L'Énigme des Invalides

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 Sujet du message : Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 05 Avr 2008 18:18 
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Ayant appris de ses ministres que son gouvernement était décidé à faire empoisonner Napoléon (son entretien revenait à 400 000 £ par an), le futur George IV décida de s'approprier la dépouille du grand guerrier; après tout, si ses ministres étaient des assassins, il ne devait rien craindre de leur détestable moralité. Il fit donc passer à Hudson Lowe les instructions orales nécessaires, par un émissaire choisi. Il convenait de mettre Montholon dans la confidence, afin d'obtenir son agrément. Ainsi fut fait. Tout laissant prévoir un dénouement prochain, le dernier favori en cour, le jeune peintre Rubidge s'embarqua opportunément avec la famille de son frère qui émigrait vers l'Afrique du Sud. Parvenu à Sainte-Hélène, il refusa comme de juste de réembarquer pour la suite du voyage et demeura à Sainte-Hélène où il eût tout loisir de prendre langue avec les deux complices Lowe et Montholon et de s'assurer de leur "loyalty" !

Le 5 mai, la pièce était jouée. Après l'inhumation du 9 mai, il ne restait plus qu'à s'assurer des cercueils qui furent nuitamment extraits de la tombe de Sainte-Hélène. Le cercueil fut enfermé dans une caisse de chêne volumineuse et celle-ci transférée sur le Camel , transport destiné à rapatrier les exilés français et auxquels Rubidge se joignit opportunément. En parvenant en Angleterre, le Camel fut bord à bord avec le yacht royal qui croisait dans les parages par un pur hasard, selon les historiens officiels. En quelques instants, durant la nuit qui suivit, la lourde caisse était entreposée dans les flancs du navire de Sa Gracieuse Majesté.

Le Yacht royal relâcha un peu plus loin, tandis que les Français étaient admis à débarquer sur le sol anglais. La lourde caisse fut hissée sur un transport d'artillerie banalisé et convoyée vers la résidence royale : Royal Lodge, en cours d'aménagement. Dès son retour d'Irlande, George IV s'empressa de gagner sa résidence pour y contempler les traits du héros malheureux dans sa dépouille funèbre. Préalablement à sa visite, celle-ci avait été réceptionnée par des spécialistes ad-hoc qui se dépêchèrent d'empailler la dépouille. Ainsi donc, les os, les viscères de l'illustre gisant furent jetés aux chiens, pour le plus grand plaisir de Sa Majesté.

Exposé sur un lit de mort reconstitué, l'empereur-empaillé faisait bonne figure sous un globe en verre, destiné à éloigner les mouches et autres insectes nuisibles. George IV était particulièrement satisfait du travail accompli et il tînt à recevoir les généraux Montholon et Lowe pour jouir avec eux de cet étonnant spectacle, tout en les récompensant fastueusement de leur servilité coupable. Mais cela ne devait pas s'arrêter là : le roi prit l'habitude d'y convier ses hôtes de marques, à savoir les principaux dandys de Londres, dont le fameux Brummell ! On était à la fin de l'hiver 1822. Un des dandys, Brummel peut-être, fut trop bavard. Les ministres ne tardèrent pas à avoir vent de la rumeur et ils firent vérifier qu'elle n'était malheureusement que trop réelle !

Le cabinet se réunit en urgence sous la direction de Lord Liverpool. Les ministres, affolés, ne cessaient de s'interpeller. Liverpool mit bon ordre à cette chienlit : si le moment était grave, il n'en fallait pas moins prendre des mesures. L'acte royal était une insulte à la primauté des ministres. Il n'en fallait pas moins réagir. A tout prix, il convenait de faire cesser le scandale et éviter qu'il ne soit connu. Que dirait l'Europe d'une telle infamie ? Comment la france de Louis XVIII réagirait-elle ? Le mieux était d'abord de mettre la main sur le cadavre empaillé de Napoléon pour le soustraire à toute curiosité. Pour cela, il faudrait violer l'intérieur du palais de Royal Lodge en l'absence du monarque, entreprise à mener par des hommes sûrs qui ne tiendraient aucun compte des protestations de la domesticité. Un concours de force publique serait déployée pour en imposer, sans que la troupe sache elle-même de quoi il serait question.

