L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 21 Nov 2017 11:08 
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À propos d’un anniversaire oublié, la départementalisation de la Catalogne

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Le 26 Janvier 2012 a été pour les Roussillonnais, Catalans ou pas, un jour ordinaire. C’était pourtant l’anniversaire du 26 Janvier1812, jour de l’annexion de la Catalogne à la France, une annexion sans réunification.

Entre 1812 et 1813, la Catalogne a été directement rattachée à la France elle-même, et organisée en quatre (plus tard deux départements).

L’annexion de l’ensemble de la Catalogne d’outre Pyrénées, le Principat de Catalogne, par Napoléon fait suite aux annexions de la République puis de l’Empire en Europe. En 1812, l’Empire français était à son apogée, comptant 130 départements et près de 44 millions d’habitants (80 millions en comptant les États vassaux).

Pendant la Guerre d’Indépendance espagnole, alors qu’il a mis son frère Joseph sur le trône espagnol, dès le 12 janvier 1812 Napoléon donne l’ordre à Berthier de procéder à l’annexion pure et simple de la Catalogne et de la départementaliser sans tenir compte des souhaits de Joseph qui refuse sa condition de « roi préfet » selon l’expression de son frère Lucien. C’est le dernier agrandissement territorial de l’Empire français.

Les Français étaient entrés à Barcelone en février 1808, commandés par le général Duhesme. À l’entrevue de Bayonne en mai 1808 à la différence des territoires basques, de la Navarre des Asturies et de la Castille, le Principat n’est pas été considéré comme une entité politique (1) Cette opération de rattachement à l’Empire est accompagnée, de 1809 à 1811, d’une démarche de séduction avec l’officialisation de la langue catalane comme langue administrative de l’ensemble conjointement avec le français (2). Cette politique s’appuyait sur un petit nombre de libéraux catalans, bien sur avec la neutralité obligée des institutionnels de l’Ancien régime et des multiples collaborateurs que la guerre faisait naître (3).

Notons que cette guerre, « La Guerra del Francés », a connu, outre des batailles très coûteuses en hommes, des guérillas et des représailles atroces, des sièges et des massacres horribles. Si l’on considère l’ensemble des actions, elles n’ont pas cessé entre le 9 février 1808, date d’entrée des troupes françaises en Catalogne, et le retrait de ces mêmes troupes le 28 mai 1814.

L’originalité du découpage départemental de la Catalogne est donc sa base linguistique :

département du Sègre, chef-lieu Puigcerda - préfet, M. de Ronjoux qui sera également préfet du département du Ter, chef-lieu Gerona sous l’autorité du Baron de Gerando, un des partisans de ce découpage et intendant des deux circonscriptions (Pas d'existence administrative réelle).
département de Montserrat, chef-lieu Barcelone, préfet M. de Chauvelin,
département des Bouches-de-l’Èbre, chef-lieu Lerida, préfet M. Alban de Villeneuve-Bargemeont.

Ces quatre départements avaient un statut juridique incomplet car s’ils étaient annexés à l’Empire par décret du 26 janvier 1812, ce décret n’a cependant jamais été publié au Bulletin des Lois de l’Empire Français et n’a pas non plus été officialisé par un Sénatus consulte. L’administration était organisée selon le nouveau système français avec préfet, sous préfet, « meres ». Les codes napoléoniens devaient être traduits en … castillan !

