint Empire romain germanique ». On échange donc des politesses et François II n’est pas le dernier à surenchérir. Lorsque Napoléon lui désigne le cadre plutôt rustique du moulin de Spaleny en lui disant : « « Ce sont les palais que Votre Majesté me force d’habiter depuis trois mois », il a l’habileté cde répondre : « Ce séjour vous réussit assez bien pour que vous n’ayez pas de sujet de m’en vouloir ». Les deux souverains se donnent du « mon frère », ignorant que, dans quelques années, l’un deviendra le gendre de l’autre. Ils se séparent sur la promesse de la conclusion rapide d’un armistice à condition que la Russie, elle aussi, donne son accord.

Savary est donc envoyé, flanqué de l’autrichien Stutterheim, auprès d’Alexandre 1er. Le tsar les reçoit, le 5 décembre, à 5 heures du matin, en compagnie de son ministre des Affaires étrangères, Adam Czartorisky. Cette fois-ci, aucun Dolgorouki n’est présent pour réclamer la Hollande, l’Italie et la Belgique. Savary formule ses conditions : les Russes doivent évacuer le plus rapidement possible la Moravie et la Pologne. Après avoir hésité, Alexandre accepte et Savary se contente de sa parole d’empereur. Ce fin policier se laisse berner tout comme Davout, sans exiger de garanties écrites. Mais, depuis la proclamation de l’Empire, le futur duc de Rovigo, qui a joué un rôle décisif dans l’exécution du duc d’Enghien, se pâme devant toute tête couronnée. Alexandre sauve donc son armée, à la grande fureur du général Vandamme, le héros de Pratzen, qui aurait volontiers sabré les Moscovites jusqu’au dernier. De rage, il laisse échapper : « Leur faire grâce aujourd’hui, c’est vouloir qu’ils soient dans six ans à Paris ». Les Russes attendront neuf ans…

Le 6 décembre, à Austerlitz, le maréchal Berthier et Jean de Lichtenstein signent un armistice en trois articles. Le premier trace la ligne de démarcation entre les deux armées, laissant aux Français tout le pays situé sur la rive droite de la March jusqu’à son confluent avec le Danube, ainsi que Presbourg (Bratislava). L’article 2 prévoit le retrait immédiat des Russes qui devront avoir évacué complètement la Moravie et la Hongrie dans l’espace de 15 jours, et la Galicie dans un délai d’un mois. Enfin, l’article 3 interdit à Vienne toute levée de troupes en Bohême et en Hongrie, ainsi que « l’introduction de toute armée étrangère sur le territoire autrichien ». C’est une allusion directe à la Prusse dont le souverain s’était imprudemment engagé à rejoindre, après le 15 décembre, les coalisés. C’est là u risque qu’il ne prendra plus mais il n’est pas inutile de le faire préciser par écrit. La ville de Nikolsbourg ( actuelle Mikoulov) est désignée comme lieu de réunion pour les diplomates chargés d’élaborer un traité de paix entre l’Autriche et la France.

Austerlitz offre à Napoléon l’occasion de recomposer à sa guise la carte de l’Europe dont il est désormais l’arbitre suprême. Si la pièce maîtresse du futur édifice repose dans le traité avec l’Autriche, d’autres dispositions sont prises par le vainqueur concernant l’Allemagne, la Prusse, l’Angleterre, la Russie et Naples.. Pour récompenser leur fidélité, les ducs de Bavière et de Wurtemberg, autrefois électeurs du Saint Empire romain germanique, deviennent rois cependant que le duc de Bade prend le titre de grand-duc .