Après s'être assuré de la dépouille, encore convenait-il de décider de son sort ultérieur. La détruire ? Mais, si quelqu'un parlait, le remède serait pire que le mal. Lord Castlereagh proposa alors d'inhumer secrètement et provisoirement la dépouille à Westminster. Car il faudrait encore calmer le Roi, dont le courroux ne manquerait pas de s'exprimer. Qu'en faire ensuite ? La restituer à la famille ? C'était compliquée et risquée. Louis XVIII pouvait à son tour en prendre ombrage. Il convenait d'agir vite et de faire taire les bavards, quitte à éliminer les plus récalcitrants. Le temps passant serait juge plus tard de la décision à prendre...

C'est ainsi qu'un convoi funèbre pénétra dans l'abbaye par une froide nuit de mars, comme Londres pouvait en compter tant. Le cercueil fut placé dans une crypte retirée de Westminster, là où l'on avait relégué les vieux objets du culte catholique. Enfin, la figure de Buonaparte était cachée du monde !

Le temps passa mais rien n'était décidé concernant le sort ultime des restes de Bonaparte. On ne pouvait les ramener à Sainte-Hélène. George IV s'y opposait et Liverpool avait eu le plus grand mal à expliquer au roi que son comportement excentrique risquait de provoquer un scandale international qui porterait un coup fatal à l'honneur de l'Angleterre. Sa GM avait paru s'en rendre compte, mais avait alors exigé qu'il ne fut plus touché à la dépouille sans son consentement; qu'aucune mesure ne soit prise concernant sa destinée ultérieure sans qu'il en soit avisé et tranche en dernier ressort de concert avec le 1er ministre. Le secrétaire privé du roi, le colonel MacMahon, fit les frais de cet agrément : son poste fut supprimé ! Lord Liverpool fut heureux de s'en tirer à si bon compte... D'autant que Castlereagh défendait la prérogative royale et semblait vouloir être désigné à son tour comme 1er ministre. Ce gêneur disparût en août 1822 de façon à ne plus freiner les initiatives du Cabinet.

Il demeurait que la tombe de Sainte-Hélène était vide. Cela pouvait devenir fâcheux dans l'avenir. Lord Bathurst en était préoccupé. O'Meara avait bien fait savoir que les Français comptaient faire d'un masque mortuaire de Cipriani le masque officiel de Napoléon. Mais pareille éventualité paraissait peu crédible et tout à fait insensée ! Néanmoins, en 1825, le peintre Lawrence, nouvelle coqueluche de Sa Majesté, mais très respectueux des ministres, fut envoyé en éclaireur chez Antomarchi. Ce dernier consentit à lui présenter le masque destiné à illustrer les traits du Grand Homme. Un journal belge publia même la nouvelle. C'était donc vrai : O'Meara avait vu juste : les propres compagnons de l'Empereur souhaitaient escamoter son véritable visage, pour lui donner un aspect plus jeune et plus serein au travers des traits d'un valet... Quelle aubaine !

O'Meara fut donc missionné pour gagner Sainte-Hélène discrètement et s'assurer de l'état de la conservation du cadavre de Cipriani pour vérifier s'il pourrait constituer un leurre présentable. C'est ce qui se passa, O'Meara s'embarqua officiellement pour gagner Calcutta, où il devait visiter un membre de sa famille installé en Inde. Au cours de son escale à Sainte-Hélène, il eut la surprise de constater le bon état du cadavre de l'ancien maître d'hôtel de Napoléon, momifié naturellement par déshydratation. Conformément à ses instructions secrètes, il habilla la dépouille du laquais avec les éléments de l'uniforme de Napoléon dont les Prussiens s'étaient emparés à Waterloo. Le tout fut installé dans 4 cercueils avec l'aide du tapissier Darling et soigneusement réinstallé dans la tombe près la fontaine Torbett. Canning avait émis des objections et souhaitait que tout fut remis en état. Lui aussi disparût opportunément pour la sauvegarde de l'honneur anglais !

Désormais, tout était prêt pour recevoir des Français, si ceux-ci s'avisaient de réclamer les cendres de Napoléon...

Plus tard, Rubidge et Brummell payèrent de leur vie leur propension à trop bavarder, ainsi que d'autres serviteurs de George IV(En fait, Brummell fut contraint de quitter l'Angleterre, puis fut appointé par Guillaume IV comme consul à Caen, où il finit misérablement sa vie en 1840).