La gendarmerie est aussi organisée. « C’est une organisation à part » (4), explique en 1806 Napoléon à son frère Joseph qu’il vient de nommer roi de Naples. Une légion de gendarmerie de Catalogne est créée par décret du 6 juin ? 6 juillet ? 1810 avec des éléments tirés de la gendarmerie de l'intérieur et des militaires des régiments Dans l’esprit de Napoléon, le gendarme est la sentinelle de la loi, son représentant en toute heure et tout lieu. Mais en Espagne la gendarmerie est une force d’occupation dans le sillage de l’annexion et l’incapacité à vaincre les insurgés et les Anglais ne permet pas d’aligner la gendarmerie envoyée au-delà des Pyrénées sur les normes générales de l’Empire. Les brigades sont disséminées et en dépit des souhaits de l’empereur, « il n’y aura pas de 35e légion. L’expérience à Barcelone du commissariat général de police de Montserrat et des Bouches-de-l’Èbre (puis de la Catalogne tournera court également malgré le zèle déployé par Beaumont-Brivazac, titulaire du poste. (5) »

Notons que l’Empire avait annexé, le 25 mai 1810, le Val d’Aran, intégré au département de Haute-Garonne, au mépris du Traité des Pyrénées mais il est linguistiquement correct de dire que l’aranais est proche du commingeois, dialecte de langue d’oc plus que du catalan.

Remarquons aussi que dans la même foulée linguistique l’Andorre doit être incluse dans le département du Sègre et plus au sud aux limites de l’Aragon, les territoires de Fraga et de Mequinensa doivent rejoindre les Bouches-de-l’Èbre.

La domination française dans certaines parties de la Catalogne a duré jusqu’en 1814. Les Anglais, basés au Portugal, dès 1809, avec Wellesley (le futur Wellington), soutiennent et encouragent les Espagnols. Après l’attaque avortée des Anglais à Molins-del-Rey, Suchet prépare sa retraite, il attend la ratification du traité de Valencay, signé le 13 décembre 1813 et l’arrivée de Ferdinand VII qui doit donner prétexte à l’évacuation de Barcelone. Il tenait à quitter la Catalogne avec son armée toute entière mais les ordres de l’Empereur l’obligent à partir avant le 31 janvier (6). Les opérations se poursuivent en France jusqu'à ce que Soult, le 10 avril 1814, perde à Toulouse, la dernière grande bataille.

La Guerre d’Indépendance ruina pour un temps la portée de l’adoption des codes uniformisateurs et des réformes administratives. Après la Guerre d’Indépendance et l’exil en France, quelques-uns des afrancesados, jouent à nouveau un rôle politique à partir du Trienio liberal.

J.-L. ROURE




Notes
1 Les opérations en Catalogne en 1808 à janvier ...– IHEDN ww.ihedn.fr/. Colonel Thierry Noulens, Cadre-professeur à l’école de Guerre:
« Napoléon avait pour la Catalogne un intérêt particulier. Il caressait depuis longtemps l’idée de faire de la Catalogne une “marche d’Espagne”. Dans ses conversations avec Talleyrand il avait émis l’idée d’occuper cette province, “la moins espagnole de l’Espagne”, au moins jusqu’à la paix avec l’Angleterre, et peut-être définitivement, en donnant une partie du Portugal en compensation à la Cour de Madrid. Napoléon avait bien conscience que la Catalogne avait un esprit qui aurait pu la détacher de l’Espagne. Mais cette province ne vivait que grâce à son commerce avec l’Angleterre, aussi le blocus continental en l’appauvrissant y créa-t-il un fort sentiment anti-français »

2- De janvier à mai 1810, le maréchal Augereau mène une politique destinée à attirer les Catalans avec l’adoption emblématique et officielle de la langue catalane et l’autorisation du drapeau. Ces mesures coïncident avec les décrets du 8 février 1810 par lesquels Napoléon enlève les territoires de la rive gauche de l’Ebre à l’autorité de son frère Joseph. La correspondance de ‘Empereur montre qu’il veut réunir la Catalogne à l’Empire, c’est sous le mandat d’Augereau que l’administration de la Justice est organisée à l’imitation de la France.

3-Tomàs de Puig ou Josep Garriga « afrancesados » ou « afrancesats », francisés. Tomàs Puig avait été député à Bayonne, Josep Garriga commissaire de Joseph en Catalogne et Josep Pujol i March avait publié en catalan le Diari de Barcelona.

