L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 21 Mai 2022 10:33 
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Je me demande si William James évoque ce combat dans son livre The Naval History of Great Britain... :4:

LE FURIEUX COMBAT DE LA « BAYONNAISE » CONTRE « L’AMBUSCADE »

Le 14 décembre 1798 à 7 heures du matin la corvette française, la Bayonnaise,, cingle vers les côtes de France. Elle est encore à une trentaine de milles dans l’ouest du pertuis d’Antioche (entre Ré et Oléron) où elle prévoit de s’engager pour gagner par l’estuaire de la Charente sa destination finale : le port de Rochefort.
Ce navire vient de la Guyane française où il avait débarqué le 29 septembre précédent cent vingt déportés, principalement des prêtres, embarqués à Rochefort à la suite du coup d’état du Directoire du 4 septembre 1797. Le relevé de missions du navire porte : "Transport de troupes et de dépêches de Cayenne vers Guadeloupe et France ". La Bayonnaise était en effet repartie de Cayenne début novembre et après une courte escale à la Guadeloupe, elle avait fait route sans encombre. Ce 14 décembre 1798 au matin une jolie brise de nord nord-ouest la pousse vent arrière vers les côtes de France.
La Bayonnaise a été construite à Bayonne où elle a été mise en service en mars 1794 ; sa coque a été doublée de cuivre à Brest en 1795. C’est donc un navire récent, bien entretenu et encore en très bon état. Elle jauge 310 tonneaux et mesure 38 mètres de long sur 10 mètres de large avec 5 mètres de creux. Les sources françaises et anglaises divergent sur sa puissance de feu : les premiers la minimisant à l’inverse des seconds. On s’en tiendra ici à une fourchette moyenne et vraisemblable. Elle porterait de 20 à 28 canons longs de 8 ou 12 livres sur son pont principal, 4 ou six caronades de 12 sur le gaillard arrière et des pierriers (ou perriers) montés sur les bastingages.
La Bayonnaise est alors commandée par le lieutenant de vaisseau Jean-Baptiste-Edmond Richer, 26 ans, avec son second, Robert-Thomas Potier de la Houssaye et quatre autres enseignes de vaisseau François Corbie, Antoine Le Danseur, Michel-Augustin Frouin et Jean-François Guigner. Il y a à bord, outre quelques hommes du bataillon de Guadeloupe et 30 hommes de troupe du régiment d’Alsace embarqués à Cayenne sous les ordres du capitaine Nicolas Aimé, un équipage de 250 hommes et mousses. Dans leurs relations du combat les anglais qualifient la Bayonnaise de« corsaire », ce qui paraît inexact compte tenu de ses missions et de ses officiers de marine aux commandes.
Alors que la Bayonnaise poursuit sa route vers la côte, une frégate anglaise, l’HMS Ambuscade stationne, elle, un peu plus au sud à une vingtaine de milles à l’ouest de la pointe nord de l’île d’Oléron. Elle tire des bords sous petite voilure en attendant une autre frégate venant d’Angleterre, la Stag, avec laquelle elle doit prendre position comme stationnaire au large de l’estuaire de la Gironde. L’Ambuscade a été construite dans les chantiers de la Royal Navy à Depford sur la Tamise et mise en service en 1773. Elle a donc 25 ans ce qui est déjà un âge avancé à l’époque pour un navire de cette classe. Elle jauge 450 tonneaux et mesure 45 mètres de long sur 12 mètres de large avec un creux de 6 mètres. Selon les sources là aussi divergentes elle porterait entre 32 et 36 canons longs de 12 sur le pont et 6 à 8 caronades de 12 sur son gaillard arrière.