Le sergent John Young, du régiment de Sainte-Hélène montait la garde auprès de la "tombe de Bonaparte", de 1821 à 1840. Il transmit à l'un de ses fils le récit des exhumations suspectes et plus tard son arrière petit-fils, le réalisateur Terence Young raconta que sa grand-mère, dans les années 1920, l'avait emmené à Westminster, dans un coin reculé, en lui indiquant que sous leurs pieds, reposait la grand Napoléon. Il crût qu'elle était folle, jusqu'à sa rencontre avec Georges Rétif de la Bretonne.

Note : en gras, les éléments attestés sur le plan historique.
Remerciements à François.

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 23 Avr 2018 8:06 
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Je me décide à vous soumettre ce scénario déjà ancien. Ce devait être la trame de mon nouvel ouvrage, après avoir collationné toutes les informations possibles. Comme il ne verra pas le jour, probablement, je le livre tel quel à votre critique et à vos suggestions. N'hésitez pas à vous exprimer à ce sujet.

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 23 Avr 2018 11:32 
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Pal mal du tout votre scénario, Bruno ! On sait que George IV était « nécropathe » (terme inventé il y a une quinzaine d’années sur le forum): il est avéré qu’il a fait exhumer Charles Ier pour satisfaire une pulsion morbide.
Toutefois, je pense que tout développement du sujet doit désormais intégrer l’affaire du Gaulois de 1887 qui n’a reçu à ce jour aucune explication, et qui est pour moi l’indice le plus sérieux à ce jour en faveur de l’ouverture du tombeau.

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 23 Avr 2018 13:06 
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Le développement est tout naturel et tout trouvé : Napoléon III, averti par les anciens de Sainte-Hélène, ne voulut pas autoriser un sacrilège. Le remède était simple : il suffisait d'ouvrir le sarcophage d'ébène et de retirer celui en plomb qui contenait les 3 cercueils de Sainte-Hélène ; puis de fourguer le tout à une fonderie (après en avoir extirpé les pauvres restes de Cipriani, devenu "empereur" malgré lui. Le sarcophage d'ébène étant vide, il n'y avait plus qu'à le placer dans celui de soi-disant porphyre et la guerre était évitée, ainsi que toute complication, puisqu'il n'était pas possible de récupérer la peau du "tigre impérial"... George IV était mort depuis longtemps et sa dynastie également, même si Victoria lui survivait... En attendant que le joyeux luron Saxe-Cobourg ne s'empare de la couronne !

Cependant, quand la tension était trop grande avec l'Angleterre, le dossier resurgissait...

Ce fut le cas après Fachoda, et encore en 1919, quand Lloyd George faisait mine d'être germanophile. Clemenceau, l'homme du dossier rouge, savait se servir des secrets historiques !!!

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 23 Avr 2018 13:35 
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Quant à moi, je reste partisan du mystérieux cercueil de Saint-Denis auquel on a consacré il y a bien longtemps un sujet ici : Viollet le Duc a été sur le coup, je crois ,et Chantelauze n’a jamais pu lui tirer les vers du nez...

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 24 Avr 2018 9:17 
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Ce scénario me fait dresser les cheveux sur ma tête ! :15: Oui, c'est bien ainsi que les choses ont dû se passer... Mais alors, on ne retrouvera jamais Napoléon !!! :pascontent: :11:


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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 24 Avr 2018 9:37 
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François a écrit :
Quant à moi, je reste partisan du mystérieux cercueil de Saint-Denis auquel on a consacré il y a bien longtemps un sujet ici : Viollet le Duc a été sur le coup, je crois ,et Chantelauze n’a jamais pu lui tirer les vers du nez...


En ce cas, cela signifierait que Cipriani est à Saint-Denis. A moins que ça ne soit Naundorff/Louis XVII...

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 19 Mai 2018 23:03 
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Pierre Bar avait réagi sur son forum de prédilection à la publication en anglais d'une manière plutôt positive :

01 Mai 2018 21:42
Citer :
Ce texte en anglais propose une version originale de la manière dont le corps de Napoléon aurait été dérobé.
Citation:
On May 5, the play was played. After the burial on May 9, all that remained was to make sure the coffins were taken from St. Helena's grave at night. The coffin was enclosed in a large box of oak and it was transferred to the Camel, a transport intended to repatriate the French exiles, to which Rubidge conveniently joined. Arriving in England, the Camel was aboard with the royal yacht that cruised in the vicinity by pure chance, according to official historians. In a few moments, during the night that followed, the heavy box was stored in the flanks of the ship of His Gracious Majesty.