Pour consolider l’alliance de la Bavière et de la France, Maximilien-Joseph donne sa fille à Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine et vice-roi d’Italie. Les Bonaparte et leurs parents apprécient peu ce cadeau fait au fils de la « créole » et Murat, qui rêve pour lui d’une couronne, se croit autorisé – n’est-il pas le mari de Caroline Bonaparte ? – à exhaler sa mauvaise humeur. Sa « protestation » lui vaut une sévère réprimande de Napoléon : « Monsieur le prince Murat, je vous vois toujours avec confiance à la tête de ma cavalerie. Mais il ne s’agit pas ici d’une opération militaire, il s’agit d’un acte de politique et j’y ai bien réfléchi » . Le Gascon se tait. Austerlitz, décidément, ne lui a pas été favorable. L’empereur a fait appel à Rapp et non à lui pour écraser les chevaliers-gardes russes et le voilà sèchement tancé pour avoir pris la défense du « clan » Bonaparte. Le bouillant Joachim ne retirera rien de cette campagne de 1805.

Après les Etats allemands, voici la Prusse dont l’ambassadeur, Haugwitz, est reçu le 14 décembre 1805 . Le diplomate a préparé un beau compliment de circonstance qui lui vaut cette sarcastique remarque de Napoléon : « Voilà dont des félicitations dont la fortune a changé l’adresse ». Cette allusion au traité de Postdam a pour but d’indiquer à Frédéric-Guillaume et à la reine Louise que le vainqueur n’est pas dupe de leurs manigances et de leurs préférences. Toutefois, il est prêt à leur pardonner car c’est son intérêt. Une alliance avec la Prusse est nécessaire pour isoler l’Angleterre et fermer à ses navires marchands l’accès des ports du nord de l’Europe. Certes, s’il se voit confirmer la possession du Hanovre, Berlin doit faire des concessions, céder Anspach à la Bavière, Neuchâtel à la France et Clèves à un prince choisi par elle, reconnaître les royaumes de Bavière et de Wurtemberg, le grand duché de Bade et les agrandissements de la France en Italie. Signé les 15 et 16 décembre à Schoenbrunn, le traité « d’alliance offensive et défensive » garantit l’indépendance de l’empire ottoman avec lequel Berlin n’a pas pourtant pas de frontière commune, ni relation privilégiée. De fait, on le verra, cet ajout n’a d’autre but que d’interdire à Vienne tout espoir de compensation territoriale dans les provinces danubiennes dépendant de la Sublime Porte.

Napoléon, au lendemain d’Austerlitz, joue la carte prussienne contre l’avis de son ministre des Relations extérieures, Talleyrand, pour lequel la Prusse est la force montante en Allemagne et, à terme, le principal péril pour la France. Il y a là une vision prémonitoire que souligne à dessein Emmanuel de Waresquiel, le meilleur spécialiste actuel du « Diable boiteux » en écrivant : « Plus tard, à Vienne, il sera encore l’un des seuls à comprendre qu’en laissant la Prusse mettre la main sur le centre de l’Allemagne, l’Autriche y perdrait définitivement sa puissance, et, après elle, la France. Sadowa précède Sedan et ne le suit pas, ce que Thiers lui-même, après avoir beaucoup critiqué son ancien maître, mettra du temps à comprendre ». La thèse est séduisante même si elle procède d’une lecture rétrospective de l’Histoire…

Frédéric-Guillaume ratifia quelques semaines plus tard le traité en retirant les qualificatifs d’ « offensive » et de « défensive » pour caractériser son alliance avec la France. Il préfère s’en tenir à la neutralité de son pays, celle-là même que Napoléon avait feint de lui accorder, concession qui s’avéra être un piège.