L’Ambuscade venait du cap Finistère où elle avait capturé une semaine plus tôt un chasse-marée et un brick français. On avait embarqué sur ce brick le second lieutenant, une partie des meilleurs matelots et une trentaine de prisonniers français venant de ces deux prises pour les ramener en Angleterre. Cette frégate était commandée depuis un an par le capitaine Henry Jenkins, un premier lieutenant, Dawson Mayne, et un second lieutenant Sydney Sinclair. Un troisième lieutenant, Joseph Briggs, était cloué au lit dans sa cabine, souffrant d’une grave maladie. Le pilote de l’Ambuscade était un français mais un matelot anglais était toujours à ses côté pour s’assurer que les ordres passaient bien. Sur les 212 hommes, comprenant une grande part de jeunes mousses, il n’en restait plus que 190 après les transferts sur les deux prises.
Aux premières lueurs de l’aube on signala au capitaine Jenkins de l’Ambuscade qu’une voile venait du large à environ cinq milles par le nord ouest. À bord de la frégate tout le monde pensa qu’il s’agissait de la Stag qui venait les rejoindre. Comme le navire approchait cap droit sur eux et qu’on ne voyait que les voiles hautes émergeant de la mer, il leur était encore impossible de vérifier leur hypothèse et le capitaine avec ses officiers, sans s’en préoccuper, prenaient leur breakfast rituel dans le carré des officiers.
Un vent de nord nord-ouest bien établi pousse la Bayonnaise au largue sur sa hanche bâbord. La mer est belle et peu formée et le temps est clair avec une bonne visibilité. À bord du navire français la vigie signale à son tour à l’officier de quart qu’un navire est vu sous le vent au sud est. Le commandant Richer craint qu’il s’agisse d’un navire anglais qui va vouloir l’attaquer et lui couper la route ouest vers la côte. Pour s’en assurer il décide de changer brusquement de route. Avec le vent qui est remonté au nord il juge impossible de gagner la côte au nord est vers le pertuis Breton ; il donne alors l’ordre de virer de bord lof pour lof et de faire toute la voile pour fuir vers le large, par vent de travers tribord amure.
À bord de l’Ambuscade on vient seulement de se rendre compte de la méprise : le navire aperçu n’est pas la Stag attendue mais vraisemblablement un français qui maintenant tente de s’échapper vers le large. Tout le monde est appelé sur le pont et on force les voiles pour prendre en chasse le navire ennemi. Sur le français on comprend vite qu’on va devoir livrer bataille et on fait battre la générale. L’Ambuscade a en effet l’avantage de la marche et vers midi elle se trouve assez près pour canonner.
Les deux navires assurent leurs pavillons avec un coup de canon.
Duel en haute mer
Il est maintenant midi et la Bayonnaisea réduit sa voilure, contrainte d’engager le combat avec un navire plus rapide et mieux. Dans les deux navires c’est le branle-bas de combat ; les hamacs dépendus et roulés sont fixés aux bastingages comme protections ; dans la mâture les gabiers doublent les cordages nécessaires aux manœuvres les plus importantes ; les soutes à poudre sont ouvertes ; au niveau des batteries, à travers les premières fumées, on aperçoit à peine les douzaines de servants qui se démènent autour de chaque canon. Tour à tour ils écouvillonnent, chargent et refoulent la gargousse puis le boulet ; les boutefeux fument, piqués au fond des bailles de combat ; les canons mis en batterie, la gueule hors du sabord, crachent leurs boulets dévastateurs sur l’ennemi ; sur le pont et les gaillards on a répandu un peu de sable pour boire le sang qui va couler et, dans la cale, les chirurgiens avec leurs aides préparent leurs instruments, dressent leurs tables d’opération et garnissent les lits pour les blessés.
Au bout d’une heure l’affaire a tourné nettement à l’avantage de l’Ambuscade. Sur le navire français on compte déjà de très nombreux blessés chez les servants des batteries et on s’apprête à faire payer chèrement une défaite prévisible. Alors que l’Ambuscade se place par son travers sur l’arrière de la Bayonnaise pour la canonner en enfilade une forte explosion retentit : sur le navire anglais l’un des canons de 12 livres vient d’exploser dans la batterie tribord.