Le 5 mai, le jeu a été joué. Après l'enterrement du 9 mai, il ne restait plus qu'à veiller à ce que les cercueils soient retirés de la tombe de Sainte-Hélène la nuit. Le cercueil a été enfermé dans une grande boîte de chêne et il a été transféré sur le Camel, le bateau destiné à rapatrier les exilés français, sur lequel Rubidge a également embarqué. Arrivé en Angleterre, le Camel fut abordé par le yacht royal qui naviguait dans les environs par pur hasard, selon les historiens officiels. En quelques instants, pendant la nuit qui suivit, la lourde boîte fut rangée dans les flancs du navire de Sa Gracieuse Majesté.


Est-ce parce qu'il aurait hâtivement conclu que je n'en étais pas l'auteur ? En ce cas, il sera déçu car c'est bien moi. Même si l'inspirateur n'est autre que François (pour le titre et pour la trame).
Voyons s'il ira désormais plus loin dans sa réflexion...

Le texte en anglais ne suscitant aucune réaction de la part des lecteurs anglophones (malgré une parution sur un forum anglais), le texte en est donc maintenant rendu public.

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 21 Mai 2018 14:34 
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Pierre Bar s'engage finalement dans la critique de notre texte, et tout d'abord, dans ce qui est attesté (en gras).
Citer :
le jeune peintre Rubidge s'embarqua opportunément avec la famille de son frère qui émigrait vers l'Afrique du Sud

J'ai déjà souligné que le terme "opportunément" dans cette phrase ne pouvait être considéré comme "attesté sur le plan historique". Pour le reste, le fait que le peintre Rubidge ait embarqué avec la famille de son frère vers l'Afrique du Sud ne prouve en rien qu'il était envoyé à Sainte-Hélène pour réaliser une mission secrète. Cela mettrait plutôt en lumière qu'il s'est trouvé à Sainte-Hélène au moment de la mort de Napoléon par un concours de circonstances que personne n'aurait pu prévoir. Quant au fait que Rubidge aurait été "le dernier favori en cour", la non-mise en gras de cette partie du texte laisse penser que ce n'est pas attesté sur le plan historique, mais simplement sorti de l'imagination de BRH à laquelle il a lâché la bride depuis la publication de son livre où il se montrait beaucoup plus prudent dans ses affirmations, citant les passages imaginaires de Rétif quand il n'avait pas d'autres sources.


En fait, ce n'était que son demi-frère. Il est étrange de voir une telle fraternité, au point d'envisager de se rendre aux antipodes (quasiment, pour l'époque, l'Afrique du Sud étant assez éloignée de l'Angleterre), alors que le jeune peintre bénéficiait de la faveur royale. Dernier favori en cour, ceci est bien attesté, notamment dans l'ouvrage de Steven Parissien. Mais peut-être voulait-il fuir cette prédilection royale pour sa personne ? En ce cas, pourquoi revenir illico de Sainte-Hélène, en prenant place à toute force sur le Camel ?

Citer :
BRH a écrit:
auxquels Rubidge se joignit opportunément

"Opportunément", encore une fois. Il n'y a par ailleurs rien de vraiment anormal au fait que Rubidge décide de retourner en Angleterre après la mort de Napoléon dont la présence à Sainte-Hélène l'avait peut-être décidé à suspendre son voyage vers l'Afrique du Sud.


Vraiment ? Renoncer à suivre son frère, en Afrique du Sud, pour prendre un sketch de Napoléon sur son lit de mort (et on se demande comment Rubidge pouvait être sûr d'accéder au gisant impérial) et se dépêcher ensuite de retourner en Angleterre, certainement pour se faire pardonner du gros George, de l'avoir quitté si précipitamment... Il est vrai que Rubidge s'était lié d'amitié avec Antomarchi, nous dit-on ! C'est une fable pour les enfants.
Citer :
BRH a écrit:
le Camel fut bord à bord avec le yacht royal qui croisait dans les parages par un pur hasard

