L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 30 Août 2007 11:02 
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Inscription : 14 Déc 2002 15:30
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Je l'ai vu, pas d'assez près pour se serrer la main. Nous avons eu, plus tard un échange lourd, plein de non-dits, via son secrétaire:

"En conscience, devant l'Histoire, je maintiens les termes de mon démenti !"

Il s'agissait de la présence de "Cipriani" dans le sarcophage des Invalides.

Reste un homme fait tout d'une pièce, un gaulliste de la 1ère heure et un fidèle du Général. Un peu trop laxiste dans ses dernières années par rapport à Chirac.

En hommage, nous mettons en ligne le discours que Maurice Druon lui a consacré.




Si nous avons choisi "le courage" comme thème commun aux communications des cinq Académies en cette solennelle séance de rentrée, c'est avec une intention bien précise, celle de rendre hommage à un homme qui, outre les services exceptionnels qu'il a rendus à notre institution, aura incarné cette vertu, dans les situations les plus diverses, et avec le plus d'éclat parmi nos contemporains.



Pierre Messmer (...) , vous avez dit un jour, avec un humour gaullien : "Je n'aime pas les coups d'encensoir. Cela fait mal à la tête." Mais vous ne pouvez empêcher qu'on reconnaisse et célèbre en vous le très grand Français que vous êtes. Le pays a besoin d'exemples, et les hommes qui en fournissent sont rares. Vous êtes l'un d'eux. Acceptez donc de subir ce rappel de ce que vous fîtes de noble et de grand.

Votre aventure commence le 17 juin 1940, quand le jeune lieutenant que vous êtes, docteur en droit déjà, diplômé de l'Ecole des langues orientales et élève administrateur des colonies, entend le dernier maréchal de France annoncer à la radio que nos armées doivent cesser le combat. Cela ne fait pas votre affaire, pas plus qu'à votre ami Jean Simon, lieutenant qui, comme vous, accomplit un stage d'observation aérienne dans une ville de l'Ouest.

Comment peut-on déposer les armes, alors que vous ne vous êtes pas encore battu ? Il y a là quelque chose d'insultant, d'humiliant. On vous a donc compté pour rien ? J'ai connu cette indignation-là. Pensant que la lutte va se poursuivre hors de la métropole, votre ami Simon et vous, sans rien demander à personne, parce que personne dans la débandade ne semble prêt à vous répondre, vous sautez sur une motocyclette, et vous foncez vers le sud, sur les routes de la débâcle.

Cette nuit-là, le général de Gaulle méditait les paroles qu'il prononcerait le lendemain à la radio de Londres. Vous n'êtes pas un engagé du 18 juin, mais du 17. Vous êtes, sur votre moto roulant dans la nuit, l'avant-garde du refus.

Vous arrivez à Marseille. Naturellement, aucune troupe n'embarque. Impossible de trouver un passage, même clandestin. Pour subsister, vous vous embauchez, Simon et vous, comme dockers.

Vous avez bientôt maille à partir avec le syndicat CGT, qui vous reproche de donner le mauvais exemple en travaillant à une trop forte cadence. Et puis, vous dénichez un cargo italien, saisi avant l'armistice par la marine française, qui est empli d'armements et d'avions en pièces détachées, et doit être dirigé sur Oran. Vous montez à bord, vous vous abouchez avec le commandant et organisez une mutinerie. Vous déroutez le bateau sur Gibraltar, vous gagnez Londres, et ainsi vous ferez cadeau au général de Gaulle, en vous engageant dans son embryon d'armée, du bâtiment et de son chargement, dont la vente assurera trois mois d'existence à la France libre.

Pour vous remercier, de Gaulle vous dira : "C'est bien, Messmer" et vous témoignera sa reconnaissance en vous offrant de choisir l'arme dans laquelle vous voudrez servir. Vous lui répondez : "La Légion étrangère." Pourquoi ce choix ? Vous me l'avez dit un jour : "Parce que je voulais faire la guerre avec des gens sérieux." Pour le sérieux, qu'on me passe l'expression, vous allez être servi.

La 13e demi-brigade de la Légion, qui revenait de Narvik, en Norvège, était, avec quelques bâtiments de la marine, l'une des très rares unités à avoir refusé d'être rapatriée dans une France vaincue, et à former le premier noyau des "Free French".

Dès lors, quel parcours ! Erythrée, Palestine, Syrie. Dès 1941, vous aviez, avec votre section, enlevé à la mitraillette et à la grenade trois positions ennemies, fait soixante-six prisonniers, reçu deux citations à l'ordre du corps d'armée, puis de l'armée, et aviez été fait compagnon de la Libération, un des tout premiers.