À la suite de cet accident le passavant tribord est entièrement détruit, le canot et la chaloupe sont en feu, les charpentes inférieures de deux sabords ont été emportées avec une partie du pont, et 13 hommes gisent à terre, très grièvement blessés ou morts. Ce genre d’accident ne manque jamais de décourager l’ardeur des équipages les plus braves et les plus disciplinés : on peut donc imaginer l’effet qu’il put avoir sur l’équipage de l’Ambuscade composé, à de rares exceptions, de jeunes mousses sans grande expérience du feu. Il est bien connu en effet, quelle que soit la cause réelle de l’explosion, que tous les servants se demandent alors si le canon qu’ils sont entrain de charger ne va pas à son tour leur exploser à la tête. Il s’ensuit que les canons ne sont plus désormais bien servis : la confiance des servants dans leurs armes est perdue.
Tirant profit de la grande confusion créée chez l’ennemi par cette explosion, la Bayonnaise tente à nouveau de s’échapper en courant maintenant vers le sud, espérant pouvoir atteindre avec le vent portant et malgré ses voiles déchirées, l’estuaire de la Gironde. Mais sur l’Ambuscade on se ressaisit rapidement et, constatant la fuite du navire français, on vire de bord vers le sud pour le reprendre en chasse en envoyant toute la toile. Plus rapide et en meilleure état de voilure on estime sur le navire anglais qu’on aura tôt fait de rattraper la Bayonnaisepour recommencer à la canonner en la doublant sous le vent pour l’empêcher d’aller se réfugier vers la côte.
À bord de la Bayonnaise on essaye de parer aux dégâts considérables causés à la coque, aux manœuvres et aux espars par les tirs de l’ennemi. Des boulets ont crevé ou abattu des voiles basses avec leurs vergues et le gouvernail répond mal. Plusieurs officiers et de nombreux hommes de troupe et des marins ont été tués ou blessés par les canonnades. Le commandant Richer et le premier lieutenant Potier de la Houssaye sont eux-mêmes très grièvement blessés et sont aux mains du chirurgien. Vers trois heures l’Ambuscade est revenue dans les eaux de la Bayonnaise et se trouve à nouveau à portée de canon ; bientôt elle va la rattraper, passer sous son vent pour tenter de lui couper à nouveau la route de la côte et la canonner au passage.
Sur le navire français on comprend qu’il n’est plus question de compter regagner la côte et on tente à nouveau de s’échapper vers le large en virant vers l’ouest. Mais l’anglais vire à son tour. L’Ambuscade, meilleure marcheuse, gagnait la Bayonnaisemain sur main. Bientôt elle allait la rallier et la canonner : la perte du Français semblait certaine. Le dernier officier de marine valide de la Bayonnaise, l’enseigne de vaisseau Le Danseur, est sur le pont ; le capitaine des soldats du régiment d’Alsace, Nicolas Aimé, lui crie :
- Accostez la frégate et nous l’enlèverons !
Ils décident alors de tenter leur dernière chance : se maintenir avec un vent favorable en courant vers le large, au vent de l’Ambuscade, de manière à pouvoir l’aborder rapidement avant d’être détruit par sa puissance de feu supérieure. Il était important en la circonstance pour la Bayonnaise d’avoir l’avantage du vent de sorte qu’elle puisse aborder l’autre navire en ayant la puissance du largue dans ses voiles et sans être gênée par la fumée des canonnades.
Il faut maintenant imaginer les deux navires au largue, tribord amure, faisant route parallèle vers le large à quelques encablures. Alors que l’Ambuscade la remonte sous le vent, la Bayonnaise ralentit soudain l’allure et abat alors brutalement sur bâbord pour arriver sur elle et venir l’aborder vent arrière sur sa poupe. Le choc est d’une très grande violence. Poussée par le vent la Bayonnaise percute puissamment le navire anglais avec son bossoir au niveau du gaillard arrière. Son beaupré – dont on rappelle qu’il a le même diamètre que le mât d’artimon - s’engage et balaye le gaillard arrière, défonce le bastingage tribord, fauche le mât d’artimon avec ses haubans et détruit la barre à roue du gouvernail.