Berlin respire : le pire a été évité. Le double jeu du couple royal n’a pas été puni. Il n’en va pas de même pour la Cour de Naples qui paie lourdement sa duplicité. Elle a signé avec la Russie un traité secret, le 10 septembre 1805, tout en donnant des garanties à Paris. Mais Napoléon n’ignore rien des dispositions de Marie-Caroline à son égard. Dans l’une de ses lettres, la sœur de Marie-Antoinette l’a qualifié de « Corse bâtard, pétri de méchanceté » . Une « providentielle » éruption du Vésuve a retardé l’entrée en guerre de Naples aux côtés des coalisés jusqu’au débarquement, milieu novembre1805, de 12 000 Russes et 8 000 Anglais à Naples. Le 21 novembre, l’ambassadeur français a demandé ses passeports. Occupé en Moravie, Napoléon attend le 26 décembre 1805, date de la signature du traité de Presbourg avec l’Autriche, pour ordonner au maréchal Gouvion Saint-Cyr de marcher sur Naples « pour punir la trahison de la reine et précipiter du trône cette femme criminelle qui, avec tant d’impudeur, a violé tout ce qui est sacré parmi les hommes ». Le même jour, à Schoenbrunn, Napoléon déclare : « La dynastie de Naples a cessé de régner. Son existence est incompatible avec le repos de l’Europe et l’honneur de ma couronne ». Commandées par Gouvion Saint-Cyr, puis Joseph Bonaparte et Masséna, les troupes françaises envahissent le royaume et s’avancent vers la capitale. Le 7 février 1806, Marie-Caroline fait ou tente de faire amende honorable en écrivant au « Corse bâtard » : « Revenue de l’emportement où j’étais emportée par un zèle et un amour du bien mal calculés et irréfléchis et dont la plus forte inimitié fut la suite, c’est en cessant d’être l’ennemie de Votre Majesté Impériale et Royale que j’en appelle à sa générosité et que j’y compte.. et me fais gloire de prier et demander à V.M.I et R. l’oubli du passé et de poser les bases d’une liaison sincère et durable ». Il aurait fallu beaucoup plus de Votre Majesté Impériale et Royale pour attendrir Napoléon, bien décidé à se débarrasser de l’encombrant couple napolitain, symbole de l’absolutisme d’Ancien Régime. Le 15 février 1806, Joseph Bonaparte entre à Naples et devient, le 30 mars suivant, roi de Naples. Ferdinand IV et Marie-Caroline étaient, eux, passés en Calabre et en Sicile où ils pouvaient compter sur la protection des escadres britanniques.

Aucun traité ne fut signé avec deux des principaux partenaires de la Coalition, la Russie et l’Angleterre. De retour à Saint-Petersbourg, Alexandre 1er n’eut de cesse de faire oublier sa pitoyable escapade en Moravie. Les sanctions tombèrent sur les généraux, surtout sur ceux qui avaient le plus ouvertement manifesté leurs désaccords avec la stratégie mise au point par Weyrother et approuvée jusqu’au 2 décembre au matin par le tsar. Koutouzov connut une semi-disgrâce en devenant gouverneur de Kiev. Libéré de captivité, Langeron fut autorisé à faire valoir ses droits à la retraite. Ni plus ni moins coupables que les autres, deux généraux, Lochakov et Przybyszewski, furent rétrogradés au rang de simples soldats. Puis Saint-Petersbourg reprit sa vie habituelle, avec ses bals, ses réceptions et ses banquets en l’honneur du « retour des héros », fiévreuse activité dont Tolstoï brosse un tableau très réussi dans Guerre et Paix.