4- En 1811, alors que la gendarmerie impériale comprenait ainsi trente-quatre légions et qu'une partie du personnel faisait le service de guerre en Espagne, son effectif s'élevait à 25 513 hommes, dont 1500 environ de cavalerie. À ces trente-quatre légions vinrent s'ajouter, par décret du 12 décembre 1811, les légions formées en Espagne avec les vingt escadrons organisés en 1809. Au nombre de six, ces légions eurent leurs chefs-lieux à Valladolid, Saragosse, Pampelune, Vitoria, Burgos et Figueras. Ces six légions comprenaient, en particulier, une légion de Catalogne créée par décret du 6 juin 1810 avec des éléments tirés de la gendarmerie de l'intérieur et des militaires des régiments, et une légion dite de Burgos, déjà tirée des escadrons de gendarmerie d'Espagne par un décret du 13 novembre 1810.

5 - Lepetit Gildas. « La manière la plus efficace de maintenir la tranquillité? » La place de la gendarmerie impériale dans le dispositif français du nord de l'Espagne (1810-1814). In: Annales historiques de la Révolution française. N°348, 2007. Guerre(s), Société(s), Mémoire. pp. 87-100.

6 - Le traité de Valencay avait été négocié avec le plus grand secret. Il devait être ignoré des Anglais qui pouvaient empêcher le mouvement de l’armée de Suchet (100 000 hommes) vers la France pour la campagne de France (1814).

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Napoléon.


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Message Publié : 21 Nov 2017 18:04 
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Merci pour l'ensemble de ces informations.
De l'annexion sous l'Empire aux revendications indépendantistes actuelles, il arrive que parfois l'Histoire connaisse de saisissants raccourcis.
Cette Europe unie a décidément bien du mal à s'affirmer.
Qu'aurait pensé l'Empereur des poussées nationalistes actuelles, lui qui rêvait d'un vaste empire unifié ? :7:

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Message Publié : 21 Nov 2017 23:43 
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Inscription : 17 Août 2016 23:01
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Merci de nous rappeler avec moults détails cet anniversaire fort oublié de nos jours, perdu dans le grand tumulte de ce qu'il est convenu d'appeler les "Guerres de la Péninsule ibérique"....

L'Empereur était un administrateur né, et dans son esprit le rattachement de ces départements catalans à la France devait s'effectuer dans le cadre du vaste Empire Européen Napoléonien.... une "Pax Napoléonica" en quelque sorte :4:

Quant à la situation actuelle, les velléités indépendantistes, les revendications d'indépendance.... il les verrait surement d'un mauvais œil, dans l'esprit de Napoléon tout souhait d'émancipation, de sécession, allait à l'encontre de son "système" et était synonyme de troubles et désordre.... :15:


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Message Publié : 22 Nov 2017 0:07 
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Il aurait raison

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Né dans une île pour aller mourir dans une île, aux limites de trois continents ; jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes

Châteaubriand


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Message Publié : 22 Nov 2017 17:57 
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Inscription : 17 Avr 2003 22:49
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Localisation : Bruxelles - Belgique
Citer :
Quant à la situation actuelle, les velléités indépendantistes, les revendications d'indépendance.... il les verrait surement d'un mauvais œil, dans l'esprit de Napoléon tout souhait d'émancipation, de sécession, allait à l'encontre de son "système" et était synonyme de troubles et désordre...


Sans doute en effet était-ce là son sentiment.
Je crains toutefois qu'il n'ait sous estimé les sentiments nationalistes et les revendications indépendantistes qui allaient de paire et que cela a pesé lourdement dans la balance à partir de 1813.
Même les idées les plus généreuses ne peuvent être imposées par la force et la contrainte sous peine de se voir honnies et rejetées par ceux-là même dont elles sont censées faire le bonheur.
Il lui eut fallu probablement en tenir davantage compte et tenter de proposer une voie médiane qui aurait cherché à rencontrer les aspirations populaires...

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