C'est comme capitaine que vous vous illustrez à Bir-Hakeim, cette bataille qui rend à la France son honneur militaire et dont le nom entre dans la légende. Trois mois après, c'est El-Alamein. La citation, qui vous est décernée par le général de Gaulle lui-même, est ainsi rédigée : "Magnifique officier de Légion. Calme dans les pires moments. Tête froide. Très courageux. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 1942, a entraîné sa compagnie à l'assaut de la position solidement organisée de Naq Kala. Malgré des pertes sévères, a enlevé son objectif dans le minimum de temps, infligeant de lourdes pertes à l'ennemi. Contre-attaqué par des chars et des blindés ennemis, a décroché sur ordre et au dernier moment."

Parmi les diverses formes que revêt le courage, nous pouvons, grâce à vous, donner place au courage militaire. Vous avez une étrange manière d'en parler. "Mais non, m'avez-vous dit un jour, ce n'était pas du courage, c'était de l'orgueil. A la Légion, nous voulions être les meilleurs. Alors, pour être les meilleurs, il faut bien engager sa vie !"

Vous fûtes, après la Libye, chef d'état-major adjoint du général Koenig. A la Libération, vous étiez fait officier de la Légion d'honneur. Le mot qui vous désigne alors, quand on parle de vous, est celui d'"héroïsme sans faille" .

Le moins étonnant n'est pas que, dans tous les combats que vous avez livrés, vous n'ayez pas récolté la moindre écorchure. Autour de vous, on tombe, on s'écroule, on est blessé, on meurt. Et vous, impavide, rien. Vous aviez reçu, sur votre front, à la naissance, une goutte d'or, celle qui permet à l'homme promis à un grand destin de traverser toutes les épreuves. Vous alliez en connaître d'autres, en Asie où, membre du corps expéditionnaire d'Extrême-Orient, après avoir rendu d'exceptionnels services aux Indes, vous êtes parachuté, en août 1945, sur l'Indochine. Fait prisonnier par les Viets, vous subissez l'internement.

L'exploit n'est pas d'avoir survécu, c'est de vous être évadé et d'avoir réussi à traverser une région particulièrement hostile, de surcroît presque entièrement inondée. Tête froide, oui, mais résistance physique hors pair, et volonté acharnée.

Démobilisé, vous acceptez de repartir pour l'Indochine comme directeur de cabinet du haut-commissaire, puis vous revenez à votre carrière initiale, celle d'administrateur de la France d'outre-mer. Voici venu le temps du courage civil, mais dans des fonctions qui réclament souvent les vertus militaires, car il y faut le sens du commandement et la capacité de décision, sans pouvoir attendre d'être couvert par des instructions qui viennent trop tard ou ne viennent jamais.



Gouverneur de la Mauritanie, puis de la Côte d'Ivoire, haut-commissaire au Cameroun, haut-commissaire de l'Afrique-Equatoriale, enfin haut-commissaire, autant dire vice-roi, de l'Afrique-Occidentale française, vous saurez avec habileté appliquer la nécessaire politique de décolonisation du général de Gaulle et présider à l'entrée dans l'indépendance de ces vastes et plus anciennes parties de notre empire. Il y a quelque chose de commun entre vous et l'amiral Mountbatten aux Indes. Vous saurez amener le drapeau avec autant de dignité que vous aurez mis d'ardeur à le défendre.

Parmi toutes les lames de l'éventail du courage, vous en aviez une encore à déployer : celle du courage politique. Ce n'est pas sa forme la plus courante. J'oserais même dire que c'est la plus rare. Combien d'hommes ai-je connus qui firent preuve de courage physique et se montrèrent timorés ou passifs dans l'action politique !

Ce n'est pas sans raison que de Gaulle vous appelle au ministère des armées. Vous serez celui qui, dans notre histoire, restera le plus longtemps dans cette fonction, depuis Louvois.

La période n'était pas facile. Vous eûtes à gérer deux affaires gravissimes : la guerre d'Algérie et la mise en place de la stratégie nucléaire. Pour la première, qui était liquidation du passé, vous n'aviez pas le commandement des opérations, mais vous aviez à maintenir les armées en état de faire face à la situation.

Nul besoin d'épiloguer : nous avons tous en mémoire cette période dramatique où non seulement Algériens et Français se combattaient, mais où des Français s'opposaient à d'autres Français, par des conceptions antagonistes de leur devoir. Vous avez vécu des heures à tous égards douloureuses.