Autre oubliée de la paix, l’Angleterre. Elle ne comptait plus. Selon la légende, en recevant la nouvelle de la victoire totale des Français à Austerlitz, William Pitt aurait montré une carte de l’Europe et dit à ceux qui l’entouraient : « Enroulez cette carte. Nous n’en aurons pas besoin ces dix ans à venir ». L’échec de la « cavalerie de Saint-Georges » lui coûta son ministère et, accessoirement, la vie, puisqu’il mourut, d’épuisement, le 23 janvier 1806. Son vieil adversaire, le francophile, James Fox, revint comme ministre des Affaires étrangères de Lors Grenville. Les contacts établis entre Fox et Talleyrand débouchèrent sur l’envoi, en juin 1806, de Lord Seymour à Paris mais achoppèrent sur les prétentions françaises relatives à la Sicile et sur l’intransigeance dont fit preuve Paris durant les négociations. Après bien des péripéties et alors que des projets de traité avaient été élaborés et quasiment acceptés par les deux parties, Napoléon prétexta le refus d’Alexandre 1Er de signer la paix avec lui pour rompre les pourparlers et faire retomber la responsabilité de cet échec sur les Britanniques. La mort, le 14 septembre 1806, à la suite d’une opération, de James Fox, lui permit d’accuser les tenants de la ligne dure au sein du Cabinet britannique. Dès le 12 août 1806, le Moniteur affirmait ainsi : « En Angleterre, le peuple semble vouloir la paix. M.Fox..et une grande partie des membres du Conseil…paraissent dans les mêmes dispositions. Les négociations, entamées depuis le début de mars, étaient arrivées à leur maturité ; la paix même, comme le bruit en a couru, a été au moment d’être signée. Mais la maladie très grave de M.Fox et son absence du Conseil, ont rendu tout incertain et ont replongé les grands intérêts dans le dédale de la chicane diplomatique, des formules latines et des abstractions ». La maladie mortelle de Fox, une fistule mal placée, fut réutilisée en décembre 1810 par le Moniteur pour noircir à nouveau l’Angleterre : « Tout laissait présager une heureuse issue des négociations lorsque Fox mourut. Elles firent plus que languir, les ministres n’étaient ni assez éclairés, ni assez de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix ». Il aurait été plus exact de noter que l’empereur des Français, convaincu de la prochaine reprise des hostilités avec la Russie et la Prusse, ne jugeait pas utile de pactiser avec Londres au prix de concessions que ses futures victoires rendaient inutiles ou par trop coûteuses. Napoléon n’était pas partisan à tout prix de la paix avec l’Angleterre, son indispensable ennemi, comme le notait Mathieu Molé : « L’Angleterre était pour lui le plus irritant des adversaires parce qu’il la rencontrait partout sans pouvoir l’atteindre nulle part. Son imagination s’enflammait à l’idée de cette poignée d’insulaires retranchés derrière les vagues de l’océan, rivalisant partout avec lui de pouvoir, d’influence, de richesses et de civilisation ! Il se souvenait aussi que cette même Angleterre avait été le lien, le génie de toutes les coalitions formées contre la révolution sociale dont il se croyait la mission de consolider les résultats tout en la faisant tourner à son profit » .

La grande affaire était la paix avec Vienne, au demeurant toujours occupée par les troupes françaises. La chaleur qui avait présidé à la première encontre entre Napoléon et François II pouvait faire croire que le premier s’était résolu à suivre les conseils de modération que lui avait prodigués, dès le 5 décembre 1805, Talleyrand :

Votre Majesté peut maintenant briser la monarchie autrichienne ou la relever. Une fois brisée, il ne sera pas au pouvoir de Votre Majesté d’en rassembler les débris épars et d’en recomposer une seule masse. Or l’existence de cette masse est nécessaire. Elle est indispensable au salut futur des nations civilisées. L’Empereur peut la briser, mais brisée, elle ne se rétablira plus. Qu’il la conserve, qu’il lui tende une main généreuse, qu’il lui offre l’alliance et la rende possible et sincère en la rendant profitable. La France est assez grande…Si la monarchie autrichienne, trop affaiblie vers l’Occident, ne se trouvait pas en mesure de retenir sous son sceptre les Etats qu’elle aurait conservés, les Hongrois, qui doivent au nom d’indépendance et de liberté leur turbulence et leur inquiétude, pourraient abandonner une bannière humiliée par de continuelles défaites, et trop faibles pour former un Etat indépendant, se donner aux Russes, avec les mœurs desquels les leurs ont tant d’analogie. Je suis informé, par des voies qui ne sont pas suspectes, que de tels projets trouveraient en Hongrie des partisans nombreux. Or, les Russes maîtres de la Hongrie seraient tout puissants contre l’Europe. Je supplie votre Majesté de bien vouloir relire le projet que j’ai eu l’honneur de lui adresser de Strasbourg. J’ai, aujourd’hui, plus que jamais, la faiblesse de le regarder comme le meilleur et le plus salutaire. Les victoires de Votre Majesté le rendent possible.