La mention "par un pur hasard" n'est, comme les adverbes "opportunément", pas vraiment à sa place dans une phrase qui serait "attestée sur le plan historique".
De cet événement, peut-être historiquement attesté, BRH veut déduire que l'on aurait transbordé les cercueils contenant le corps de Napoléon rapportés secrètement dans les tréfonds du Camel. Cette hypothèse relève cependant du mauvais roman. En effet, ramener en Angleterre le corps de Napoléon dans le même bateau que ses compagnons d'exil aurait été l'idée la plus stupide qu'auraient pu avoir des comploteurs qui auraient voulu ravir le corps de l'empereur des Français à l'insu de tout le monde. Le risque qu'un des passagers découvre la présence des cercueils sur le navire pendant un voyage de plusieurs semaines et surtout l'impossibilité de transborder discrètement en pleine mer d'un navire à l'autre ces cercueils qui pèsent plusieurs centaines de kilos auraient amené toute personne ayant un minimum de bon sens à choisir de ramener ces cercueils sur un autre navire. Mais apparemment BRH est tout à fait incapable de se mettre dans la tête des Anglais pour lesquels il n'a que haine et mépris.


Pur hasard, c'est ce qu'écrivent les historiens officiels et quelques légalistes. Mais, en effet, ce pur hasard n'est pas vraiment attesté sur le plan historique, même si certains ne veulent y voir qu'une pure coïncidence. Mais Antomarchi relate que le Camel fut accueilli par une véritable parade navale et que le yacht du roi défila avec toute une flottille à sa suite, devant le Camel, comme pour lui rendre les honneurs. Antomarchi fut certainement enchanté qu'on lui accorde une telle importance ! A moins que ce ne fut pour Madame Bertrand, dont les aides de camp du roi vinrent prendre des nouvelles, tout en saluant les exilés et en prenant les informations les plus précises sur les circonstances du décès de l'Empereur. Et comme personne n'en a rien dit, il est probable qu'ils ne songèrent même pas à questionner le jeune Rubidge (qui n'était là que par hasard, si l'on suit les raisonnements spécieux de l'universitaire belge). Quant à savoir si vraiment il eut été plus rationnel de disposer le cercueil secret sur un autre navire, il n'aurait pu être que l'un des bâtiments de la Royal Navy. Rappelons simplement que notre hypothèse est basée sur l'ignorance des ministres anglais du bon plaisir de leur roi... Et l'on n'embarquait certainement pas n'importe quoi sur un navire de Sa Gracieuse Majesté, sans un sévère contrôle. Quoi de mieux pour brouiller les pistes que d'embarquer le cercueil avec les Français ? Antomarchi conte comment le capitaine était pressé de lever l'ancre et surtout d'arriver... Enfin, nous ne voyons pas comment nier la présence de George IV, relatée par Antomarchi, Marchand et Saint-Denis.

Pour la haine et le mépris envers les Anglais, cela dépend : pour ceux du passé et notamment de l'oligarchie qui tenait l'Angleterre, je confirme : cela ne fait aucun doute !

Citer :
BRH a écrit:
Royal Lodge, en cours d'aménagement

En fait, il y a eu des travaux au Royal Lodge en 1792, 1812, 1825 et après 1830. Pas d'indications en revanche pour 1821 ou 1822
.

S'il y a eu des travaux en 1812, puis en 1825, c'est bien que le réaménagement n'était pas terminé... Pour les détails, il faudra demander à François...

Citer :
BRH a écrit:
à savoir les principaux dandys de Londres, dont le fameux Brummell

Voici ce qu'on peut lire sur Wikipédia :
Citation:
Le 16 mai 1816, criblé de dettes, il quitte Londres pour rejoindre Douvres d'où il prend un bateau pour Calais, afin d’échapper à la prison pour dettes à la suite de la demande de paiement intégral des milliers de livres qu’il devait à ses créanciers qui le harcelaient.

A l'hiver 1822, Brummell avait donc déjà dû s'exiler en France. Il est donc "attesté sur le plan historique" que le fait que Brummell aurait été convié à venir jouir du spectacle de Napoléon empaillé sous un globe en verre au Royal Lodge en 1822 est faux.


Il n'est pas attesté que Brummell ne soit jamais revenu en Angleterre, de 1816 à 1822. Le bras de mer entre Calais et Douvres n'est pas si large.
Citer :
BRH a écrit:
Le secrétaire privé du roi, le colonel MacMahon, fit les frais de cet agrément : son poste fut supprimé !

Non attesté historiquement également que le secrétaire privé du roi aurait fait les frais d'un agrément puisque cet agrément n'est pas attesté sur le plan historique.


Ce qui est attesté, c'est que ce poste fut supprimé (après des négociations difficiles avec George IV).
Citer :
BRH a écrit:
Ce gêneur disparût en août 1822

Castlereagh se suicide effectivement en août 1822 en se tranchant la gorge avec un coupe-papier, mais rien ne permet de conclure qu'on l'aurait poussé au suicide parce qu'il aurait gêné le gouvernement.