Ceux qui ne sont pas tués ou blessés par la chute du mât d’artimon ou par le beaupré, son boute dehors , ses vergues et ses focs, se débattent maintenant dans le fouillis des haubans d’artimon et sous les lourdes voiles tombées au sol. La proue du français s’est engagée sous l’arrière de l’Ambuscade dont les mailles de chaines de gouvernail se sont prises dans la patte de l’ancre de la Bayonnaise : les deux navires sont maintenant accrochés l’un à l’autre.
Sur les deux navires, après avoir tiré une dernière bordée pour vider les canons, on a fermé les sabords pour éviter que l’ennemi ne s’introduise par ces ouvertures. Selon le rapport du Commandant des armes de Rochefort, Pierre Martin :"Au moment de l’abordage une bordée à bout touchant fit perdre beaucoup de monde à Richer. Il fut lui-même blessé (il perd un bras) ainsi que presque tous ses officiers. Cette décharge meurtrière ne ralentit pas l’ardeur de ce brave équipage et l’abordage eut lieu..."
C’est maintenant au tour des grappins d’entrer en scène : il faut empêcher l’adversaire de s’éloigner et s’assurer ainsi pour plus tard qu’il ne pourrait pas s’enfuir avec les assaillants passés à son bord. On utilise des grappins d’abordage qui sont de forts et lourds crochets de fer à plusieurs branches. Attachés à des chaines liées à de gros cordages ces grappins s’accrochent aux gréements de l’adversaire ; lorsqu’ils ont croché et tiennent bon, on hâle sur le cordage et les deux navires sont assujettis et se touchent par leurs coques. Au moment de toucher, la Bayonnaisea balayé le pont de l’adversaire à coup de mitraille tandis que des tireurs juchés dans la mâture ont fusillé les hommes sur le pont. Les officiers anglais, capitaine Jenkins, ses lieutenants Dawson et Sinclair ainsi que le quartier-maitre Brown sont grièvement blessés et doivent abandonner le champ de bataille. Il ne reste plus sur le pont de l’Ambuscade que le lieutenant Joseph Briggs qui, bien que très malade, est venu se battre avec ses hommes et le commissaire de bord William Bowman Murray.
Pour les hommes de la Bayonnaise, le plus difficile reste à faire : amariner le navire ennemi. Passer à bord de l’Ambuscade est compliqué car, si les deux navires se touchent par les murailles, ils sont séparés à la hauteur du plat-bord par un large espace et la Bayonnaise est plus basse sur l’eau que son adversaire. Il faut aussi compter avec les mouvements des deux navires causés par le roulis et le vent. Le risque est grand de tomber entre les deux coques et de se faire broyer. Et puis les ennemis vous repoussent en face à coup de piques et de baïonnettes. Heureusement le beaupré de la Bayonnaisequi surplombe le gaillard d’arrière de l’Ambuscadeva servir de passerelle. L’enseigne Le Danseur se serait écrié au moment où le beaupré de la Bayonnaises’était abattu sur le gaillard de l’Ambuscade :
- À bord, mes amis, c’est un pont que le sort nous présente !
et, comme tout l’équipage hurlait :
- À l’abordage, à l’abordage ! il aurait crié :
- Je compte assez sur votre bravoure et sur votre attachement à la Patrie pour me rendre à vos désirs.
Alors les assaillants matelots et soldats qui demeuraient jusque là couchés sur le pont pour éviter les tirs, courent vers le gaillard d’avant avec l’énergie du désespoir. Conduits par l’enseigne Le Danseur et le capitaine Aimé, s’aidant avec le beaupré bien fixé, ils sautent à bord du navire ennemi et surgissent pistolets et poignards à la ceinture, haches, piques ou sabres à la main sur son gaillard d’arrière. Toujours selon le rapport de Pierre Martin :
" Le capitaine Aimé monta dans les premiers à l’avant et tua de sa main cinq Anglais".