C’était là l’une des marottes de Talleyrand, disciple de Choiseul et de Vergennes, pour lesquels la France devait avoir pour partenaire privilégié en Europe la Maison d’Autriche, cette alliance étant la garantie du fameux « équilibre européen » que Louis XV et Louis XVI avaient cherché à préserver par tous les moyens. Cette singulière indulgence de l’ancien évêque d’Autun paraissait suspecte à beaucoup qui l’attribuaient à la manière dont celui-ci monnayait ses conseils à l’ennemi de la veille , un Pasquier allant même jusqu’à affirmer : « L’attribuer à une préoccupation sur l’équilibre européen serait une naïveté un peu forte ».

S’il est pourtant un point sur lequel Talleyrand, de 1792 à 1805, était peu suspect d’avoir « retourné sa soutane », ce fut bien celui-ci, la nécessaire et indispensable alliance avec l’Autriche avec laquelle on pouvait, dans le pire des cas, se battre, mais qu’il fallait toujours ménager et sauver de l’effondrement. C’était là la raison profonde de son hostilité au Traité d’Amiens qui laissait à son maître trop de pouvoirs en Europe ce qui l’avait naturellement incité à annexer le Piémont et à remodeler à sa guise la carte d’Italie et celle d’Allemagne, portant un coup presque fatal – le définitif serait asséné plus tard- à l’existence du Saint Empire romain germanique.

La vision de Talleyrand était singulièrement différente. Pour tenir à l’écart des affaires européennes la Russie et établir un cordon sanitaire autour de la Prusse, la puissance potentiellement la plus dangereuse, il fallait proposer à Vienne de solides compensations qui amèneraient le Habsbourg à prendre acte de la nouvelle prépondérance française en Italie et en Allemagne. Le plan était simple : il fallait offrir à Vienne les provinces danubiennes occupées par les Turcs et convoitées par les Russes, en échange de l’abandon de Venise érigé, avec Trieste, en Etat indépendant, et de la translation de la couronne d’Italie de la tête de Napoléon à celle de l’un de ses frères comme d’ailleurs l’intéressé s’y était un peu témérairement engagé auprès de François II : « Alors ( l’Autriche) sera tout à coup hors de contact de la France et sans sujet de contestation avec l’Empire. D’un autre côté, elle se trouvera placée de manière à contenir les Russes dans leurs visées ( européennes) ».

Napoléon n’ignorait rien de ce projet que son ministre des Relations extérieures lui avait exposé dans une longue lettre envoyée de Strasbourg le 17 octobre 1805. Il est certaines choses qui se disent mieux par écrit ou qu’il vaut mieux formuler sans avoir à encourir sur le champ la colère, souvent terrible, de l’Empereur. Talleyrand avait donc couché sur le papier son plan , le noyant dans un déluge de ces belles phrases courtisanes dont il avait le secret et qu’il savait être appréciées de leur impérial destinataire qui les goûtait comme autant de mignardises :

Dans l’éloignement où je suis de Votre Majesté, ma plus douce ou plutôt mon unique consolation est de me rapprocher d’elle, autant qu’il est cen moi, par le souvenir et la prévoyance. Le passé m’explique le présent et ce qu’a fait Votre Majesté me devient un présage de ce qu’elle doit faire ; car, tandis que les déterminations des hommes ordinaires varient sans cesse, celles de Votre Majesté, prenant leur source dans sa magnanimité naturelle, sont dans les mêmes circonstances irrévocablement les mêmes.

Lorsque Votre Majesté quitta Strasbourg, une seule chose tempérait mes regrets. C’était la certitude qu’elle marchait à la victoire. A peine quelques jours se sont écoulés, à peine Votre Majesté a-t-elle rencontré l’ennemi et déjà elle a vaincu. Mais quand le vulgaire ne voit dans les succès de Votre Majesté que ces succès mêmes, ceux qui songent qu’après les mémorables campagnes de l’an V, au 18 brumaire, après la journée de Marengo et en d’autres circonstances non moins solennelles Votre Majesté n’a profité de ses triomphes que pour offrir la paix à ses ennemis, ceux qui savent qu’elle ne considère chaque victoire que comme un gage de la paix après laquelle elle soupire, ne doutent point qu’après avoir remporté dans cette guerre des avantages signalés sur l’Autriche, elle ne cède encore au noble penchant de sa grande âme.