Suicide qui ne laisse pas d'être curieux. Il fut avancé qu'il avait un dérangement au cerveau. Mais rien de probant. Alors, des craintes de poursuites pour homosexualité, motif très recevable aujourd'hui. Etait-ce des relations "coupables" avec le jeune Rubidge ? Bref, le nom des amants du Lord ne sont pas vraiment attestés. Et si tous les lords avaient dû se suicider pour homosexualité, la chambre d'iceux aurait été fort dépeuplé. Comme cela paraît un peu léger, son impopularité fut mise en avant, comme si le ministre chargé des relations étrangères pouvait être le plus impopulaire du cabinet. Le fait est qu'on l'a retrouvé la gorge tranchée avec un coupe-papier dans la main, mais sans lettre pour expliquer son geste fatal... Ce qui laissa son entourage dans l'incompréhension.

Citer :
BRH a écrit:
O'Meara avait bien fait savoir que les Français comptaient faire d'un masque mortuaire de Cipriani le masque officiel de Napoléon.
"Attesté sur le plan historique" par le récit imaginaire de Rétif.


Récit, oui ; "imaginaire", c'est ce que Pierre Bar s'ingénie à proclamer et à démontrer (avec plus de succès pour la 1ère démarche que la seconde).
Citer :
BRH a écrit:
Ce dernier consentit à lui présenter le masque destiné à illustrer les traits du Grand Homme. Un journal belge publia même la nouvelle.
Un "journal belge" en 1825 ? C'est quoi ça ? Un anachronisme ! C'est en 1830 que la Belgique devient indépendante. Il n'existe donc pas de "journaux belges" avant cette date.


C'est vite dit, à moins d'interdire d'écrire "un journal de Belgique" ? La Belgique, bien que rattachée au royaume des Pays-Bas, bénéficiait cependant d'une appellation géographique reconnue... Donc, l'aphorisme fait un peu mesquin !

Citer :
BRH a écrit:
O'Meara s'embarqua officiellement pour gagner Calcutta, où il devait visiter un membre de sa famille installé en Inde
L'escale à Sainte-Hélène était-elle obligatoire pour tous les navires anglais en partance pour l'Inde ?


Oui, c'était obligatoire pour faire de l'eau. Mais la question ne se pose pas, puisque O'Meara amènera à Calcutta des boutures de plantes de Sainte-Hélène...
Citer :
BRH a écrit:
les éléments de l'uniforme de Napoléon dont les Prussiens s'étaient emparés à Waterloo

"Dont les Prussiens s'étaient emparés", pas les Anglais


Notre historien du we a oublié que les Prussiens en firent don à George IV !
Citer :
BRH a écrit:
Lui aussi disparût opportunément

George Canning remplaça Lord Liverpool comme premier ministre le 10 avril 1827 et mourut le 8 août de la même année d'une pneumonie (une intervention "opportune" de la Providence en faveur des auteurs de la substitution ?). Son successeur est Frederick John Robinson qui resta premier ministre jusqu'au 21 janvier 1828, date à laquelle Wellington lui succéda comme premier ministre. Il faut donc une bonne dose d'imagination pour voir quelque chose d'opportun dans ces successions et pour y voir la main de Lord Liverpool, décédé lui-même le 4 décembre 1828 (opportunément ?).


pneumonie ou botulisme ? Les causes de la mort ne paraissent pas vraiment tranchées. En tout cas, elles furent discutés ; tout comme le bon vouloir de Liverpool. Etait-ce seulement une rivalité personnelle ? Ce qui est certain, c'est que les ordres durent être donnés avant l'éviction de Liverpool. En tout cas, O'Meara s'embarqua avant le 10 avril 1827.
Citer :
BRH a écrit:
Plus tard, Rubidge et Brummell payèrent de leur vie leur propension à trop bavarder, ainsi que d'autres serviteurs de George IV

Suite à la remarque que j'avais faite sur l'étrange délai écoulé entre les soi-disant bavardages de Brummell et sa mort qui aurait été le prix à payer pour sa "propension à trop bavarder", BRH a complété son texte par la parenthèse suivante plus proche de la réalité historique :
Citation:
En fait, Brummell fut contraint de quitter l'Angleterre, puis fut appointé par Guillaume IV comme consul à Caen, où il finit misérablement sa vie en 1840.