Ensuite les Français se saisissent alors d’une espingole à triple canon chargée de mitraille à poste au pied du mât d’artimon abattu ; ils la tournent vers le gaillard d’avant et arrosent tout l’avant du navire tuant ou blessant les soldats anglais qui s’y étaient réfugiés.
Sur l’Ambuscade le gaillard d’arrière est maintenant en feu car une caisse de cartouches qui se trouvait au pied de la roue de gouvernail vient d’exploser, emportant la roue, une partie de la poupe et le canot suspendu à l’arrière. Le gros de l’équipage et de la troupe est maintenant sur les passavants ou rassemblé sur le gaillard d’avant tandis que les hommes de la Bayonnaisedéferlent. Alors le combat corps à corps devient particulièrement sanglant et dans cette boucherie chacun craint de tuer un camarade. Baïonnettes, pistolets, sabres d’abordage, haches d’armes, piques, couteaux et grenades font leurs besognes.
Dans l’assaut, alors qu’il s’avance sur le passavant, Le Danseur est tué d’une balle en plein front. Un jeune mousse, Marie Richard, âgé de douze ans, au service de cet officier se serait ainsi illustré : « Voyant son officier tomber mort à ses pieds, il saisit un de ses pistolets, saute sur le pont, poursuit le soldat qui a porté le coup mortel à son chef, décharge sur lui son pistolet et s’écrie :
- Il est vengé ; tu n’en tueras plus d’autres ! ».
Bientôt, après une demi-heure de lutte au corps à corps, le combat s’arrête à la demande de l’officier d’administration anglais, William Beaumont Murray, seul officier encore valide sur l’Ambuscade.
À la reddition des Anglais, les vaincus valides furent désarmés et rassemblés au niveau des batteries de l’Ambuscade. Il fallut enfin faire le décompte et le tri des morts et des blessés : sur l’Ambuscade on va dénombrer 15 morts tués ou noyés, dont le premier lieutenant et le quartier-maître et 39 blessés dont le capitaine Jenkins et deux de ses lieutenants. Sur la Bayonnaise on va compter 25 morts et 30 hommes grièvement blessés dont le capitaine Richer et son premier lieutenant.
Il est environ quatre heures de l’après midi. Une fois le combat terminé et le navire capturé, il restait à rallier le port le plus proche : Rochefort. La Bayonnaise, avec son gouvernail perdu, son grand mât et son mât de misaine abattus, est en si mauvais état qu’elle ne pouvait plus naviguer. L’Ambuscadeseulement privée de son mât d’artimon et bien que très mutilée aussi sur l’arrière, prit la Bayonnaiseen remorque sous le commandement de Potier de la Houssaye et se mit en route vers le pertuis d’Antioche. Le capitaine Richer prit le commandement des opérations à bord de l’Ambuscade.
Le lendemain, la Bayonnaise remorquée par sa prise portant en tête de mât le pavillon français, entra dans la Charente pour gagner le port de Rochefort. Il y eut un grand rassemblement de Rochefortains sur les quais pour se réjouir de cette victoire.
Le commandant des armes de Rochefort alla visiter à bord de l’Ambuscade le capitaine anglais Jenkins très grièvement blessé par une balle qui lui avait traversé le bas ventre. Il appela près du malade le célèbre chirurgien en chef Cochon Duvivier, qui, après une opération douloureuse, réussit à rendre Jenkins à la vie.
L’Ambuscade fut ensuite incorporée à la marine française sous le même nom francisé : l’Embuscade, et poursuivit sa carrière mouvementée puisqu’elle fut prise par l’HMS Victory en 1803 et reprit son nom de baptême HMS Ambuscade pour retourner dans son pays natal où elle fut détruite dans un chantier en 1810.
Quant à la Bayonnaise elle participa à de nouveaux combats moins glorieux et finit sa carrière le 28 novembre 1803. Poursuivie par un navire anglais, elle se mit à la côte au cap Finistère puis fut incendiée par son équipage pour échapper à la capture par l’HMS Ardent..