Il ne m’appartient point de rechercher quel était le meilleur système de guerre : Votre Majesté le révèle en ce moment à ses ennemis et à l’Europe étonnée. Mais, voulant pouvoir lui offrir un tribut de mon zèle, j’ai médité sur la paix future, objet qui, étant dans l’ordre de mes fonctions, a de plus un attrait particulier pour moi, parce qu’il se lie plus étroitement au bonheur de Votre Majesté.



Napoléon n’avait pas fermé la porte à toute discussion. Il semble bien que ce plan Talleyrand ait été discuté à Muniche, entre le 25 et le 28 octobre, dates du séjour de l’Empereur dans la capitale bavaroise. Il fut repoussé ce qui n’empêcha pas son auteur, imperturbable, de continuer à le considérer comme étant toujours d’actualité. Il en était à ce point persuadé qu’il confia à son féal Hauterive :

Je voudrais que l’Empereur le lendemain d’une grande victoire qui ne me paraît plus douteuse, dît au Prince Charles : « Vous voilà aux abois, je ne veux pas abuser de mes victoires. J’ai voulu la paix et, ce qui le prouve, c’est que je la veux encore aujourd’hui. Les conditions d’un arrangement ne peuvent plus être les mêmes que celles que je vous aurais proposées il y a deux mois. Venise sera indépendante et ne sera réunie ni à l’Italie ni à la France. J’abandonne la couronne de l’Italie, comme je l’ai promis. La Souabe, qui est un éternel sujet de discordes entre l’électeur de Bavière et vous sera réunie à la Bavière ou à tel autre prince. Je vous aiderai pour vous emparer de la Moldavie et de la Valachie. A ces conditions, je ferai avec vous un traité offensif et défensif, et toute idée d’alliance avec la Prusse ira au diable. Voulez-vous cela dans les vingt-quatre heures ? J’y consens. Sinon, craignez les chances qui appartiennent à une armée victorieuse .



Le ministre, en privé, pestait contre les victoires de son maître qui gênaient, plus qu’elles ne facilitaient, les efforts qu’il avait entrepris pour ramener le calme sur le continent. Il ne manquait pas d’esprit pour fustiger les initiatives intempestives de Napoléon, comme cette frénésie de vouloir entrer à tout prix dans la capitale autrichienne : « De nouveaux avantages remportés par une de ses divisions d’avant-garde, exaltant son imagination, ne lui laissèrent plus que le désir de marcher sur Vienne, de courir de nouveaux succès et de dater des décrets du palais impérial de Schoenbrunn ». Il fallait se sentir aussi indispensable que Talleyrand pour formuler de pareilles remarques et les réitérer au surlendemain de la victoire d’Austerlitz.

Sans pouvoir espérer être entendu. L’ancien évêque d’Autun était par trop marqué par son passé d’Ancien Régime et par son attachement à une conception surannée des relations internationales. Il avait sous-estimé les profonds changements intervenus dans l’opinion publique depuis la guerre d’Indépendance américaine, première manifestation de la rupture avec le fameux « équilibre européen » jugé contraire aux ambitions d’une France soucieuse d’accroître son influence ou de propager son modèle politique. Comme le fait remarquer Jean-Christian Petitfils, auteur d’une remarquable biographie de Louis XVI qui renouvelle totalement notre connaissance de ce monarque : « On a trop souvent négligé les aspects de la politique étrangère dans les origines de la crise révolutionnaire. Or le grand élan patriotique qui avait soutenu la popularité du roi pendant la guerre d’Amérique avait cessé d’être en phase avec la façon dont la monarchie entendait conduire les relations internationales. Les patriotes, les militaires n’avaient que faire de l’équilibre européen. Ils voulaient pour la nation – qui allait bientôt devenir la « Grande nation » - de la gloire et des conquêtes ! ».Et, parmi ces jeunes officiers, rêvant de conquêtes qui les changeraient du morne ennui de leurs garnisons provinciales, se trouvait un jeune artilleur corse, sensible à l’air du temps…