La deuxième grande affaire fut de doter la France de l'arme atomique, pour la mettre en état d'affronter l'avenir. Les difficultés techniques n'étaient pas les seules à surmonter. Que d'oppositions au projet ! La gauche parlementaire, antigaulliste par principe, ne comprenait pas qu'il s'agissait de maintenir la France au rang des grandes puissances. Les écologistes se comportaient en aveugles bêlants. Les savants pacifistes, les plus dommageables peut-être, refusaient de mettre leur savoir au service du pays. Enfin, l'opinion internationale, conditionnée par les Anglo-Saxons, se montrait hostile à notre entreprise.

De Gaulle tint bon, et vous aussi, en l'occasion. Vous avez payé, une fois de plus, de votre personne. Ayant quelques doutes sur le fonctionnement du Commissariat à l'énergie atomique, vous avez décidé d'aller assister à l'un des premiers essais d'explosion souterraine, au Sahara. Vos doutes furent dramatiquement justifiés. Car, au lieu que l'explosion restât contenue dans le sous-sol, une immense flamme rouge jaillit, une lance de feu qui se dirigea vers votre poste d'observation, suivie d'un énorme nuage noir radioactif qui vous enveloppa. Quand on vous retira votre combinaison de protection, on fut incapable de mesurer l'irradiation que vous aviez subie. C'est miracle que vous n'ayez connu aucune séquelle. L'accident fut bien enfoui, lui, et jusqu'à ce jour, dans le "secret- défense".

Il vous restait une dernière épreuve à traverser, celle d'être premier ministre. Je dis bien épreuve. Car si cette fonction, par l'ambiguïté de sa définition constitutionnelle, est l'une des plus malaisées qui soit, elle réclamait, dans le temps où vous l'avez occupée, une réelle abnégation. (...)

L'Académie française a toujours réservé quelques-uns de ses sièges à de grands militaires et de grands hommes d'Etat. (...) Chacun chez nous incarne l'une des formes de l'art littéraire, l'une des tendances intellectuelles, philosophiques, scientifiques, politiques de l'époque, l'une des principales activités ou disciplines de l'esprit. C'est comme une grande façade, où doivent apparaître aux fenêtres de grandes figures du pays.

Il était juste et il était nécessaire que vous y figuriez, afin d'y être l'image d'une disposition de l'âme sans laquelle toute autre vertu serait inopérante : le courage.





Dernière édition par Bruno Roy-Henry le 10 Déc 2007 9:29, édité 1 fois.

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Message Publié : 30 Août 2007 14:58 
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Inscription : 04 Nov 2003 21:47
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Je répugne à parler d'un défunt en mauvais termes et je préfère habituellement garder le silence lorsqu'une personne que je ne tenais pas en haute estime vient à mourir .
Cependant , le discours de Druon , qui jette sur l'Algérie le voile pudique de la honte du reniement gaulliste , m'oblige à rappeler la note du 12 mai 1962 de Pierre MESSMER, note lourde de conséquences dans le massacre de nos frères d'armes musulmans d'Algérie livrés au couteau des terroristes du FLN au moment où de Gaulle leur abandonnait les départements français d'Afrique du Nord .
Je joins les liens qui expliquent la raison qui m'empêche aujourd'hui de m'associer au concert des pleurs , louanges et lamentations . MESSMER , dont je respecte par ailleurs d'autres parties de la vie , bien qu'il ne m'ait guère laissé comme Premier Ministre que le souvenir de la réduction de la vitesse à 90km/h sur route et du passage à l'heure d'été de mars à septembre , a lui-même reconnu honnêtement sa part de responsabilité dans le drame des harkis , même s'il en a rejeté l'essentiel de la charge sur son collègue Louis JOXE , alors que celui-ci était décédé. ( J'ai surtout le souvenir , je dois dire , du Premier Ministre complètement "roulé dans la farine" par la" manoeuvre Chirac" de 1974 en faveur de Giscard d'Estaing , ce qui revenait à barrer la route de l'Elysée à Chaban-Delmas , "compagnon" en gaullisme de Messmer ).
http://66.102.9.104/search?q=cache:XRY3WsM-WkEJ:perso.orange.fr/jean-francois.buigues/Auteur.htm+%22+12+mai+1962%22+messmer&hl=fr&ct=clnk&cd=3&gl=fr
http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/algerie/obs11.htm
http://66.102.9.104/search?q=cache:_vNz ... cd=9&gl=fr

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