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« Combat de la corvette française la « Bayonnaise » contre la frégate anglaise l’ « Ambuscade ». 14 décembre 1798 », tableau de Louis-Philippe Crépin (1772-1851)
:salut:


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Message Publié : 21 Mai 2022 11:54 
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J'ai omis de préciser que ce récit était de Philippe de Ladebat, publié sur le site « Histoire et Généalogie » en 2007
https://www.histoire-genealogie.com/14- ... rise-de-la
A ne pas confondre toutefois avec un officier de marine du même nom !
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_ ... de_Ladebat
:salut:


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Message Publié : 21 Mai 2022 17:02 
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Très beau récit. :salut:

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"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 25 Mai 2022 10:58 
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Oui, ça remonte le moral ! :2:


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Message Publié : 25 Mai 2022 13:51 
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Malher a écrit :
Oui, ça remonte le moral ! :2:

Pour une fois qu'un navire Français prend le dessus sur un Anglais... Ne boudons pas notre plaisir ! :banane:


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Message Publié : 26 Mai 2022 12:27 
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et pour compléter... :sourire1:

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Message Publié : 26 Mai 2022 16:25 
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Un article relatif aux déportés en Guyane, consécutifs au coup d'état de Fructidor, confirmant qu'il s'agit bien du même vaisseau la Bayonnaise ! celle-ci après avoir déversée sa sinistre cargaison en Guyane, cingla de retour vers la France lorsqu'elle fut "accrochée" par le navire anglais !

1797-1798 : Les déportés politiques de Fructidor en Guyane

A la suite du coup d'état du Directoire du 4 septembre 1797 (18 Fructidor an V) en France, organisé par les trois Directeurs Barras, Réveillière-Lépeaux et Rewbell contre les deux autres Directeurs Barthélémy et Carnot et la majorité des Conseils, 328 hommes furent déportés sans jugement en Guyane. Il s'agissait de députés appartenant à la majorité modérée ou monarchiste du Conseil des Cinq-Cents et du Conseil des Anciens, de journalistes critiques du gouvernement directorial et d'ecclésiastiques, principalement des prêtres réfractaires français et belges. Après un voyage de plusieurs jours en cages de fer, ces déportés furent transportés à fond de cale par trois navires au départ de Rochefort : le 22/09/1797 pour La Vaillante avec 16 déportés, le 12/03/1798 pour La Décade avec193 déportés et le 1/08/1798 pour La Bayonnaise avec 119 déportés. Ces trois navires arrivèrent successivement à Cayenne le 10 novembre 1797, le 14 juin 1798 et le 29 septembre 1798. Les déportés de La Vaillante furent cantonnés en « résidence surveillée » à Sinnamary et ceux de La Décade et de La Bayonnaise, d'abord à Conanama puis aussi à Sinnamary. A l'époque la déportation en Guyane fut considérée, selon l'expression de G.A. Tronson du Coudray qui faisait partie du premier convoi, comme une « guillotine sèche » moins cruelle que la guillotine sanglante de la Terreur. Pourtant les déportés, affaiblis par le long voyage à terre puis en mer, pas du tout préparés à affronter le climat et la nature tropicales et pratiquement abandonnés sans ressources ni moyens d'hygiène élémentaire, furent rapidement frappés de diverses maladies exotiques dont on ignorait alors le traitement. Dès la première année 172 périrent à Conanama et à Sinnamary de dysenterie, paludisme et fièvre jaune notamment. Vingt-trois parvinrent à s'échapper et les 133 survivants ne furent rappelés en France que trois ans plus tard par Bonaparte, après la chute du Directoire.
Plusieurs de ces déportés ont raconté leurs séjours forcés en Guyane : J.J. Aymé, F. Barbé-Marbois, F. Barthélémy, A-D. Laffon-Ladebat, I-E. Larue, B. La Villeurnois, J-P Ramel, A. Pitou. A notre connaissance on ne trouve pas de trace de ces déportations politiques à Sinnamary ; en revanche on trouvait encore il y a quatre ans un petit mémorial au cimetière de Conanama et chaque année, à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre, le diocèse de Guyane organisait un pèlerinage sur les lieux. N'étant pas retourné en Guyane depuis lors j'ignore si ces souvenirs existent encore.
A strictement parler le premier convoi de déportés de fructidor en 1797 ne fut pas la première expérience de « guillotine sèche » en Guyane ; en effet, bien qu'ayant participé à l'éviction de Robespierre et de ses partisans en juillet 1794, les jacobins Billaud-Varenne et Collot d'Herbois furent déportés en Guyane par les Thermidoriens en Mai 1795. Leurs relations politiques leur permis de bénéficier en Guyane d'un régime de faveur de semi-liberté. Collot mourut de la fièvre jaune à Sinnamary dès le 8 juin 1796. Billaud, lui, séjourna longtemps à Sinnamary mais refusant toujours l'amnistie, alla mourir à St Domingue en 1819.
Enfin, notons pour conclure, que ces déportations de fructidor à Sinnamary et à Conanama ne sont pas assimilables aux envois aux bagnes qui leur ont succédé. D'une part les déportés n'étaient pas des criminels condamnés par un tribunal, mais seulement des ennemis politiques du moment déportés sans jugement ; d'autre part ils n'étaient pas incarcérés mais jouissaient d'une certaine liberté sous réserve de ne pas s'éloigner de leurs lieux de résidence forcée.