Emmanuel de Waresquiel a beau nous expliquer talentueusement que « le drame de Talleyrand est d’avoir été confronté à un homme qui, à ce moment précis, avait les moyens politiques et militaires d’appliquer un plan d’une telle ampleur mais n’en accepta jamais tout à fait la vision », ces subtiles combinaisons diplomatiques n’avaient pas le parfum enivrant de la gloire arrachée à la pointe du sabre sur les hauteurs de Pratzen !

Et c’est bien là qu’était le problème, qu’on devine à travers cette confession faite par Napoléon à son frère Joseph le 13 décembre : « La paix est un mot vide de sens ; c’est une paix glorieuse qu’il nous faut ». Signée à Presbourg, le 26 décembre 1805, la paix avec l’Autriche était effectivement glorieuse . L’Autriche perdait 4 millions de ses 24 millions d’habitants, la Vénétie, le Frioul, l’Istrie et la Dalmatie. Appliquant le principe selon lequel « la guerre doit payer la guerre », Napoléon lui imposait le paiement d’une indemnité de 40 millions de florins. La Bavière, qui cédait le duché de Berg à la France, recevait le Tyrol, le Vorarlberg, Trente, Passau et Lindau, en tout 27 000 km2 et 600 000 sujets. Le Bade, qui abandonnait la forteresse de Kehl à la France, obtenait l’Ortenau et le Brigsau, cependant que le Wurtemberg se voyait attribuer Constance et quelques petites territoires en Souabe. Pour adoucir la rigueur de ces dispositions, quelques consolations étaient offertes à François II ou, plus exactement, à sa maison. Les principautés de Salzbourg et de Berchtolsgaden revenaient aux Habsbourg tandis que le frère de François II, ancien grand-duc de Toscane, recevait la principauté de Wurtzbourg. François II signa. C’était le prix à payer pour conserver son trône et pouvoir rentrer dans sa capitale. Le 2 décembre au soir, il n’en était pas assuré, loin de là, et pouvait estimer s’en être tiré à bon compte.






Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 07 Avr 2006 15:21, édité 1 fois.

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Message Publié : 05 Déc 2005 22:47 
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L'ivresse du pouvoir a gagné Napoléon à partir du traité de Tilsit.
Sa puissance était alors au zénith, son empire immense et il régnait sur plus de soixante-dix millions d'hommes de l'Atlantique à l'Oural et de la mer du Nord à la Méditerranée.
"Il était comme ivre de lui-même" déclara Talleyrand.

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Message Publié : 05 Déc 2005 22:51 
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De l'Atlantique à l'Oural ! :ange:

Comme vous y allez, Joker... Le Niémen me paraît déjà suffisant... :diablotin:


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Message Publié : 05 Déc 2005 22:57 
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Euh oui, vous avez bien sûr raison Bruno. :rougi:
J'ai été victime de mon enthousiasme et mon clavier a fourché. :13:
Merci d'avoir rectifié. :prie:

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Message Publié : 09 Déc 2008 4:40 
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:salut: Sujet vaste et hyper intéressant, en attendant de finir la lecture, Bruno vous trichez, j'ai relevé ceci à la fin "Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 07 Avr 2006 16:21, édité 1 fois." :diablotin:
:salut:


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Message Publié : 09 Déc 2008 9:45 
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Inscription : 13 Nov 2007 12:45
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Et nous on n'a pas le droit de "tricher", "c'est pô juste" ! :16:

Quant à vous, Cher Duc, je vous prends en flagrant délit de lire la fin avant tout le reste ! :diablotin:

Toutes plaisanteries maintenant exprimées, sans nul doute ce sujet passionnant ouvre maints volets de réflexion pour d'enrichissants développements...