Non, ce n'est pas exact. Cet ajout est antérieur. Ce qui ne le fut pas, c'est la transcription encore plus succincte en anglais...

Citer :
Pour son malheur, il n'a pas vérifié en même temps la date à laquelle Brummell avait été contrainte de quitter l'Angleterre : 1816, comme indiqué précédemment. Date qui invalide sa théorie d'un exil contraint par le fait d'avoir trop parlé. On ne peut en effet être contraint à l'exil en 1816 pour avoir trop parlé en 1822.


Déjà répondu sur la période 1816/1822. Brummell aurait bien pu revenir de temps à autre en Angleterre, incognito. Jusque-là nous n'en avons pas trouvé trace, mais ce n'était pas une raison suffisante pour différer la publication du texte.

Citer :
BRH a écrit:
Le sergent John Young, du régiment de Sainte-Hélène montait la garde auprès de la "tombe de Bonaparte", de 1821 à 1840. Il transmit à l'un de ses fils le récit des exhumations suspectes et plus tard son arrière petit-fils, le réalisateur Terence Young raconta que sa grand-mère, dans les années 1920, l'avait emmené à Westminster, dans un coin reculé, en lui indiquant que sous leurs pieds, reposait la grand Napoléon. Il crût qu'elle était folle, jusqu'à sa rencontre avec Georges Rétif de la Bretonne.

Cette anecdote "attestée sur le plan historique" s'est étrangement enrichie au fil des années. Lors de son passage à la télévision pour la présentation du film "Monsieur N.", BRH se contentait de raconter que la grand-mère de Terence Young lui avait montré la tombe de Napoléon à Westminster et il était resté sans voix quand Jean Tulard lui avait répondu qu'elle était gâteuse. Ce n'est semble-t-il que par la suite qu'un lien a été établi avec un sergent Young qui aurait monté la garde auprès de la tombe de Napoléon, mais sans vraiment réfléchir au fait que la grand-mère de Terence Young ne pouvait pas avoir de lien de parenté direct avec un sergent Young, n'étant pas elle-même une Young par son ascendance mais uniquement par alliance (ce qui n'est d'ailleurs même pas certain car il n'a jamais été précisé s'il s'agissait de la grand-mère paternelle ou de la grand-mère maternelle de Terence Young).
La précision selon laquelle le sergent Young aurait transmis à l'un de ses fils le récit des "exhumations suspectes" est également un ajout postérieur qui ne correspond pas à ce que Terence Young avait pu dire à Rétif.
Il n'était pas non plus question à l'origine que le jeune Terence Young avait conclu que sa grand-mère était folle, mais peut-être du fond de sa tombe avait-il commencé à douter après avoir entendu la réponse de Jean Tulard.


Là, on a du mal à suivre... L'interprétation de l'émission sur la Cinq avec Guillaume Durand, par Pierre Bar, a toujours été pernicieuse. il m'avait félicité à l'époque pour mon rôle de faire-valoir, s'esclaffant que j'avais été la dupe de Tulard... Mais il omettait de signaler que M. Durand n'avait cessé de me couper la parole et d'orienter les débats dans un sens défavorable à ma thèse. Il est vrai que M. Bar a une grande pratique des émissions télévisées, surtout en Belgique : ce doit être une vedette là-bas...

Pour le reste, une recherche rapide dans ce forum devrait lui démontrer l'inanité de ses assertions. Tous les renseignements sur John et Terence Young proviennent du journal de Rétif. Je n'ai fait que les vérifier à mesure. Il est vrai qu'il en a douté fort longtemps, jusqu'à la publication d'une dédicace de Rétif à Terence Young. Viendrait-il aujourd'hui prétendre que Luc Meaux en a menti ? Dans ce cas, il lui faudra aussi accuser sa comparse, Mlle CC...

Cette partie sera évidemment la plus développée. L'autre ne devant pas faire discussion, puisqu'il s'agit d'une suite de déductions (ou d'inductions). Mais elle pourrait être intéressante si M. Bar nous déniche une impossibilité absolue pour notre hypothèse...

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 Sujet du message : Re: Le crime de Royal Lodge...
Message Publié : 25 Mai 2018 9:00 
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En tout cas, ce récit un peu "gore" donne des pistes de recherches. Et il répond aux sempiternelles questions sur le MOBILE ! En tant que tel, c'est un apport positif...


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