- Philippe Laffon-Ladebat, Publié le 01/10/2005


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Message Publié : 27 Mai 2022 7:51 
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Un autre lien qui donne des précisions intéressantes sur ce combat naval méconnu mais victorieux de la marine française contre la perfide Albion :
https://troisponts.net/2012/09/30/prise ... mbre-1798/

Et pour les amateurs du genre, il est possible de se procurer une reproduction (résine) de la figure de proue de la Bayonnaise :

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Message Publié : 29 Mai 2022 10:30 
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Le rôle d'équipage est un document dont doit être pourvu tout navire.
L'équipage correspond à l'ensemble des hommes présents sur un bâtiment
pour son bon fonctionnement. Le rôle d'équipage existe depuis le XVIe
siècle à des fins comptables. Sous Colbert, il est rédigé en quatre
exemplaires : un pour le port de départ (appelé aussi rôle d'armement), un
pour le navire (rôle de bord, puis de désarmement), un pour l'amirauté
pour obtenir le congé (c'est-à-dire le droit de navigation) et un dernier
pour les pensions des Invalides de la Marine.
Les rôles de bord sont embarqués pour être tenus à jour au fil de la
campagne; les rôle de bureau restent dans les bureaux du commissariat de
la Marine du port d'attache de la campagne
Le rôle enregistre tous les marins et les passagers (civils et soldats) sur
plusieurs pages selon l'importance du navire. Il est tenu par un officier.
L'en-tête du document précise le nom du bâtiment, son type, son tonnage,
son port d'attache, la destination, les mouvements (ou escales) de l'unité.
Sur le document lui-même, chaque membre d'équipage est précisé par
fonction et par grade en commençant par le commandant.
Les registres contiennent des informations précises et riches sur les
hommes et gens de mer : des informations individuelles (nom, prénom,
origine, date de naissance ou âge) ; des informations comptables (solde
mensuelle, avance à l'embarquement et au cours du voyage, gratifications
et promotions) ; des informations professionnelles (débarquement
temporaire à l'hôpital à terre, transfert sur un autre bâtiment, blessures,
désertions, décès). A partir du XIXe siècle, les procès-verbaux de décès
ou de disparition en mer sont annexés aux rôles.
(SHD MR 3E2 Rôles d'équipage de grand format 1778-1900 Rochefort Septembre 2017)

Concernant la corvette la Bayonnaise, les Archives maritimes de Rochefort conservent ses rôles d'équipage, sont inventoriés notamment celui correspondant au combat de 1798

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La Bayonnaise ayant été incendiée par son propre équipage lors d'un autre combat contre un navire britannique en 1803, il semble qu'elle disparait définitivement des registres de la Marine dès 1802

Image

Quant à la frégate anglaise Ambuscade, incorporée dans la marine française après le combat naval de 1798 et francisée l'Embuscade,, elle fut reprise en 1803 par la marine britannique et retrouva son nom de baptême... elle disparait donc logiquement des registres français en 1803

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:salut:


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Message Publié : 02 Juin 2022 13:35 
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tRès intéressant. :salut:


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