:salut:


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Message Publié : 10 Déc 2008 1:21 
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Inscription : 27 Août 2004 11:01
Message(s) : 773
:salut: Il est vrai que l'équilibre des puissances ne pouvait plus s'entendre après la Révolution Française et ses effets non seulement sur les Français eux-memes mais aussi et surtout sur les Allemands.

Malgré tout la France sut préserver son unité malgré les tensions intérieures et extérieures durant toute la Révolution jusqu'au point où il fallut un Bonaparte pour défendre l'indéfendable : un régime devenu corrompu et pret à se vendre au comte de Provence.

Bonaparte, aux ordres, dut déjà dépouiller l'Allemagne de ses trésors italiens et de lui-meme exigea nombre de territoires stratégiques permettant d'assurer la défense du territoire national.

Ainsi François II conserva une première fois sa couronne et on ne peut s'étonner de la réaction de l'Empereur aux propos obsolètes de Talleyrand, la France ne pouvait plus faire confiance à l'Autriche.
Pour autant Napoléon s'estima rassuré par les propositions qu'il fit à François II en gage de conservation de sa couronne (une nouvelle fois).

A mon sens, l'unité allemande n'était pas encore imaginable en 1805 d'où la Confédération du Rhin avec pour protecteur Napoléon mais pas le souverain, ce qui changeait tout, hélas.
Napoléon aurait du prendre la couronne impériale de Charlemagne au sens large : celle des Francs, ce n'était pas du tout hors de portée à cette époque!
C'est ici que l'on retrouve le paradoxe du Grand Homme, un homme marqué encore par l'éducation de style XVIIIème qu'il reçut dans les écoles royales et les apports de la Révolution Française qui l'émancipèrent!

La principale épine était la Prusse, celle qui s'était précisément désunie du Saint-Empire, celle de l'autre religion, celle qui lorgnait sur les possessions des Habsbourg.
C'est elle qui devait etre détruite à tout prix, l'exemple de Charlemagne est très parlant, il mena 30 années de guerre contre les Saxons qu'il mit au pas, les considérant comme des ennemis éternels de l'Empire et de la chrétienté...
Lorsque l'on regarde la carte du Grand Empire à sa plus grande extension, elle parle d'elle-meme, en 1808 il manque tous les ports de la Prusse à la France ou en partie attribués à une Pologne et un moyen direct d'etre au contact du grand duché de Varsovie et par là d'opposer rapidement des forces face à une Russie qui de toute façon demeurait imperméable aux idées des lumières.

On ne pouvait plus, on ne devait plus raisonner de souverain à souverain mais d'Etat à Etat et c'est ici qu'il fallait jouer la carte des nations, en finir définitivement avec l'Autriche qui était nationalement disparate.
Ce morcèlement de nations reconnues entités politiques individuelles auraient pu se rallier à l'Empereur des Français si celui-ci avait été disposé à faire appliquer les grands principes issus de la Révolution.
Evidement comme le rapelle Joker, Napoléon n'était plus dans cet état d'esprit - maitre apparent de toute l'Europe - il la tenait, pour partie, par la force et pour l'autre par acceptation mais pas par assentiment sauf pour l'Italie qui avait fait de lui son premier président de la république puis Roi : titre qu'il ne souhaitait pas!

C'est le grand paradoxe : conquérir de gré ou de force et ne pas s'imposer comme souverain incontestable!

Enfin une chose est sure c'est que Talleyrand qui connaissait bien son histoire, en revenait à l'équilibre européen en jouant sur les ancestrales rivalités austro-russes tempérées par la Sublime Porte.
Quelle naiveté que de n'avoir pas vu que le monde changeait, erreur qui couta cher tant aux peuples qu'à l'Europe elle-meme dans la recherche de son unité.
Erreur qui ne fut pas commise par les Américains qui se débarassèrent de la tutelle anglaise et qui jouèrent la carte de la démocratie de type fédéral laissant les états libres de s'administrer mais soumis au pouvoir central pour les grandes affaires politiques internes et externes.

Bien à vous,
:salut:


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